jeudi 10 mars 2016

DES NOUVELLES DE RAYMOND



Bonjour, habitués de la petite aube !

J'aurais pu vous montrer le sommet de la Rhune joliment enneigé. Je ne m'y suis pas prise à temps pour capter la trouée ensoleillée entre deux bourrasques :





 Mère Rhune se perd souvent ces temps-ci dans les amas de nuages pleins d'eau.
Les averses drues succèdent aux averses crépitantes. Les coups de vent malmènent les grands peupliers dolents et offerts aux colères.




A part mon vieux pommier défunt, le reste semble tenir bon, pour le moment...

La période est à l'agitation. Le mouvement me redonne un allant et un ressort détendu la semaine dernière, par cette attente incontournable d'un printemps qui se laisse désirer, le bougre !
Il faut lui laisser la prérogative de son tempérament, à celui-là aussi, par force. Et ne pas s'user le sentiment à trépigner d'une impatience improductive.
Je retrouve une perspective plus lumineuse. Je suis confiante en des augures optimistes.
Le soleil et sa chaleur ne sont plus loin, maintenant. Je les espère et je les sens...






En attendant les bons vouloirs de la météo, je considère comme une distraction les parages, immédiats et alentours.

Je vous avais parlé en son temps de ce vanneau blessé trouvé au bord du chemin, autour de la Toussaint. Je l'avais ramené à la ferme.

La quantité de vers qu'il engloutissait dans la minute m'avait laissée tellement désemparée que j'avais renoncé à le garder. Ne voulant quand même pas le relâcher dans une nature hostile à un pauvre oiseau blessé, j'avais confié mon réfugié à Olivier. Mon grand mari est comme moi, il fond devant un animal vulnérable à soigner.

Il s'acquitta de la tâche, avec soin et meilleure volonté.

Entre temps, Hélène, ma mienne amie, trouva sur les trottoirs Bayonnais, un pigeon commun en détresse.
Elle aussi est sensible à notre règne animal. 
Le volatile, tout jeune encore, se faisait perforer le crâne par ses congénères sans pitié. Le monde animal est ainsi, dur et cruel pour le faible sans défense.
Il était en bien mauvaise posture, et mon Hélène alarmée le prit dans ses blanches mains pour le sauver d'une fin assurée.
Elle le ramena chez elle, le nourrit et le veilla. Avec ses filles, Flore et Blanche, elle baptisèrent le rescapé, et le nommèrent : Raymond.
Raymond, ne me demandez pas pourquoi, Raymond, c'est comme ça.

Le petit pigeon se remit. 
Hélène habite en ville. L'oiseau était dans une petite cage. 
Hélène, informée du vanneau landais, me proposa de lui donner Raymond en compagnon de fortune. Deux rescapés, qui auraient leurs malheurs à se raconter...

Elle m'amena Raymond à la jardinerie, et je le fit transiter par Olivier jusque dans ses Landes.

Le vanneau mourut. Trop nourri ou pas assez, je ne sais. Toujours est-il qu'un jour, revenant de la ferme, Olivier le trouva sur le flanc, petite boule emplumée ébouriffée et refroidie.
Mon mari se désola de cette triste fin. Le volatile lui était devenu familier, trépignant dans sa petite volière quand il le voyait arriver, reconnaissant sûrement son pourvoyeur en vers.

Le vanneau mort n'avait plus besoin de compagnie pour se distraire.

Raymond emménagea dans son nouvel habitat, juste en face du poulailler landais d'Olivier.
Avec ses poules, Olivier élève des pigeons domestiques. Raymond se retrouva comme en famille, mais en sécurité derrière le grillage de sa volière particulière.






Regardez notre fier et beau Raymond !
N'a-t-il pas belle allure et prestance ?

Il coule des jours paisibles. Loin d'un monde hostile et implacable grâce à la bienveillance conjuguée de mon Hélène et d'Olivier.

Une petite fable urbaine, sans morale particulière. Un pigeon banal et ordinaire, joliment emplumé d'irisations bleutées et grises, avec son coquet collier et son collet vert.

Longue vie à Raymond et à ses sauveurs. Et bonne fin de  nuit à vous, amis lecteurs de mes chroniques bucoliques...

lundi 7 mars 2016

L'EAU DE LA-HAUT...




Bonjour à tous !

























Vous l'avez remarqué comme moi, la période est à la pluie.
Nous sommes en mars. La giboulée de mars, c'est bien connu. Normal, alors, et pas de quoi s'étonner.
S'étonner, non. Mais alors, se désoler, ça oui !
Pour les travailleurs en extérieur comme moi, les jours de pluie succèdent aux jours de pluie, dans une lancinante morosité.

L'eau goutte, crépite, ruisselle et s'insinue.
La pluie mouille, détrempe et refroidit le pauvre hère se dandinant dessous dans son ciré luisant et raide.
Le grésil picore les bouts de nez et le dos de la main. Un court moment, c'est amusant, vivifiant. Ca vous fouette le sang et vous met le rose aux joues. Au bout d'un temps, pas bien long, l'amusement perd pied et la morne résignation vous gagne au fur et à mesure de l'infiltration de l'humidité sur vos épaules courbées. Les avant-bras recueillent aux creux des coudes une froidure insidieuse. Le crépitement sur la capuche martèle et aplatit votre ressort perdu.
Non, vraiment, ces journées de pluie, à la longue, ça vous mine !

A Agorreta comme ailleurs, le paysage n'est pas riant, sous les averses drues.







Partout où le regard se pose, il n'y a que flaques, mares, boue grasse et ornières profondes.

Mon Karraro dessine des géométries courbes dans la terre molle.
Le convoi vers le tas de fumier devient amphibie.
Je sens sous la vieille mécanique le terrain glisser, la pâte grasse et voluptueuse étreindre les roues et relâcher sa prise visqueuse à regret.

La terre gorgée d'eau se fait piège, gloutonne et fourbe.
Jusqu'ici, je passe encore... J'essaie de louvoyer pour trouver un support fiable, déportant le poids ici ou là, sur le plat. Ou alors, restant scrupuleusement dans le même tracé, là où le passage étroit n'admet pas la dérive.
Une petite aventure à chaque fois...

Les conductrices approximatives dans mon genre on vite fait de s'enliser lamentablement. Une petite crispation me serre les dents à chaque glissement. La lèvre épaissie de boue luisante s'ourlant près du pneu me parle d'essieu embourbé, en un mouvement lent et inexorable.

Bah ! la pluie finira bien par s'arrêter de tomber. 
Une percée ensoleillée est annoncée pour la fin de semaine. Inch Allah!



En attendant, restons autant que nous le pouvons aux abris.
Allons danser sous la pluie, au rythme des clapotis, glougloutements, crépitements et ruissellements des filets d'eau qui se chevauchent sur les passages étroits, arquant le dos en des enchevêtrements mouvants cousins de mes empreintes dans la boue.
Regardons les gouttes d'eau s'arrondir en bulles et crever en un sursaut énervé à la surface des flaques, petits cratères entêtés et lancinants.


L'eau de mars coule à flots, court et ruisselle en un élan impérieux.

Il n'est que d'attendre, en se préservant au mieux...





mercredi 2 mars 2016

TEMPS D'ATTENTE




Bonjour !




L'inter-saison est agitée, cette année.
D'une agitation morose, et désagréable.
Pas vraiment froid, pas beau non plus, tourmenté sans grande colère. 
Une période où l'on attend, la venue du printemps, des temps meilleurs :







Primevères chafouines d'avoir été détrempées,
bourgeons du figuier gonflés mais en attente, là encore, de soleil et de meilleure lumière, pour éclater.










Nous attendons, donc, puisqu'il faut attendre, comme disait l'autre...

Le temps de l'attente n'est pas ce que je vis de mieux. Je manque de sérénité, encore maintenant, pour savoir attendre, sans contrariété.
Je suis de nature un peu impatiente, impulsive, mieux tournée vers l'action immédiate. Les délais, les atermoiements, me sont petites souffrances mesquines. 
L'objectif pointé en ligne de mire, j'aime y avancer droit et sans retard. Je me distrais difficilement d'une tâche en prévision. L'ajournement ne m'est pas posture familière. Laisser pour plus tard ne me séduit pas. La plage du temps blanc de l'attente m'est un horizon morne et sans attrait.

Pourtant, souvent, je dois me contraindre à ce dépit. Je ne maîtrise pas tous les éléments des avancées de mon périmètre. 
Les circonstances, les conditions, les aléas, événements et fortuités s'amusent avec taquine récurrence à titiller mes impatiences. Tels la mouche têtue revenant se poser sur le dos d'une main qui la chasse avec tous les signes du plus vif agacement, les sorts contraires m'infligent leurs tourments.

Mes attentives observations des cycles naturels apaisent  les hystéries de mon tempérament.
Les saisons et leurs danses répondent par leur désinvolture à mes élans contrariés.

Cette année, comme souvent, le printemps s'annonce, puis s'éclipse en des journées maussades, ou tempétueuses.
Le paysan s'apprête à préparer sa terre, mais doit attendre. Que les pluies drues cessent assez longtemps pour que les sols se ressuient. Que le soleil de plus en plus haut réchauffe les croûtes battues et les rendent friables.

Les bêtes à l'étable attendent aussi le temps de la sortie au pré.








Fauvette est maintenant lourde de son petit. Son flanc long s'arrondit en courbes luisantes.
Elle m'a parue un peu engourdie, ces dernières semaines, puis, une petite cure d'aspirine me l'a soulagée de ses inconforts.
Elle sera à terme à la fin du mois. Son pis commence à peine à se renfler.

Les deux petites croissent et embellissent sans souci. La brune et la rousse restent joueuses, mais la placidité de leur race les assagit.

Notre Bigoudi, elle, persiste, taquine et malicieuse. Toujours curieuse et à l'affût des mouvements dans l'étable, elle s'agite vite, mais sans nervosité. Elle vêlera, elle, autour de la mi-avril, si tout va bien.
La toujours tranquille Pollita est la plus près de la délivrance, en principe. Deux trois semaines encore de gestation, et nous devrions voir son deuxième veau, après Rubita l'année dernière.
Sa silhouette ne s'est pas trop modifiée. Son petit loge en elle sans paraître. Elle n'est ni gênée, ni inquiète. Une vraie grande reine, ma Pollita bigarrée.

Là aussi, j'attends des jours meilleurs pour les sortir au pré. 
L'herbe n'est pas encore en pleine pousse. Elle ne risque pas d'engorger les délicats systèmes digestifs de mes vaches par un trop brusque apport de nutriments gorgés de sève montante.
Je ne veux pas non plus risquer un mauvais mouvement dans la fébrilité de la première sortie. Mes trois grandes, rondes et pleines, pourraient prendre mal en se mettant à courir brusquement après plusieurs mois d'inactivité.

Si le temps ne s'améliore pas dans les deux prochaines semaines, je vais devoir attendre deux semaines après les vêlages pour la mise à l'herbe. J'ai de la betterave, du navet frais et du foin en suffisance pour les nourrir à l'étable jusque là. Par contre, à ce moment là, l'herbe sera devenue haute, et il va falloir veiller à rationner la pâture, pour éviter les accidents de digestion, à un moment où les jeunes mères sont plus vulnérables.
C'est tout un calcul, ce petit élevage, sans qu'il n'y paraisse, n'est-ce pas ?

Ce temps d'attente est incontournable. La nature se moque de mes trépignements. Je vais devoir composer, avec elle, et avec moi. Me plier à ses caprices, et raisonner les miens.

Je suis comme beaucoup, persuadée de la légitimité de mes bonnes volontés. Et vite désappointée de leurs limites trop étroites à mon goût.

Bah ! Je vais faire comme mes vaches me l'enseignent. Ruminer placidement les sucs de mes espérances ajournées, et regarder le vent pousser les nuages dans le ciel agité.

Attendre, patienter, et méditer...

A une prochaine fois, et portez-vous sereinement, vous aussi, d'ici là !







lundi 29 février 2016

LE VIEUX POMMIER A CHU



Bonjour à tous !

Après ce samedi agité, le dimanche, même morose, paraissait un bienfait...

Dans les parages, un ancien a succombé à la tempête :





Ce ne semble pas être un événement, et pourtant...




Le vieux pommier l'hiver dernier,
















Le même au printemps,




A l'été, offrant son ombrage aux petites vêles tournées vers l'est,


















A l'automne, rempli de belles pommes rouges et luisantes,











Fondantes et parfumées.














Le vieux pommier est tombé.
Ses racines mises à nu par les piétinements des vaches à son pied ont cédé sous les assauts du vent rageur de samedi.

Le vieux pommier s'est couché. Sa silhouette familière n'ombrera plus la fenêtre de la cuisine.

Ainsi vont les choses petites et grandes de nos vies d'homme. Elles nous accompagnent et disparaissent de notre paysage quotidien. N'existant jamais autant que par le vide qu'elles ont laissé, comme le dit si justement la chanson.

Le vieux pommier couché laisse maintenant entrer davantage de lumière dans la cuisine sombre. Nous avons la perspective de la plus haute tour du Château d'Abbadie au mitan de la longue ligne d'horizon étirée sur la mer.
Un gain pour une perte...

Nos vies à tous sont ponctuées de ces petites fêlures, de ces égratignures discrètes et pourtant un peu douloureuses. De blessures, superficielles ou plus profondes, de cassures irrémédiables et de deuils que l'on croit insupportables. Qui le sont, jusqu'au jour où l'on s'aperçoit que le vide creusé par l'absence s'est rempli d'autre chose, que notre regard s'est tourné vers un horizon différent, où la peine finit par se diluer.

Nous gardons tous les cicatrices de nos blessures, nous taisons tous les hurlements de nos douleurs vives, quand nous comprenons que nos cris ne les font pas disparaître.
Nos vies d'homme sont un apprentissage de ces écorchures, de ces griffures sur la toile voulue parfaite d'un idéal illusoire.

J'ai été jeune, moi aussi, et, moi aussi, j'ai cru en un avenir parfait. Il m'a fallu cette illusion, pour me donner l'impulsion d'avancer. 
J'ai été moins jeune, et mon beau tableau s'est ombré de vilaines tâches. J'ai appris à les intégrer dans mon angle de vision, puisque je ne pouvais pas les supprimer ou les ignorer.
Ces accrocs font partie de ma vie. Ces accrocs m'ont enseigné la sagesse et la force de les surmonter. 
Ma vision de l'avenir n'est plus l'illusion d'un horizon limpide. Elle est la croyance de ma capacité à trouver une lumière derrière les ombres. Ma certitude que cette lumière s'affaiblit et se perd parfois, mais reste là, en potentialité, pour qui sait la préserver.

Je vois bien que je n'écris que des mots rebattus, que je n'invente rien et que mes idées sont usées.
Et alors ? Une vérité perd-elle son essence d'avoir été dite et répétée ? N'est-ce pas justement là le signe évident de son universalité ?

Ne vaut-il pas mieux reprendre à son compte des basiques avérés, les intégrer et les mettre en application, au mieux, que de rechercher une illusoire issue nouvelle, là où il n'y en a pas ?

Je ne suis pas novatrice. Je recherche un enseignement dans ce qu'il m'est donné de vivre. Pour m'aider à vivre au mieux le temps qu'il me reste.
C'est une ambition modeste. C'est pour moi un fondement essentiel.

Le vieux pommier a chu. Il ne sera plus dans mon paysage. Sa marque me restera.

Et imprégnera dans ma mémoire de jolies images pour éclairer le souvenir du temps où il se dressait là.

Je vous laisse ici pour aujourd'hui. Le vent souffle encore. Indifférent et dédaigneux du vieux pommier à terre.


mercredi 24 février 2016

PETIT PEINTRE



Suiveurs des nouvelles d'Agorreta, bonjour !


Les jours pluvieux alternent avec les trouées ensoleillées. La période annonce le printemps, et parle encore de possible mauvais temps :




Ce matin, nous avons de la chance,  c'est lumière sur la baie, même si le ciel laiteux avertit que nous sommes toujours en hiver. D'accord.

Je vous ai entretenus tout au long de la sombre saison de mes travaux de peinture.
J'avais entrepris un tour d'horizon de mes intérieurs, pinceau à la main.
J'aime bien réaliser moi même ces petits travaux. Le souci d'économie n'est pas mon seul moteur, même s'il n'est pas négligé dans l'affaire, évidemment !
Je sais pertinemment que mon travail est imparfait, totalement hors des règles de l'art. Si je ne le savais pas, certains se chargent de me le dire, les bougres !

J'accepte cette critique, mais je n'en tiens pas plus de compte que ça. Je fais à ma manière, et le rendu me convient, à moi. Alors...
J'ai souvent des petits projets en tête, sans prétention mais très porteurs d'espoir. Ces petites choses de son quotidien qu'on organise, ces petits changements que l'on se prévoit, parlent d'un avenir agréable à vivre, espéré et apprécié par anticipation.
J'aime imaginer les satisfactions convoitées, les améliorations supputées, les plaisirs promis.

A la ferme, il ne faut pas aller chercher bien loin matière à amélioration ! Où que l'on regarde, il y a moyen de faire mieux. Rien n'est figé, rien n'est prévu pour rester tel quel. La vision d'un avenir inerte, aussi optimisé soit-il, ne nous visite pas trop. 
Nous pensons le temps à venir comme une plage de découvertes, d'aventures, presque.

Mes bricolages du dimanche, mes heures creuses occupées ici et là, sont une manière d'avancer gentiment, vers un avenir incertain mais amical.

Mes rénovations dans la vieille ferme ne sont peut-être pas bien pérennes. Les fissures maladroitement rebouchées rouvriront leurs sourires narquois dans les coins et les plafonds.
Et alors ? Je recommencerai, et voilà tout ! Ce sera l'occasion de revisiter mon petit monde, de l'enjoliver au goût du moment.

Je suis capable aussi d'une vision à plus long terme. L'avenir ne se pense pas la veille, je le sais. Pourtant, je reste convaincue de la nécessité d'intégrer l'arbitraire dans les projections les plus élaborées. Et cet arbitraire se vit au jour le jour, lui.  

Je ne veux pas sacrifier mon bien-être quotidien, mes modestes mais précieuses satisfactions, à un idéal lointain, aussi attirant soit-il. Non, ça, je ne le veux pas.
Peu en ce monde naissent pharaon avec une pyramide en perspective...

Ma vieille ferme  me veillera au jour de mon dernier soupir, sans doute.
Ce qu'il adviendra après,  je peux essayer de le figurer, mais je n'en serai pas maîtresse. On me reproche assez de tout vouloir diligenter de mon vivant, sans que je pousse le vice jusqu'à vouloir diriger d'outre-tombe !
Cet avenir-là se décidera sans moi. J'infléchirai une courbe à ma manière, et d'autres poursuivront leurs trajectoires derrière moi.

En attendant, je vis, ici, sans grande ambition peut-être, mais avec plaisir.

Je peins, pas pour les générations futures, juste pour masquer les plus vilaines fissures...





Une vieille cuisine multicolore, enjouée et taquine,

Une chambre pimpante et pleine de gentils démons,


Un fuchsia audacieux et des rideaux à pois, 








Une sombre armoire luisante et ventrue, 

Une salle d'eau tricolore,









Je peins, mettant de la couleur et de l'allant,







Des pans ensoleillés et des frises vieillottes et nostalgiques,

Des corniches en courbe et des cruches rondes,

Des angles noisette et de la faïence rétro,




Je peins, des meubles de rien et des placards presque vides,

Je peins, comme on chante,  pour égayer l'hiver et l'humeur sombre.
 D'un bout à l'autre de la ferme, mon pinceau à la main, je peins, contente et amusée.

La belle saison va me tirer maintenant dehors. D'autres tâches vont venir égrener mes heures perdues. Ce temps rempli de peu et pourtant plein de sens. Ce sens discret et essentiel qu'il faut couver comme fragile et vulnérable.

J'ai étalé mes couleurs, rafraîchi les vieux murs.

Mon ouvrage résistera ce qu'il pourra, au temps et à la mauvaise fortune. Je recommencerai, ou d'autres le feront, à leur façon.

Pas besoin de se projeter haut et loin pour vivre bienheureux.
Juste besoin de se voir faire, et avancer.

Nous attaquons bientôt les travaux de printemps à Agorreta. Nous nous préparons à cette nouvelle saison, encore, et toujours...

A bientôt, et sachez vous aussi profiter des petites choses de la vie !

lundi 22 février 2016

DIMANCHE BRICOLAGE



Bonjour à tous !

Ce dimanche à Agorreta, nous avons mis en oeuvre mon petit projet pour l'amélioration des conditions de résidence de mes vaches, tout au long de la saison de pâturage.





La journée s'annonçait bien belle. La lune descendait se coucher sur la baie. Le ciel sombre ne présentait pas de nuages. 








A l'est, un moment plus tard, même perspective lumineuse.
Ce dimanche serait beau, limpide et sans ombre au tableau.











Le soleil levé, bêtes et gens soignés, nous étions prêts à attaquer le chantier :






J'avais à mes côtés mon renfort de prédilection. Karrarro remisé en extérieur, nous pourrions travailler à l'aise :





La première tâche à entreprendre consistait à permettre l'ouverture de la porte métallique  du fond de l'étable, donnant sur le pré. Ce petit débordement de la porte en acier est terriblement tentant pour une vache. Elle va forcément à un moment ou à un autre vouloir s'y gratter voluptueusement le flanc, s'y frotter le front, s'amuser de la sonorité métallique de l'ensemble, et jouer avec, tant et si bien que la pauvre porte finira par céder, dégondée et lamentable. Impossible de laisser cette tentation à portée de mes toutes belles...








Un petit obstacle  bloquait l'ouverture optimale. Oh, pas grand chose... le tuyau d'alimentation en eau de l'étage ! Un peu utile, tout de même, à préserver, quoi !
Le jour où un plombier de passage positionna ce tuyau, j'imagine que la grande porte était fermée. Et que personne ne s'est demandé comment ça donnait quand elle s'ouvrait...
Nous sommes à Agorreta, toujours, et, à Agorreta, chaque jour suffit sa peine. Nous sommes tellement contents de remédier à une panne, que nous ne nous tracassons pas trop de connaître les conséquences futures de nos opérations. Même aussi prévisibles qu'ici !
Non, l'avenir nous paraît regorger de tant d'aléas imprévisibles, que nous mettons dans le même panier ceux là qui coulent de source. Et les traitons avec la même philosophie fataliste, en nous disant que, ma foi, le jour où un os se présentera, nous aviserons !
Et le fait est, jusqu'ici, nous avons toujours, avec plus ou moins de succès, c'est vrai, avisé. Alors... nous continuons de vivre bienheureux et confiants !




Ne croyez tout de même pas que nous sommes complètement béats et imprévoyants ! Non, non non ! Nous sommes capables d'envisager les choses, et d'en préparer l'organisation, avec soin.
Voyez tout ce petit matériel joliment présenté sur notre atelier maison. N'y a-t-il pas là souci d'anticipation ? 

Notre projet de ce dimanche a nécessité un minimum de préparation, quelques achats de petites fournitures et autres . A Agorreta, nous tâchons toujours de faire avec ce que nous avons sous la main. En dernière extrémité cependant, nous sommes prêts à nous résoudre à acheter, une petite bricole ou autre.







En première étape, il fallait donc reculer le tuyau d'eau, et dégager une masse bétonnée au sol.

Quelques coups de burin, deux trois ajustements en finesse, et hop ! notre tuyau reculait suffisamment pour dégager l'embrasure totale. Quel succès encourageant, en ce début de journée !




















Pour la suite des opérations, il fallait dégager toutes pièces susceptible d'être endommagées par une petite troupe de vaches désœuvrées :






Accessoires de la trayeuse, prise électriques et autres objets de convoitise devaient disparaître de l'aire de stabulation libre. Une vache, c'est très curieux, de nature. Très intéressé par tout ce qui peut se humer, se lécher, se pousser ou se tirer. 






Le maître de maison, entre deux déambulations, venait constater l'avancée des opérations.

Notre deuxième étape consistait à baliser l'aire de stabulation. A séparer le fond de l'étable du reste, de façon à maintenir les vaches à l'abri, mais cantonnées dans cet espace réservé.
Ici intervient mon joli portail galvanisé.











Ces matériels d'élevage sont solides et résistants. Leur pose et ajustement demande des outils à l'avenant. De grosses clés, des chevilles imposantes, des tire-fonds de compétition. Ce n'est pas du matériel d'horloger, c'est sûr ! D'ailleurs, à Agorreta, du matériel d'horloger, il n'y en a pas. Nous sommes plus dans le lourd, le gros, le dur !


 


Quelques ahanements plus tard, quelques tâtonnements pour trouver une pierre dure à creuser entre deux sillons de salpêtre tombant en poussière après, notre portail était en place, s'ouvrant et se refermant d'une poussée de petit doigt distrait. Quelle merveille !

Nous attaquions ensuite la préservation des branchements électriques environnants.
A Agorreta, l'électricité  n'est pas plus impeccable que le reste. Elle serait même pire que l'ensemble, ce qui n'est pas peu dire !
L'installation est ancienne, les repiquages et reprises improvisés multiples, les normes complètement exotiques. Je vous l'ai dit déjà, pas un artisan ne franchit notre seuil sans un frisson d'effroi. Et tous essaient de passer au large.
Dieu merci, un mien cousin, brave parmi les braves, accepte de nous dépanner, quand personne de sa spécialité ne le ferait. Que le Seigneur nous le préserve longtemps...

Ce dimanche matin, toujours très volontaire et téméraire, je me suis dit que j'allais enlever le boîtier d'alimentation du concasseur à maïs.


 Vous vous souvenez que je l'avais sorti dans la semaine. J'avais déconnecté le branchement électrique, les doigts dans le nez, sans aucun problème.
Ce boîtier si rondement neutralisé, le débrancher de la boîte qui l'alimentait me semblait très à ma portée.
Première action sécuritaire, j'ai coupé le compteur général. Bien.
Ensuite, j'ai ouvert ledit boîtier, soufflé dedans pour enlever le plus gros de la poussière, et je me suis attaquée à dévisser les dominos. 
Je ne sais pas ce qui s'est passé au juste, mais, à la première vis soulevée, plusieurs fils se sont défaits, et un ensemble hirsute et agressif m'a pratiquement bondi au visage. Tiens donc ! J'étais surprise, et décontenancée, par cet assaut intempestif de câbles en colère.
Bah ! me suis-je dit, qu'à cela ne tienne ! Je vais isoler tout ce que je dois enlever, et rebrancher le reste par couleur. Ça doit aller !
J'ai mis en application, langue tirée et totale concentration mobilisée.
Quand j'ai voulu rebrancher le disjoncteur, le poussoir s'est révolté en un puissant "tchlak" catégorique et brutal. Mince !
Toute penaude, je suis retournée à mon boîtier, j'ai examiné mes branchements, sans comprendre d'où venait le problème. Nous avons à la ferme le "380". Dans ce boîtier, il y avait multitude de fils, moult connections et relais compliqués. Je n'y comprenais goûte, mis à part que ce que j'avais fait n'était pas correct, et que l'installation outrée avait opposé un veto formel.
Le cousin appelé à la rescousse me conseilla d'isoler tous les fils en attendant sa venue, en début d'après-midi. Je convoquai tous les dominos en effectif présents à la ferme, et appliquai la consigne scrupuleusement.






Mes fils hirsutes étaient tous chapeautés en sécurité.
Après le déjeuner, l'homme de l'art rebrancha tout ça en un tournemain, redonnant vie à la trayeuse sinistrée.
Dépitée de ma défaillance, je ne pus que m'incliner, et remercier le sort d'avoir autour de moi des renforts d'une telle qualité.





 Mon aire abritée de stabulation libre est aujourd'hui prête à recevoir son monde.
Les beaux jours venus, mes vaches disposeront de cet aménagement à leur bonne volonté.

Un progrès supplémentaire à Agorreta.  
Un dimanche fertile et distrayant.
Une installation électrique qui a failli flamber...

Encore une fois, à Agorreta, nous sommes passés à côté du pire. La chance nous a préservés, du mauvais sort et de notre propre maladresse.

Alors, pourquoi s'en faire plus que nécessaire ? Nous n'éviterions pas tout à essayer de tout prévoir. Et nous vivrions bien moins bien, si nous perdions notre belle confiance en un avenir amical et bienveillant.

Un bien beau dimanche, et une encore jolie satisfaction, d'avoir mené à bien ce petit projet, modeste et optimiste.

Je vous retrouve bientôt. Pour vous récapituler la fin de mes travaux de peinture dans la vieille ferme. J'en suis venue à bout. Jusqu'à la prochaine fois, quand Agorreta vivante fissurera de nouveau de ses vieux murs de pierres.


A très vite !