Mercredi 1er janvier 2025
Ce 2025 sonne bien. Quart du nouveau siècle. Qui sera le dernier pour moi.
On annonce pour les décennies à venir de grands bouleversements : climatiques, économiques, numériques.
Je ne vivrai sans doute pas assez longtemps pour en être sévèrement impactée. Ou notablement améliorée dans mes conditions de vie, pourquoi pas ? Bouleversement peut-être inconfortable. Il peut quand-même déboucher sur une ère meilleure. Ce n'est pas ce qu'ils semblent prédire, nos scientifiques. Peut-être se trompent-ils du tout au tout ? Ce ne serait pas la première fois.
Moi, j'ai foi dans la capacité d'évolution des espèces. Notre humanité peut changer, disparaître, même. Le courant de vie ne s'éteindra pas pour autant. Pas tel que nous le connaissons, sans doute. Autrement. Et pourquoi pas, mieux ?
La théorie du "on ne revient jamais en arrière", (Darwin ?), dans l'évolution me paraît discutable. D'où tient-on ça ? Sur quelle période d'études se base-t-on pour une telle assertion ?
Mon intuition reste constante. Nous sommes porteurs d'une force de vie. Notre enveloppe charnelle n'est pas imperméable. L'étincelle anime ici, comme là, ou ailleurs. Notre seule prérogative est de savoir l'accueillir, ou pas.
La force de vie trouvera un autre support, quand, nous, pauvres êtres fats et misérables, ne seront plus capables de jouer notre modeste rôle de transmetteurs à peine actifs.
Je discutais dernièrement de la personnalité des gens. Quand mon interlocutrice en faisait un tout, je la considérais fragmentée. Je suis capable de faire confiance à quelqu'un sur un sujet, et m'en méfier totalement sur un autre. Nous ne sommes pas tous fiables globalement, ou indignes de confiance en bloc.
Le fait de prendre quelqu'un en défaut sur un point auquel on est sensible n'augure évidemment pas d'une relation très productive. Ce n'est pas pour moi rédhibitoire, à moins que cela ne me nuise gravement. Ce qui, d'expérience, est rare, si l'on s'en tient à des relations raisonnables en profondeur. C'est-à-dire plutôt superficielles.
Une connaissance me rapportait il y a quelques temps avoir entamé un genre de parcours de développement personnel. Très à la mode, ça. Ca commençait par un questionnaire où il fallait lister les 20 personnes qui avaient changé votre vie.
Je serais bien en peine de remplir ce quota ! Mes amis se comptent sur les doigts d'une main. Mes ennemis, je n'en compte pas de sérieux. Quelques scories en orbite éloignée de mon noyau, à la limite. A la réflexion, leur contribution dans ma vie a été après coup positive. J'ai toujours appris de mes déconvenues. Conforté une défiance immanente, certes, pas toujours constructive. Mais, toujours d'expérience, malheureusement souvent fondée.
Ca n'empêche pas d'apprécier favorablement les traits autour.
Pour exemple, un de mes proches : quand il prend un engagement, il s'y tient. Je ne l'ai jamais pris en défaut sur ce point. Par contre, il a tendance à récolter des informations douteuses, à la source incertaine. Trop content de sa provision, il la partage sans attendre meilleure vérification à qui veut l'entendre.
Il a eu maintes occasions de vérifier qu'il s'avançait souvent en terrain vaseux. La contradiction implacable lui est venue comme tombe la pierre. Sans discussion possible.
Et bien, il continue ! Sa conviction n'est en rien entamée. A sa décharge tactique, il se passe toujours un temps d'incertitude entre la livraison de l'information, et sa vérification. Dans ce laps temporel, mon proche reste celui qui est au courant avant les autres, et cette prérogative fugace doit le satisfaire au point de surpasser l'inconfort de sa posture quand on lui objecte imparablement qu'il a eu tort. Un genre de chat de Schrödinger, ni mort ni vivant tant qu'on n'a pas ouvert la boîte.
Evidemment, ce n'est pas le genre de personnes à qui l'on partage une information confidentielle. Pas plus qu'on ne se fie à ses ragots, aussi gouleyants soient-ils. Ce qu'ils sont souvent.
Ne serait-il pas dommage de se priver de sa capacité à tenir un engagement, (en dehors de celui de tenir sa langue), pour autant ? Il est totalement fiable ici, complètement glissant là. Je compartimente tout ça, prends ce qui me va, et me préserve du reste.
De la même manière que mon courant de vie souffle à la transversale de nos individualités charnelles, les traits de caractère, les personnalités, dans leur diversité et multiples facettes, ne s'agglomèrent pas dans une configuration réduite au seul individu. Nous sommes des porteurs chargés de traits universels, en une combinaison fantasque.
Je suis beaucoup dans la théorie de ce tout hors de nous. Où nous puisons comme dans une corbeille de fruits. Sauf que le choix n'est pas nôtre.
Et bé ! Mon début d'année est faussement intellectuel.
Voici ici l'exemple frappant de mon goût à divaguer dans des idées floues. Bien malin qui y trouverait un sens, si ce n'est celui du désordre caractérisé d'un esprit débridé et déraisonnable.
Je revendique.
Je suis seule en ce jour. La logistique ne me requiert pas. Allégée de l'intendance culinaire, j'ai ce temps d'écriture où je m'ébats comme un jeune chiot.
Ca ne donne rien en terme d'avancée intellectuelle. Ca m'amuse beaucoup.
Je ne demande pas plus. On ne m'en demande guère davantage. Ma poignée d'amis me connaît. Les autres s'en foutent. Au pire, chercher un sens dans ce fatras leur fait perdre du temps. L'emploieraient-ils mieux ailleurs ? Pas sûr, puisque rien ne les oblige à me lire.
La journée est magnifique, lumineuse d'un soleil pâle d'hiver.
J'irai cette après-midi par mes sentiers inédits cueillir encore du houx et du laurier. J'ai oublié les bouquets suspendus au dessus de mes vaches, lundi. La prévention des gales n'est sûrement pas garantie par ces amulettes botaniques. Elle n'en est sans doute pas entravée non plus. Je ne fais qu'appliquer le théorème de Pascal. (Le philosophe, pas l'autre). Un pari, qu'on ne peut que gagner, puisque le perdre ne change rien au cours des choses. Pas la moitié d'un con, tout de même, le bonhomme.
Demain, je continue à la jardinerie mon chantier remise au propre de la pépinière. Le travail avance bien. Les collègues m'assistent sans rechigner. Eux aussi trient en moi le bon grain de l'ivraie. Ils se méfient de mes envolées ouvrières, mais suivent quand-même le train.
Comme quoi, dans l'ensemble, je ne dois pas le mener trop mal.
Lundi 6 janvier 2025 18h45
J'ai fait une rapide relecture de l'article 2024. Relevé et corrigé plusieurs fautes. D'autres resteront, faufilées par là.
Hier et aujourd'hui, ma promenade, m'a ramenée 50 ans en arrière. Le vent puissant module entre les hauts fils électriques son souffle grave.
Par un dimanche après-midi d'alors, ma mère venait de me couper les cheveux. Le résultat me plaisait, pour une fois.
J'avais déjà alors le goût de ma balade de maintenant. Le vent de ce jour là mugissait pareillement à celui d'aujourd'hui. Le même chant a fait pont entre ces deux moments distants d'un bon demi-siècle.
Encore une fois, j'ai salué la petite fille d'alors, encore floue dans sa gangue, prémisse fidèle pourtant de l'adulte en devenir, et de la femme vieillie d'aujourd'hui.
Samedi 11 janvier 2025
Me voici en "vacaaaances", comme disait feu ma mère avec mépris. Femme de dur labeur. Paix à son âme.
J'ai charcutaillé ce matin. Condamné pour la troisième fois ma machine. Graciée d'autant. C'est seulement la lame, cette fois-ci. Bien.
J'ai regarni le congélateur. Je commençais à voir le fond. Disette annoncée : début de panique.
Mon programme a été un peu bousculé de ce contretemps mécanique. Je n'avais pas mes invités ce midi. J'ai pu décaler l'heure du déjeuner sans autre contrariété que la mienne.
En allant m'aérer, (les souffles du jour rendaient la choses rapide), je suis passée le long du portail de Nikolas. La petite et non moins vénérable Neska était là. A la vue de Lola, elle s'est hérissée. Ma vieille en a fait autant. J'avais un peu avancé. Je suis revenue sur mes pas. Ces deux là sont bien capables de s'attraper à la gorge, et de finir lamentablement toutes deux, à un âge aussi avancé, emmêlées dans la boue. Comme ce serait triste !
A ce moment, je vois Rroko s'approcher de Neska, la contourner, et faire écran entre les deux petites vieilles prêtes à en découdre. Aussitôt, ma Lola a hissé pavillon de paix. Un peu de sagesse lui est venue. Elle s'est éloignée du portail, l'air de rien, comme si c'était son projet premier. Neska, toute raide, a vaincu sans combattre. C'était bien mieux ainsi. Nous sommes reparties, chacune de notre côté.
Parlant de chiens, je viens de finir un livre : "Son odeur après la pluie", de Cédric Sapin-Defour. Pas facile à retenir, le patronyme. Un homme et ses chiens, donc, un, en particulier, un bouvier bernois : Ubac. J'ai bien adhéré à l'histoire, forcément. Un peu passé au large, sur le début, avec le "il m'a choisi". Et carrément décroché, à la fin, quand il maintient le chien couché sur une palette, à soigner des escarres, et chasser les mouches. Une horreur. Après encore, la douleur, le manque, talali talala, alors là, j'ai trouvé presque indécent. J'ai d'ailleurs sauté à la fin. Un peu mieux, l'image des bons moments, la science de l'instinct animal en legs.
L'auteur s'insurge contre qui lui parlerait du Bengladesh, et le targuerait de "chouiner", à cette triste occasion. Je l'en targuerais aussi. "Je casserai le crâne à quiconque" me dirait ça, en gros. Je pense avoir peu de chance de l'entendre toquer à ma porte. Aussi, je le dis.
J'ai toujours vécu avec des bêtes. Souvent de grosses bêtes, auxquelles mon quotidien m'attachait de liens indéfectibles. En sachant que je les enverrai un jour à l'abattoir. Ou, guère mieux, que je les sortirai de l'étable, mortes, tirées au tracteur, corps lourd, mou, poignant.
Les chiens, j'en ai toujours eu, aussi. J'ai partagé mes jours avec eux. J'ai d'ailleurs retrouvé dans ce livre cette complicité fusionnelle. Elle m'a parue être très justement rendue.
Je les ai accompagnés, tous, jusqu'au bout. Jamais je ne les aurais laissés se dégrader ainsi. Je comprends la difficulté à choisir un terme pour les bêtes dont l'attachement nous a suivi sur tant d'années. Je persiste à dire que c'est inacceptable. Je persiste à dire que le contrat, quand on prend une bête, quand on accepte sa confiance, c'est de lui faire une bonne vie, et une mort propre.
Ceci fait, le manque, je conçois. La douleur telle qu'elle est décrite dans ce livre, non. Je suis peut-être insensible. Je ne le pense pas, vraiment. Quand mes chiens mourront, s'ils le font avant moi, je ne m'abîmerai pas en lamentations. J'aurai une peine vive, oui. J'en prendrai aussitôt d'autres. C'est ce que j'ai fait plusieurs fois. Je leur ferai la vie belle. C'est le contrat, je me répète : il est clair, dès le départ.
Bref, ma balade m'a menée dans le bois derrière l'anglais espagnol. Mon chêne vénérable a une grosse branche déchirée en travers de sa ramure. Les fougeraies sont aplaties de tant de pluies. Mes sentes nouvelles s'embaument de l'odeur du bois coupé. Le temps fera son œuvre, et rendra à la nature ce qu'on lui a enlevé.
Je m'apprête à quérir un canapé. Oui, je ne suis pas totalement satisfaite de cet angle, ici. Je vais faire du shopping, lundi. Voyons si quelque chose me va, et si, surtout, je suis capable de sursoir, si je ne trouve pas ce que je cherche. Bien souvent, je me suis rabattue sur moindre tentation, quitte à brider mes aspirations. Le progrès m'est à portée, allez...
Mercredi 15 janvier 2025 18h20
Ma semaine est de balades dans la campagne. L'ai vif ravigote le neurone.
D'hier, je retiendrai la longue pause contre les pierres chaudes d'une bergerie, près de San Esteban, face à un cirque bordé de montagnes douces. Une prairie un peu pentue, une rivière claire sur des galets chatoyants, les pans de roches, quelques aigles hauts dans le ciel, avec leur queue en triangle. Le silence bercé dans le murmure de l'eau. Le vol plané des rapaces coulé sous les nuages hauts.
J'ai engrangé ce moment parmi tant d'autres, maintenant, où la paix s'est posée sur moi, en grâce.
Lundi, j'ai donc fait mes emplettes.
J'ai trouvé mon canapé. Il remplit 90% de mes critères. Dossier haut, assise ferme, et pas trop profonde, coussins intégrés pour caler parfaitement la lombaire. La tendance du moment n'est vraiment pas celle-là ! L'affaire a été rondement menée. Nous l'avons avec Olivier rapatrié sitôt dégotté. Il allonge maintenant ici son confort douillet. J'écris d'ailleurs là, bien calée, sous la lumière tamisée. Mes stations sur la table ronde, étaient confortables, aussi. Seule, la lumière un peu forte agressait. Pour la lecture aussi, je suis parfaitement installée, ici. Je me promets de longues séances loisir.
Un grand plaid imprimé vert et ocre me le protège. Les chiens l'adorent déjà. Les motifs animés compensent la perte de ma frise végétale dans la montée d'escalier. Elle commençait à se détacher. J'ai repris tout ça, en appliquant ce vert de gris si élégant sur l'ensemble des boiseries de mon petit logis.
J'ai en projet de reprendre une face du muret de la terrasse. J'attends des températures plus clémentes, pour une bonne prise de la peinture.
Là, je vais investiguer dans les débuts de ce bloc. Je cherche les dates de naissance de mes aïeux. Les plaques funéraires sur le caveau familial ont accusé le coup des tempêtes d'automne. Je vais les faire refaire. J'ai dans l'idée de graver dans le marbre la filiation maternelle. Puisqu'à Agorreta, l'histoire de la ferme s'est transmise par les femmes. Un hiatus après moi, le temps d'une seule génération, sans doute. On recherche bien la parité sur les bancs de l'Assemblée...
Vendredi 17 janvier 2025 18h10
La crête du Jaïzkibel est encore ciselée d'or, à cette heure.
J'ai allumé ici mes lumières. Hier matin, j'ai installé de nouveaux points : les anciens, à ces endroits, étaient trop faibles. Enfin, ces presque cinq dernières années, ils allaient. Là, ils n'allaient plus. Quelques fines retouches peinture, et le tour est joué. Le fait est, on y voit mieux. Je n'ai plus besoin de l'ampoule centrale pour écrire, ou lire, sur la table ronde. Un repositionnement de ladite table équilibre d'après moi maintenant parfaitement la pièce. Je suis la seule à remarquer le changement, et la différence.
La balade d'hier fut du long de la Bidassoa. L'eau était curieuse, d'un vert métallique en miroir fidèle des berges, et au delà, jusqu'aux immeubles hauts d'en face. L'onde est claire de toutes ces pluies, et du calme retrouvé de ces derniers jours. Le froid aussi sans doute décante les micro-organismes descendus vers le fond.
Au soir, je me suis fait une séance ciné, bien calée dans mon canapé. Il tient ses promesses, celui-ci.
J'ai regardé "Les jeunes amants". Fanny Ardent est magistrale dans le rôle. Tout dans le regard, dans le modulé grave de la voix. Je la connaissais affectée dans ses interviews, avec un air intello-mystérieux à peine intrigant. Là, je l'ai adorée.
Cette histoire d'un amour atypique, voué à un avenir écourté par la maladie, et, même avant ça, par le seul âge. Très finement perçu, et rendu. J'ai manqué quelques répliques, faute de sous-titrage.
C'est étrange cette présomption de la mort programmée pour les vieux, et hors de l'horizon des plus jeunes. Dans l'ordre des choses, bien-sûr. Mais ces choses là sont-elles soumises à un ordre ?
Quand aucun avenir n'est assuré plus loin que le prochain souffle d'air inspiré. Plus loin que le prochain battement de cœur, quand le sang pulse, ou s'arrête. Plus loin que la milliseconde où, dans un épouvantable fracas de tôles, le corps broyé se désarticule en pantin inanimé. Quand, le regard soudain se fige, éteint, vitreux. Vide.
Et tout ça toujours sans raison, et sans préavis.
La vie n'est pas due. Elle est un miracle de chaque instant. Pour tous.
Nous l'oublions. Nous nous aveuglons. Aussi, comment vivre autrement ?
En se distrayant.
Pas plus tard que "demain, à l'aube, à l'heure ou blanchit la campagne", je ne partirai pas, non, je râclerai. Je râclerai mon muret de terrasse pour faire tomber les écailles de vieille peinture soulevée par les infiltrations d'humidité. Je vais tâcher de faire un travail un peu en profondeur. Hum.
En fin de matinée, le soleil en plein aura tiédi l'enduit. J'appliquerai alors voluptueusement ma peinture "respirante". L'eau là dedans circulera librement, sans avoir à boursoufler sa contrariété d'être retenue. C'est l'idée. Re-Hum.
Au moins je m'y amuserai. J'y reviendrai sûrement très vite. Le temps court de la durée de mes ouvrages ne m'empêche pas d'y consacrer les meilleurs espoirs de résultat. Je m'inscris dans un avenir très incertain. Par philosophie de vie.
Dimanche 19 janvier 2025 18h
Je rentre à peine d'une après-midi jardinage au grand air. C'est pour moi le summum de la journée réussie. Une matinée douillette, à cuisiner, m'occuper de mes bêtes à l'étable, de mon intérieur dont les derniers réaménagements me comblent. Pour le moment, toujours, n'est-ce pas ? Puis, le déjeuner des familles, détendu, gourmand. Une sieste digestive, et hop ! l'activité légère et agréable, en extérieur toute.
J'ai mis en terre une seconde planche d'oignons et d'échalottes. Les premières résistent tant bien que mal après les intempéries brutales de l'automne. Le carré de fèves, les pois, verdissent bien le coin, vus de loin. De près, on voit qu'ils ont bien souffert, eux aussi.
La terre était grasse de tout le fumier encore en décomposition. Opulente comme la chair d'une femme forte.
J'ai fait le tour du remblai avant de rentrer. A cette heure et en cette saison, les montagnes bleuissent derrière les ramures grises. Leur silhouette se découpe, nette, sur le ciel d'où la lumière se retire. Les chiens ont fureté dans l'herbe mouillée.
Nous sommes rentrés vivifiés et sereins. TtonytaPetra se sont levées, un peu poussives de leurs gros ventres tendus de tout le foin qu'elles mangent. Je vais devoir les mettre au régime pour la sortie au champ. L'élagueur est attendu cette semaine. Nous verrons après ça.
Mercredi 22 janvier 2025 11h30
Quelques affaires familiales me requièrent. Ca me donne l'impression de servir à quelque chose. J'ai toujours eu besoin de ça pour me sentir bien.
Le déjeuner cuit dans le four. La logistique est assurée.
Je me suis occupée hier de ma fameuse plaque funéraire. J'ai opté pour du granit poli blanc. J'avais pensé à des médaillons de photos. Pour ne pas surcharger, j'ai préféré un filigrane de gerbe de blé et bouton de fleur. Ca m'a paru sobre, élégant. Tout nous.
Revoir des photos de ma mère, toute petite chose dans son fauteuil, rêveuse, comme plus tout à fait là, m'a émue. J'ai aimé recompulser ces images. Celle des miens. Ceux d'où je viens.

Vendredi 24 janvier 2025 20h28
Une journée très mécanique :
La grande perche de la nacelle se déploie de toute sa longueur : l'élagueur travaille à plus de 30 mètres de hauteur.
Son ouvrage terminé, l'engin lourd de 15 tonnes de carénage massif cale en pied de la rampe bétonnée. La terre est là grasse de toute l'eau collectée. Avec ma petite brouette, il m'arrive de m'y enliser. Toutes proportions gardées.
Qu'à cela ne tienne ! Nous sommes immédiatement augmentés d'un prompt renfort.
On couple et on décuple les forces motrices. Tous à la queue-leu-leu, pieds aux planchers, l'orchestration est parfaitement synchronisée. Rugissements des moteurs, câbles tendus sur l'effort, et zou ! le balourd est sorti de ce mauvais pas. On compare avec les petits personnages derrière, miniatures.
C'est qu'il est gros, le bougre ! Je serre les dents à son passage : 2m85 de large, pour 2m90 disponible entre la rambarde et la clôture. L'enfançon glisse sans rien toucher.
Le petit (!) broyeur à chenilles s'en sort haut la main.
Rendus en haut, sauvés et sauveteurs se congratulent.
Et oui, on a toujours, souvent au moins, besoin d'un plus petit que soi !
L'équipage a terminé son travail sur les carolins.
Maintenant, le vent peut souffler, comme dit Jeanne.
D'ailleurs, il s'y amuse dès ce soir.
Mercredi 29 janvier 2025
J'ai failli hier à la rentrée de la jardinerie sortir de la voiture en rampant, tellement la bourrasque était violente au bout du balcon. A ce matin, pas de dégâts. Mes carolins élagués n'oscillent plus de leur ramure immense.
Je me suis consacrée ce début de semaine à quelques administratifs courants.
Entre autres, cette vignette Crit'air. Encore un petit racket, pour ce que j'en comprends. Les voitures immatriculées sont parfaitement repérées. Un contrôle à la plaque, pourrait renseigner l'agent chargé de la vérification, sans qu'il y ait besoin de tout ce battage. Le coût du lecteur ? J'y crois moyennement. Je ne vois plus trop d'aubergines dresser des contraventions sur un carnet à souche, me semble-t-il. Tout ce petit monde est équipé. Encore que mes très rares incursions en ville ne me donnent pas l'occasion de vérifications pertinentes. Une balise à l'entrée des villes ne serait-elle pas suffisante ? Je suis peut-être en avance sur la technologie.
En attendant, voilà le moyen de collecter quelques euros que multiplient des millions de voitures, des milliards sur la communauté européenne. Et de faire travailler la poste, puisque, curieusement, le truc ne se télécharge pas. Je me trompe, ou l'attestation Covid se téléchargeait, elle ? L'imprimerie nationale ne va pas débander non plus.
Ah bah, mes protestations ne changeront rien au système. Et mes théories méfiantes ne m'empêcheront pas de m'y plier sans faire plus d'histoire.
Je suis dans le troupeau. Je bêle parmi les autres. Mais j'avance, docilement.
En parlant de troupeau, Marcel est passé, tout à l'heure. Il tient toujours la forme, et la bosse du négoce. TtonytaPetra ne l'ont même pas "calculé".
Dimanche 2 février 2025 18h15
Ca sent déjà presque le printemps. Le soleil est revenu du côté gauche de la Rhune. Je le vois en son lever, quand je vide la brouette à fumier, les jours où je ne travaille pas.
Tout l'après-midi, j'ai bricolé dans ma cour-jardin, au soleil chaud dans ce recoin protégé. J'ai renforcé la sellette qui me sert de table basse, devant mon nouveau canapé. Je peux ainsi m'assoir dessus, sans sentir sous moi un déportement inquiétant.
A cette heure, la brume estompe les contours du Jaïzkibel, en fines gouttelettes suspendues dans le gris. Je coupais les racines noueuses d'un lierre accroché à l'acacia en coin de l'ancien poulailler. J'en ai scié deux ou trois lignifiées, aux crampons féroces. L'humidité m'a interrompue. J'y retournerai. Là, il va déjà y avoir pénurie de sève pour pas mal de lianes.
TtonytaPetra sont pansées. Derrière les carreaux, la brume s'est alourdie en eau. Les gouttes s'accrochent au câble électrique, se laissent glisser en tyrolienne, et chutent ensuite.
Je m'apprête à ma soirée.
Mercredi 12 Février 2025 11h
C'est ma semaine de congés. J'ai pu profiter hier d'un grande journée Mari-ami de plein air, du côté d'Etchalar et de son église séculaire. La "ermita de Sta Cruz" était bien jolie aussi, avec ses stèles ésotériques.
Nous avons beaucoup marché. Je m'inquiétais d'avoir aujourd'hui les jambes raides. Et bien pas du tout ! La mécanique reposée reprend du fluide et du délié.
J'en suis ici à quelques affaires courantes. De ces démêlages dont je suis friande, quand je ne suis pas en première ligne. Là, le front se rapproche quand-même un peu...
Pour varier les plaisirs, je vais sûrement cette après-midi peaufiner la consolidation de ma sellette. Je me suis équipée. La première ébauche m'a parue si prometteuse qu'elle me propulse vers les sommets.
Je m'en retourne maintenant à mes casseroles.
Samedi 15 février 2025
Une journée d'une grande tiédeur. J'ai fait ma première sieste au soleil de l'année.
Je suis très requise ces jours-ci par toute une série de recherches financières, mobilières et compagnie. C'est parfois nécessaire.
Pour m'aérer tout de même, j'ai vaqué à mes occupations jardinières : l'églantier demandait à être protégé des coups de fils de débroussailleuse, et l'angle de la cour de l'étable devait être repaillé. Pas d'intervention de Ttony cette année : elles sont encore à l'attache, dedans. Si le temps se maintient au sec, nous ne devrions pas tarder à la sortie d'hivernage.
Je suis allée ensuite faire mon tour de remblai. J'ai humé le parfum d'herbe fraîchement coupée sous la clôture, exalté par les coulées fraîches sur les nappes d'air tiède.
Le moment est à la quiétude.
Dimanche 23 février 2025 20h15
Une fin de semaine très agréable, à la jardinerie. Des bricolages légers, amusants, au résultat immédiat. Tout ce que j'aime. Le soleil est de la partie, la pépinière est pimpante du grand nettoyage de janvier. Les plantes arrivent, fleurs et senteurs. J'arpente les allées comme en promenade.
La clientèle paraît moins en effervescence. Les affaires tournent au ralenti. A surveiller.
Ici, je triture toujours du chiffre. Je m'y suis toujours amusée. Les enjeux sont sérieux, mais pas désespérés. Plaie d'argent n'est pas mortelle !
Lundi 3 mars 2025
Je vais aller contempler les talus où les violettes en tapis denses ont pâli de froid ces derniers jours.
L'actualité de la semaine était aux chiffrages et montages divers. Le résultat est largement positif. Ca en valait vraiment la peine.
Pour le reste de la période, une branchette de carolin s'était coincée entre les sabots de Petra. Je ne l'ai retirée que deux jours après l'avoir remarquée, après qu'elle a ( tournure grammaticale qui sonne étrange, mais dont j'ai vérifié dernièrement la correction), suffisamment desséché. Elle avait déjà commencé à bourgeonner, bien au chaud entre les sabots de ma belle, douillettement nichée dans la gangue boueuse.
J'attends de voir comment repartiront mes carolins, justement. Si la force de vie de leur charpente est aussi vive, ils devraient verdoyer avec opulence.
Mercredi 5 mars 2025.
Nous étions il y a 5 ans à moins d'une semaine d'être figés dans un confinement inimaginable jusque là.
Je me souviens de la même balade que j'ai faite aujourd'hui, alors, devant ces mêmes paysages étales, chromatiques sous une brume diffuse, où le soleil éclaire en damiers entre deux nuages.
Le panorama est le même. Nous étions alors pareillement avec Olivier. J'ai pourtant l'impression d'être dans un tout autre monde.
Alors, mon père, pressenti mourant, et, pour une fois, à juste titre, était le pivot de mes jours et de mes nuits.
Aujourd'hui, je tourne autour de mon confort égoïste, de mon bien-être et de la paix de mon esprit. Quelques sujets satellites me distraient, mais n'entament pas, ou peu, cette presque sérénité enfin conquise.
Mes soixante ans ont sonné. Ca fait bien longtemps que je les annonce à la cantonade, histoire de devancer le calendrier. Maintenant, je vais pouvoir dire que je vais sur mes 70. On me confond d'ailleurs parfois avec Luixa de Maillarenia, qui, elle, doit les avoir. Comme quoi, si je suis restée une grande enfant dans ma tête, mon visage, lui, devance l'appel de l'âge...
Lundi 10 mars 2025.
J'ai jardiné l'après-midi. Le potager devient bien joli, avec les planches démarrées, et quelques fleurs dans le fond.
Au retour, Bullou m'a fait un petit vertige auriculaire. La pauvrette s'est mise à geindre en reculant en cercles titubants. Je l'ai vite rattrapée, et tenue contre moi. Quelques minutes de réconfort, et elle est repartie. Là, elle se repose sur le canapé, bien fatiguée. Maudit Ménière ne se cantonne pas à l'espèce humaine...
Un autre que je soupçonne depuis toujours de ne pas se cantonner à l'espèce humaine, c'est ce vilain bacille de Coch, vecteur de tuberculose.
Le vétérinaire vient demain, pour les prises de sang prophylactiques et ce fameux test de tuberculination. L'an dernier, Ttony m'a fait très peur. Là, je repère bien l'aviaire, avant, et bovine, en arrière. J'ai vérifié pas plus loin que dans ce "bloc".
Je ne serai tranquille que vendredi, à la lecture officielle.
Mardi 11 mars 2025.
La vétérinaire est passée ce matin. Une toute jeunette, frêle et gracieuse. Ces petits gabarits sont souvent plus agiles et adroits que des grosses masses musculeuses et brutales. On s'en sortait pas trop mal, avec mon système de contention breveté.
A un moment, clac ! la corde de Ttony a cassé. Là, ça a été une autre histoire.
La vétérinaire en avait fini avec elle, heureusement. Mais il restait Petra à faire, et Ttony, tête libre, encornait tout ce qui lui passait à portée. Dont moi, agrippée à la corde de contention de Petra. Pendant l'opération rasage dans le cou de la tuberculination pour la brune, j'ai essuyé quelques assauts cornés de la blonde dans mes parties charnues. Un bon petit coup sur la mâchoire, aussi, mais sans mal.
Nous sommes venues à bout de mes furies. Pour l'année prochaine, je pense prévoir un assistant, pour éloigner la tête de Ttony du champ d'action.
Surtout, j'ai intronisé deux nouvelles cordes, plus épaisses, et plus solides, j'espère...
Mercredi 12 mars 2025.
A ce soir, pas de renflements sur le cou de TtonytaPetra. Je croise les doigts.
Tout autre chose : je viens de terminer un livre de J Christophe Rufin : d'or et de jungle. Une intrigue économico-géopolitique à la trame bien convaincante.
J'y vois illustrées mes théories de manipulations à grande échelle. Les grands groupes aux visées en marge de l'éthique ou de la légalité cherchent des territoires où pouvoir atteindre leurs objectifs sans être bridés par le politiquement correct.
Ils installent au pouvoir, dans des pays fragilisés par des fractures souterraines, des hommes de paille à leur botte. (Ah ah !). Ils ont ensuite les mains libres pour mener à bien leurs entreprises controversées et empêchées partout ailleurs. Ca paraît terriblement vraisemblable, et plutôt bien documenté.
Ca me donne l'impression d'une petite perspicacité désabusée. Je ne participe pas au jeu citoyen. Par passivité intrinsèque, beaucoup, mais aussi parce-que je crois les dés pipés.
Notre bon vieux Donald ne fait que dire tout haut ce que tous pratiquent en douce, sous des simagrées diplomatiques feutrées. Le monde est brutal. Il est cynique. Ceux qui disent le contraire nous prennent pour des billes. Et les quelques rares qui les croient sont des autruches.
A part ça, les talus s'animent de tâches guillerettes d'hellébores mauves. Juste plus bas, sur la sente, les fritillaires ont poussé leurs feuilles bigarrées. Les asphodèles ont tiré leurs hampes, et les premières pétales éclatent les lances noires.
La vérité est là, dans cette nature aux cycles immuables.
Elle est là, dans le regard d'affection et de confiance inconditionnelles de mes chiens.
Elle est là, le long du flanc chaud de mes vaches tranquilles.
Je vais descendre vérifier pour la centième fois que rien ne bouge du côté des carrés rasés.
Vendredi 21 mars 2025 18h10
Le ciel, la baie, le flanc du Jaïzkibel, la ligne de mer à ma droite, tout se répond en gris chromatiques. Le vent fort est tombé. La pluie est prévue.
Mes pois ramés ont été chiffonnés. J'ai redressé les filets. Les cosses s'allongent, de nouvelles fleurs blanc pur éclosent. Mon potager est tout frais, pas trop malmené par les bourrasques.
A un angle, un tumulus recouvre la sépulture d'un chat familier, mort subitement de sa belle mort. Son petit maître vient régulièrement visiter le monticule. Il y dépose quelques fleurs champêtres. Il y a planté une branche de carolin. Le vent le fait tomber. Il le replante à chaque fois.
Pour donner un petit coup de pouce au destin, j'ai repiqué une toute jeune pousse de saule, et une marcotte de rosier, de chaque côté de la butte. En prenant l'eau pour arroser mes plantations, j'ai sauvé un joli lézard étale à la surface du bidon. Il s'est laissé cueillir sans se débattre, et je l'ai déposé sur la tôle chaude à côté.
J'ai ainsi honoré la mémoire du chat mort, et ramené à la vie un lézard parti pour l'être.
Ces jours-ci, mes occupations administratives me tiennent. Je rajoute à mon arc quelques flèches nouvelles. Le milieu de la finance bancaire m'était terre étrangère. Je m'y aventure maintenant en connaisseuse.
C'est ainsi que j'ai appris ce matin, à la faveur d'une recherche avortée pour trouver la case où renseigner la prime d'activité, qu'on considérait dans ces cercles d'initiés, que le vulgaire smicard n'était vraiment pas pressenti pour accéder à la propriété immobilière, de nos jours.
Monsieur le banquier roulait sa mollette, sur l'écran les tableaux défilaient, dans un sens, dans l'autre, à m'en donner le tournis. Nulle part ce complément salarial du pauvre ne trouvait à se caser. Je m'étonnais quand-même qu'une chose aussi courue que la prime d'activité ne soit pas prévue dans les dossiers de demandes de prêts. Et bien, on ne savait pas où la mettre. Un joker appelé en renfort louvoya lui aussi, puis finit par indiquer un point de chute, moyennement convaincu, à vérifier.
Et c'est là qu'on m'enseigna que le smicard en question se traînait rarement dans le bureau de Mr le banquier, avec le projet d'acheter un bien. Un petit crédit à la consommation, où il se fait essorer jusqu'à l'os, ça oui, mais un projet plus ambitieux, non. Bon.
Je ne l'ai pas dit sur le moment, ça ne m'est venu que plus tard : je connais bien des petits épargnants aux salaires modestes, aux comptes mieux garnis que quelques bien mieux payés pour leur travail, qui crament leur argent au fur et à mesure qu'il rentre.
Je n'étais pas partie pour débattre. Juste pour faire avancer un dossier qui mollissait dans sa vitesse. L'objectif atteint, nous nous en sommes retournées, avec ma familière, totalement satisfaites. Les considérations sociales attendront.
Pour fêter ça, nous avons avec mes frères été déjeuner à Ibardin. Une sangria et un verre de cidre plus tard, je trouvais le paysage grandiose, le ciel boursouflé de nuages longs magnifique, le monde avenant et la compagnie amicale.
Une très bonne journée, donc.
Lundi 24 mars 2025 18h
Quand j'ai vu le plafond bas gonflé de pluie, ce matin, je me suis dit : tiens, aujourd'hui, je vais pouvoir me faire une bonne séance d'écriture.
Ca fait plusieurs fois que je me promets ce plaisir.
A chaque fois, le temps me passe en d'autres occupations mineures ou moins mineures, et mon temps d'écriture se réduit comme peau de chagrin.
J'écris, oui, mais plutôt des messages, administratifs, amicaux, ou assimilés.
Pas mes chroniques au jour le jour.
Je dépose quand-même quelques notes hâtives ici, histoire de ne pas perdre tout à fait le fil de ce temps dense.
Les divers avancent gentiment. Certains bondissent allègrement. D'autres lambinent, voire s'envasent. J'arrive à me détacher de la chose suffisamment pour ne pas souffrir de ces atermoiements. M'y intéresser assez pour m'y amuser encore.
Je garde la saine hygiène de m'aérer, chaque jour. Au travail, je suis en extérieur du matin au soir. Ici, la matinée est souvent domestique, dans la maison douillette par des temps pareils.
L'après-midi, la sieste s'est voluptueusement étirée. J'en suis sortie toute reposée. J'ai rêvé, me sentant coupable de ne pas suivre suffisamment ma mère, de la laisser livrée à elle-même, la sachant handicapée.
La culpabilité me taraudait férocement. Réveillée, je me suis rappelée qu'elle était morte. Que mon père était mort tout pareillement. Que ni l'un ni l'autre n'avaient plus besoin de moi. Que j'avais accompli mon devoir, en son temps.
Je me suis rappelée, que j'avais aussi fait en sorte de transférer la propriété de la ferme. J'ai du me convaincre que je m'étais donc exonérée par le fait de la responsabilité de son devenir.
Ma mère, à travers les âges et depuis les morts, ne peut tout de même pas me demander de perpétuer mon serment de la conserver sur les dix générations à venir. J'ai fait ma part. J'ai tenu parole. Le reste ne dépend plus de moi. Je dois, oui, je dois, m'en détacher.
Tiens, après l'éclaircie où j'ai pu admirer les verts tendres gagner dans les bosquets sur les gris, la pluie redouble, crépitant sur les tuiles suffisamment pour que je l'entende.
TtonytaPetra resteront à l'étable les jours à venir. Elles ne s'en plaignent pas.
Ce matin, la première hirondelle s'est perchée sur les tuyaux sanitaires. Ensuite, je ne l'ai plus vue. J'espère qu'elle n'a pas repris la route.
Le grand rapace dans le remblai va devoir vite déménager de son poste d'observation sur le piquet central. Il y a du mouvement, deux grosses machines comme l'été dernier.
Ca nous fera un autre fil d'actualité.
Vendredi 4 avril 2025 19h20
Mon fil d'actualité se relâche.
La période est aux dissonances sentimentales, quand les déceptions amoureuses mutent en transactions financières. Je suis, de pas trop loin, les tribulations autour de la vieille ferme.
L'heure d'été nous fait les soirées longues.
Mes séances public-relation sont chronophages. Utiles, je l'espère.
Pour le reste, TtonytaPetra sont splendides. Les chiens vieillissent. Le potager prospère. La pépinière est toute belle.
Nous allons reprendre le clôture de sortie d'étable samedi en huit avec Olivier. Mon ex-mari-ami ne se dédie pas.
Je suis chahutée, mais le fond reste serein.
Lundi 7 avril 2025 17h23
J'écris pourtant beaucoup, entre mes messages aux uns et aux autres. Mais pas là. C'est divertissant. Moins léger tout de même.
Nous avons eu une fin de semaine intense à la pépinière. Des scores jamais atteints.
C'est grisant. Fatigant aussi. Particulièrement ces chariots pour enfants. Je vais leur trouver un petit garage pas piqué des vers. Bien caché.
Dans l'instant, je vais me faire une virée autour du remblai. La courbe de niveau change de jour en jour. La montagne de terre avance comme une marée. Pour le moment, c'est praticable. Je louvoie au jour le jour...
Ce devrait être une métaphore de la vie.
Vendredi 11 avril 2025 18h30
Louvoyer, métaphore de la vie, je ne croyais pas si bien dire !
Ce monde des financements immobiliers est déconcertant. Des dossiers, des justificatifs, des calendriers, échéanciers, et tutti quanti.
Quand on pense avoir fait le tour de la question, bim ! quelques milliers d'euros échappent à la programmation. A quelques jours de la signature finale, évidemment, quand il est trop tard pour reculer.
Heureusement, les bouseux ont les mains pleines. Beaucoup de choses se rattrapent, avec un peu, (ou beaucoup !) de monnaie.
Une virée éclair en ville entre deux poteaux de clôture, et nous voici au soir d'une belle journée tiède, tranquille d'une grisaille dolente. Ladite clôture remplace oh combien avantageusement l'ancienne barrière lamentablement décatie.
Nous avons eu le malheur de faire une pause en milieu de matinée, en laissant le chantier en cours. J'avais juste sorti TtonytaPetra, sagement remisées dans l'étable jusque là.
Evidemment, la nouveauté les a intriguées. En quelques minutes, elles avaient ployé deux piquets, soulevant les platines que nous avions eu bien du mal à fixer sur le sol inégal. Pourtant savamment usiné à la burineuse par Antton.
Enfin, tout est bien qui finit bien. Les vaches sont mieux gardées. Le banquier est content. Et nous voyons approcher la fin de l'affaire.
Samedi 12 avril 2025 18h30
Soir d'une journée agréablement remplie, aujourd'hui aussi.
J'étais à la maison. Après une virée bibliothèque et pharmacie, (il faut nourrir l'esprit dans toutes ses demandes), j'ai vaqué aux quatre coins de la ferme et dans la cour, révisé en profondeur le potager, amendé tout ça juste avant la pluie.
L'aubépine sous le fil du téléphone est ramenée à de justes proportions. Plus râblée, elle aura moins de prise au vent. Ses cousines sauvages savent courber l'échine pour lutter contre les rafales sur les hauteurs rocheuses. Celle-ci est amollie de sa vie facile. Et l'environnement ne se prête de toute façon pas à une oblique trop prononcée.
Je suis à peu près à jour. Le désherbage attend une période sèche. Là, le ciel s'assombrit. TtonytaPetra sont dedans. Les chiens, qui m'ont suivie toute la journée de ci de là, se reposent. Un flan parfumé cuit dans le four. Antton vient de finir de débroussailler le haut du terrain. Il nous a ramené de la terre de ce même haut. Si demain la pluie ne nous prive pas, nous continuerons nos jardinages en bas.
Ma vie me plaît. La rumeur du monde en désordre ne m'inquiète pas. Quand elle le devrait. Tant de volte-face désarçonnent tant qu'on s'abstient de penser même se remettre en selle. L'immobilisme répond à la frénésie. Donald et ses méthodes de manipulation des masses interloquent. Les guerres sont maintenant psychologiques ou virtuelles. Ou les deux.
Le monde tourne mal. Le mien tourne aussi loin que possible de cette folie.
J'arrive donc au soir de mon samedi si diverti.
Une opération nettoyage de gouttières nous a menés avec le mien familier tout au bout de l'échelle. J'ai aussi rattaché un vilain câble mal réajusté lors de notre chantier peinture de l'année dernière.
Lundi 14 avril 2025 16h30
Nous étions en plein jardinage autour des bacs dans la cour de la ferme, quand la pluie nous a arrêtés. Nous avions fait le plus gros. Quelques rajouts de terre de ci de là, et nos plantations devraient s'épanouir comme jamais. Je ramènerai demain quelques annuelles mises en nourrice dans notre serre de la pépinière. Elles égaieront les pieds des agrumes de couleurs vives.
Là, j'attends l'accalmie pour aller vaguer dans la campagne rafraîchie de pluie, tiédie, dans la pleine fougue printanière. Les bosquets déclinent tous les tons de vert. Les chatons des saules volent en plumetis légers. Les talus s'animent des vivaces dardées de terre. C'est le printemps, quoi.
J'ai l'impression cette année qu'il me bouscule moins. Je ne saurais dire en quoi.
Hier après-midi, par contre, fût laborieux d'une fatigue nerveuse mauvaise. Je pensais boucler une déclaration fiscale en deux coups de cuillères à pot. Et bien, pas du tout ! Je suis tombée sur le seul Cerfa non numérique, à croire.
Si je ne m'étais pas entêtée, je me serais gentiment contentée de remplir le formulaire qui se présentait, bon enfant, à la première sollicitation de recherche. Ce n'était pas bien sorcier. J'aurais gentiment attendu ce matin pour appeler le service idoine, puisque qu'un sibyllin "service des enregistrements du domicile du donataire" ouvrait un vaste champ de possibilités : pas moins de 6 occurrences ! Ce matin, un simple coup de fil au service de renseignements dédié à la mairie, et hop ! j'avais cerné l'objectif.
Au lieu de quoi, non, avec la mienne familière, nous avons essayé, et essayé encore, de remplir le formulaire en ligne, pour le télétransmettre dans ce fameux espace personnel où l'on se sent comme chez soi. Au bout de la démarche, le même message de non-recevoir nous claquait sans surprise à chaque fois au visage : remplissez le formulaire 2735. Et le dit formulaire 2735 exigeait clairement d'être déposé en deux exemplaires dans le mystérieux et fuyant "service des enregistrements du domicile du donataire".
Cette machine était imperturbable, incorruptible, froide et sèche.
Ca nous a agacées. Nous pensions tenir là la fin de nos démarches initiées depuis plusieurs mois. Notre dépit était grand, et notre entêtement autant.
Evidemment, il nous a fallu capituler.
Le soir m'a trouvée la tête brouillée. Une rapide promenade autour du remblai débroussaillé m'a mal rassérénée.
Ce matin, là, ça a été du bonheur, donc. J'ai comme au bon vieux temps inséré les deux exemplaires du formulaire dûment complété dans une grande et belle enveloppe. Rédigé soigneusement l'adresse idoine. Je me suis même fendue d'un courrier à la vieille manière, formules d'entrée et de sortie protocolaires. Toutes choses tombées en désuétude depuis longtemps. Ca m'a presque rendue nostalgique.
Rendue à la poste centrale pour l'envoi de mon pli précieux, j'ai été rattrapée par la modernité. Point de guichets vitrés où un ou une préposé recueille religieusement l'offrande, et la traite avec le respect du à son rang. Fini le bulletin calque où on renseigne les adresses, expéditeur et destinataire, langue tirée entre les lèvres, empêtré dans la chaîne du stylo mis à disposition, mais prudemment attaché à un socle inamovible.
Non, ici, je suis entrée, jeté un œil circulaire sur un environnement qui n'avait plus rien à voir avec celui que je connaissais. Quelques personnes faisaient pourtant une file familière devant un bureau ouvert, où une préposée s'occupait effectivement de leur requête. Je m'apprêtais à prendre ma dernière place, enveloppe serrée contre moi.
A côté de moi, un très vieux monsieur s'affairait devant un automate. Je remarquai une balance. Tiens, me dis-je, ça ressemble à quelque chose que je connais. Le monsieur avait déposé une enveloppe modeste, par rapport à la mienne, sur le plateau. Il pianotait sur un clavier, même pas laborieusement.
J'observai sa manœuvre. A ma bonne surprise, je compris qu'il envoyait un courrier en recommandé. Diantre ! comme les choses avaient changé ! Et comme ce vieil homme bien plus vieux que moi se débrouillait bien !
Je me sentis campagnarde arriérée, un instant. Puis, quand le vieil homme eut fini, je pris sa place. Les consignes s'affichaient urbainement sur l'écran. Le déroulé était simple, fluide. Je cheminais sur du velours.
Mon aventure prit fin au moment où je collai la vignette sur mon enveloppe, et la glissai dans la boîte tout à côté.
Je m'en retournai, saluant à la cantonade. Personne ne répondit.
Le monde a bien changé. Je veux dire, beaucoup, pas forcément en mieux. Efficace, quand tout se déroule bien et dans les ornières des cas prévus. Hermétique, dès qu'un pas se perd de côté.
Si le vieux monsieur y arrive, je devrais y arriver aussi, allez !
Dimanche 20 avril 2025. 21 h
Un dimanche de Pâques gris, humide, froid. Les quelques chalands dans les allées vides de la pépinière étaient grincheux, ou atones. Ou les deux.
J'ai vaqué très mollement, trouvant presque le temps long.
Un rhume carabiné me tient. Je vis chaque instant après l'autre, chaque filet d'air comme une victoire.
Vincent nous a fait une crise d'appendicite. Je reprends du service, quand je me passais très bien de ces tâches sûrement honorifiques, mais plutôt barbantes.
Bah ! ce ne devrait pas être long.
Ici, un dossier se bouclera mercredi. Et un autre s'ouvre. 2025 sera mutatif.
1h20
Je me lève pour essayer de respirer un peu mieux. Assise, c'est mieux que couchée.
J'aime bien ces levers dans la nuit, quand je sais avoir dormi avant, et avoir le temps de le faire encore après. Je me souviens souvent alors de mes parents. Quand ils avaient besoin de moi à ces heures là, on se faisait souvent une infusion, et on la buvait gentiment, eux, bien installés dans le lit, et moi assise à côté, sur le déambulateur. C'étaient des moments d'une grande douceur, sensation inédite dans la famille, de grande paix, dans le silence de la nuit tranquille. Là, j'ai aussi ma tasse fumante, parfumée au miel.
J'entends le vent souffler par rafales dehors. De grosses averses crépitent sur les tuiles. Ici, il fait bon. J'ai rallumé les radiateurs. Les chiens dorment. TtonyaPetra ont soupiré quand je suis allée prendre le pot de miel à côté. Je les imagine s'étirer, puis se réinstaller, quand elles comprennent que je ne descendrai pas.
J'imagine aussi mes deux couples d'hirondelles lovés dans les nids qu'ils se sont choisis pour cette année. Ils pratiquent un genre d'assolement triennal. Le même nid ne sert pas deux années consécutives. Il doit y avoir une période de vide sanitaire.
Le troisième couple n'est pas encore là. Celui-ci, c'est dans la porcherie remise qu'il crèche.
Derrière le hangar, entre les pierres et les parpaings entassés là, une portée de lapins vit sa vie. Il y avait quatre lapereaux au départ. Là, il en reste trois. Un des rapaces en vigie constante dans le coin a du en prélever un. Les trois garnements semblent bien insouciants : ils sortent dans l'herbe, se dressent à peine parfois quand il voient planer l'ombre dans le ciel, où qu'un des chiens s'approche. Ils sont bien vieux, maintenant, mes chiens. Lola flaire parfois entre les pierres. Les autres, rien. Ca nous fait un petit spectacle bucolique.
Lundi 21 avril 2025 19h50
Petite réunion des familles autour de la ferme. Quelques remontées acides. De bonnes conclusions globalement.
Mercredi 23 avril 2025 2h40
Ces nuits de veille ne doivent pas s'installer.
Je ne ressens aucune fatigue intellectuelle, ni même physique. La mécanique de base, pourtant, regimbe. J'y vois moins bien. Mes oreilles sifflent en alarme, sans que ça me gêne. Alors que ça le devrait.
Je connais ces signaux. Je connais ma pathologie. Je connais, et reconnais, cette exaltation extraordinaire. Cette braise prête à prendre feu. Cette chaleur ardente du volcan qui se réveille.
Rien que dans ses mots, je la sens là, la crise hypomaniaque avancée.
Les circonstances sur ces quelques jours font qu'elle m'aide. Elle me pulse dans le cerveau une vitesse artificielle, grisante, percutante. Quand en marche "normale", je suis une randonneuse très moyenne, là, je deviens marathonienne.
Je sais comment, cet état de grâce, qui n'en est pas, se paie.
Je saurai d'ailleurs, tout à l'heure, combien, il se paie ! J'espère avoir été suffisamment prévoyante de ma ressource. Avoir épargné assez pour pouvoir brûler là quelques cartouches.
Passé vendredi, je réorganiserai ma restauration vers des eaux plus calmes. Je ne veux pas présumer de mon endurance.
Ce passage dans plusieurs années me sera-t-il compréhensible ?
Oui, je pense que oui. Sauf si trop de fusibles ont grillé dans ma petite cervelle surmenée.
Les dates anniversaires des évènements qui comptent, dans une vie, vous reviennent, généralement.
Celles-là, particulièrement. Il y a 5 ans mon père se mourait. Il faisait dans ses courtes séquences de mauvais sommeil des rêves plus mauvais encore. Qui venaient jusque dans les miens distiller leur poison.
En 5 ans, de l'eau a coulé sous les ponts. A Agorreta, rien ne s'est figé. Bien loin de là ! Le temps s'est précipité comme une eau vive sur un lit de galets. Bondissant là, tournoyant ici, refluant plus loin, pour s'engouffrer dans cette brèche tendue, qu'on ne voyait pas.
Cette brèche, je veux la croire lumineuse. Pour le moment, rien ne vient saper ma foi.
Lundi 28 avril 2025 18h15
Le grand soleil nous est revenu après une période de mauvais temps.
Je vaque toujours à mes affaires locales.
J'ai tout de même pris le temps cette après-midi de réviser mon potager, où les premiers pois gonflent joliment. Les oiseaux viennent les piller. Les trois lapereaux ne se sont pas encore rendu compte de la manne qu'ils auraient là.
En attendant ces prélèvements, j'admire mes planches rafraîchies, opulentes, et variées.
La dessous, c'était il y a quelques jours, au soir d'une journée orageuse. La lumière soufrée du soir enluminait mes paysages. Une merveille de plénitude à contempler.
Vendredi 2 mai 2025
Je pense beaucoup à mon père, ces jours-ci. Date anniversaire oblige.
Plus largement, je pense beaucoup à mes aïeux. Nous conversons entre deux mondes. On se comprend bien, eux et moi.
Lundi 5 mai 2025 20h20
J'attends de voir si TtonytaPetra se couchent pour continuer mon ouvrage sur leurs sabots. Avec mon petit sécateur, je rogne un petit peu à chaque fois. Ca nous fait un moment soin-caresses.
Pour le reste, les petits dossiers vont leur train. Camino caminando.
Vendredi 9 mai 2025 18h20
C'est ma fin de semaine "vacaaances".
Je m'apprête à un samedi charcutailles, avec Olivier. 15kgs de barbaque dans le réfrigérateur. Seule, j'en fais moins à la fois. Comme j'ai rapatrié la viande dès ce soir, nous allons commencer plus tôt, au lieu d'attaquer à près de 11h, comme je le fais quand je vais chercher la viande le samedi matin.
Ca devrait nous laisser l'après-midi pour balader. Il doit faire mauvais. Les bords de Bidassoa sous les ciels gris sont plus apaisants, je trouve.
Je ramasse des fèves et des pois. Je passe juste avant les oiseaux qui les picorent sauvagement. Le potager est moins joli maintenant que ces plants s'affaissent.
J'attends pour les tomates et autres citrouilles. Il fait un frais désagréable, après toute l'eau des derniers jours.
Mes séances d'écriture se font brèves. L'actualité se cale autour de la ferme et de ses tribulations. Quelques scènes comme j'aimais les raconter tomberont donc dans les oubliettes... Tant pis pour la petite histoire d'Agorreta. J'œuvre prioritairement pour celle au long cours.
Lundi 12 mai 2025 11h30
Le déjeuner mitonne. Mes fameuses saucisses avec une potée de haricots feront le régal de mes convives habituels.
J'ai passé le désherbant ce matin. Pas trop écolo, mais pratique, dans les endroits où la broussaille s'installerait facilement.
J'ai fait beaucoup de public-relation pendant mes "vacaaances". Après samedi avec Olivier, j'ai été voir Hélène avec Nicole à St Boes. J'aime beaucoup cet endroit tranquille, le paysage verdoyant, amical, le silence d'une campagne alanguie.
C'est un peu loin, et le temps de route est longuet. J'entends mal Nicole qui murmure, quand on est dans la voiture. Pourtant, ses discussions m'intéressent.
J'en suis toujours à mon ouvrage sur les sabots de TtonytaPetra. J'ai l'impression que mes belles ont une foulée plus dégagée, même sur la surface dure. Encourageant. En plus du plaisir profond à m'assoir entre elles, sentir leur souffle chaud dans mon dos, quand je rogne la corne de leurs pattes arrière. Les antérieurs semblent plus sains.
Nos affaires locales sont calées.
Cette après-midi, je vais ramasser les dernières fèves, arracher les plants, et les coucher sur la terre. Ca fera un paillage pour l'hiver. Il reste encore quelques pieds de pois verts. Une autre herbette ici ou là.
Si les températures montent durablement, je vais repiquer les plants d'été. Un semis de citrouilles par là derrière, et voilà le potager complet. L'ail et l'oignon mâturent. Ils paraissent devoir être jolis.
Mes occupations simples me réussissent toujours.
Demain, je retrouve Vincent après son absence de quelques semaines. J'en suis contente aussi.
Tout va toujours bien dans le meilleur des mondes. Si on ne fait pas tourner l'œil trop large.
Mercredi 14 mai 2025 16h25
J'attends le rappel de "votre conseiller mutuelle". Prévu à 16 heures. Armons-nous de patience.
Ce genre de petite opération de changement est toujours annoncé comme devant rouler sur du velours. Finalement, il y a bien souvent un ou autre petit imprévu pour pimenter l'affaire.
Je n'ai rien prévu de très requérant dans ce créneau d'une bonne heure. D'ici là, Monsieur Mutuelle s'incarnera sans doute.
Il y a eu un violent orage hier chez Lafitte. J'ai retrouvé avec plaisir Vincent et son ron-ron monocorde, très apaisant à l'oreille. Ici aussi, l'eau est tombée paraît-il en abondance. Je suis enchantée de mon système d'étanchéité.
Pour le courant de l'activité, je suis à jour de mes logistiques locales.
Mon petit chantier du moment, les sabots de TtonytaPetra, devrait trouver une amélioration notable dans l'outillage que j'ai été quérir ce matin même : une "feuille de laurier", petite spatule en pointe, flexible, (peut-être un peu trop), un racloir au métal lourd, un bon vieux ciseau à bois. Tout ceci complémenté d'un sécateur double lames, devrait me mener à un ouvrage satisfaisant pour toutes les parties.
J'ai visionné un "tuto" sur le sujet. L'équipe de "pareurs" traite 40 vaches en une demie journée. Passage dans la cage de contention, basculement à l'horizontale de ladite cage, en une fraction de seconde. La vache se retrouve calée sur le côté, les quatre sabots offerts. Là entrent en action les cisailles, serpes et couteaux, meuleuses pour terminer le travail.
Je voulais voir quel était l'effet recherché. Entre le talon corné et les onglons concaves, je ne voulais pas creuser le mauvais portant de l'ensemble. J'ai vu. Je suis loin d'avoir vaincu. Le sabot correctement usiné retrouve sa candeur de la naissance, blanc nacré, d'une consistance presque translucide. Ici, j'en suis loin...
Nonobstant, Ttony a retrouvé son délié. Et Petra galope comme jamais.
Bon, 16h37, il est raisonnable que je tente un appel à contre-sens.
Lundi 19 mai 2025 16h50
Toutes mes tribulations téléphoniques de vendredi ont trouvé un heureux épilogue. Une charmante conseillère m'a rappelée, pour me dire que tout était sous contrôle, et m'assurer de son assistance indéfectible, en cas de besoin. Quel discours bienfaisant. J'ai du attendre samedi pour voir cette promesse matérialisée en une petite carte orange et blanche, où ma garantie M4444 apparaît, comme un trophée victorieux. Ca me fait un souci de moins, comme disait Gilles.
Pour les autres en cours, quelques perturbations ne nous font pas perdre le cap. L'objectif reste en vue, et à portée.
Le tonnerre a grondé durement, cette nuit.
Les rigoles sont pleines d'eau. Printemps pluvieux.
Une seconde volée d'hirondelles est arrivée hier. Il faisait une chaleur moite. Mes petites habituelles étaient toute chamboulées par les nouveaux arrivants. Ca pépiait dans tous les sens. Ca a du se stabiliser pour l'heure. Le secteur est calme. TtonytaPetra rentrées à la grosse averse soupirent d'aise.
Je vais me tenter une sortie. Sous un grand parapluie et avec des bottes hautes "polenta luziak", disait mon père, je vais humer le frais. Près de 30 ° hier, à peine 15 aujourd'hui. Vestimentairement, il faut suivre...
Vendredi 23 mai 2025 11h50
J'attends mes invités habituels. Le repas finit de cuire.
Je vis des journées agréablement occupées, ces temps-ci.
Pour l'ordinaire, mes administratifs, long cours et cours moyen, demandent suivi constant. Je connais, pour avoir déjà pratiqué. J'aime assez.
En dehors, de ça, je promène. Mercredi dernier avec Meriem, du côté du moulin d'Elgorriaga. Le site serait fort joli, s'il ne s'y était incrusté une grosse verrue commerciale. Un genre de cure. Le moulin a été rebaptisé musée des bergers partis en Amérique. Trois colifichets, un tipi et un chariot dans un coin d'herbe, et le tour est joué : on encaisse quelques euros par visiteur naïf.
Nous nous sommes contentées de faire le tour, inspectant les meules énormes enterrées sous la structure. Pour moi, le plus intéressant.
Ensuite, nous avons baladé le long d'un ruisseau clair en contrebas. Un brave homme potageait dans la paix de l'après-midi engrisée. Son chien folâtrait autour de lui. Une scène pour moi idyllique.
Le sentier était bien agréable, ombragé de très vieux arbres dont l'un, évidé en caverne moussu. J'aurais peut-être les images, si Meriem y pense. Elle est en deuil de son frère, foudroyé il y a moins de trois semaines par une crise cardiaque, à à peine plus de 60 ans.
Lundi, ce sera une autre sortie avec Olivier. Une sangria, deux verres de cidre, une bonne assiette bien grasse avant un dessert ultra sucré, la marche tranquille dans les paysages verdoyants d'un printemps gorgé d'eau, et ce sera une journée de détente parfaite.
J'aime bien ma vie de ce moment.
Lundi 26 mai 2025 18h50
La journée a été de détente, en effet, globalement.
A la première heure, une sortie citadine nous a conduits en famille et géométrique compagnie à la mairie. Ce fût l'occasion de fouler les pavés de la nouvelle place de la République.
J'ai repéré dans les parterres une plante peu ordinaire, disséminée un peu partout. Le feuillage fin m'aurait fait pencher pour le gomphostigma, ne serait la couleur vert gris plutôt que vert bleu. Tout de même, ce truc me dit quelque chose. Je parcourrai les jauges de ma pépinière demain, histoire d'assouvir ma curiosité, si je croise une cousine de ces nouvelles hendayaises.
Tiens, une hirondelle vient pépier ici. Elle repart. J'ai des nichée surabondantes, en bas.
Notre visite municipale a été agréable. Une avancée notable nous viendrait du fait de l'angle sud de notre périmètre, rectifié administrativement, en deux coups de cuillère à pot. Cette simple opération aura demandé 8 années de visites, contre-visites, et moults courriers. Ca ne m'a pas déplu. Un peu plus court n'aurait pas été malvenu.
On pourrait là fermer la boucle d'Agorreta, en renvoyant dans ses filets un cadastre glouton. Pour la ceinture secondaire, il va falloir attendre encore. Là, nous sommes les questeurs, et n'avons d'autres leviers que notre bonne figure. Pour ce qu'elle vaut...
Une nouvelle intervenante brune aux fils d'argent paraît de meilleure constitution que les précédents. Bien meilleure sans conteste que cette revêche aux paupières lourdes sur pupille bovine, qui nous fit payer notre modeste acquisition 4 fois le prix du mètre carré, d'après ce que j'ai entendu ce matin. La chienne bâtarde ! Qu'elle croupisse au loin...
Le début d'après-midi fut ensuite bien triste. Il nous a fallu avec la mienne nièce mener le brave vieux Picasso à sa dernière heure. Ses hanches l'ont lâché, sans trop de préavis. Bégonia a officié en douceur.
Le moment a été aussi paisible qu'on puisse le rêver. Au moment où nos législateurs statuent sur leurs bureaux de nos fins de vie misérables.
Quelques allers-retours de mouchoirs après, ce bon chien a été confié à notre bonne terre d'ici.
Ce genre de moment instille une lenteur bienvenue. La vie s'alentit, pour laisser passer la mort, même celle d'une bête. Quand, comme pour moi, la vie de la bête est cotée bien haut, le souvenir de toutes celles que j'ai ainsi menées au bout remonte.
C'est le contrat de maître de garantir à sa bête une mort douce, comme une bonne vie.
Mes chiens sont bien vieux. Ces moments approchent pour nous.
En attendant, je vais diner dans le soleil bas, au milieu des fleurs dans la cour.
Me laisser gagner par la force de vie têtue et pugnace.
Vendredi 30 mai 2025 19h
La soirée est douce. Il est monté une pointe de chaleur ce matin. Puis, l'Embata a rafraîchit tout ça en soulevant une nuage de sable sur la baie.
J'ai récolté mes patates. Ce terreau obtenu en permaculture est une merveille. Les tubercules là dedans s'allongent, lisses, d'un bon calibre. La fourche se plante voluptueusement, s'enfonce loin dans le substrat léger. Je remonte par en dessous les patates oblongues, à peine salies d'une terre poudreuse qu'un simple coup de doigt fait tomber.
Si ma mère avait connu le principe, elle s'en serait régalée.
Les premières nichées d'hirondelles ont pris leur envol. Je double la population par rapport à l'année dernière. J'y vois un signe favorable. Il y a quatre ans, j'étais très inquiète de la perpétuation de mes petits elfes. Je m'installais ici, pas sûre d'être suivie. Là, le succès est total.
Les foins cette année seront rentrés en grand confort. Pas de menace de pluie, des journées pas trop chaudes, un bon air. La qualité est médiocre de toute l'eau tombée au printemps. Là, on n'y peut rien. Les prairies pâles se hérissent ici et là de chaumes mal taillés.
A Macaye, les moutons sont sortis des champs au 20 avril. Si le soleil se montre vaillant, et les nuages de pluie raisonnables, la mouture 2025 pourrait être bien meilleure que celle de l'année passée. A voir, autour de la fin juin.
Je surveille nos plantations d'avec mon mien familier. Tout se porte bien. Pas d'attaques invasives de prédateurs dévastateurs. Il suit la maintenance avec assiduité. Je profite depuis ma fenêtre et la cour de l'étable de toutes ces jolies couleurs qui chatoient gaiement. Les alentours ont belle tournure. Notre transhumance 2021 donne les signes végétaux d'une réussite, là encore. Quelques aléas ne doivent pas perturber le ressenti global.
Tiens, un petit vent taquin joue dans le vieux poirier. Je sens son souffle remonter depuis l'étable grande ouverte. Je vais faire mon tour de remblai avant de dîner.
Dimanche 1er juin 2025 10h30.
J'ai terminé mes logistiques ménagères et domestiques.
TtonytaPetra se lèvent à peine après leur pause ici du matin. Je vais les relâcher.
Une bruine légère danse dans l'air. C'est un peu plus humide que mon ambiance favorite d'hier, celle où le temps semble arrêté, sous un ciel gris étale de la pointe du jour au soir venu.
Je suis décidemment la femme de l'immobilisme. Le mouvement m'est vite inconfort, surtout s'il prend de la vitesse.
J'aime les situations établies, celles qui n'ouvrent plus la perspective d'un horizon large de multiples possibilités, et de tous les choix inhérents à faire. La vie me bouscule, qui ne sait que passer, d'un temps inexorablement mouvant.
Je ne suis pourtant pas figée, quand il faut bouger. On me dit même très réactive. Cette stratégie s'apparente sans doute à celle de ces travailleurs dont on croit qu'ils sont très vaillants, à voir leur rythme d'exécution, quand ils ne sont que paresseux et veulent se débarrasser au plus vite de l'ouvrage qui leur pèse.
Le véritable amateur de travail fait durer son plaisir. On affuble cette dégustation du travail, de l'épithète négatif de lenteur. Question de point de vue.
Il a claqué un orage coléreux, hier soir, autour des 11 heures. La surdité des chiens et la mienne nous préservent de trop de désagrément. A quelque chose malheur est bon.
Mon potager se rafraîchit de cette eau douce. Mes dernières plantations et semis vont mieux s'en porter. Ma cagette de patates se rince sur le banc. J'attendrai qu'elle soit sèche pour la remiser dans la porcherie impeccablement saine.
La fameuse plante familière dont le nom m'échappait dans les parterres municipaux a consenti à se laisser attraper : c'est un saule rampant. Planté en telle densité, je ne suis pas sûre que l'effet en soit très réussi.
Nous verrons cela à notre prochaine visite, à année passée. J'attends la réalisation de notre première avancée, avant de relancer la suite. Si je le fais : j'ai délégué ça. Je dois forcer ma nature interventionniste, et lâcher du lest. Pas facile, pour moi.
Immobilisme interventionnisme. Antinomie caractéristique de ma nature "nahasia"...
Bon, je vais libérer TtonytaPetra, chausser les bottes pour marcher dans l'herbe humide. Je vais à la jardinerie cette après-midi. Antoine boude et a décrété ma mise en quarantaine. Je serai privée de sa conversation. Quel dommage...
Je vais sortir les chiffres à fin mai. Plutôt mauvais. M'en consoler en réaménageant quelques têtes de jauges. Très bon.
Lundi 2 juin 2025 18h30
Le temps n'est vraiment pas de saison. Heureux qui a rentré ses foins. Et récolté ses patates. Ma première planche d'ail s'est affaissée sous le poids de l'eau, je pense, à moins qu'une bête se soit vautrée dedans. A la prochaine journée ensoleillée, je m'occupe de l'arracher et de le natter.
Je serais facilement en dolence, ces jours-ci. Après une période en tension, le relâchement tire vers des zones moins toniques. La molécule maintient tout ça dans des eaux agréables.
Je prévois quelques activités tranquilles, pour ne pas laisser l'ennui installer ses jalons dans ce limon vite fertile.
Des qui ne sont pas en phase de relâchement, ce sont mes petites hirondelles. Hier soir, à l'annonce de l'orage, elles ont rappliqué comme un seul homme. Une vraie patrouille de France, pépiant et virevoltant au ras du plafond. Il y en avait une douzaine, toutes les nichées sorties d'ici.
L'une d'elles est remontée jusqu'ici. Perdue, elle cherchait à se percher. Je me suis amusée de la voir essayer de s'agripper aux branches de mon arbre peint sur le mur. Elle a été leurrée, pauvrette.
Je l'ai récupérée à la porte, délicatement. Je l'ai descendue à l'étable, et relâchée près de ses sœurs. Je n'étais même pas à la moitié de la montée d'escalier qu'elle m'est passée dessus. Elle a fini par se localiser sur le meuble accroché dans l'angle. Elle a passé la nuit là.
L'ambiance était tous aux abris, portes fermées partout, tonnerre et éclairs dans la nuit.
J'ai rêvé de tempête violente, de volets décrochés que je n'arrivais pas à fermer, de mes parents qui m'appelaient à l'aide.
Oui, la période serait propice à du gris.
Dimanche 8 juin 2025 20h20
Le soleil ne se montre décidemment qu'entre deux bancs d'une laitance opaque.
Les foins coupés sèchent quand-même au grand air. Une pointe de chaleur est annoncée milieu de semaine, ça ira. Il y aura du foin en abondance, cette année encore. Les prix devraient se maintenir.
Le gris à l'âme s'est allégé. Sans être tout feu tout flammes, mon humeur se cantonne en zone neutre. C'est déjà bien.
Je me suis fait deux séances relecture, dernièrement, de mes articles anciens. Je suis remontée à l'épilogue de "la Pause". J'ai trouvé pas trop mal. Ensuite, je suis revenue à la période pré-estivale d'il y a 5 ans. Mon père venait juste de mourir. Je me suis retrouvée aussi, fidèlement.
Je fais ainsi parfois des rétrospectives date à date. J'y retrouve le fil rouge des mêmes centres d'intérêt, d'une vie à la constance rassurante. Consternante, diraient d'aucuns... La mienne. Qui me va bien, tout compte fait.
Justement, le temps des comptes ici a passé. Nous attendons les formalisations administratives de nos décisions concernant la situation semi-crise de l'hiver. Encore ces propos obscurs qu'il me faudra décrypter en remontant les années.
Mon "relâchement" y est sûrement consécutif. La tension soutenue réclame détente.
J'ai d'ailleurs aujourd'hui bien pris garde à reposer la mécanique.
La séance toilettage de l'ail, vendredi, à même la terre, m'a passablement fourbue les articulations. Pour parachever l'ouvrage, j'ai hier du manipuler de la grosse plante, bien lourde. Bien chère, aussi, avec une belle vente à la clé.
Demain est férié. Lundi de Pentecôte. Je me demande d'ailleurs à quoi ça correspond, au juste : Pâques, on crucifie le Christ, Ascension, il monte censément au ciel, et Pentecôte, il en redescend ? Je vais vérifier auprès de mon pote GPT.
Bah, je n'étais pas si loin. C'est l'Esprit sain, qui descend. Comme Dieu, son fils et le Saint Esprit sont dans la même Trinité, c'est du pareil au même. Quels enfants, quand-même, ces chrétiens, d'avoir autant le goût des fables.
Demain, je vais ressemer la citrouille. Les premiers plants ont été dévorés au fur et à mesure de leur sortie. Quelle désolation. Je persiste, nonobstant.
Ainsi, ma fin de semaine sera de repos total. Pas de course en ville, pas de public-relations. Des séances de lecture, plongée dans un bon vieux policier gros caractères, pour ne pas fatiguer la vue. Des pauses pédicure entre TtonytaPetra. Elles ont sévèrement boudé la première cape de la balle de foin de la semaine. Dans le cœur de meule, ça paraît mieux leur convenir. Elles sont délicates, mes belles.
Je mets en œuvre le maintien de ma quiétude intellectuelle. C'est mon projet de toujours. Je le vérifie à chacune de mes relectures à temps passé. C'est mon unique ambition. Je ne peux rayonner plus large qu'à la condition de cette préservation de mon noyau. Pour semer la concorde, il faut cultiver l'apaisement. Le sien avant toute chose.
Je pratique, avec assiduité.
Mercredi 11 juin 2025 15h20
La journée était annoncée caniculaire. Une très bienvenue nappe de grisaille atténue les ardeurs du soleil. C'est tout à fait supportable. Installée, à la grande table, dans le léger courant d'air tiède, je suis à bonne température.
A la montagne ça usine pour rentrer le foin. Je m'inquiétais de cet entassement prochain de balles surchauffées. On a déjà entendu des histories de hangar qui prennent feu. Beñat m'a assuré que c'était l'humidité dans les brins, en fermentant, qui favorisait la prise de feu. Tiens donc ! Qui diable a dit qu'il fallait un combustible bien sec pour flamber ?
Il faudra quand même aviser les pompiers de se présenter avec un sèche-cheveux plutôt qu'avec une lance à incendie, quand ils interviennent sur un départ de feu. Blague à part, je pense qu'il n'a pas tort.
Tout de même, cette baisse de la température apaise mes visions cauchemardesques de mon vieux hangar en flammes.
Moi qui cherche l'apaisement, justement, ces derniers temps, la quiétude de pensées légères, je ne suis pas aidée par une satellite en mercure. Je me comprendrai.
Il y a des gens, comme ça, avec qui tout est problème. Et qui sont posés, là, incontournables, gratte de ces papiers dont on ne peut se passer dans toute transaction. Un genre de pas de chance, quand le sort nous attribue en scribe ces gribouillards à la méticulosité outrée. Nous avions eu en son temps le chevalier Arthur, nous avons maintenant la Lucie aux lèvres pincées.
En Avril, à l'occasion de ma précédente affaire notariale, nous avions eu chaud aux fesses, quand notre dossier arriva sur son bureau. Heureusement, elle partait en vacances. C'étaient les congés de Pâques, Dieu et son fils en soient loués !
Un autre collaborateur fût commis à l'affaire. En une semaine, ce qui était annoncé pour en prendre dix au bas mot était bouclé. La terrible Lucie revint juste à temps pour tenter une ultime parade : à trois heures du rendez-vous de signature, elle décréta que ça ne pouvait pas se faire, pour une histoire de fonds bancaires qui n'avaient pas été versés là où ils auraient du l'être. Finalement, au bout de moults coups de fils et allers-retours, banque-notaire, l'affaire trouva une conclusion heureuse, en une séance de signatures parfaitement conforme, fonds ici ou là.
C'est quand-même extraordinaire que d'une personne à l'autre, la même configuration et les mêmes circonstances prennent tournures si différentes.
Je l'ai expérimenté maintes fois, et ne m'en étonne plus. M'en navre toujours, pour autant.
Tout ceci pour dire que mes jours s'égratignent de ces petites contrariétés.
Je tâche de prendre du large. Je cultive notamment la lecture assidue de livres distrayants. J'en fais une grande consommation. Pas plus tard que tout à l'heure, je vais quérir à la bibliothèque quelques ouvrages pour m'assurer la paix de l'esprit.
J'irai ensuite faire ma promenade rituelle sur les bords de la Bidassoa, en bonne compagnie. Je me libérerai de ces quelques scories auprès d'elle. Elle me prêtera peut-être main forte contre Lucie l'entêtée...
Vendredi 13 juin 2025 16h20
Je me tiens à l'abri du chaud. Ca reste très supportable. Je m'en tire en m'aspergeant copieusement, chez Lafitte. Mon arrosage est très assidu, très soigneux, très allongé jusqu'à l'heure du goûter. Après, je vaque plus au frais. La mécanique doit être impérativement préservée.
La vie me coulerait très paisible, si je ne m'agitais pas autour de la maudite Lucie. J'ai décidé de passer outre, ce matin, et l'ai fait savoir. Si besoin, et, surtout, si possible, je vais aussi devoir passer outre ce notaire que j'aimais pourtant beaucoup. Il nous a si longtemps accompagnés dans nos nombreuses aventures.
J'attends de voir semaine prochaine s'il y a quelque chose à sauver. Quelle plaie, ces assimilés secrétaires qui font barrage, obstruction et tutti-quanti.
Mon attitude très insistante, trop ?, n'arrange évidemment pas les choses. Tout de même, je ne vais pas me flageller. Je donne quand-même du bon grain à moudre à notre étude, et depuis bien longtemps.
Un petit changement d'air est parfois salutaire. A suivre.
Je vais faire une sortie : TtonytaPera boudent décidément la dernière balle de foin. Je vais devoir l'évacuer dehors. Je vais me faire ça, sans forcer, dans cette cour d'étable où il y a toujours une brise agréable. Je vais encore les laisser trier jusqu'à dimanche. Puis, je vais céder, éleveuse sans poigne que je suis.
Autour du foin à la montagne, cette année, il y a discorde sérieuse. Quand ce n'est pas Oronos qui met le feu, ce sont les deux protagonistes principaux qui s'enflamment. Enfin, juste Antton, qui a décrété, un jour après moi, mais pour un motif autre, qu'il ne rentrerait pas de foin "pourri" sous le hangar. Bon. Il laisse en plan ce pauvre Beñat, avec ses 70 balles sur les bras. Pas gentil, ça.
Le fait est que dans la nuit de mercredi à jeudi, l'eau est tombée à verse, entre tonnerre et éclairs fantastiques. J'ai admiré depuis ma fenêtre.
Le foin était sec ce mercredi matin, et une légère ondée en début d'après-midi a malheureusement dissuadé l'équipe aux manettes de roundballer. Le foin a été laissé on ne peut plus étale, sur la vaste prairie. Dans la nuit, pluie en trombes.
Hier matin, donc, Antton a unilatéralement décidé qu'il ne voulait pas de ce foin de quatrième catégorie, à placer devant les balles rentrées la semaine dernière, de bien meilleure qualité. Il refuserait de passer son hiver à manœuvrer, pour extraire les bonnes de derrière les mauvaises, à la demande de ses clients favoris.
Lui faire remarquer à ce stade, que, de toute façon, il passait "tous", ses hivers à manœuvrer dans le hangar, n'aurait rien arrangé.
Nous avons bien essayé, avec notre Beñat endémique, de lui représenter que l'agencement de tout ce fourrage était possible. Que si Beñat au second degré voulait rentrer du foin merdique, ça ne nous changerait pas énormément, puisque j'avais décrété, moi, pas plus tard que l'année dernière, qu'il était merdique, son foin, bien séché ou pas.
Pas de danger de combustion, pas d'empêchement logistique majeur, non, cette brouille ressemblait à un caprice puéril.
Notre bougre campé sur ses positions n'a rien voulu entendre. On dirait qu'il se plaît ces temps-ci à poser sur la table une autorité arbitraire qu'il n'a jamais manifestée jusque là.
Déjà, le berger samedi dernier s'est vu tancé : ses brebis étaient dans le champ voisin, le sien.
Je les y ai vues maintes fois déjà. Ca n'avait pas l'air de gêner. Et bien là, oui, ça ne pouvait plus continuer. Tout en affirmant que ça ne dérangeait pas, pas du tout du tout. Alors ?
Alors, comme je l'ai fait remarquer : pourquoi tu lui "pètes les couilles" à ce pauvre berger surmené ?
J'aime bien, cette expression certes crue, mais percutante, à mon goût. Nous la tenons du frérot l'aînée, celle-ci. Il y mettait un ton si savoureux que ça sonnait comme une réplique de Pagnol. Paix à son âme. Leurs âmes.
Et bien, notre Antton était tout fier de recueillir le lendemain des excuses du sieur. Plates, d'après lui. Hum. Le dit berger s'était un peu emporté la veille il est vrai, malencontreusement, à la sollicitation du propriétaire outragé, en hurlant qu'il "n'avait pas que ça à foutre !". Pas bien, ça.
Ces temps orageux doivent fouetter les tendances belliqueuses. Que l'été nous passe vite, et sans plus de heurts !
Si les plus placides aussi virent à la Lucie, on n'est pas sortis de l'auberge !
Pour pimenter la sauce, l'orage serait de retour pour ce soir. Le foin, cette fois dûment roundballé, serait mieux sous mon hangar, qu'à chercher un abri providentiel. Quel suspense...
Je ne m'en fais pas trop : le bougre de Beñat second rang est bigrement débrouillard. Il va trouver où se retourner. Et récupérer notre Antton en deux coups de cuillère à pot. Trois bons repas et quelques rires vont adoucir tout ça.
Je ne me mêlerai sûrement pas de l'affaire. Comme le dit le dicton basque : "ez zakur borroka batian, xartu makil autxi batekin" ( Ne jamais intervenir dans une bagarre de chiens avec un bâton cassé). Ces deux là s'arrangeront bien. Ou pas. On a vu des positions stupides être tenues pour moins que ça.
C'est dommage quand-même, ces conflits nés de rien et nulle part.
La concorde est en ce monde bien trop souvent malmenée. Là non plus, je ne l'apprends pas. Je m'en navre, seulement. Et je n'aime pas être navrée.
Avec tout ça, je me suis fait une petite séance écriture qui me réussit toujours.
Mon ouvrage n'a pas avancé d'autant, évidemment. J'y vais de ce pas.
Dimanche 15 juin 2025 11h.
Mes logistiques de ces dimanches où je travaille l'après-midi sont allégées de la dispense de préparation du déjeuner familial. Je me contente pour moi seule d'un restant de la semaine.
Devant la porte-fenêtre grand bée, Xingudy s'estompe d'une bruine suspendue dans la grisaille cotonneuse. Cette nuit encore, des abats d'eau ont cinglé la terre. Notre chemin qui n'en est pas s'exsangue de graviers à chaque fois. Il va falloir reprendre tout ça. L'artisan va nous voir revenir en se frottant les mains. Dépenses en vue. Le temps est aux investissements lourds sur un avenir espéré meilleur.
Qui espère vit confiant. Jusqu'à preuve du contraire.
TtonytaPetra sont dans l'étable, à l'attache. Ces derniers jours, poussées par les orages chaque nuit, elles y restent de toute manière longuement. J'ai rapatrié ma 2ème balle de foin ce matin. Celle-ci paraît leur aller. Je n'ai toujours pas compris ce qu'elles reprochaient à l'autre. Après vérification probante auprès des voisines moins délicates, j'ai quand-même admis que, pour une fois, ce n'était pas un caprice. Une quelconque odeur indétectable par moi, sans doute. Si je perds aussi, l'odorat... Les voir mâcher voluptueusement leur fourrage m'apaise.
Avec l'actualité foin ces derniers jours, le chapitre est vite sensible. Mon mien de Macaye ne manquera pas d'eau. Mais de chaleur, et de soleil. Aïe ! J'attends le coup de fil du beau lascar. Au moins, avec abondance de foin cette année encore, les cours devraient se maintenir.
Cette après-midi, nous avons prévu avec Jean-Michel de rattraper une vicieuse petite dénivellation au niveau de l'entrée du magasin. Les chariots achoppent sur cette petite marche sournoise. Nous avions avec grand succès œuvré sur le seuil pareillement sinistré d'une autre porte.
Le sol sous la jardinerie semble très vivant, trop mouvant. Un remblai peut-être pas trop bien stabilisé en serait la cause. Quand un camion un peu lourd passe sur le rond-point, on sent en plusieurs points du magasin comme un flottement. Si j'étais la seule à éprouver la sensation, j'incriminerais mes seules oreilles. Là, les autres partagent, et valident mes thèses de mouvements souterrains curieusement vibratoires.
Là, j'ai fait préparer hier le fer à béton. Aujourd'hui, armée d'une ébarbeuse puissante empruntée à Beñat pour la circonstance, et de la poigne de mon patron, la fine couche de bitume devrait se laisser découper comme un fromage à pâte molle. Si l'opération ne prend pas trop de temps, nous pourrons dans la foulée bétonner pour l'éternité.
Mon grand âge me met sur la piste de départ, chez Lafitte. Ma marque la plus signifiante ne sera pas ma performance. Mes plots de support et nos interventions artisanes parleront plus de moi, quand je n'y serai plus. Ce temps là ne me presse pas.
Sur le front Lucie, j'ai refilé le bébé à mes frères concernés. Antton, sur la lancée de ses dernières crises régaliennes, se voit très bien taper sur le comptoir d'accueil de l'étude, et menacer l'officine de la perte majeure de sa clientèle importante. Comme il fraie avec les grands de ce monde, il se fera recommander par un haut édile auprès d'un officiant "spécialisé dans les affaires agricoles". Bien. Bon, surtout, pour moi, lassée de ces affaires où parfois l'énergie se perd inutilement.
Que l'on me donne le montant, et la date, de mon intervention en rescousse, et je m'acquitterai. Ce sera déjà pas mal, comme participation active à la résolution de l'affaire. Paris vaut bien une messe. Pas un sacerdoce.
Avec tout ça, l'heure de mon déjeuner arrive. Je mange tôt, pour avoir le temps d'une bonne sieste avant de partir travailler. J'ai mes rythmes. Ils me vont bien. Je perpétue.
Lundi 16 juin 2025 18H
Journée printano-estivale bien agréable. Du bleu, du chaud mais pas trop, quelques nuages bonhommes, et un air frais par là dessus.
J'ai eu ma journée détente complète, avec notre virée Ibardiñ rituelle ex-mari-ami.
L'aventure ensuite, avec la découverte du sentier Urrugne Olhette. Très plaisante promenade, au travers de prairies bordées d'arbres magnifiques, la Rhune en garde, un cours d'eau vive rebondissant allègrement sur de grosses pierres polies, des fougères royalement déployées sur les talus ombragés des sous-bois luxuriants d'un printemps bien humide.
Nous avons marché paisiblement, alanguis d'un bon repas et d'un relâchement bienfaisant. De superbes villas, pour la plupart grosses bâtisses anciennes rénovées sans compter, se lovent dans ces paysages paysans.
Je me prépare maintenant à ma soirée. J'aurai quelques repiquages de plants de citrouille à faire mercredi. Les limaces ont épargné quelques ilots, quand elles en ont dévasté d'autres. Je vais rééquilibrer tout ça. Ainsi, mon potager sera sous couvert jusqu'à l'automne. Et j'aurai quelques citrouilles à donner.
J'ai ainsi le plaisir de la culture, et celui du partage. Toute une philosophie.
Mercredi 18 juin 2025 11h30.
Je n'ai plus qu'à frire l'omelette. La situation est sous contrôle.
J'ai jardiné ce matin à la fraîche. Repiqué mes plants de citrouille surnuméraires, arraché la jachère ancienne, désherbé partout. J'ai laissé pour dimanche le carré de jachère dernière semée. J'y ai plus de panics que de fleurs. Les semis à cette période sont un vrai challenge contre cette graminée vulveuse, avec son petit départ mignonnet, et sa pousse redoutable ensuite.
Côté affaires, nous avons transigé en un moyen terme tout à fait satisfaisant : la vente du hangar délocalisée à Urrugne. Le chapitre ferme, "lancé" paraît-il, sic Lucie, (je me méfie), chez notre bon vieux notaire des familles. Il prend la poudre d'escampette n'importe quand, paraît-il, et devient très peu disponible. J'avais remarqué.
Mes soupçons de barrage subordonné seraient infondés. Je me fais vite des scénarios biaisés, semblerait. Peut-être. Sans doute.
Toujours-est-il que les choses s'embrayent sur deux pôles, maintenant. Pas sûr que ce soit mieux. Mais nécessité fait loi.
Curieuse collaboratrice, quand-même, que celle-ci qui préconiserait une fuite de la clientèle. Je n'exclus pas une interprétation, voire une affabulation de notre Antton national, qui n'en est pas à une près.
J'ai quand-même vérifié auprès de l'intéressée. Ca nous a fait l'occasion d'une reprise de contact plus sereine. A voir l'aboutissement de tout ça.
Pour préparer ça, je vais cette après-midi compulser de l'acte, dans la pénombre fraîche de l'appartement barricadé contre le chaud annoncé. Je m'y prends mieux, maintenant, quand avant, recherchant le courant d'air, je surchauffais la barraque.
Comme quoi, j'ai encore espoir de progression. Belle perspective, ça.
Ce soir, balade le long de l'onde.
Vendredi 26 juin 2025
Ce fut bien agréable, mercredi soir. La compagnie d'humeur légère, l'onde fraîche, et la perspective bien plaisante.
Aujourd'hui encore, il fait chaud. Moins qu'hier peut-être quand-même.
Je me tiens au frais.
Ces plus longues journées de l'année sont un cru magnifique : pures, dorées d'un soleil généreux de son lever loin vers la mer, jusqu'à son coucher au plus près de la pointe du Figuier, quand les rayons longs s'étendent en nappes rasantes sur la campagne.
On en profite jusqu'à la dernière goutte, au soir, quand le feu vif s'est assagi.
Lundi 23 juin 2025 15h20
Je m'apprête à aller à mon potager. Depuis samedi, une couche de grisaille bienvenue a amorti notablement les températures. C'est d'un grand repos.
Samedi, je suis pourtant restée cloîtrée dans le bureau, à la jardinerie. J'avais quelques uns de mes sempiternels tableaux à faire. Je suis sortie de là un peu fourbue. Mais c'était pour la bonne cause. Nous avons quelques projets de réaménagements dans la pépinière.
Ca m'attaque comme ça, périodiquement. Les collègues se font un peu tirer l'oreille. Une fois lancés, ils se prennent au jeu, en principe.
Hier dimanche, nous avons en famille été payer notre beau lascar. Les grosses balles de foin, odorantes, d'une couleur très engageante, attendent sur le quai de départ. L'arrivage est prévu cette semaine. Je liquide plus ou moins ma queue de stock de l'année dernière. J'ai hâte de faire goûter ce brin espéré savoureux à mes deux belles.
Ce matin, virée nouveau notaire. Un homme rassis comme le bon pain, à l'abord déconcertant, presque hermétique, qui gagne vraiment à être envisagé.
Il nous a fourni moultes explications que notre local avait allègrement passé à la trappe, en son temps. Nous sommes mieux informés maintenant sur les joies et devoirs de la copropriété. Tout peut se dérouler au mieux, à condition de prendre les bonnes dispositions. Ce que nous nous apprêtons à faire, ainsi accompagnés de main de maître. Le tout pour un tarif bien plus modique que celui de notre citadin d'ici, emporté par une fièvre urbaine, sans doute, peu en rapport avec nos affaires somme toute plutôt rurales.
Bon, je dois rameuter mes Lucies et Audrey surbookées, histoire de rassembler toutes les pièces à conviction nécessaires à la bonne marche d'un transfert d'historique un peu lourd. J'espère que je n'aurai pas besoin de relancer.
La dernière sollicitation fût couronnée d'un succès grisant de diligence. Il est permis d'espérer la même célérité pour ce complément.
Bien, je vais voir ça tout à l'heure. Je suis repartie pour "lever" ma boîte messagère deux fois par jour...
En attendant, bon air et ambiance de grande paix. Je finis le désherbage de mon carré de jachère fleurie. Quelques plants de fleurs, dans une marée de panics. Je me vois retournée des décennies en arrière, quand, par un soir brumeux, je débarrassais au même endroit une rangée de plants de poireaux d'adventices sournoises, déjà.
Quand les avions de chasse à un milliard d'euros pièce bombardent...
Mercredi 25 juin 2025 16h45
Agitation dans les masses atmosphériques. Hier soir, la chute de quelques gros grêlons nous a fait retenir notre respiration. Ils étaient de la taille d'une pièce de 2 euros, et claquaient lourd et sec sur la toiture, les zincs et autres supports sonnants. Dieu merci, ils restaient épars. Tombés drus, ils auraient fait du dégât.
Là, un autre épisode annoncé semble moins inquiétant. Il fait presque frais. Je vais reprendre du gilet.
La journée d'hier était bien différente. Le soleil pesait lourd de ses ardeurs souveraines. J'avais quelques coups de fils on ne peut moins professionnels à passer, toujours avec mes maudites clercs obscures. Finalement, et après concertation avec les intéressés, nous avons décidé de regrouper nos affaires de mercure en paradis.
Ce sera tout aussi simple. Du moins, c'est l'effet escompté. Je me méfie, avec cette engeance.
Une autre inquiétude a malmené ma paix d'âme, ce matin. Petra semble avoir des difficultés à attraper les brins de foin. Elle clape de la langue. Très mauvais souvenir, et suspicion immédiate de cette sale fièvre hémorragique, toujours d'actualité, paraît-il.
J'ai observé longuement. Petra mange quand-même, ses babines sont saines, pas du tout tuméfiées.
La dernière alerte m'avait enseignée qu'il ne fallait pas bombarder d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires à tout va. Dument interrogée, la vétérinaire avait indiqué que tant que la bête mangeait, il valait mieux ne pas intervenir.
Ca tombe bien, ça fait belle lurette que je n'ai pas planté une aiguille bien longue et bien épaisse dans la chair musculeuse d'une vache. Là, il serait prévu une douzaine de piqures sur 3 jours. Il ne faut pas se louper !
Puisque l'intervention musclée paraissait devoir être ajournée, j'ai quand-même jugé bon de distribuer deux trois cuillères d'aspirine à ma Petra. Je suis très aspirine, dans la médication de mes vaches. L'effet anti inflammatoire de la poudre cristallisée ne se dément pas.
TtonytaPetra avaient déjà vidé leurs gamelles. Pour faire passer l'aspirine, il fallait que je la mélange à quelques granulés de luzerne supplémentaires. Comme j'avais déjà préparé les bols pour le soir, j'ai attrapé deux autres bols vides dans la porcherie.
Un petit fond de luzerne, les deux cuillères d'aspirine pour Petra, et zou, j'enfourne tout ça bien chaud dans l'auge.
Petra clapote un peu, mais lape bien sa ration. Opération réussie.
Ttony, elle, souffle, mécontente. Je ne comprends pas, je lui vide le bol directement dans l'auge cimentée. Là, elle croque goulument les bouchons de luzerne. Tiens...
Je m'interroge. J'attrape le bol vide de Ttony. Rien de particulier. Il paraît propre, lisse. Bon. Je ramène tout ça dans la porcherie. Et là, je me souviens : j'ai utilisé ce même bol pour remonter l'engrais organique, lundi, à fin d'épandage dans mes bacs fleuris. Je le hume. Rien. Et pourtant, Ttony, elle, a senti, et pas aimé.
Comme cette bête est fine, me suis-dit. Rien ne lui échappe. Quand je respire des brins de foin qu'elle dédaigne, sans rien y sentir de suspect, elle, elle détecte, reconnait, et refuse. La bougresse !
A cette heure, TtonytaPetra sont dans le pré. Le temps ne doit pas trop menacer. Elles seraient remontées, sinon.
Là aussi, je peux me fier à elles.
Dimanche 29 juin 2025 10h20
TtonytaPetra restent plus longtemps à l'étable par ces journées chaudes.
Moi, je regroupe mes opérations extérieures aux premières heures, avant que le soleil haut ne pèse trop fort.
Mes occupations sont essentiellement potagères.
L'ail minuscule finit de sécher. Je le tresserai demain. Avec la canicule annoncée, il prendrait mal.
Là haut, les cultures prospèrent, ou pas !
Mes plants de batavia ont été décimés par les limaces, puis, saccagés par les moineaux. J'en ai sauvé quelques uns, à grands renforts de filets, positionnés bien haut. Le premier positionnement, trop bas, n'empêchait pas les oiseaux légers de se poser dessus.
Le reste de mes cultures s'en tire plutôt bien. Les oignons sont jolis. Ceux-là aussi, je les rentrerai demain, pour les faire sécher sous le balcon, à l'abri du soleil trop fort.
Je ne suis pas sur le point de récolter des tomates ! Quelques courgettes et concombres feront patienter. Les fraises derrière les fleurs marquent une pause.
Dans les citrouilles, j'ai plusieurs générations. Il m'a fallu ressemer, repiquer, au fur et à mesure des ravages occasionnés par les limaces gloutonnes. Là, ça parait parti pour résister.
J'ai paillé ici et là, pour empêcher la terre de faire une croûte. Ces méthodes mi traditionnelles mi-permacultures me donnent toute satisfaction.
Je vais travailler tout à l'heure. L'époque est aux analyses. Un bon prétexte pour se garder au frais.
Lundi 30 juin 2025 19h10.
Il n'a pas fait si chaud qu'annoncé. Tant mieux !
Je me suis quand-même tenue au frais. Comme prévu, j'ai remisé aulx et oignons au petit matin. Ensuite, de menues occupations en petits travaux légers, la journée m'a passée.
Je pensais faire une séance écriture un peu plus profonde, si l'on peut dire ça de mes babillages. Une séance où j'aurais balayé plus large que mon périmètre premier, et mes considérations basiques. Et néanmoins fondamentales.
Et bien, ce ne sera pas encore pour cette fois.
Une préoccupation majeure me tient : Ttony boîte sévèrement depuis ce matin, de l'antérieur gauche. Je ne vois rien de particulier sous son sabot. Je soupçonne cette maudite fièvre hémorragique, et ses manifestations sournoises. Après Petra la semaine dernière et ses clappements buccaux, ce serait maintenant Ttony et ses fourbures.
Pour le moment, elle mange de très bon appétit. Sur les conseils de la vétérinaire, je n'interviendrai pas à coup d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires. Du repos, un peu de mon aspirine magique, et ça devrait aller.
Elles ne sont pas arrivées à leurs quinze ans, mes belles ! Ou je serai morte d'inquiétude avant.
Je prie avec toute ma ferveur païenne.
Vendredi 04 juillet 2025 17h20
Les organismes se relâchent après l'épisode de canicule.
Ma Ttony est encore en convalescence. J'ai essayé une sortie au pré mercredi. Dans l'étable fermée, ça paraissait aller. Nous avons tenté l'extérieur; elle était enchantée d'être dehors, à pâturer l'herbe fraîche. Pour le soir, elle ouvrait sa marche en un angle un peu trop large sur la patte sinistrée.
J'ai craint qu'elle ne puisse remonter la rampe. Elle s'est quand-même hissée, bien mieux que lundi dernier. Pour autant, j'ai préféré décréter une mise au calme sur plusieurs jours. Elle est bien, là, dans l'étable tempérée d'un courant d'air frais. Je garde la litière sèche, à grands coups de brouettées de fumier de foin à peine souillé. Qu'importe la dépense !
J'attends toujours ma livraison de Macaye. Ma réserve s'amenuise. Il reste deux balles, et celle que j'ai entamée. J'ai de quoi tenir plus d'un mois encore. Mais, toujours pareil, je n'aime pas ma grange vide...
A la jardinerie, les affaires tournent au ralenti. Je me plonge dans des analyses chiffrées vertigineuses. Je pratique le camembert coloré, parlant, distrayant. Chercher là dedans comme dans le marc de café ne nous mène malheureusement pas bien loin. Ca me fait une occupation dans mes goûts, et dans mes cordes.
Je vis une période de latence. Les affaires sont lancées, nous attendons les formalisations. Nous nous sommes éloignés de la planète en mercure. Plus près du Paradis ? La première approche fût enthousiasmante. A vérifier pas plus tard que la semaine prochaine.
Tiens, Ttony s'est couchée. Je vais tâcher d'examiner ses onglons, pour écarter la piste d'une entrave mécanique, ou d'un abcès sournois pulsant son pus là dedans.
Toujours pas de longue séance d'écriture, aujourd'hui, donc.
D'Ormesson dit vrai, donc.
Lundi 7 juillet 2025 18h14
Début de soirée pour la vieille casanière que je suis.
J'avais plus ou moins projeté quelques raccords de peinture sur le mur de la terrasse, pour cette après-midi. Les averses sporadiques m'ont dissuadée. En lieu et place, j'ai longé la clôture du champ de TtonytaPetra, retendu quelques fils ronce, en fichant avec plus ou moins de bonheur des clous cavaliers ici et là. Il y faudrait une bonne séance de renfonçage des piquets à grands coups de masse. Il faut que je me trouve une bonne paire de bras plantés bien haut.
J'ai été très agréablement surprise de trouver un pied de figuier niché entre les racines du carolin abattu cet hiver, tout en bas. Il y a des rejets-source, mais les vaches les broutent au fur et à mesure. La laitance acide de la feuille de figuier ne doit pas trouver grâce à leurs papilles, à ces grandes gourmandes. Il a de bonnes chances de prospérer.
L'idée me plaît, de cet arbrisseau pugnace lové dans mon carolin. Il y aura sa place, plus trapu, plus résistant, et moins menaçant pour mes châtaigniers tout proches.
J'ai fait mon tour dans l'après-midi grise et ventée d'une journée bien atypique pour un 7 juillet. Mes coups de marteau résonnaient dans l'ambiance calme. Personne en vue.
Ah, si, trois juments et une pouliche sont venues à l'angle m'offrir leurs naseaux soyeux à caresser. Leurs robes alezanes chatoient d'un cuivre roux vivant de reflets mouvants sur les volumes ronds.
C'est élégant, un cheval, racé, nerveux. Ca pulse l'énergie et la grâce. C'est sûr, la vache ne draine pas la même émotion. Celle-ci, pourtant, bien moins esthétique, me parle mieux, on le sait. Moi, j'ai besoin qu'on m'apaise, pas qu'on émoustille ce qui m'agite déjà trop.
Je traverse la période en mode repli. Je limite drastiquement mes public-relations. J'ai besoin de ce recentrage. Je n'ai pas fermé toutes les écoutilles pour autant. Je reste très active, et attentive, par émail. L'écriture m'a toujours été un dérivatif secourable. Je garde les liens. En gardant la corde tendue à mon aulne.
Nous avons avec J.Michel samedi revisité quelques uns de ces émails échangés, particulièrement pendant mon absence de la jardinerie, lors du Covid.
J'aime repréciser ainsi les choses. La mémoire est chose fantasque, on le sait. Elle a ses raisons. Il faut lui faire confiance. Dans ses raccourcis, elle oblitère quelques pollutions qui altéreraient vite notre discernement. Ou alors, elle passe sciemment à la trappe ce qu'il nous arrange d'oublier.
J'ai toujours été friande de ces rectifications. Mon "bloc" en est un prétexte imparable. J'ai déjà parlé il me semble de ce livre où les personnages étaient confrontés à la scène exacte qu'ils évoquaient, à des années de distance, par le biais d'une intelligence artificielle greffée dans leur cerveau. La scène était rapportée depuis une mémoire mécanique, telle qu'elle avait été précisément vécue à l'instant où elle avait eu lieu. C'était implacable, pas toujours arrangeant.
Notre mémoire complaisante nous tient lui de protection. Mon idée en recherchant les traces des évènements passés dans "leur jus", n'est pas de me priver du soutien de cette complaisance. Elle est plutôt de décortiquer les raisons pour lesquelles certains éléments indiscutablement factuels, ont été "oubliés". De repérer là les mécanismes protecteurs, et, suivant cette piste, ce de quoi ils me protégeaient. Histoire de regarder son ennemi en face. Et puis quoi ? Le vaincre ? Hum...
Je sais bien que je me leurre. Que mon analyse sera tout aussi biaisée que l'est ma mémoire. Je vais me trouver des raisons fantoches. Quand on veut arranger les choses à sa sauce, on y arrive, quitte à tordre les vérités les plus criantes.
Je suis comme la plupart : je me veux du bien. Je laisse les prismes jouer leurs rôles, à tous les étages de mes introspections dirigées.
Je ne recherche pas la clairvoyance pure et dure. Je cherche juste à me donner bonne conscience, en me persuadant que je ne me dérobe pas, quand il s'agit de me colleter à la réalité des faits. Je n'y crois pas tout à fait.
Moins honorablement, j'apprécie de river quelques clous, aussi, à ceux qui me feraient douter de ces petits signes du passé dont j'ai besoin pour maintenir mon image mentale séduisante à mes propres yeux.
Je ne fais ni mieux ni moins bien que les autres. Je le fais peut-être d'une manière plus méthodique et plus pugnace que beaucoup.
Lundi 14 juillet 2025 19h.
Encore une fois, mon rendez-vous d'écriture sera fugace. Mes administratifs du moment me requièrent tout mon temps, ou presque.
J'en garde pour ce que j'aime, ce dont j'ai besoin de m'occuper, pour garder le lien avec ces choses simples et saines qui me nourrissent l'âme.
Ttony a retrouvé la fluidité de sa démarche royale. J'ai entrepris un suivi assidu des sabots de ces belles. Ce matin, dans l'ambiance calme d'une grisaille apaisante, j'ai longuement rogné le pourtour de la sole de Petra. Elles étaient toutes les deux couchées dans l'angle de la cour. J'ai pu travailler productivement, flattant le cou musculeux de la patiente entre deux coups de sécateur. Je ne suis pas au bout de mes peines. L'essentiel est quand-même assuré : la sole est un peu inégale, mais saine.
J'ai paillé ce coin pour elles, comme j'ai paillé la rampe. J'ai craint que mon dispositif devienne glissant, sur le béton. Le résultat en aurait été catastrophique, à envoyer valdinguer toutes pattes mêlées TtonytaPetra. Quand l'objectif était de faciliter leurs transferts étable-champ, en rendant la descente bétonnée moins agressive pour les sabots, d'une couche moelleuse de paillage.
A l'usage, TtonytaPetra ne se trompent pas. Elles prennent bien l'enfilade paillée. J'ai testé l'adhérence du revêtement. Jusqu'à preuve du contraire, tout se tient. La pluie têtue qui voile la baie pourrait me faire réviser mon jugement. Je reste attentive.
Les jours passent, emplis de ces petites choses que je ne retiendrais pas, puisque je les laisse couler hors champ de mon clavier.
Peut-être quand-même cette bataille fantasmagorique de chouettes sur la terrasse, avec jeté de couvre-lit comme les gladiateurs jetaient leur filet. Parachutage ensuite par dessus le muret jusque dans le champ. L'une se libère pendant la chute, et s'envole. L'autre atterrit plus ou moins durement dans l'herbe. Je descends en petite tenue pour la libérer du tissu où elle s'empêtre. Elle retrouve ses pattes, et s'envole aussi... pour venir se percher sur le muret d'où je viens de la lancer.
La seconde belligérante s'est positionnée sur un poteau téléphonique, là, où, souvent, s'installe un rapace local. Bon, si ces deux-là aussi se mettent en tête de se disputer la place, qu'ils se débrouillent !
La scène semble si irréelle, nimbée de l'éclat lunaire en son plein. Je pourrais l'avoir rêvée.
Sûrement pas, (je ne retiendrai), ces épiaisons de chiendent en chenilles aériennes. Celles-ci passeraient à la trappe. Elles ne me resteraient accessibles que par leur retour cyclique, estival, de ces grains minuscules et gluants, que les chiens ramènent dès qu'ils s'avancent dans l'herbe.
Les larves de papillons de nuit dévorent les tiges tendres des graminées plus appétentes. Elles laissent plus volontiers le trèfle, en plaques sombres dans des cercles ravagés, sans doute trop acide pour elles. Malheureusement, elles boudent aussi cet agrostis cynodon dactylon (ou quelque chose dans le genre). On nomme cet élégant pot de colle, chiendent pied de poule, pour la disposition de ces épis en plusieurs branches alternées. L'agrostis stolonifera, ou chiendent rampant, ne craint pas grand chose non plus, tapi au ras de terre. Il se plaque au sol, hargneux de son cœur pourpre, bien décidé à ne pas se laisser arracher.
Là encore, les meilleurs partent les premiers.
Ces volées de noctuelles s'agitent devant moi quand je marche, même en journée. Ce sont les larves qui attendent la nuit pour sortir. Et dévorer.
Sur le muret, de fines chenilles vertes et noires s'allongent tout le long des épis des balsamines. On les distingue à peine du fût allongé empli de graines, ces fûts si amusants à s'ouvrir pour éjecter plusieurs graines rondes et noires, dès qu'on les effleure.
C'est un jeu remonté de mon enfance. Les balsamines ont exagérément colonisé mes plantations sur ce muret. Je les y laisse. Elles assurent une protection contre le grand chaud, et le trop sec. Elles font aussi une sonde efficace : pour le moment, en pleine turgescence, elles me disent que le coin ne manque pas d'eau.
Quelques prélèvements de graines, par une percée dans le renflement terminal, ne nuiront pas au maintien de la population.
Sans doute, je retiendrai, ma Bullou perdue dès qu'elle s'est trop distraite sur un terrier de mulot, pendant notre promenade. Parce-que le temps passant fera que le phénomène s'aggravera.
Elle lève alors la tête, et me cherche, en parcourant l'horizon sur 360 degrés, sans me voir, même si je suis à à peine quelques mètres. Je l'appelle, elle entend vaguement quelque chose, mais ne sait pas en localiser la source. Ca me rappelle quelqu'un...
C'est curieux, d'ailleurs, combien constater chez ma chienne ce que je développe moi-même, la perte de la vue en moins, au moins, pour le moment, me peine beaucoup, quand je ne le ressens pas spécialement pour moi comme quelque chose pouvant susciter la compassion. Ca me fait la même chose avec Lola, sourde come un pot elle aussi, pareillement que moi.
Ressentir par procuration serait plus vif que vivre, alors. Ou les exagérations de nos imaginations sirupeuses.
Je ne m'éloigne plus trop de la ferme, maintenant, avec mes chiens. Je m'approche doucement, quand ils me cherchent, et ne les aborde que de face, pour ne pas les effrayer en les touchant sans qu'ils m'aient vue arriver. C'est toute une stratégie à mettre en place, la tenue de chiens vieillis.
Odin le tout jeune fou, lui, est prompt comme l'éclair. Il est venu nous voir, humer les ancêtres. Ses aboiements aigus le feraient vite insupportable. S'il n'était si gentil.
Allez, je vais me détacher de l'écran. Je travaille beaucoup sur l'ordinateur, ces temps-ci, à la jardinerie. J'en sens mes oreilles bourdonner. La tenue d'une moi-même vieillie, aussi, ça demande des aménagements...
Vendredi 18 juillet 2025. 16h
La surveillance d'une hypothétique réponse d'un satellite en mercure me ramène ici. Je sollicite trop ces gens, sans doute. Ils n'en peuvent plus.
Je vais les distraire par quelques leurres stratégiques. Laisser monter au front de nouveaux attaquants. L'effet de surprise, de nouveauté, au moins, portera peut-être mieux ses fruits. L'objet de la demande n'est pas trop essentiel. Sans ça, j'aurais moi-même fait une descente. Là, c'est une tension plutôt amusante, sans plus. Rien d'insoutenable, même pour moi.
A l'autre bout, le paradis nous tend ses bras. Je garde en tête la possibilité que tout ne soit pas aussi fluide qu'il n'y paraît. En ne demandant pas mieux que de me tromper, bien-sûr. L'expérience me fait suspicieuse et dubitative.
Je pense être on ne peut plus prête. Il n'est que d'attendre. Tout ce que j'aime, en ces circonstances.
Nous vivons des journées bien agréables. A peine une petite pointe chaude en après-midi. Aujourd'hui par exemple, un bel air vif tient les quelques nuages sombres en respect.
Un peu de pluie m'aurait pourtant mieux agréée. J'ai fait un épandage d'engrais on ne peut plus bleu. Le dernier en date à coûté ses feuilles à un malheureux plant de concombre pourtant parti pour donner une récolte record. Ma planche de fraisiers aussi a pris grise mine. Mais je la sens en capacité de repartir.
Ce matin, les feuilles largement déployées des citrouilles m'ont empêchée de déposer académiquement les granulés d'engrais à leurs pieds. J'ai éparpillé ça à tous les vents, déposant une poussière azurée sur la végétation offerte.
Si le mal doit être, il est déjà fait : inutile de se flageller plus avant. Les jours prochains parleront. Ce serait dommage, quand-même...
J'ai finalement repris les traînées blanches pleurant sur la façade de la terrasse. J'ai un moment pensé entreprendre un travail plus ambitieux : j'aurais pu enlever la bande adhésive censée obturer la fissure vilaine en dessous. Et repeindre l'ensemble. Le vert profond se serait mieux arrangé de la grimace noire en travers. A la réflexion, et après quelques avis défavorables, je me suis rangée à la raison. Cet adhésif intimement collé au crépi ne se laisserait pas désolidariser aisément. Je risquais d'avoir là dessous une horrible bande mi crépi arraché, mi restant de plastique encollé. Une catastrophe, impossible à rattraper.
Je me suis donc ôtée ce projet de l'esprit.
En compensation, m'est venue l'idée de repeindre les bandeaux de la terrasse. J'ai, on s'en souvient, fait recouvrir les planches de rive côté baie, à une hauteur dissuasive pour toute entreprise amatrice, par des protections inaltérables.
A la suite d'un manque informatif du professionnel, la couleur, vert basque, en est légèrement plus nerveuse que mon vert sapin préféré. Ce n'est pas bien grave : il faut avoir l'esprit bien chagrin pour aller faire des comparatifs de nuances à cet angle là.
L'autre façade, côté sud, est tout à fait accessible. Là, je m'occupe, sans aucun recours extérieur, de ma charpente. Un ponçage sommaire, et j'applique généreusement une couche bien grasse de mon vert profond.
Je comptais faire ça lundi dernier, férié, par exemple. La menace de pluie, concrétisée dans l'après-midi, m'en avait dissuadée.
Mercredi, je promenais sur les hauts du Xoldo. Une longue halte, pieds dans l'eau, confortablement assis sur une large pierre plate, à regarder les carpes et les gougeons, enivrants de leurs mouvements glissés, m'a été moment d'une plénitude d'une qualité à être engrangée très longue conservation.
Quelques projets tentants nous ont avec mon ex mari-ami représenté un avenir chantant. C'est mieux que de se voir vieillir abandonné, décati et malheureux. Même si ça ne garantit pas, au moins ça laisse une perspective plus riante. Toujours bon, ça.
Aujourd'hui, mes courses "en ville" m'ont tenue trop longtemps. La surveillance objet de ma première phrase du jour a fait le reste. Le projet déjà mou est passé à la trappe.
Qu'à cela ne tienne : je laisse pour plus tard. Je m'acharne moins maintenant à accomplir un programme donné. Par moi seule, et souvent arbitrairement pressant d'une urgence fantasmée. Nous verrons ça plus tard.
Là, je vais descendre à l'étable. Mes couchages multipliés demandent une visitation plus large. Mais moins productive à chaque endroit. TtonytaPetra ne bousent pas plus. Elles bousent plus éparpillé. Je m'y retrouve. Et elles gagnent en confort. Formidable !
Je m'imagine la relecture de ces paragraphes, dans plusieurs années. Leur vacuité me navrera sans doute. Ou alors, la nostalgie tiédira mon âme, à cette évocation d'une vie si insipide mais douce d'autant.
Le plaisir des mots et de leur musique, je le ressentirai, vivement encore, j'en suis sûre.
Je me donne de ces rendez-vous. Je l'avais fait plus ou moins avant de m'installer ici, en 2020, quand la mort de mon père, les aménagements autour, me bousculaient. J'avais besoin d'un jalon dans le futur.
Là, mon seul jalon en visée est celui de toujours : la quiétude de l'esprit et du corps. Inatteignable complètement, il me fait un point vers lequel avancer guillerette.
Je n'en demande pas plus. C'est déjà tellement.
Lundi 21 juillet 2025 16h50
Antton décharge mon foin de Macaye. J'ai préféré m'éloigner : plusieurs boules avaient roulé dans la cour. Dans ce genre de configuration, le spectateur n'est pas opportun.
Mes belles auront donc très bientôt un fourrage qualité premium. Comme chaque année, je me promets d'être plus économe. Et, comme chaque année, je glisserai vers une distribution déraisonnable. Sait-on jamais, je peux toujours prendre le pari, quitte à le penser perdu d'avance.
J'ai fait un tour de mon étable. Les petites hirondelles ont vidé les nids. Elles reviennent à la nuit, et, arbitrairement, en journée, aux heures chaudes parfois. Elles pépient et virevoltent à qui mieux-mieux. J'aime cette sarabande.
Je suis allée hier faire ma promenade d'avant, en boucle autour du crêt de Mieltxon Borda. J'avais laissé les chiens ici, par une manigance dont la culpabilité m'a gâché le plaisir de marcher tranquille.
Tout y était, pourtant, les cieux gris, l'air amical, personne dans les sentes, étonnamment. La végétation luxuriante des pluies dernières couplées à quelques pointes de chaud, mais pas trop, déborde sur les chemins parallèles au principal.
Les promeneurs citadins sont grégaires et coutumiers : ils ne varient pas des sentiers battus.
Moi, je furète plus large. Pour éviter l'affluence, justement, même si hier, je n'ai croisé qu'un jeune homme et son chien. Ces circuits furtifs sont presque perdus entre les fougères largement déployées, les herbes invasives, et quelques ronces aux lianes féroces.
J'étais quand-même bien. Mais pas si bien que je l'aurais espéré.
Cette pensée d'avoir grugé mes vieux chiens me tenaillait. Je les avais promenés autour du remblai, à notre habitude, puis, nous étions tous revenus vers la maison. Profitant de ce moment où ils s'abreuvent et se couchent sur le gazon, se pensant tranquilles de la rentrée, prêts à partager la soirée avec moi vacant alentour, je me suis éclipsée.
Je les ai vus, depuis le portail du remblai, me chercher autour du potager, truffe au sol, allant et venant, perdus. Ils relevaient parfois la tête, regardaient au loin, dans la direction où j'étais. Ne me voyaient pas, essayaient de humer l'air encore. En vain.
Leur vue a tellement baissé qu'ils ne m'ont pas distinguée. J'ai donc continué ma route, soulagée de ne pas avoir à les surveiller, ni à m'inquiéter de leur fatigue. Très vite, la vision de mes pauvres petits vieux tendus dans une attente inquiète s'est imposée devant le paysage.
Je n'en ai pas profité comme je l'aurais voulu.
A mon retour, une bonne heure plus tard, seule Bullou était en faction près du potager. Elle regardait toujours vers le portail. Je m'approchais par le haut. J'étais à peine à quelques mètres d'elle, elle ne me voyait toujours pas. Ni ne m'entendait, quand je l'appelai. Elle soulageait ses appuis, passant le poids d'un antérieur sur l'autre, oreilles dressées.
Je me suis avancée devant elle pour qu'elle me voit arriver, qu'elle ne soit pas surprise. Quelle a été sa joie ! Et la mienne, de la retrouver si aimante.
En revenant vers la ferme, les deux autres ont aussi manifesté leur contentement. Ma Bullou poussait des pointes de course, toute follette.
J'ai essayé de me persuader que la seule vue de cette flambée de gaîté compensait la morsure de mon remords antécédent. Je n'y suis pas arrivée.
Moralité de l'affaire : je me suis pollué la promenade, et entaché ce qui aurait du être un moment de joie pure à mon retour.
Aujourd'hui, Bullou ne me lâche pas d'une semelle. Pendant le déchargement du foin, elle me tournait autour, sans faire attention au tracteur qui manœuvrait trop près de nous.
J'ai réveillé des craintes d'abandon chez cette petite. Je vais devoir travailler longtemps à restaurer sa quiétude. Elle n'est tout à fait tranquille qu'étendue de tout son long sur le lit, quand elle me sent à côté d'elle. Mes longues séances de lecture avant le sommeil nous font un moment privilégié où je sens ma chienne paisible totalement.
Les deux autres sont moins inquiets. Ils se savent en sécurité à la maison, et sont sûrs que j'y reviendrai. Bullou aussi, le sait, quand elle me voit partir, au travail ou ailleurs, en voiture. Là, c'est cette disparition furtive qui l'a tourmentée.
Je me suis promis de ne pas renouveler. Le jeu n'en valait pas la chandelle.
Au passage, cette expression "en valoir la chandelle", viendrait du temps où les établissements où l'on jouait étaient éclairés à la bougie. Les joueurs devaient payer au tenancier leur éclairage, à hauteur des chandelles brûlées. Si le gain au jeu était trop maigre, "le jeu n'en valait pas la chandelle".
Notre langue est belle de son histoire longue. J'ai un goût particulier pour ce vieux français et ses tournures. Chez notre bon notaire des familles, l'ancien, je veux dire, il y a, exposé dans la salle d'attente, ce texte dont je ne me souviens pas littéralement, bien joliment tourné.
Ca dit, à un moment, quelque chose du genre : le notaire est là pour :
"empêcher les différends de naître entre les hommes de bonne foi, et enlever aux hommes cupides, avec l’espoir du succès, l’envie d’exercer une injuste contestation".
J'ai trouvé ce texte bien consolant.
Je suis comme ma Bullou, vite inquiète, en demande constante d'être rassurée. Dans ces cas là, il faut bien mettre sa foi dans quelque déité ou assimilé...
Mercredi 23 juillet 2025 18h40
Il a chouiné toute la journée. Les cieux se sont écharpés en soirée.
J'ai été à la bibliothèque, pour faire le plein de livres. Je ramène ainsi une provision de nombreuses heures de plaisir.
Tant que des femmes et des hommes écriront pour parler d'hommes et de femmes, j'aurai à portée de bons moments à vivre. Comme il y a un bon crédit d'ouvrages déjà écrits, bien plus que je n'en lirai sur le temps qu'il me reste à vivre, la perspective est définitivement riante. Je n'épuiserai jamais cette réserve.
J'ai fait ma balade urbaine, le long de la Bidassoa où l'eau grise clapotait sur les galets et contre les murs noyés de vieilles maisons en berge. J'ai mieux retrouvé là la détente que dimanche. Les chiens m'attendaient dans la voiture. Ils avaient vaqué comme ils aiment à la station poubelle et au cimetière.
Il ne faisait pas chaud. Un peu frais, même. Je serrais mon gilet-serpillère autour de moi.
Des familles de vacanciers, jambes bronzées sous les shorts, et coupe-vent marins de touristes sur la côte, déambulaient pour tuer le temps, privés de plage.
Je goûte bien ce sentiment d'être transparent, quand on marche ainsi entre les groupes de gens qui ne vous regardent même pas. Je les observe, moi, comme je contemple le paysage, les plantes, les oiseaux affairés sur la grève. Ils me sont sujets d'étude. Edifiants, si on s'y penche.
Vendredi 25 juillet 2025 18h30
Je m'apprête à la soirée. J'ai été empêchée par une petite averse d'épandre le foin en paillage derrière le parapet autour de l'emplacement de l'ensilage. J'ai quand-même rafraîchi tous les couchages, ici. J'ai aussi soulevé les grilles au dessus des trappes de visite des différents tuyaux d'écoulement des eaux de pluie. Périodiquement, c'est à faire.
J'ai fait cette semaine quelques tours de coins et recoins, aussi, qu'on laisse souvent pour plus tard. Ca donne une impression de travail de fond tout à fait satisfaisante.
Mes planches de rive attendent des jours meilleurs.
Jean-Michel m'avait bien prévu des jours vacants en Août. Comme nous avons programmé pour ce mois notre chantier de réaménagement de la pépinière, j'ai préféré rejeter l'offre. J'ai commencé hier. Ca n'a pas loupé : l'entrain m'a réinvestie, je frétille et vaque avec acharnement. Je suis connue pour ça. Mes collègues s'en inquiètent un peu.
La première balle de foin de Macaye a été entamée aujourd'hui. Elle est d'un bleuté surprenant, et son arôme embaume jusqu'ici une fragrance acidulée. Nous nous faisions la réflexion avec mes frères, que ça fait bien longtemps que nous n'avions pas senti quelque chose d'aussi parfumé dans les environs.
Ma désertion controversée de l'année passée trouve sa consécration. TtonytaPetra ont savouré. Elles ont vidé le râtelier, récupéré dans l'auge les brins tombés là. Ca fait plaisir à voir. Le succès mitigé de l'année dernière est sublimé en réussite totale. Une petite satisfaction que je joue modeste, autant que je le peux.
Hier au soir, un petit fait divers nous a fait diversion dans le quartier.
J'étais gentiment rentrée, peu avant 20 heures. Je descends rituellement à l'étable. Petra est depuis hier en chaleur. Toutes les deux sont au fond du champ, à se humer le postérieur. Coup de balai rapide, une fourchée de foin frais, un petit soufflé de la litière, et je remonte.
Là, c'est le moment d'aller promener les chiens au dessus du potager. Une petite halte à la planche de fraisiers et aux framboisiers. Il y a tous les jours quelques fruits savoureux à déguster, au soleil bas, dans la paix du soir. Un moment presque religieux.
Lola s'en retourne alors souvent vers la maison. Les deux autres me suivent dans l'herbe fraîchement broyée, à la recherche de quelques mulots pour Bullou, le nez en l'air pour Txief.
Je fais la boucle, et m'en reviens en longeant le clôture du haut. Je fais quelques arrêts, admirant le paysage avec la Rhune centrale. Extatique, ou approchant.
Hier, je me remets en marche. Je perçois du mouvement du côté de la villa blanche voisine. Je tourne la tête, et vois deux pré-adolescents avec une trottinette. Ils carillonnent vigoureusement à la véranda.
Je ne m'étonne pas trop : les voisins ont une troupe de petits-enfants qu'ils reçoivent en été.
Je rentre à la ferme. M'installe pour le dîner, le bon livre du moment ouvert devant moi.
Un moment encore après, je re-perçois du mouvement autour de la villa blanche. Là, ce sont deux hommes en ce qui ressemble à un uniforme. L'un court en criant. Je n'entends pas ce qu'il dit.
La situation me paraît anormale. J'observe, ne voit pas les voisins, juste ces deux énergumènes en rondes.
Je pense à des malfaiteurs, d'abord, puis, à une équipe de surveillance, ou quelque chose dans ce genre.
Je préfère quand-même vérifier : j'appelle la voisine. Là, j'apprends que non, non non, il n'y a personne chez eux, et que non, non non, ils n'ont fait appel à aucun organisme de surveillance. Ils sont à St Jean de Luz, perdus dans les rues, ne sachant pas à qui demander leur chemin.
Ils ont autour des 90 ans. Je les imagine, très contrariés de s'être égarés, et maintenant affolés de ce qui peut bien se passer dans leur maison.
Je m'engage à aller y voir de plus près, puis à les rappeler après.
Je fais comme j'ai dit. En m'approchant, je vois mieux l'uniforme, sans distinguer le sigle. Par contre, je vois ce qui ressemble fortement à une arme dans son étui sur la hanche de celui qui est le plus près de moi. Une petite hésitation m'arrête. Il ne s'agirait pas que je me fasse trouer la couenne en ayant voulu m'immiscer dans une histoire de trafic de drogue !
Je marque le pas. L'homme s'approche encore, engoncé dans un gilet pare-balles. Mon Dieu ! Là, je vois inscrit sur le gilet : police. Ouf, je me sens mieux. Même si, méfiante, je sais qu'on peut facilement avoir un uniforme de quelque corporation que ce soit en deux clics.
N'écoutant que mon courage, je prends ma voix la plus ferme, pour lui demander ce qu'il cherche. Je ne comprends pas tout de ce qu'il me dit. Juste que des cambrioleurs ont cassé une porte, chez les voisins. Je fais évidemment le rapprochement avec les deux jeunes vus une bonne demi-heure plus tôt.
Je livre mes informations, donne le nom et les coordonnées des voisins.
Quand je les rappelle, ceux-ci sont toujours perdus, et mari et femme se houspillent, à la recherche d'un panneau indicateur. Je les assure de ma disponibilité en cas de besoin. Je ne peux rien faire de mieux.
Ce que j'aurais pu avoir, par contre, c'est un peu plus de discernement : si j'avais ne serait-ce que hélé les deux adolescents, comme je l'ai fait avec le policier, ils auraient sûrement décampé.
Bravo pour cette sagacité, vraiment !
Plus tard dans la soirée, les voisins ont fini par rentrer. Les policiers les attendaient.
Les voisins m'ont rappelée ce matin. Il y a bien eu intrusion, et mise à sac de tous les placards et autres tiroirs. Pas de vol ni de dégradation, à première vue.
Les cambrioleurs seraient 4. Une passante aurait appelé la police en trouvant étrange de les voir là. Une plus maline que moi. L'un deux a été appréhendé. J'avais bien entendu quelques clameurs du côté d'Orio, peu après la course du policier.
Je leur ai bien dit que j'étais navrée d'avoir été si peu perspicace. Se méfier de policiers, en trouvant tout naturel par contre la présence de malfrats, c'est le monde à l'envers.
Je me suis bien dit, mais un peu tard, qu'on ne m'y reprendrait plus...
Lundi 28 juillet 2025 10h40
Revoilà une bruine musclée qui voile le paysage. Juillet aura été bien humide. Je préfère ça à la grosse chaleur sèche, puisqu'il semblerait qu'il n'y ait pas de moyen terme à disposition.
Je me retrouve aujourd'hui vacante, puisqu'il n'est pas question de peindre, pas plus que de passer le désherbant.
Ca me fait une journée complètement anarchisée, où mes tâches quotidiennes se calent à des horaires inédits.
N'ai je pas ce matin curé les sabots de TtonytaPetra. Retardé mes soins de toilette à après cette séance de pédicure ? Pas plus tard que maintenant, n'en suis pas à la pause écriture, alors que les domestiques restent en souffrance ?
Mes programmes sont définitivement bousculés; déjà, hier, j'ai semé des salades à 20 heures, après le dîner ! N'importe quoi !
J'ai pu de justesse épandre le paillage derrière le muret de l'ensilage. Il a quand-même fallu que je vienne me mettre à l'abri, par deux fois : une ligne de nuages sombres vidait son eau juste au dessus du potager.
Mes citrouilles n'ont pas marqué le pas après mon épandage d'engrais trop généreux. Il n'a pas fait de grosses chaleurs depuis, et l'eau est tombée sans barguigner. Les larges feuilles se haussent, d'un beau vert sombre, et les lianes rampent au delà du périmètre autorisé. Elles seront contenues, écrasées par les passages de roues.
Seuls, les pieds de tomates et de piments affleurent, de justesse. Je débarrasse les plants de courgette et le concombre, finalement rescapé de justesse, des filaments en tire-bouchon qui les étoufferaient vite.
Je veille à entretenir de saines occupations. L'oisiveté ne me convient pas. J'ai toujours le recours de la lecture. Mais il ne faut quand-même pas exagérer, je ne vais quand-même pas m'installer à lire en matinée ! Où va-t-on ?!
Je vais me consacrer à la cuisine. Le four allumé réchauffe l'ambiance. Oui, on en est là...
A la jardinerie, je ne sais pas si notre chantier pépinière avance. Je verrai ça demain.
J'entends TtonytaPetra se régaler de leur foin nouveau. Elles ne sont même pas ressorties, ce matin.
C'est une curieuse période, ce cru juillet 2025.
Le temps maussade. Mon humeur vite à l'anhédonie. (Je pratique ce mot depuis peu. Il n'est pas très adapté à la circonstance, ici. Je n'en suis pas à l'absence de plaisir. Juste à un début d'ennui. Dont je me méfie). Mais, puisque je l'ai à portée, je l'emploie. Comme on met un vêtement, même s'il n'est pas tout à fait à la bonne taille, pour rentabiliser son achat.
Tout de même, c'est agréable d'avancer dans ses tâches en ayant le temps de les peaufiner. Presque déroutant, ou grisant, si l'on veut voir les choses par le bon bout de la lorgnette, d'organiser ses journées librement, sans ordre particulier.
C'est pour moi un apprentissage, une aventure, presque. Avec sa part déstabilisante.
J'ai lu dernièrement un livre sur un homme nouvellement retraité. Il est perturbé par ce rythme nouveau, ne sait pas forcément à quoi employer l'enfilade des heures vides devant lui. Histoire de remettre une perspective attrayante, l'auteure lui propose des lendemains plus chantants, avec une implication très inattendue pour l'écologie, le civisme, et autres causes en vogue.
J'en suis moi aussi à ce stade de préparation, en fin de parcours professionnel.
J'avais pensé lever un peu plus le pied l'année prochaine. J'aurais pu : retraite progressive. Je m'y serais financièrement mieux retrouvée, d'ailleurs, avec ma courbe de carrière relâchée.
Et bien, plus l'échéance se rapproche, et plus j'hésite.
Même l'idée d'une seule pleine semaine de congés ne me plaît pas. J'ai demandé à fragmenter ça en journées. Je prends tous les prétextes pour les contourner, en allant quand-même à la jardinerie ces jours là, pour faire ces fameuses analyses que je ne peux pas faire tranquillement autrement, soi-disant, dit par moi.
Je pense que personne n'est dupe : quelques fins de journées consacrées à ces chiffres suffiraient parfaitement.
Là, le chantier de réorganisation m'est un alibi plausible. Quand, sans moi, la chose se ferait aussi bien. Mieux, je n'irais pas jusque là, allez !
Je ne suis pas une forcenée du travail. Loin de là. L'activité réduite sur ces dernières années me convient tout à fait.
Mais, moins, ce serait trop, trop de moins, pas assez, d'activité.
J'ai pourtant l'exemple d'Antton qui semble très occupé, depuis sa retraite. Je le vois quand-même passer et repasser la débroussailleuse, bien plus que nécessaire. Nous sommes à la campagne, pas sur le green de Fontarrabie. Le bon du truc, c'est que les environs n'ont jamais été aussi propres.
Avec tout ça, le temps m'a passé. Je vais finir par être en retard pour la préparation du déjeuner !
Mercredi 30 juillet 2025 15h20
En Bretagne, les cieux sont plus bleus que les nôtres de ces jours-ci.
Tiens, pour me contredire, les nuages s'ouvrent sur une trouée, un peu pâlotte quand-même.
Je me demande si cette grisaille maussade ne s'insinue pas dans mes neurones.
Je prends des mesures correctives; j'ai rameuté toutes mes bonnes connaissances, histoire de me distraire agréablement semaine prochaine. Quelques journées de congés me tendent les bras, pas trop attrayantes de leur vacuité si je ne tope personne.
Je file un mauvais coton. En lutte, toujours, je me démène dans ma pépinière. En levant quand-même le nez en l'air :
Le déploiement de cette immense sauterelle me fascine. Cet engin, pas trop sophistiqué dans son usage, impressionnant de force, de majesté, s'élevant haut et loin, sans bruit, élégant, me tire l'œil au dessus de mes jauges en plein chamboulement.
Le principe n'est pas d'aujourd'hui. Il reste spectaculaire.
J'ai toujours aimé ces gros engins, ces mécaniques lourdes, compactes, avec des développements grandioses. Tout ce qui est démultiplié, tous les jeux de transmission en poulies, engrenages, m'émerveille. Il faut que ça reste compréhensible, suivable. Dès qu'on passe à l'intervention de l'électronique, j'aime moins.
C'est sûrement de l'avancée technologique puissance 10, l'électronique, mais ça me plaît moyennement. Je n'y comprends rien. Ca ne se touche pas, les mini-circuits parlent d'un monde inaccessible à mon échelle, les échanges m'échappent.
Cette grande grue est sûrement équipée de systèmes de ce genre. Mais je ne les vois pas à l'œuvre. Le principe de base, contrepoids, mâts, poulies et câbles géants, ça, ça me parle bien.
Mes images sont chronologiquement inversées. Cette dernière, c'était à mon arrivée.
Ambitieux, ce petit diable, n'est-ce pas ?
Il en est...
Lundi 4 Août 2025 11h30.
Le temps que le déjeuner finisse de cuire, trois notes journalistiques.
Les cieux de nos soirs sont bien jolis :
Bien jolis aussi, les paysages de la côte basque hier.
Nous avons marché entre Pasaia et San Sebastian, avec Hélène et une de ses amies.
J'appréhendais un peu : Hélène m'avait annoncé une randonnée. Je la sais plus sportive que moi. Je ne suis vraiment pas affûtée, de mon côté.
Le début de cette promenade, puisque c'est plus une promenade qu'une "randonnée", me laissait perplexe : une montée bien raide, de marches et pierres mêlées, saupoudrées d'un sable fin, et terriblement glissant sous la semelle.
Sandrine nous distançait. Bon, dix ans de moins que moi quand-même, me consolais-je.
Avec Hélène, très solidaires, nous faisions de nombreuses pauses contemplation paysages. Et ça en valait vraiment la peine. Grimper tête baissée à quelques mètres d'un panorama pareil, c'était péché. Il y avait surtout le besoin de reprendre de l'air, histoire de rester vivantes...
La suite me rasséréna. Mes deux compères soufflaient un peu court, et marquaient autant que moi les dénivelés.
Je ne m'en tirais pas trop mal, respirant largement l'air marin, observant les parois humides remplies de fougères en pleine pousse et de bruyères fleuries. Un arrêt goûter autour d'une grande table en pierre, ombragée, près d'une source, nous reposa parfaitement.
Une pause encore au retour, un petit cidre sympathique en terrasse, quelques bavardages légers, et ce fût une journée bien agréable.
Notre pays regorge de bijoux. Je n'en connais pas le centième. A moi les découvertes !
Mardi 5 Août 2025 18h45
Je l'ai dit, je me suis complètement émancipée des grilles horaires : je fais n'importe quoi, n'importe quand, à ma guise et à mon bon plaisir. Quelle folle liberté !
Plus sobrement, j'ai organisé ma journée de congé sur deux pôles.
D'abord, en matinée, la préparation de ma retraite. Oui, tout ça ne respire pas la jeunesse, je sais bien.
Ce système de retraite progressive est particulièrement séduisant. J'aurai confirmation lundi prochain de mes projections tout de même déjà bien documentées.
L'avenir se présente bien. Je vais très progressivement me laisser gentiment couler vers la retraite définitive, sans presse, puisque l'activité me va fort bien pour le moment.
Après la sieste, j'ai révisé toute la boulonnerie de l'étable. Quelques barrières et portails avaient insidieusement flanché sur leurs attaches. Les verrouillages se faisaient moins fluides, nécessitant un réajustement de la hauteur de la tige présentée face à l'orifice receveur, par un relevé de l'ensemble. Une manœuvre certes aisée, le dispositif étant léger, mais requérant les deux mains.
Quand on tient deux bols d'aliment empilés dans l'une, difficile de demander à l'autre de faire le double travail. Là, d'un simple toucher de l'index, je fais coulisser la tige de fermeture. Un régal...
Même chose pour le portail extérieur, que j'ouvre occasionnellement pour faire quelques raccords d'arrosage de l'autre côté.
L'arrosoir rempli en bout de bras, plus besoin de le poser et de le reprendre après l'ouverture dudit portail. Que du bonheur !
Un tour de piste de tous les boulons, écrous et assimilés, dument équipée de la clé à douilles, à molettes, et tutti quanti, ont parachevé l'ouvrage. On connaît mon penchant pour ces outils démultipliés, à peine assez élaborés pour se hisser un rang au dessus des mécaniques plus simples, sans prendre la grosse tête pour autant.
Entretemps, TtonytaPetra sont remontées du pré. Je les ai longuement pansées, étrillées, bouchonnées, caressées. De ces moments à la répétition apaisante qui me conviennent tout à fait au tempérament.
Je me sens moins grise. La petite éruption de boutons-signaux de détresse de la quinzaine précédente s'est résorbée. Le corps a parlé.
Je vais rituellement faire le tour du remblai (qui n'en est plus un), avec mes vieux chiens. Dîner avec un bon policier du moment.
C'aura été une journée bien reposante. Qui m'a fait beaucoup "du bien", comme dit joliment Beñat.
Vendredi 15 Août 2025 17h20
Une vilaine canicule me maintient à l'ombre, toutes portes et fenêtres fermées sur le feu dehors.
Tiens, une mesquinerie du système me rendait le pied de page inaccessible. Sans que je comprenne pourquoi, c'est revenu.
C'est assez horripilant, cette impression d'être à la merci de la fantaisie de ce petit génie, bon ou mauvais selon son bon vouloir. On a l'impression d'avoir une machine performante et sophistiquée à son service, et, en fait, c'est nous, pauvres usagers fats et stupides, qui sommes asservis à ses moindres caprices.
Je n'usite pas tellement la roulette, pour monter et redescendre dans mes pages. Le petit clic en bas de l'icone du bord me sied mieux. Là, je combine les deux. L'un et l'autre me narguent à tour de rôle, les petits démons !
Bref, je suis donc confinée. Je ne commets plus l'erreur de penser qu'un courant d'air, même à plus de 35 °, est préférable à la claustration à 25. Non, un peu de science, et de sagesse, me sont venues.
TtonytaPetra sont confinées elles aussi dans l'étable. Il y fait quand-même bien meilleur que dehors. J'ai du les appeler. Elles ne bougeaient pas, allongées dans ce qui était l'ombre du carolin, une heure plus tôt. Le soleil avait tourné, et les happait, sans qu'elles se déplacent, engourdies sans doute par la chaleur. Je les préfère là, préservées des mouches à grands coups de vaporisation insecticide, avec l'eau fraîche à portée.
Le rafraîchissement est prévu en début de nuit. Et bien, nous attendrons le début de nuit pour sortir, bêtes et gens.
Les jours prochains sont annoncés moins extrêmes. Je vais pouvoir vaquer davantage à mon goût.
A la pépinière, les grands travaux touchent à leur fin. Le résultat nous va. Je m'y suis bien amusée, comme à chaque fois. Un dernier grand coup de nettoyeur dans le fond, demain, un peu de rangement dans la semaine à venir, et nous serons au top !
J'ai mis mon enfermement à profit pour ranger mes petits papiers. Les affaires avancent, y compris sur cet administratif en latence depuis des années. Petit pas par petit pas, la progression ne nous surprendra au moins pas par sa fulgurance.
Je dois veiller à ne pas monopoliser l'espace. Une mise en retrait s'impose. D'autres peuvent s'occuper des relances, sans que je m'y énerve. Voyons si je me tiens à ces bonnes résolutions.
Je suis beaucoup lecture, ces temps-ci. Je me suis repéré un Nicolas Beuglet tout à fait à mon goût. Des intrigues pas trop compliquées, juste assez tendues pour une mise en bouche prometteuse. Des pistes de réflexion en science-fiction, pas si fiction. Des histoires de capsules temporelles, de milliardaires qui voient grand, qui voient surtout hégémonie. Des mondes à découvrir, des espace-temps à visiter. Tout cet univers m'a toujours beaucoup attirée. La lecture d'une psychologie insondable et vertigineuse, l'imaginaire, les technologies, aussi, et leurs projections dans le futur.
Je me donne ainsi l'impression de lire réfléchi, quand c'est tout de même typé distraction. Gros caractères pour le confort visuel, ouvrages pas trop épais pour ne pas attraper des crampes en les tenant à bout de bras, gentiment allongée avec un bon oreiller dans le dos.
Les grands de ce monde négocient un retour à la paix en Europe centrale, paraît-il. Ca doit donner ! Tractations, marchés, magouilles, suprématies achetées, à quel prix, humain.
La politique se fait des manteaux des beaux idéaux, d'une morale oubliée, raillée, piétinée. Elle s'en cache maintenant à peine, réserve le politiquement correct à un marketing à usage des naïfs.
Le monde est cynique. Brutal. A bien y regarder, et, même, vraiment, sans y regarder de si près, la nature ne l'est pas moins.
Lundi 18 Août 2025 10h30
Poursuivons sur le sujet.
Nous nous sommes égarés dans une civilisation de tafioles. Définition élargie à mauviettes. Attention, il ne s'agirait pas de soulever des contestations outrées.
Sur ce sujet particulier, je suis d'ailleurs à la pointe de la tendance autorisée en parole libre, n'ayant jamais compris comment on peut stigmatiser un groupe sur quelque chose d'aussi intime que ses préférences sexuelles. Autant ostraciser les amateurs de chocolat noir, en opposition contre ceux qui préfèrent le chocolat au lait. Attention, là encore, pas d'amalgame, chocolat noir reste littéralement chocolat noir. On avance maintenant sur des œufs, dès qu'on parle d'autre chose que de fleurs ou de papillons. Fin de la parenthèse.
Ou pas. Lancée là dessus, je digresse à peine. A mon aulne.
J'ai dernièrement avec mes collègues soulevé combien des locutions passées dans le langage courant m'interpellent.
D'une situation où la solution ne tombe pas dans le bec grand ouvert d'un demandeur bien peu attaché à la trouver par lui-même, on dit qu'elle est "compliquée".
Pour moi, compliqué, c'est complexe, difficile à démêler, avec une multiplicité de paramètres à prendre en compte. Ca n'est pas juste le degré immédiat après simple comme bonjour, ou tout cuit.
Dans le même registre, le "violent" cuisiné à toutes les sauces.
Pour moi, toujours, violent, c'est un grand coup de poing dans la figure, qui vous envoie à terre en deux deux. A la limite, ça peut être transposé dans le domaine psychologique, le résultat étant le même. Je ne suis pas non plus basiquement littérale.
Pour exemple, il y a quelques temps, je tançai un collègue récalcitrant à exécuter une tâche somme toute assez convenue à son poste de travail. Il m'objecta que, de retour d'un arrêt maladie, il ne pouvait pas s'en acquitter, sans risquer de mettre en péril tout le profit des quelques semaines de repos qu'avait nécessité son rétablissement.
Soit.
Je lui proposai alors une activité beaucoup moins mobilisatrice, à sa portée, donc.
Il m'argua alors que, n'étant pas médecin, je ne pouvais pas en juger formellement. Re-soit.
Ne voulant pas parcourir tout le delta des fonctions répertoriées dans sa fiche de poste, je lui demandai, un peu brutalement, je l'admets, pourquoi alors il était revenu travailler ? Puis, plus civilement, qu'est-ce qu'il pouvait faire, en fait, sans se mettre en danger ?
Il me tourna le dos et s'en fût, fuyant géographiquement la zone où je pouvais sévir.
Il me revint par une autorité, supérieure à la mienne, que mes propos étaient d'une "violence" inappropriée à la circonstance. Et cette thèse fût relayée à l'ensemble de l'équipe, qui ne s'en formalisa pas plus que ça, connaissant ma verve un peu directe, il est vrai. Bon.
Le collègue en question, conforté dans son attitude peu coopérante à l'avancée du travail, se rengorgea. Etant d'un naturel facilitant et profondément gentil, il ne me tint pas rigueur longtemps. Passée une mise en quarantaine de 48H, il me revint, affable et sans rancune.
Je pris la résolution, raisonnable dans le contexte, de ne plus risquer d'autres conflits du même type : je ne lui demande, depuis, rien de plus que des nouvelles de sa santé, de la manière la plus urbaine qui soit. Jamais son aide, ou quelque participation que ce soit à l'ouvrage.
Nous nous en portons ma foi fort bien tous les deux.
Ces deniers jours, j'apprends que cette même haute autorité qui m'admonesta pour la "violence" de mes propos à l'encontre de ce grand gaillard, lui a mis un marché tout simple en main : il accepte de partir en rupture conventionnelle, ou, tôt ou tard, on le licencie à la moindre occasion. Le fait est que l'animal se prête au jeu : on ne compte plus ses fautes professionnelles.
Ca, par exemple, ce n'est pas "violent". Ah, bon.
Je me demandais, très bêtement sans doute, s'il n'aurait pas été plus opportun de le redresser, en amont, (attention, là on frôle encore une zone interdite), que de le laisser aller, comme la génisse au pré, pour lui passer le lasso sans préavis, et le condamner à s'inscrire au chômage. Chômage, c'est permis, ou à peine. Recherche d'emploi, alors, peut-être.
Je me demande si notre civilisation n'est pas mitée de l'intérieur, par toute la panoplie d'affects qui tourmente l'humain : la peur, l'orgueil, la recherche de reconnaissance, d'estime, de pouvoir, d'amour, allez, osons.
L'affectivité, l'émotion, ce sel de nos jours, est le ciment de nos tourments.
Les intelligences artificielles ont un bel avenir, elles qui peuvent imiter l'émotion, sans y être assujetties.
J'extrapole à peine, en imaginant une humanité qui pourrait, à l'envi, (j'ai appris dernièrement que ce n'était pas à l"envie"), ouvrir ou fermer les vannes de l'affectif. Il y aurait une analyse préalable, à froid, de la situation. Sans aucune intervention d 'une quelconque émotion perturbatrice.
Ensuite, selon le résultat éclairé de cette analyse, l'individu concerné pourrait choisir d'entrebâiller l'accès à cette ressource.
Je suis persuadée que les relations humaines en seraient nettement améliorées.
Le hic venant tout de même de la divergence d'analyse entre deux protagonistes, l'un demandant le "passe" pour entrer dans le cercle affectif de l'autre, et cet autre le lui refusant.
Un petit réglage neuronal pourrait pallier. Le demandeur, avant d'avoir accès à l'idée de faire sa demande, serait averti, par un quelconque capteur implanté ou réactivé dans son cerveau, de la fin de non recevoir qui s'ensuivrait s'il allait au bout de sa démarche. Et ne la ferait pas, n'en aurait même pas l'idée source. Il éviterait ainsi le désappointement, la déception, la vexation, et toute la litanie contreproductive qui en découle. Que du bonheur. Qu'on appellerait autrement.
La délibération pourrait se faire autrement un étage au dessus, par une instance extérieure, capable de limiter les demandes pour les adapter aux offres. On n'accorderait l'accès aux émotions du potentiel "demandeur" que quand le "receveur" pressenti y serait favorable, analytiquement.
Ce n'est pas un peu le principe de l'"immigration sélective" ou "choisie", ça ? Quel que soit le terme dont on l'habille. En gros, on n'accepte dans les demandes que ce qui nous plaît. Et, pour la requête non désirée, on décourage cette demande à la racine. C'est le plus simple. Au nom d'exigences honorables, bien-sûr. Ouille, ouille, ouille, là, ça craint carrément !
Comme ça, le demandeur ne souffrirait pas du refus opposé à sa demande, puisqu'il ne lui serait pas venu à l'idée de la faire. Même topo que dans le schéma précédent. Deux robots sans surchauffe, le rêve ! L'instance autorisée, supérieure, par le fait, aurait tout pouvoir de décision, évidemment. Un sacré pouvoir sur la populace du peuple robotisé, lobotomisé.
Je devrais peut-être soumettre mon scénario futuriste à Nicolas, l'auteur de fictions pas si fictives. Si tant est qu'il soit futuriste.
Nos besoins, nos aspirations, sont déjà bien téléguidées, me semble-t-il. Pour le coup, là, on joue au contraire sur nos affects comme sur les cordes d'une guitare. Sans nous laisser la possibilité de nous préserver, bien au contraire. Le jeu n'est pas équitable. Les dés sont pipés.
Nous ne décidons rien. Nous subissons, nous avalons, nous consommons. Nous sommes la seule ressource qui s'auto-alimente. Marchandise à consommer la consommation-marchandise. Il fallait y penser.
L'homme de Neandertal aurait été exempt de ce gène d'expansion, de conquête. Il était cueilleur, pas chasseur, ni éleveur. Je parle sans trop savoir. C'est Nicolas encore qui m'a soufflé l'information. Mais ça nourrit bien mon propos. Comme le pourcentage de vérificateurs doit être minime, je ne prends pas grand risque.
Sauf que j'ai éveillé ce doute, béotienne que je suis. Une erreur de débutante en manipulation des masses : susciter l'idée de la vérification, de la remise en cause.
L'homo sapiens, le moderne, lui, s'est lancé à la conquête de son environnement. Prendre ce qui lui était offert ne lui a pas suffi. Il en a voulu plus : il a prélevé, chassé, cultivé, élevé, asservi, soumis, utilisé et abusé d'une ressource que nous finissons de tarir. Une ressource dont une partie de l'humanité fait partie. La plus grande partie, en fait. Seule, une élite est aux commandes.
Je n'ai pas besoin d'aller chercher beaucoup plus loin : l'élite va s'entredévorer aussi. Ce n'est qu'une question de temps.
Sur ces prospectives réjouissantes, je m'en vais préparer le déjeuner.
Les grands de ce monde nous laissent le plaisir de manger, et nous ont formatés pour avoir envie de manger bien au-delà de la satiété. Bien salé, bien sucré, bien gras, et sans trop bouger.
J'entends des voix se lever là contre. Qui sait ? Notre monde n'est peut-être pas tout à fait perdu ?
16h40
Je reviens de promenade. En cette saison, dans les passages à ciel ouvert, la ronce et le chiendent guettent. Sous les bois, le moustique attaque. Entre les fougères, le taon pique sec. Ne croirait-on pas les geignardises de touristes citadins ?!
La nature accuse méchamment le coup des journées caniculaires de la semaine passée. Juillet doux et humide l'avait amollie dans des conditions trop faciles. Là, la chute en est plus dure. Une semaine de chaud, sans eau, et les plaques sèches mitent les prairies, les feuilles craquelées tombent des arbres.
Ce petit retour à la terre brute me fait du bien. Ce matin, j'étais partie un peu trop loin de ma base. C'est bien simple, quand je me relis, je me perds.
Je ne retoucherai pas pour autant mes élucubrations. Elles font partie des méandres de ma pensée anarchique.
Qui sait, dans des années lumière, quelqu'un quelque part y trouvera-t-il un sens ? On ne sait. On ne risque pas grand chose à essayer.
Mercredi 27 Août 2025.
Le voile de bruine éparpille ses charpies sur la baie.
Je suis toute dolente de pas mal de petits et grands dossiers en voie d'être bouclés. Dolente de plénitude, pas d'ennui. Une sensation de grande détente me dénoue.
Quelques moments jalonnent ces jours à la conclusion si favorable.
Trois petites têtes de bébé hirondelles ponctuent le nid au dessus du surpresseur. Je suis un peu inquiète : comment ces tout petits pourront-ils prendre leur envol pour le long voyage vers le sud, d'ici deux à trois semaines ? Les parents, attentifs, veillent sur la tuyauterie proche. Je me verrais presque nourrir ces oisillons restés en rade tout l'hiver. La nature décidera : les sacrifier, ou retarder le départ.
Ttony a du se goberger d'une quelconque friandise, vendredi dernier. Elle est remontée complètement engourdie du champ, panse bloquée, transit au point mort sur un gros ventre douloureux. Ma sacro-sainte aspirine a paré, une fois encore, ou bien l'affaire était sur le point de conclusion avant que j'intervienne. Toujours est-il qu'une bonne grosse chiasse pestilentielle plus tard, les choses sont rentrées dans l'ordre.
Txief s'est tordu une patte, il y a une semaine tout juste. Il a voulu descendre de la voiture, bondissant par dessus le sac de luzerne que je venais d'approvisionner. Résultat : il s'est mal réceptionné, et, depuis, son postérieur droit pend lamentablement, totalement inefficient.
Je ne manque pas de médication canine, dédiée à ma vieille Lola. Après une auscultation tactile poussée, j'ai pu vérifier qu'il n'y avait pas de casse, mais sûrement une bonne luxation. Anti inflammatoire, antibiotique, toute la panoplie vétérinaire classique.
A aujourd'hui, la démarche est encore bien bancale, mais l'appui se fait plus fort. Je le charrie dans les montées d'escalier, dans les transferts. Ce petit chien vite grogneur est quand-même bien attachant, à se caler dans mes bras en confiance.
Un camion bardé de tuyaux de tout calibre, spécialisé dans les débouchages de conduites d'effluents et évacuations liquides, quand elles se font trop solides, justement, tanguant devant moi d'une conduite très approximative, avec une ambardée surprenante à l'entrée du pont de la Négresse.
Une opération solidarité familiale autour de ma roue crevée.
La pépinière fin propre, signalétiquée comme jamais, en lignes honorablement droites, et panneaux alignés au cordeau, ou tout comme.
Tous ces riens se calent dans la trame des choses plus remarquables, comme des respirations bienfaisantes.
Pour finir donc, notre virée familiale aux portes du paradis, où une haie d'honneur d'anges conciliants nous amène avec entrain vers un avenir radieux. Dont je n'ai pas envie de chercher les ombres, pour une fois.
La situation est totalement sous contrôle.
Nos limites enfin déterminées à l'angle sud du périmètre nous font un confort notable, là encore.
Non, vraiment, la période est au relâchement bien mérité.
Il sera bien temps de s'alarmer pour mes petites hirondelles, le moment venu.
Même jour 19h30
Je reviens de ma promenade bucolique sous la bruine, dans la campagne noyée, feutrée. J'en reviens apaisée, reconnaissante de vivre cette plénitude que j'ai l'impression de sentir au plus près, durablement, enfin.
Samedi 30 Août 2025
Journée de congé.
Toujours dans l'idée de lutter contre un désœuvrement qui ne me réussit pas trop au teint, j'ai fait le tour des toiles d'araignée dans l'étable et la porcherie-remise.
Enfin, les plus grosses, lourdes de poussière, incurvées en bourses sous le plafond.
J'ai aussi redressé mes plants de tomate que le vent avait couchés. Un épamprage drastique les allège aussi d'une prise au vent trop importante. Le poids des fruits les ploie. J'ai une variété "rose de Berne" impressionnante. Une autre, aux fruits allongés en olivettes, de la couleur plutôt noire de Crimée. Un semis sans doute anarchique, multi-variétés. Le résultat est amusant.
En soirée, nous prévoyons un apéro voisinage. Nous sommes peu d'habitants, dans la ferme. Ca évite les rassemblements trop importants. Deux citoyens à demeure, aux rythmes calqués sur des couchers précoces. Nous ne nous attardons pas en soirée. Ca rend le moment tout à fait agréable, sans décalage physiologique perturbateur.
C'est particulier, c'est sûr. Ca nous va impeccablement.
J'ai prévu quelques sorties entre amis, en Septembre. Dimanche de la semaine prochaine, les myrtilles, avec notre troupe d'habitués. La semaine suivante, une virée dans le Pays Basque intérieur, avec halte gastronomique dans la montagne panoramique. Entre deux, peut-être, un tour aux Comices à Urrugne. Il est annoncé un blocage national. A voir.
Le mécontentement gronde, mais ne mord pas. Les coupes budgétaires annoncées ne plaisent pas, évidemment. J'imagine que c'est davantage l'idée d'un effort injustement réparti qui révolte. Comme on peut difficilement vérifier, on peut toujours se méfier. Voir de l'argent jeté par les fenêtres ici, et entendre qu'il n'y en a pas là, c'est déconcertant, c'est sûr.
Tout de même, nous sommes plutôt bien lotis, communs des citoyens, si l'on se compare aux autres européens, semblerait. Alors, resserrer d'un cran, ça pince un peu. Mais ça se peut.
Je suis docile, passive, complètement insolidaire des mouvements d'opposition. La première à profiter de leurs avancées. Une couarde.
Là, de la même manière, je regarde de loin, me tiens à l'abri de mon petit confort, et attends la suite.
Je hurle avec les loups, sans jamais prendre la tête de la meute.
Oui, véritablement, une couarde.
Lundi 1er septembre 2025 17h
Le vent penche les arbres lourds de feuilles. Mes carolins élagués balancent bien moins. Un souci de moins.
Je finis ma série de journées in vaquées.
J'ai terminé en beauté : un ourlet de béton grossier autour de ma trappe du compteur d'eau s'était disloqué. Le séisme date d'il y a un bon moment, plusieurs années sans doute. Je cohabitais bourgeoisement avec cette ignominie perçue comme telle seulement hier matin.
Hier matin, donc, je rattrapais à l'enduit les trous vilains laissés par les chevilles arrachées qui maintenaient, un temps, au mur, la clôture entre les deux habitants de la ferme. On se souvient de l'épisode Ttony, un soir de pluie. Ou pas. Moi, je m'en souviens.
C'est là que mon emprise au sol, instable de ces blocs désagrégés, me chagrina. Derechef, je décidai d'en découdre.
J'aime le béton, ce matériau solide, fait pour durer.
Dans l'après-midi, j'évacuai les morceaux de béton, creusai dessous, et sur les côtés, autant que je le pus. Un tuyau d'évacuation d'eau pluviale bombe sa rondeur là dessous. Ceci expliquant peut-être cela. Le béton grossier adhère mal à autre chose qu'à du béton grossier.
Une palette posée sur le trou préservait l'ouvrage des inspections de TtonytaPetra, toujours curieuses de nouveauté. Peut-on être curieux d'ancienneté ?...
Ce matin, opération ferraillage, au moyen de fragments de fer à béton récupérés du chantier de l'étable, justement. Déjà, en ce temps là, mon défunt père goûtait la maçonnerie. Et ne lésinait pas sur le ferraillage.
Tout à l'heure enfin, j'ai coulé là-dedans le ciment gras d'un mortier à fine granulométrie, s'il vous plaît.
Recouvert le tout de ma palette. Complétée d'un aquilux, en cas de pluie.
Je suis entièrement satisfaite de tous ces menus travaux menés à bien.
Ils m'ont agréablement occupée. Eloigné les miasmes d'une oisiveté mère, pas chez moi de tous les vices, mais de béances promptes à s'ouvrir une faille au mitan de moi.
Les Junes reviennent en villégiature.
L'automne reprend ses droits.
Vendredi 5 septembre 2025 17h
Retour ici après une semaine au mercredi ouvrier.
Je suis confirmée dans le fait que mon travail me convient très bien au teint.
Je me suis occupée de mes courants.
Une journée à la lumière ciselée de l'avant automne. Mes trois hirondelles juvéniles ont pris leur envol. Elles reviennent à l'étable pour dormir, et s'aguerrissent sans doute à la vitesse supérieure.
Txief récupère tout doucement de sa patte foulée.
Mes ouvrages béton et enduits ont parfaitement séché.
Je m'apprête à une soirée lecture loisir détente.
Lundi 8 septembre 2025
Je me suis réveillée frissonnante d'un émoi surprenant, au mitan d'un hypnopompisme
bien agréable. Je ne me souviens qu'à peine d'en avoir ressenti de pareils dans la vraie vie.
La bruine rafraîchit incroyablement l'atmosphère, après une pointe de chaleur samedi.
Moi, j'attends la prochaine grosse averse pour vérifier l'efficience de notre travail de samedi, à la jardinerie, avec J.Michel. Quelques entrées d'eau nous chiffonnent les plafonds, au point que les plaques gorgées d'eau s'affaissent au sol.
Nous avons joué sur les toits, parcourant les chéneaux. Chez Lafitte, la couverture présente un échantillonnage complet de tout ce qui s'est fait en matière de couverture, depuis les 35 ans de sa construction, par plaques, travées, ou tranches.
Nous avons pu constater avec effarement l'ouvrage d'artisans assermentés professionnels, eux. Du câblage électrique, affranchi d'une quelconque gaine protectrice, jeté en travers des toitures, glissé dans les conduites d'évacuation pluviales, enchevêtré dans ces fameux chéneaux. Avec pour conséquence un engorgement mécanique fort conséquent des dits chéneaux, facteur évident de nos dégradations intérieures.
Nous avons râclé, vidé, surpressurisé, complété des équipements prématurément délabrés par des mises en place inadaptées.
Le résultat en a été un magnifique jet d'eau claire, plongeant bille en tête dans un avaloir lui aussi purgé de quelques décennies de feuilles mortes et débris divers. En comparaison du dégueulis épais, boueux, régurgité en borborygmes répugnants, c'était une avancée manifeste.
J'attends, dis-je donc, avec presque gourmandise, la sentence du prochain gros abat d'eau. Ca me rappelle cette période où je luttais ici-même, avec le projet d'étanchéiser mes locaux. Ce que j'ai enfin réussi là, je devrais pouvoir le faire ici, n'est-il pas ? Ou l'inverse, peu importe.
Hier, la journée entre amis dans les myrtilles d'Hélène a soulevé quelques questions pratiques sur le thème de l'urbanisme, des successions, et quelques autres sujets à l'avenant. Je vais de ce pas interroger mon ami Djipiti.
Lundi 15 septembre 2025 18h50
Je me voyais une journée propice à une longue séance écriture.
Tout faux : les instances téléphoniques d'un mien familier m'ont requis. Heureusement, l'aboutissement fût favorable, et la peine engagée récompensée.
Hier après-midi, je regardais avec envie l'or dans les bosquets déjà automnaux, rivée déjà aux espaces clients et autres comptes où tout va bien quand on est dans le bon parcours. Ce que je n'étais pas. Quelques virées remblai dans le soir m'ont mal consolée.
J'ai pris sur moi aujourd'hui de sursoir à toute autre tâche jugée secondaire, en regard de mon besoin de flâner dans mes paysages. La grisaille sur les verts pâlis était bien jolie, aussi. J'ai enfermé les trois chiens dans la voiture, pour profiter pleinement de ma balade. Elle me fit grand bien.
Je me contenterai donc de ces notes, ces brèves, posées en cailloux sur une piste vite perdue. Mes sentes l'étaient presque, d'ailleurs, perdues, étranglées dans une végétation péremptoire.
Je reviendrai, ou pas, sur le Vatzap du téléphoniste, dérivé de ce que mon Wouatssap pensait être pertinent. (What's happened ?) De cette dictature de l'immédiateté dans la propagation d'une information capitale (!) dont la prise de connaissance différée ne se pourrait concevoir sans dommages.
Je ramènerai, ou pas, pour plus tard, le plaisir de ces journées, à la jardinerie, où je retrouve le goût des rayons en cheminées.
Si je fais vite, je cueillerai l'image de mes récoltes potagères impressionnantes. Je distribue au fur et à mesure des tomates énormes, au rouge-rose un peu déconcertant, mais à la taille incontestablement propre à laisser bouche-bée.
D'autres petites choses, sans doute. Ah oui, mes dernières nées hirondelles semblent avoir levé le camp. Les parents les ont veillées, après que le reste de la troupe est parti. (Et non pas "soit" parti, discussion des myrtilles. Avant que, ça reste conditionné au temps à venir, on ne sait pas si ça se fera. Avant que je ne parte. Subjonctif, subordonné à. Après que, c'est plié, indicatif).
Toutes ces petites dissertations m'auraient très agréablement tenue. Ma promenade était supérieurement nécessitée.
Vendredi 19 septembre 2025 17h22
Le temps était annoncé très chaud. C'est plus une pesante touffeur que de la canicule. Les cieux ennuagés d'un coton gris plaquent au sol une atmosphère saturée d'humidité.
Je reste à l'ombre, dans le frais de mon logis joli. Les chiens, couchés sur le carreau, sommeillent. TtonytaPetra viennent de rentrer du pré et se manifestent à coups de cornes contre l'abreuvoir.
Mes hirondelles juvéniles sont encore là. En famille, avec les parents vigilants, elles pépient encore le matin, quand j'allume la lumière dans l'étable. Toutes les autres ont pris le large.
Le soleil filtre comme en ce jour lointain d'éclipse, où la lumière baissa d'un coup, en fin de matinée. Une ambiance étrange, hors du temps, ralentie et bienfaisante, me fait tomber les épaules.
Je les ai d'ailleurs un peu raidies, ces épaules et cette nuque, de l'activité magasinière de la semaine. J'en suis à ces gondolages que j'aime bien.
La préparation de l'inventaire ne me requiert plus. Je me diversifie, et y trouve agrément.
L'automne nous est venu.
Les affaires courantes devraient se conclure pour Toussaint.
J'envoie des messages amicaux à mes amies.
Pendant ce temps, le peuple manifeste son mécontentement dans un désordre totalement contre-productif. Les gouvernants gouvernent ce qu'ils peuvent gouverner : un petit chaos organisé en sous main par des qui ne se montrent pas trop, eux.
Le pouvoir sera toujours le pouvoir. Nourri d'argent, il continuera de faire ce qu'il a toujours fait : asservir, pour dominer.
Autant tirer son jeu là dedans. Le périmètre consenti est suffisant pour ne pas nous jeter trop loin des clous autorisés.
Me voilà repartie dans ces considérations dont je parlais hier avec la sympathique Aïnhoa d'Ici Pays Basque. Pour en revenir à a conclusion que tout ça me dépasse. J'y fais quelques incursions comme on met un pied dans l'eau froide, histoire de vérifier que la température ne nous convient toujours pas.
Je vais comme de tout temps me défausser sur mes basiques : mes vaches, un tour de cueillette au potager, puis la contemplation du paysage et de la ligne de mer depuis le remblai.
Mon monde étroitement circonscrit est en ordre.
Mercredi 24 septembre 2025 15h40
Une "goutte froide" est descendue du grand nord. Des journées à à peine 15°. Il faut suivre !
Mon temps s'articule autour de mes journées travaillées. Ici, je vaque très mollement. Je vais reprendre les châtaigniers. Je dois laisser les écorces durcir à l'air. Dans les tubes de protection, l'humidité les maintient trop tendres. Je vais appareiller les troncs d'une armature grillagée doublée de fils ronces : TtonytaPetra ne seront pas meilleures pour mes arbres à nu.
A la jardinerie, les cageots pleins de bulbes maraîchers joufflus m'ont donné l'envie de jardiner. J'en suis privée : les citrouilles ont colonisé tout le potager, d'une, et de deux, la terre est gorgée des pluies dernières. Hier soir encore, une averse a crépité sur les tuiles, drue.
Mon tas de fumier est encore dans le pré des vaches : les travaux sont à l'attente, cette année.
A l'attente aussi, quelques reprises de peinture, plus ou moins projetées ici et là. Rien de manifestement nécessité, juste de quoi maintenir l'existant au mieux.
Je m'impatiente un peu de ces courants qui se traînent. Quelques relances occupent mal mes envies de boucler tout ça. Au mieux, ça donne l'impression de faire bouger deux trois protagonistes enlisés dans des dossiers sûrement complexes. De contraintes dont on saisit mal qu'elles demandent une telle durée de réflexion bureaucratique.
Les hirondelles que je pensais parties s'alignaient ce matin sur le fil électrique en chapelets. Elles sont encore là, donc. Mes deux dernières pensionnaires ne sont pas seules. Ca me réconforte.
J'entends TtonytaPetra en bas dans l'étable. Je vais m'occuper d'elles, puis sortir à l'air, oxygéner mes impatiences inutiles.
Vendredi 26 septembre 2025 20h20
Fin d'une belle journée à la lumière pure, ciselant les contours des reliefs dans des dorures profondes. Toujours ce même régal, dans la contemplation du paysage depuis le remblai qui détend en moi les rares nœuds d'une vie privilégiée.
J'ai longé la Bidassoa avec Meriem, coincée de quelques vertèbres grippées. Là aussi, la lumière était belle sur l'onde tranquille.
Au retour, TtonytaPetra avaient été pansées. L'herbe haute autour du tas de fumier et le long de la clôture coupée exhalait cette fragrance acidulée de la sève en mouvement.
J'ai considéré en dînant mon sas : je vais décidemment reprendre la peinture de ces murs au crépi craquelé. L'extérieur, d'abord, histoire de limiter les infiltrations humides, puis, ensuite, un joli teint vert-bleu sur tout le pourtour, au lieu de ces pans gris, blancs, bleus. Mes arbres de part et d'autre de la porte resteront évidemment en place. Je ne vais sûrement pas estomper une telle œuvre majeure.
Je babille et gigote, insignifiante, insouciante de la marche d'un monde en désordre.
Nous atteignons les 3 milliard quatre cent milles euros d'endettement. 115% du produit intérieur brut. Les ménages surendettés sont de petits joueurs, en comparaison.
Un ancien président écope d'une peine de 5 ans de prison. Quand son avocat dit qu'on lui demande une exemplarité spéciale, de part son statut politique, ce qui en fait un justiciable particulier, c'est-à-dire un justiciable pour lequel on a une exigence supérieure, le journaliste relève le justiciable pas comme les autres, dans le sens de justiciable privilégié. Trois mots triturés dans un sens ou dans l'autre, et toute l'histoire vire de bord.
Ca fait bien longtemps que je n'ai aucune illusion sur la probité de nos dirigeants. Sur la probité de tout ce qui gravite autour de millions d'euros brassés comme les courants lourds d'une eau boueuse. On en sort un du chapeau comme on présente une offrande à la vindicte populaire. Tous ces jeux du cirque ne trompent pas grand monde, je pense. Un spectacle de Guignol, pathétique et navrant.
Je le vois comme ça, du bas de mon ignorance crasse, et de ma passivité coupable.
Là, des drones survolent aux frontières comme des guêpes énervées, et énervantes...
Dimanche 26 octobre 2025 16h14
Un mois déjà que je ne suis pas venue par ici.
Soit, d'après Jean d'Ormesson, je vais très bien, soit quelques riens m'occupent plus que de raison : je ralentis mes rythmes.
Octobre a été bien agréable, cette année. Un automne idéal, belle lumière, ambiance paisible, temps alenti. La grosse tempête Benjamin de la nuit de mercredi à jeudi a juste rappelé à l'ordre nos langueurs innocentes. Pas de dégâts par ici : mes carolins élagués ne balancent plus au vent à donner le tournis.
Le tas de fumier en pied a été remonté : ces cycles rassurants scandent notre temps long.
Je vais finir de nettoyer le potager, quand les citrouilles seront récoltées.
Les pieds de tomate sont arrachés. Les beaux fruits un peu mous ont été d'un calibre spectaculaire. Le dernier plant de piment rescapé de la tempête m'a ce matin encore tendu une jolie poignée de doigts verts.
Je suis impatiente de remettre tout ça d'équerre. D'épandre le fumier en fourchées épaisses, et de confier sans doute à la terre les bulbes et graines d'hiver. Je serai toujours à temps de recommencer ce printemps, s'il y a trop d'eau, cette année encore.
En prévision aussi, la reprise des châtaigniers. Je vais les émanciper des tubes alvéolés, pour laisser les écorces durcir. Evidemment, avec TtonytaPetra toujours dans les parages, il va falloir protéger, avec un tramage grillage et fil ronce. Nous nous occuperons de tout ça le mois prochain, avec Olivier.
Là aussi, la qualité des fruits se maintient. C'est encourageant.
J'ai relevé le semblant de grisure en m'attaquant sérieusement à mes décors. Peinture toujours, ou l'art de mettre des couleurs pour égayer les murs et l'âme.
Au bout de quelques séances, mes cervicales grippées m'ont conseillé une pause. J'ai fait tous les extérieurs, la pièce-sas.
Pour ici, j'attends un peu. Le "vert nébuleux" me fait de l'œil. Je sais bien que je ne résisterai pas longtemps. J'envisage des pièces (enfin, deux, pièces) unicolores, pour éviter les jonctions baveuses entre deux pans. Ce sera formidable !
Nos environs se modèlent : le remblai prend la tournure d'un terrain de sport. Pour le moment, je profite encore de la promenade autour.
La lumière est bien belle au soleil couchant, nichée dans les creux des vallons et les aspérités des roches de la Rhune. Je fais de longues pauses, les vieux chiens vaquant non loin de moi. Ils me perdraient vite, sourds, plus ou moins aveugles, boiteux.
Quand je veux faire une virée plus au large, je les enferme ici. Ce que je vais sûrement faire tout à l'heure, puisque la pluie s'est arrêtée. Même si elle ne m'aurait pas empêchée de prendre l'air, bien au contraire.
La sagesse m'est venue de ne pas me focaliser sur l'avenir. Je n'ai plus l'angoisse d'anticiper au mieux, de prévenir, de parer. J'estime avoir fait ce qu'il fallait pour m'assurer les meilleures conditions. La suite dépend bien moins de ce que je pourrais mettre en œuvre maintenant.
Je vis le moment, je le savoure. Chaque jour, chaque heure, presque, je me redis la chance de vivre ainsi, dans cet endroit, avec ces gens autour de moi.
L'époque est troublée, c'est vrai. Là aussi, je me dis que je n'y peux pas grand chose. Les grands de ce monde semblent perturbés. Ce n'est sûrement pas de moi que leur viendra la raison.
Histoire de ne pas laisser perdre les moments précieux glanés dans cette période, je vais noter quelques instants significatifs, pour qui sait les lire.
J'ai peut-être l'art de relever l'affliction d'une vie aussi étroite. J'en ai le goût, toujours.
Samedi 11 octobre.
Après une journée charcutailles le matin, et peinture du mur de terrasse l'après-midi, je promène dans la nuit, avec la satisfaction d'avoir œuvré efficacement.
Les chiens assoupis ne m'ont pas suivie. Je respire à fond l'air tiède, je regarde les lumières sur la baie, les contours ciselés encore des montagnes sur un fond ocre mat.
Chaque fibre musculaire se détend. Chaque neurone se dénoue. Un bienfait.
Dimanche 12 octobre.
J'applique la seconde couche sur le mur de terrasse. L'effet gaufré en façade est à peine mieux que le gondolage du ruban antérieur. Non, c'est quand-même bien mieux !
La ferme est déserte, c'est le grand calme. Celui que j'appréciais tant déjà, quand mes parents, très rarement, s'absentaient avec mes frères, et me laissaient la ferme à moi seule. Un moment à archiver précieusement.
Lundi 13 octobre.
Les Junes retournent chez elles. Elles font des difficultés pour monter dans le van. Je tiens l'une, puis l'autre. L'élégance de ses bêtes fines et puissantes me plaît. Elles n'en font qu'à leur tête, mais finissent par capituler. Marie la cavalière parvient à ses fins. J'aime bien ses méthodes.
Mercredi 15 octobre.
Opération tunnel des chevaux, justement. Bâchage du sommet avec un PDM conciliant, étalé sans mal depuis la caisse du tracteur à la fourche relevée. Ca aurait mérité une relation plus détaillée.
Vendredi 17 octobre.
Virée neurologue à Biarritz, puis Bidarray, avec un repas bien consistant, une église à la construction lourde et en même temps élevée en grâce.
Lassée de plusieurs heures de voiture, je rentre à pied depuis le chemin des Crêtes. La journée est magnifique, mes paysages préférés étalent devant moi leurs rousseurs sourdes. Je croise un ou autre familier, quelques paroles. Je rentre décontractée totalement, pour retrouver mes bêtes.
Mercredi 22 octobre.
La tempête est annoncée. Le grand calme sous un gris bonhomme inquiète.
Vendredi 24 octobre
J'ai badigeonné abondamment la toile du tunnel d'un goudron fluide et brillant. Je ne suis pas sûre que c'était la meilleure matière à appliquer pour une protection durable. Nous avons fait avec le matériau à portée, gratuit. Ca nous a pas mal réussi, souvent...
L'après-midi, après ça, je travaille au potager. La tempête n'a pas fait de gros dégâts. Elle a chiffonné quelques plants sur la fin.
Pettan est né hier.
Samedi 25 octobre.
Hier.
De grosses pluies se sont abattues.
Nous changeons d'heure. J'ai toujours cette impression de voler une heure à la marche implacable d'un temps sourd à nos inquiétudes de créatures à la finitude programmée.
Je devrais me tenter un tour du monde vers l'est, ou l'ouest, je ne sais plus. Un jour plein me semblerait manne incroyable. Grande voyageuse comme je suis...
Les soirées longues vont me faire des heures de lecture en plus. J'ai retrouvé le suc de ce plaisir là.
Celui de l'écriture, je vois bien combien je le bâcle.
Je me le réapprivoiserai. Là, je lui tiens juste la bride lâche, histoire de ne pas me le laisser filer. Je sais le retrouver. Là, déjà, il me revient au bout des doigts.
La lumière d'or revenue me tend les bras. TtonytaPetra sont restées à l'étable. Je vais les panser. Celles-ci aussi, l'hiver leur fera une meilleure place dans mes journées.
Toutes ces richesses pour moi, à portée.
Je vis ma chance pleinement. J'en ai la conscience, et la gratitude. Je vire bien, je trouve.
Vendredi 31 octobre 2025 18h
J'étais partie pour une rétrospective.
Un mien familier m'est venu. J'ai sursis.
Vendredi 7 Novembre 2025 17h
Je reprends là où j'en étais restée.
Une semaine plus loin. Heureusement, je note rapidement sur un carnet quelques jalons, histoire de repérer quelques reliefs de la planitude liquide.
Mercredi 29 octobre 2025
Une virée sur les hauts d'Otxondota. La beauté ne déçoit pas. Les paysages emplissent toujours les poumons et l'âme d'une plénitude en baume.
Un troupeau de Montbéliardes paissait en contrebas. Ca m'a donné des envies.
Au retour du soir, nos paysages d'ici changent de visage.

Vendredi 31 octobre 2025
Je retrouverai les images plus anciennes de notre remblai d'Agorreta, œuvre de longue haleine, 20 ans l'année prochaine. Là, encore une fois, le temps m'a passé...
J'étais partie pour jardiner, tout à l'heure. Je démarrais, et une bruine m'a ramenée ici.
J'ai bifurqué sur les œufs au lait pour le repas de lundi. Oui, parce-que lundi, nous reprenons les châtaignes, avec Olivier. Je ne pourrai pas être dans le champ, et aux casseroles. Bref. Tout en surveillant la cuisson, je comptais écrire, paisiblement.
Manque de bol, la mise en route de l'ordinateur m'a pris un temps infini. Le fait que je ne l'allume que très peu souvent doit nécessiter quelques mises à jour au démarrage, un peu chronophages.
Le temps que la machine retrouve ses petits, j'ai pu aller arracher l'herbe, au potager. Je ne voulais pas rester plantée là, à m'énerver sur un écran hermétiquement muet.
Une curiosité, de ce côté-là : le radis chinois :
Entre pissenlit et chardon, cette plante rampe en étoile, plongeant loin une racine à l'odeur de radis, effectivement. Je n'ai pas goûté. Elle fait vite cinquante centimètres de diamètre. Je ne l'avais jamais vue avant. Dieu seul sait ce qui nous l'a amenée, celle-ci aussi...
Une belle cochonnerie, toujours est-il, invasive à souhait. Elle s'étale grassement, étouffe tout autour. Je mène une lutte acharnée. L'arrachage est facile, dans mon humus léger.
Rebref.
Revenons à nos parages, et aux changements d'ampleur de mes alentours.
Il y a eu ici des années de quiétude bucolique. Puis, en 2006, de grandes manœuvres ont débuté. Ici, une ou autre image, à venir, peut-être.
Jusqu'en 2024, bon an mal an, le vallon est devenu val, puis, plat, plus ou moins, en pente légère.
Après ça, phénomène géologique, éruption d'une petite Rhune devant la grande.
Calme de quelques mois.
Arrive une autre équipe de terrassiers.
Là, le plat cabossé devient plat organisé.
Et on arrive à cette dernière image (l'enchaînement chronologique en photos, pour plus tard. Tout est par là, mais il faut le débusquer) :
Dans quelques temps encore, ce sera paraît-il un terrain d'entrainement. Et bien, nous irons, petits vieux biscornus, avec nos chaises pliantes sous le bras, regarder la jeunesse gambiller derrière le ballon rond.
On peut bien creuser, fouailler, terrasser, empiler ou aplanir, toujours, comme du temps de la combe, la coulée d'air frais du soir, viendra laper la tiédeur de la terre encore chaude du soleil à peine couché.
Je l'ai sentie vendredi dernier, quand, après avoir jardiné tout l'après-midi en bas, dans les bouffées venteuses du sud, j'ai fait mon tour avec mes vieux chiens.
Je l'ai sentie encore lundi, quand, le voisin, découpé en ombre chinoise sur le crépuscule, passait la tondeuse... Il ne devait pas y voir grand chose. En revanche, il nous faisait bien profiter du vrombissement de son moteur, le vieux bougre. C'était dommage, la paix du soir coulait sur le monde.
Je suis rentrée sous la lumière embrumée de la lune pas tout à fait ronde. Une chauve-souris au vol frénétique m'a ramenée à la ferme.
Mercredi 5 novembre.
J'en suis à renforcer le tunnel des Junes. A grand renfort de cet adhésif élu matériau de l'année, j'ai consolidé la bâche là où elle était amincie.
Bien m'en a pris : aujourd'hui, le vent a soufflé en tempête.
Ca m'a rappelé ce jour où ma mère se retrouva la tête encastrée dans une des alvéoles du hayon de la 305 de l'époque, un jour où le vent le souleva au dessus du bâton qui le tenait relevé. Le petit piston affecté à cette mission devait être hors d'usage.
Le hayon retomba sur la pauvre femme penchée dessous. Hélée à grands cris à la rescousse, je dus forcer pour la désincruster. Elle ne se priva pas de hurler son mécontentement. Mais comment faire autrement ?
Nous finîmes par rire toutes les deux, quand, ma mère et le hayon désolidarisés, nous nous aperçûmes que son petit béret était resté coincé dans la tôle.
Ca ne nous arrivait pas si souvent, de rire ainsi ensemble de si bon cœur : je m'en souviens comme si c'était hier.
Pour ce soir, le vent est enfin tombé. Les cieux chamboulés de nuages éparpillés en pastels irisés m'ont fait un spectacle charmant. La paix nous était revenue. Les petites fougères dans les pierres retrouvaient une inclinaison familière.
Celles-ci ne seront pas trop chiffonnées, dans quelques jours, quand les autres plantes plus grandes noirciront de la pointe.
Les grues chavirées trompétaient dans le ciel, en vols désordonnés. A moins que ce ne soient des oies qui cacardaient. Non, à voir les longues pattes étirées en arrière et le cou allongé, ça devait bien être des grues.
Je suis restée là, à respirer, calmement, à m'emplir de cette ambiance d'après bataille.
Nos paysages restent beaux. Les hommes auront beau vouloir modeler leur environnement, la nature s'en arrangera.
Elle restera souveraine.
La petitesse de l'homme le remet à sa place. S'il s'agite trop, la nature le calmera, comme la louve corrige son petit quand il la mordille trop fort.
Dimanche 9 novembre 2025
Virée à Biarritz avec Hélène et Nicole.
La côte magnifique. Les promeneurs détendus.
La chère raffinée. J'ai fait remarquer à Nicole que c'était bien cruel de m'éduquer à des saveurs fines, en sachant que je n'ai pas les moyens de me les payer. Je reste dans mon périmètre, avec mes plats simples et roboratifs. Ca me va aussi.
Dimanche 16 novembre 2025 9h30
La lumière est celle idéale d'un automne parfait. La température est un peu haute. Le vent parfois brutal. Mais les couleurs sont là, ors mats ou flamboyants, roux fauves en ondoiements puissants sur les croupes des pans de colline. Les ciels virent vite en mouvances de nuages lourds, dolents.
Cette ambiance de Novembre m'a toujours réussi. Cette année, je m'en emplis chaque jour.
TtonytaPetra profitent des beaux jours dans le pré. L'herbe n'y est plus trop appétente. Elles sortent plutôt pour se dégourdir les pattes, et prendre l'air. Une séance entre 11 heures et 16 heures leur suffit.
Ttony m'inquiète un peu. Son comportement a changé, depuis quelques jours.
Elle est agitée comme elle l'est quand elle est en chaleur. Vite en éveil, inquiète, elle met longtemps à se mettre à paître. Là, pour une chaleur régulière, c'est anormalement long.
Plus étrange, elle râcle le sol du sabot. Ce point de la clôture la voit à chaque sortie, décidée à fouailler la terre, comme le ferait un taureau. En plus, la terre, elle en mange ! Son alimentation est complète, et bien équilibrée : foin à volonté, complémenté d'un peu de luzerne déshydratée, pour l'apport en légumineuse protéique. Ce n'est donc vraisemblablement pas une carence.
Pour couronner tout ça, qui est déjà bien assez déconcertant, Ttony feule. Elle ne meuglait pratiquement jamais. Là, elle roule à chaque sortie, et en séquences prolongées, à tout moments de la journée, du fond de la gorge, un appel rauque, d'une basse très mâle. Elle le fait à l'intention des vaches cousines et voisines. Petra ne l'intéresse visiblement pas.
Heureusement, les voisines sont parquées à distance. Sinon, je ne donnerais pas cher de ma clôture, déjà malmenée par ma Ttony et la cousine blanche, à peu près du même âge, quand elles se côtoient le long des lignes de barbelé, à s'encorner à qui mieux mieux. Il va falloir que j'aménage un dispositif d'éloignement, pour le printemps prochain, quand les cousines seront de nouveau dans ce champ mitoyen.
Si Ttony est encore là le printemps prochain...
Ces attitudes déroutantes ne me sont pas totalement inconnues. Je n'en ai vues toutefois qu'une ou deux fois, en 60 ans tout de même !
Mon père, et le maquignon Marcel, parlaient de vaches "torrelées", ou "taurelées", sans doute. Nulle part je n'ai trouvé ce mot. En basque, "barretatua". Sans doute une particularité sémantique locale.
Ces vaches au comportement étrange se "prendraient "pour des taureaux. Elles en deviendraient stériles, d'une part, et dangereuses. Stériles, ça arrangerait plutôt mes affaires. Dangereuses, bien moins.
Là, je n'aurais pas d'hésitation : je devrais envoyer Ttony à l'abattoir. Ce serait un crève-cœur. Mais on ne peut pas se poser beaucoup de questions sur la conduite à tenir, quand 800kgs bien cornés deviennent une menace.
Nous n'en sommes pas là. Ma Ttony est d'origine une brave bête. Je voudrais la sortir de ce mauvais pas.
Renseignements pris auprès du vétérinaire, cette métamorphose comportementale proviendrait d'un dérèglement hormonal. Plusieurs causes possibles : un kyste ovarien, ou alors une atteinte endocrinienne plus profonde.
On peut opérer, traiter par une cure d'hormones, justement. On obtient de bons résultats, ponctuellement. Par contre, la récidive, particulièrement sur les vaches n'ayant pas eu de veaux, est assez fréquente. Le conseil du professionnel : la sortir. Bon.
Ttony ne manifeste pour le moment aucun signe de souffrance. Elle a bon appétit, sa courbe de poids ne flanche absolument pas.
Par contre, quand son meuglement se fait grave, elle paraît ne pas comprendre ce qui lui arrive. Elle essaie, doucement, une vocalise, comme si elle voulait se tester. Elle semble la première étonnée, déconcertée, inquiète.
Petra la considère aussi avec circonspection. Elle se tient loin d'elle quand Ttony s'ébroue, à genoux parfois, ou donne de la corne contre l'écorce du carolin. Dieu merci, elle a jugé mes châtaigniers trop minces pour s'y amuser. Sinon, avec une charge pareille, ils ne feraient pas un pli, mes châtaigniers encore si fragiles. J'en serais désolée.
Quand Ttony se calme, Petra s'approche, et lui lèche le cou et le poitrail. Après quelques rembards pas trop méchants, Ttony se laisse aller à cette tendresse. Et semble apprécier, en levant haut la tête pour que Petra ait accès à l'ensemble du cou musculeux.
Dans l'étable aussi, l'harmonie entre mes deux belles est malmenée.
Ttony a toujours été dominante, prélevant les meilleurs brins de foin, aussi loin qu'elle le peut, du côté de Petra. Si Petra a le malheur de venir grapiller du côté de Ttony, par contre, elle se fait renvoyer dans les cordes sans ménagements.
Depuis ces derniers jours, le "sans ménagements", est devenu "avec brutalité".
Ttony donne méchamment de la corne, et Petra se recule vivement, n'approchant du râtelier qu'avec précaution. A l'abreuvoir, même topo.
Là, j'ai la parade : j'ai raccourci la chaîne de Ttony, pour qu'elle se cantonne chez elle, et laisse Petra manger et boire tranquille. Elle même peut boire aussi, évidemment, mais Petra reste hors de portée de ses cornes.
J'espère vraiment que Ttony va retrouver sa placidité. Je ne vais pas faire de sensiblerie, pour autant. Je nous donne quelques jours pour prendre une décision.
Marcel va pouvoir se frotter les mains, peut-être. Si Ttony part, Petra partira avec elle, je ne séparerai pas ces deux là. Ensuite, je reprendrai deux petites jeunettes. Qui sait, cette fois, j'obtiendrai peut-être de cet homme qu'il écoute ma demande ? Deux noire et blanche.
Je me demande si la perspective ne me tente pas, au point d'influencer mon appréciation. Ce ne serait pas la première fois que je me montre sidérante de brutalité, dans la conduite de mon élevage, entre autres.
Je sais verrouiller l'émotion, quand les circonstances le demandent, quitte à provoquer ces circonstances, avant qu'elles ne surviennent à un moment où j'y serais plus vulnérable. Un mécanisme obscur. Un conditionnement atavique, aussi. Assez efficace, au demeurant.
Lundi 17 novembre 19h.
Point rapide de la situation.
Une longue promenade cette après-midi m'a imprégnée de sérénité.
Les flancs de fougeraies, rincées par la pluie bienfaisante après ces tempêtes, sourdent de ce fauve profond, ourlés des ramilles gris bleu des saules dénudés par le vent.
Le paysage se fait hivernal. Je suis rentrée mouillée d'une averse douce, mais insistante.
J'avais rentré TtonytaPetra dans l'étable avant de partir.
A ce jour, Ttony est plus calme. Elle a encore meuglé rauque à la sortie, ce matin. Un peu houspillé Petra, aussi. Mais pas de séance raclement de sabots, encornement de la clôture, ou tampon sur les troncs d'arbre.
J'y vois du mieux. La chaîne raccourcie l'empêche de molester Petra.
Je me demande si elle n'en oublie pas la satisfaction qu'elle trouvait à le faire...
Je suis contente de cette évolution. Je suis attachée à mes TtonytaPetra.
Dit-elle...
Mercredi 19 Novembre 2025 18h10
Je ferme les volets sur la nuit, le froid, la pluie. Le temps s'est résolument mis à l'hiver. J'aime bien, aussi.
J'ai juste manqué le créneau pour épandre le fumier, entre la récolte des citrouilles et la pluie. Ca n'est pas grave, ça attendra. Je vais d'ailleurs cette année scinder mes semailles hivernales : l'oignon et la fève maintenant, et l'ail, l'échalotte et le petit pois, avec la patate, en tout début de printemps. Si je suis capable d'attendre jusque là...
Il me semble que l'hiver humide ne réussit pas à tout le monde.
Puisque la pluie m'a boutée hors de mon potager après la sieste, j'ai renouvelé l'intermède si agréable de lundi. Longue virée dans mes paysages en damiers chromatiques. Là, j'avais prévu le parapluie. J'ai religieusement contemplé les flancs et les vals, sous un clapotis amical. J'en suis revenue sereine, toujours.
Je laisse les chiens dans la maison, maintenant. Seule Bullou arrivait à suivre. Comme elle n'y voit plus trop, je devais sans cesse surveiller qu'elle gardait la trajectoire. Ca enlevait tout le bénéfice de la promenade.
J'ai droit à une grande fête au retour, sans rancune.
TtonytaPetra sont rentrées elles aussi dès que la pluie a commencé. Je viens de les panser, étriller, froufrouter dans un paillage généreux.
Ma Ttony est moins agitée. Mais elle est comme abattue, perdue dans le charivari de ses hormones désordonnées. Sa souffrance est d'ordre plus psychologique, dirait-on. Son meuglement est toujours anormalement rauque. Son sort paraît inéluctable.
J'ai juste envisagé de garder quand-même Petra. Ces derniers temps, mes belles sont souvent loin l'une de l'autre. A l'attache, seule la chaîne raccourcie empêche Ttony de corner Petra. Leur entité s'est fissurée. La séparation en serait moins difficile pour ma brune, je pense.
Ca peut permettre à la nouvelle arrivante pressentie de profiter de l'expérience de Petra, dans son quotidien chamboulé.
Je n'ai pas encore appelé Marcel. Mais l'idée est bien avancée.
Je me demande si une intuition ne m'avait pas fait pressentir ce dérèglement de Ttony. J'étudiais déjà l'arrivée d'une ou deux bêtes nouvelles, ces fameuses montbéliardes croisées lors de la virée à Otxondota, avant que Ttony ne manifeste ses symptômes. Sans doute, je percevais un changement, sans l'avoir clairement relevé.
Nos intuitions ne sont souvent que des observations inconscientes, des rapprochements d'expériences oblitérées. Nous ne devinons pas, nous analysons, sans nous en rendre clairement compte, sur la base de données oubliées. Notre science se mite de déperditions inévitables. Il faut bien faire de la place pour les nouvelles acquisitions.
Je m'apprête ainsi à un moment pénible. En verrouillant les vannes.
Vendredi 21 novembre 2025 18h45
Je me suis réchauffée à épandre le fumier dans le potager. Quelques séances de contemplation de la Rhune enneigée ont assuré la fluidité lombaire. Il faisait froid. J'étais bien.
J'ai décidé pour Ttony : ce sera l'abattoir. Marcel s'est mis en quête d'une ou deux bêtes. De ce qu'il me proposera dépendra maintenant le sort de Petra. A quoi ça tient, une vie... J'ai essayé de me montrer ferme : des noire et blanche. A voir.
Demain, chantier tailles de fruitiers dans le voisinage. Le terrain est boueux, mais ça va faire, paraît-il. Je ne suis que manœuvre, j'exécute.
Samedi 22 novembre 2025 18h
Une journée idéale. Grand vif ce matin, pendant la taille des fruitiers. Bien emmitouflée, sans être contrainte par des pelures trop serrées; j'ai vaqué très agréablement. Le chantier a été rondement mené.
Ensuite, repas savoureux et diverti, en bonne compagnie, chez Nikolas.
Je suis devenue très experte dans la vêture par temps froid : travail en extérieur oblige. J'entasse les couches, sans serrer, de vêtements pas trop épais, pour la liberté de mouvements. Ainsi, je profite d'une protection amovible, d'une grande souplesse, adaptable à chaque moment de la journée, et à chaque activité. L'allure est moyenne. Le confort optimal. On connaît mes priorités.
J'inaugure ce soir un nouvel appareil de chauffage : le catalyse à gaz. L'idée était de disposer d'une chaleur immédiate, et de ne pas faire flamber la facture d'électricité. L'engin est en marche depuis une petite heure. J'ai éteint les radiateurs.
En puissance maximale, la chaleur est montée à 24°, quand, avec mes radiateurs, j'atteignais péniblement les 22, en marche continue, thermostat 5. Sur 7.
J'ai ramené la mollette en position basse. Le seul petit panneau central orange frémit en alvéoles chaleureuses. Je suis en tee-shirt.
J'ai installé un second appareil à côté. Les frérots s'en trouveront nettement contentés, lors de leurs pauses tisane. Je pourrai dîner là bas, en regardant mes vaches par le miroir-mirador.
Je choie TtonytaPetra avec une attention accrue. Je profite d'elles. Et je les fais profiter de leurs derniers jours, pour Ttony au moins.
Si Marcel me dégotte deux bêtes déjà appariées, je ne les séparerai pas. Et TtonytaPetra iront ensemble, liées à la vie à la mort. S'il n'en trouve qu'une, ou deux étrangères l'une à l'autre, je n'en prendrai qu'une, et je garderai Petra.
La nouvelle s'accommodera d'elle, comme elle s'accommoderait d'une autre. Elle aurait avec Petra un pied dans la maison, histoire de ne pas être plus déboussolée que nécessaire.
J'ai pensé aussi à revisiter la clôture, entre mon champ et celui de Cousinou. Si la, ou les, entrantes, sont petites, du gabarit à se faufiler entre les lignes de barbelé, j'installerai tout autour un grillage mouton. Les mailles carrées de 10 par 15 les contiendront : ce sont des velles, pas des belettes. Si ce sont des bêtes plus grosses, le doublement de fil ronce suffira.
Tout ceci pour une journée sèche d'hiver.
J'ai besoin de projeter un après Ttony.
Dans un autre registre, je terminerai demain ou lundi l'épandage de fumier, si le temps m'y autorise. J'ai fait ramener un supplément d'or noir. Le potager sera grassement nourri, sa terre riche et féconde.
J'ai aussi en tête la réalisation de bacs en bois sur ma cour-jardin. Les pots actuels sont sur-racinés. Nous allons avec Olivier bâtir autour, une structure au fronton amovible, pour pouvoir régénérer le terreau par en dessous, sans avoir à arracher les plantes. Un concept novateur, simple, comme j'aime.
Mon ex mari-ami ne se dédie pas. J'en suis surprise, d'abord, gratifiée, surtout. Ce n'était pas gagné. Ca semble fonctionner. Là aussi, un concept très inédit pour moi.
2025 marquera une charnière dans beaucoup de domaines.
C'est bientôt le moment des bilans.
Pas de grosses surprises en vue. Mais c'est je crois le propre de la surprise, n'est-ce pas, de survenir sans trop d'annonces ? Pas faux.
Quelques cahots absorbés honorablement. De quoi voir venir sans trop d'inquiétude.
Le temps des alarmes, des questionnements existentiels ou véniels, paraît révolu. J'ai l'impression que je m'interroge moins. Je prends le temps de la réflexion. Mes décisions sont moins des foucades, et plus des mûrissements raisonnables.
Et puis, le privilège de l'âge, c'est de voir se rétrécir le delta des options : moins de risque de s'y fourvoyer.
Je suis comme mes vaches : une bête de corral.
Dimanche 23 novembre 2025 18h
Je fais mes essais de catalyse. 18h : 17° dans ma pièce en sas. Allumage puissance 3.
En attendant de noter les mesures séquencées chronologiquement, je vais rechercher dans ce "bloc" les fameuses images du remblai, à ses différentes époques.
Commençons aux origines. Là, nous avons la situation antérieure à 2000.
Celle que j'ai connue depuis ma naissance, à quelques détails près. Une combe en vallon, aux flancs gentiment arrondis, en un mouvement fluide et chantourné.
2006 : début du remblai, et des grandes manœuvres. Pas de reportage photo avant le "bloc". Ca manquerait presque.
Là, nous voici rendus en 2014
2016 : on avance, on remplit.
C'est un vilain cimetière de détritus qui est enfoui là dessous.
Les archéologues du futur vont se régaler. Une civilisation sanitaire a vécu ici.
Un beau matin de juin 2024, alors que, bon an mal an, les parages reprennent figure presque bucolique :
L'artillerie lourde débarque
Et la petite Rhune devant la grande s'arrondit. Elle restera là un bon moment. En devenir, on ne sait pas trop de quoi.
Jusqu'à ce que, plus d'une année après, une autre armada prenne le relais.
Deux trois entreprises se sont ici croisées-chassées. Il faut bien répartir les plaisirs... et les enveloppes.
Novembre 2025 :
La splendide esplanade est ensemencée. Juste avant les pluies diluviennes et la coulée nordique d'air froid. La levée sera difficile. Je ne m'en fais pas : on y remettra les moyens.
Pour doser le poids de graines au plus juste, le pont-bascule fonctionne toujours, près de deux ans après la fin de son emploi.
Le profil était prévu légèrement vallonné, de manière à s'intégrer harmonieusement dans l'environnement, n'est-ce pas ? Là, nous avons un "altiplano" côte basque : un plateau en hauteur. Ca surprend, géologiquement. Ca n'est pas désagréable à l'œil. Ca reste terre et vert.
Retour dimanche 23 Novembre 2025 19h
Je suis satisfaite de ma petite rétrospective. Elle est non exhaustive, mais illustrative quand-même.
Température ambiante : 24°.
Cet appareil est méritant.
Je vais pouvoir dîner au chaud, avec vue sur mes belles.
Je les choie longuement. Marcel ne devrait pas tarder à me donner des nouvelles.
Lundi 24 Novembre 2025 17h20.
La journée est tempêtueuse. Je m'apprête à une sortie aération. J'ai juste fait une incursion dans le vent pour resserrer la platine d'un des poteaux de la clôture dans la cour devant l'étable. Ttony avait du s'y frotter.
Celle-ci, depuis que son sort est scellé, je lui trouverais vite tous les défauts. Comme disait si pertinemment ma défunte mère, "il était bien bon (entendre bienne bonne) avant !".
Mercredi 26 Novembre 2025 15h30.
Je suis dans le soleil de ma pièce en sas. Maintenant que le confort d'une chaleur constante y est assuré, j'y ai installé mes quartiers d'hiver aussi.
Je termine les formalités pour ma demande de retraite progressive. Tout ça ne parle pas de jeunesse. Néanmoins, ça parle d'un moment de vie plus relâché. Mon travail me plaît. Etre libérée de l'exigence d'horaires à l'amplitude large obligée m'ira très bien quand-même.
La formule transitoire conciliera tout ça.
Avec les incertitudes du moment, mieux vaut peut-être aussi assurer un statut de petite retraitée installée. Les fins de carrières deviennent terrains mouvants.
Juste en dessous, Ttony fait des vocalises graves. Tranquillement couchée dans le paillage frais dans l'étable calme, elle s'essaie à meugler, tout doucement. C'est bien rauque. Si elle donnait de la voix, ce serait un roulement bien impressionnant.
Je la sens tracassée. Ca me serre le cœur de la voir comme ça.
Je n'ai pas de retour de Marcel.
Du côté du paradis, par contre, ça se dénouerait incessamment sous peu. Bien, très bien, ça.
J'ai en tête de faire une incursion du côté de ma pote bipole, abandonnée il y a bien longtemps. J'avais bouclé Ménière, il y a 3 ans. Pour celle-ci, si ce n'est cette année, ce sera donc la prochaine, voire la suivante.
Rien ne presse. Au contraire, me vient le temps de l'alentissement.
Lundi 1er décembre 2025 18h25
Je viens de fermer les volets sur la nuit. Mon petit catalyse dispense ici une chaleur bien douillette. Dans la pièce en sas, le confort est monté de 10 degrés dans l'échelle du bien-être. Je suis au mieux pour passer l'hiver.
Depuis que je laisse les chiens à la ferme pendant que je promène, je profite à fond de mes paysages, sans avoir à me préoccuper de ma vieille meute bien fatiguée.
Je contemple mes paysages d'hiver, à la Bruegel (il me revient chaque année à ce moment, celui-là). Les roux, les violines des montagnes contre le ciel bas, font écrin aux derniers ors dans les feuilles des châtaigniers. Je respire largement. J'ai le sentiment d'une intensité accrue.
Quand je me relis, je me rends compte que j'ai ce sentiment depuis bien longtemps. Soit l'intensité de départ était bien basse, soit j'atteins des sommets. Je pense plutôt que ce sentiment irradie fort à chaque fois. Et que je m'en émerveille à chaque fois aussi.
Une heureuse nature. Ca compense les avanies de la carcasse.
Vendredi 5 décembre 2025 17h15
Je redescends de quelques pics de contrariété.
La journée d'hier ne démarrait pas sous les meilleurs auspices.
Petit matin, pour la sortie des chiens par le balcon, la poignée de la porte-fenêtre me reste dans les mains. Petites limailles ferreuses, bavures métalliques autour du carré de rotation : cassure. Heureusement, la porte-fenêtre est refermée. Coincée ouverte, avec les temps de ces jours-ci, ce n'aurait pas été la même histoire.
Ensuite, je passe dans la pièce en sas. Avant de descendre à l'étable, j'allume maintenant mon catalyse bon copain. Là, le souffle chuinte la disette de gaz. Je remplace la bonbonne. Je ressaie d'allumer, confiante. Rien à faire, je clique et je reclique sur le bouton qui envoie l'étincelle. Rien. Que dalle ! Mince.
Avec tout ça, le temps avance. Je devrais mettre ces avanies de côté, et reprendre le cours de mon déroulement habituel, pour être à l'heure. Evidemment, je persiste, j'insiste, je retente le coup de l'allumage. Je m'y énerve. L'étincelle crépite, la flamme apparaît, fugitivement, et pouf, s'éteint. L'odeur du gaz me monte aux narines. La moutarde au nez. Rien ne va plus.
Je finis par laisser tomber. J'arrive à temps à la jardinerie.
Un coup de fil au professionnel des serrures. Je ne peux rien faire de plus.
Le soir, avant de rentrer, je m'assure auprès d'Antton de la bonne marche de mon catalyse. Pour éloigner de ma fin de journée cette ombre désagréable. Tout va bien, Mme la marquise, m'assure-t-il.
Finalement, rien n'allait mieux : il avait juste organisé une roublardise qui ne fit pas plus long feu que mon appareil sinistré. Bref. Quelques soupirs excédés plus tard, sur le coup des 21h30, je pus m'attabler devant mon repas, dans une tiédeur propre à délasser mes nerfs.
Entretemps, nous apprenons que la taille de sapins la plus demandée à ce stade, n'a pas été livrée. Une histoire de chiffre mal écrit, de zéro qu'on prendrait pour un point, je ne sais quoi je ne sais qu'est-ce. Impeccable. Echanges chaleureux avec le fournisseur, possible rattrapage du coup en vue, avec quelques pertes au tournant.
Là non plus, je ne peux rien faire de mieux.
Aujourd'hui, tout rentre dans l'ordre. Les serruriers ont œuvré, grands gaillards sympathiques à souhait. Mes catalyses (oui, ils sont deux, d'où l'embrouille du frérot hier), fonctionnent. Une petite vulnérabilité tout de même détectée autour des "décanteurs". 20€ de moins à l'achat, ça sentait bien le gaz...
Rien qui ne se puisse réparer, au demeurant.
Côté affaires, retraite, tout va bien.
Me reste Marcel. Il me fait languir, le bougre, pour mieux m'alpaguer, sans doute.
Ttony est toute calme. Sa vulve reste congestionnée. J'ai pris la bonne décision.
La longueur de cet article rend l'écriture moins fluide. L'engin mouline longtemps, le temps de vérifier le tout avant d'intégrer une nouvelle phrase. Je vais devoir initier le copier-coller, pour finir, sans m'y agacer.
Je crains parfois l'ennui, pour quand je serai "progressivement retraitée".
Pourtant, ce soir, par exemple, je n'ai même pas eu le temps de faire ma balade respirative.
La journée supplémentaire de repos devrait trouver à se remplir de toutes ces choses que j'ai l'impression de bâcler, là.
Ma pote bipole attend toujours. Quelques travaux de peinture, encore. Puis, des cours de natation, d'anglais, de théâtre, de danse aussi, tiens, pourquoi pas... Toutes ces perspectives me tendent les bras. J'en ai besoin pour sauter la transition.
Dimanche 7 décembre 2025 19h
Je suis rentrée de ma longue balade à cette heure entre chien et loup, où le ciel au couchant flamboie et dessine en ombres chinoises les silhouettes des arbres élevés et les lignes de crête des montagnes nuitées..
Un dimanche d'une étonnante douceur. La maison grande ouverte a fait le plein d'air frais.
Si ce n'était une petite contrariété, encore, pour une histoire de virement plafonné à déplafonner vite fait bien fait, j'aurais réinvesti une quiétude honorable.
Décidemment, tant que tout ça ne sera pas bouclé, je devrais sursoir à cette plénitude là.
Dernière ligne droite sur quelques jours, pour l'affaire en cours.
A part ça, le potager ressuie doucement. Un chevelu frileux mais méritant verdit le terrain de sport. J'ai fait un petit nettoyage de mes poutres, surprises en flagrant délit de mouchetures par la lumière implacable du soleil oblique.
Les sapins hier sont bien sortis. Les manquants répondaient présents à la première heure, à la faveur d'un déchargement où j'ai houspillé mon si gentil mais si insupportable collègue.
TtonytaPetra vivent paisiblement leurs jours. Marcel reste muet.
J'ai bien le sentiment diffus de l'indécence de mes préoccupations insignifiantes, quand le monde vit la guerre un peu partout, ou son succédané plus sournois, la tension géo-économico-politique, sous couvert de grands principes moraux.
Pas plus patriote que civique, je m'apprête à l'apprentissage des langues slaves. Quelques sonorités rauques, adoucies en chuintements généreux, un alphabet cyrillique à l'esthétique plaisante, je pense m'y faire.
Pour les idéologies, ça fait belle lurette que je les sens foulées aux pieds des puissants de ce monde, de tous bords, et de toutes engeances. Les costumes changent, mais le fond reste le même.
Lundi 8 décembre 2025 18h
Retour d'une journée de complète détente. Une longue balade le long de la plage, avec Olivier, nous a vivifiés d'iode marine. ( peut-elle être autre que marine ?)
Tout se dénoue. Je me détends. Pendant que je respirais le bon air, Marcel est passé. Il a vu Antton : pas de blanche et noire, paraît-il. Merde alors.
Je vais étudier la question.
Vendredi 12 décembre 2025 19h25
Journée au Paradis. Une très bonne chose de faite.
Je détermine mal la part des sapins dans une petite crispation musculaire.
Tout ça est sur le point de dénouement. Ca va faire du bien.
Seul point noir dans mon horizon : le départ programmé en janvier de TtonytaPetra.
Lundi 15 décembre 2025 11h
Les pommes finissent de cuire. Ma pièce en sas embaume la vanille et la cannelle. Derrière la vitre qui n'en est pas, un vent léger ploie les ramilles du dodonéa. Ma cour jardin a pris teinte hivernale.
Je projette pour le printemps prochain de construire des bacs en bois, pour donner de l'air à mes plantes maintenant trop contraintes. Une journée plaisante en perspective avec mon ex mari-ami. D'ici là, quelques sessions charcutaille.
Mes relations avec cet homme n'ont jamais été aussi bonnes. Comme quoi...
Je vais cette après-midi travailler au potager. Je ne suis pas sûre que mon humus soit ressuyé. J'envisage de planter fèves et oignons.
Dimanche 21 décembre 2025 10h45
J'attends pour déjeuner Hélène et Nicole. Cette compagnie m'est toujours divertissante.
Divertie, j'ai besoin de l'être : la campagne de vaccination contre la dermatose nodulaire bovine bat son plein. Pour TtonytaPetra, c'est prévu vendredi.
Les consignes à anticiper sont strictes : matériel et produits de désinfection, bottes, blouses jetables, toute la panoplie épizootie contagieuse XXL.
Ces vétérinaires sont vraisemblablement les vecteurs les plus directs de la maladie, maintenant que le moustique, mouche ou moucheron, serait engourdi par le froid annoncé, et se déplacerait moins, livré à lui-même.
Je ne suis pas spécialiste. Je vais appliquer, sans me poser plus de questions.
La maladie n'est pas nouvelle. Elle est apparue en Afrique il y a plusieurs décennies. Après une virée autour de la Méditerranée, Portugal, Grèce, Italie, nous la voilà arrivée en France. Le protocole abattage et vaccination a réussi ailleurs. Il réussira ici. J'ai confiance.
Je vais tâcher de me procurer le nécessité.. J'ai repris aussi les exercices contention avec TtonytaPetra.
Ca me crispe toujours un peu, ces affaires. Je pense être prête, et je pense aussi que mon mini-cheptel est sain. Mais je serai plus tranquille quand ce sera avéré, comme à chaque campagne de prophylaxie, où la tuberculination est maintenant systématique.
Ttony est tout à fait calme, dans l'étable tranquille. Cet épisode lui laisse un bon mois de sursis. A l'issue duquel, évidemment, le cours de la viande va s'effondrer, avec la massive arrivée de tous ces bovins destinés à la boucherie, après les délais requis. Marcel va encore se désoler pour moi.
Il faut dire que le sort m'est incroyablement contraire : après plus de 5 ans sans un seul mouvement dans mon "troupeau", je me décide à entrer et sortir des bêtes. Quelle était la probabilité pour que, sur ces 60 mois, je tombe sur le seul où c'est prohibé. 1.66 % ! Et bim !, ça me fond dessus, comme si un vilain rapace était 24h sur 24 à l'affût au dessus de ma pauvre tête.
Quand je pense à cet augure qui fit que les vétérinaires s'annoncèrent pour la prophylaxie annuelle, le seul jour, où, après 25 ans, et peut-être pour 25 ans de plus, notre accès à la ferme fût compromis par les travaux de remise en état enfin autorisés, je pourrais légitimement me poser la question, non ?
Nos paysans manifestent contre l'abattage total des troupeaux où, parfois, une seule bête présente les signes de la maladie.
Je comprends bien la détresse à voir son troupeau dont les vaches finissent pêle-mêle enchevêtrées dans une benne d'équarrisseur, par une euthanasie sidérante de brutalité. L'horreur, l'impuissance, la douleur, une résignation impossible.
Ici, le spectacle effroyable nous a été épargné, même si la finalité était la même, quand la tuberculose était apparue dans l'étable. Voir vaches et veaux chargés en panique dans le camion direction l'abattoir est sûrement moins éprouvant. Pour moi et mon père, ça l'était déjà bien assez. Ma mère marquait moins. Mais sentait tout autant, j'en suis sûre.
La réactivité massive des autorités devrait calmer le jeu. On peut toujours alimenter les théories complotistes : une stratégie pour éliminer les petits élevages, au profit des grands, quasi-industriels, plus faciles à contrôler par les grands groupes. Je n'adhère pas.
Je partage par contre cette opinion que les multinationales veulent avoir la main sur la production. Et que quelques gros élevages sont bien plus faciles à gérer que plusieurs petits. Evidemment.
Je partage aussi l'opinion selon laquelle nos paysans, du moins beaucoup d'entre eux, se sont laissé piéger : les aides, subventions et autres mises sous perfusion, sous couvert de soutien, sont plutôt des outils de contrôle, toujours, de pouvoir, par l'argent dispensé. Les installations démesurées, les engins surdimensionnés, sont des étouffoirs. Des colliers étrangleurs. Des mises sous tutelle, sous dépendance économique.
J'ai déjà évoqué comment les normes aléatoires asservissent et mettent à genoux ceux qu'on oblige à s'y conformer. C'est-à-dire tous ceux qui ne peuvent pas risquer de se voir interdire de vivre de leur travail. Ca ne laisse pas grand monde libre. Une sacré nasse, aux mailles bien serrées.
Dépendre, c'est obéir. Se soumettre. S'émanciper, ce serait presque entrer en délinquance.
Les mouvements paysans, comme les autres mouvements de protestation citoyenne avant ceux là, seront à mon avis étouffés dans l'œuf. Une petite rallonge financière, et tout le monde rentrera chez soi.
On commence déjà à diluer le mouvement dans une controverse plus large sur le Mercosur. C'est bien connu : si on diversifie les cibles, on noie mieux le poisson.
On verra ça en janvier, nous dit-on : une manière de carotte pour faire avancer l'âne. En l'occurrence, le faire rentrer à l'écurie. Histoire de laisser libre cours et larges voies dégagées à l'orgie de consommation de ces fins d'année.
Nos puissants ont la main adroite : ils laissent suffisamment de mou pour rendre la situation supportable. Quitte à rajouter une petite récompense en rallonge à ceux qui rentrent sagement dans le rang, avant de faire trop de vagues.
Je reste sceptique. Je reste passive, coupablement, peut-être.
Ma manière de lutte est autre : je consomme avec grande parcimonie. Je me tiens autant que possible loin des circuits d'assistanat public. Ca me maintient dans l'illusion que je ne joue pas le jeu des fabricants de consommateurs à outrance. Le leurre sans doute d'un semblant d'indépendance. Ma lutte reste isolée, insignifiante, sans effet. Tant pis, je maintiens ma posture.
Je sais, je parle facilement, du haut de ma situation bien confortable. Je vois quand-même une piste pérenne, au moyen de cette sobriété, si elle fait tâche d'huile. Qui sait ?
Plus prosaïquement, je vais me mettre en recherche de l'équipement demandé pour cette campagne de vaccination.
Une vétérinaire expliquait jeudi matin à la radio le mécanisme de la propagation de la maladie. En particulier ces bêtes "porteurs sains", qui ne manifestent aucun signe du virus, mais contribuent activement à sa propagation : 1/3 de l'effectif, paraît-il. On comprend mieux la stratégie radicale. J'étais vivement intéressée, bien-sûr.
Malheureusement, le journaliste interrompait sans cesse les propos de la spécialiste. Le point crucial, pour lui, c'était d'obtenir la levée des barrages au plus vite : il avait sans doute prévu un week-end au ski dans les Pyrénées avec sa petite famille...
Depuis que le monde est monde, chacun pensera à son petit pré carré avant tout. Depuis que le monde est monde, les puissants voudront soumettre.
Les grandes âmes sont rares. Et les moutons nombreux. J'en suis.
Mercredi 24 décembre 2025 18h
Je m'apprête à mon réveillon de Noël.
Je viens d'allumer ma bougie festive, au parfum boisé. Un repas frugal, mais une note spéciale avec un pain cuit agréablement odorant, un fromage goutu, et un verre de vin ambré, cadeau de Nicole dimanche.
Je tente demain un bouchées châtaignes-raisins. Je serai la seule à expérimenter. Je ne risque pas grand chose.
J'aime l'idée d'un monde en fête. Je me tiens à l'écart du bruit et de l'agitation, mais je sens l'ambiance. Ma solitude est un luxe, pour moi qui vivais les préparatifs des gros repas de famille comme une corvée. Triste tempérament, peut-être, mais le mien, revendiqué pleinement.
J'ai fait ma balade à la nuit presque tombée. Les fougères ployées sous les pluies continues de ces jours derniers sourdent d'un fauve au roux puissant. Mes sentes cheminent dans les paysages d'hiver. Je hume l'air. Je respire à fond. Je me sens à la juste place, dans la lumière déclinante et le silence.
Ici, mon catalyse orangé diffuse une chaleur confortable. Un véritable progrès, ces engins.
Mes trois vieux chiens sommeillent, engourdis de bien-être.
TtonytaPetra ruminent, paisibles. Les vétérinaires viennent vendredi après-midi pour la campagne de vaccination DNC. Nous avons répété ce matin : nous sommes prêtes.
Ce sursis pour Ttony m'incite à repenser ma décision de l'envoyer à l'abattoir. Nos séances soins-pansages me la rendent si attachante. Je verrai le moment venu. Nous avons plus d'un mois à nous. A l'échelle de la fragilité de nos destins, une éternité.
Lundi 29 décembre 2025 18h20
Nous vivons les derniers jours de l'année. Des journées magnifiques de soleil hivernal.
J'ai fait le plein de bon air au potager. Plantation des oignons. Un peu de boue, mais bon.
Une virée de repérage en prévision de la récolte de mes houx-lauriers-gui en grigris pour le 31 ou le 1er.
Je parcours mes articles de l'année. Une solide constance faufile dans mes jours ses platitudes. Et chaque jour est vécu comme particulier, pourtant.
Je ne suis pas plus ambitieuse que ça : maintenir, autant qu'il me sera donné de le faire.