vendredi 23 janvier 2015

Ca marche !!




Bonjour à tous !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager notre émotion à Agorreta.

Vous vous souvenez, avant-hier, notre presque défunte Ttiki-Haudi avait repris vie.
Je demandai à avoir confirmation avant de proclamer la victoire publiquement.

Ce matin, deux degrés au thermomètre local, je me suis dit, voyons voir. 
Si cette mécanique au demi-siècle passé démarre par une si fraîche matinée, elle redémarrera n'importe quand ! Et une encore longue carrière lui est promise...








J'ai voulu prendre ma Rhune à témoin de la vaillance de Ttiki-Haundi. Son sommet enneigé aurait fait foi de la température hostile aux vieilles mécaniques, même en état de correctement fonctionner.

Bien-sûr, cette bougresse, peut-être dubitative comme moi de la réussite de l'entreprise, ne voulut pas prendre part au pari. Et cacha sa cime blanchie sous une coiffe de nuage gris.

Je pris ça pour un mauvais présage. Mais bon,  je ne pouvais pas laisser mon père s'impatienter en frénésie sans tenter l'opération prévue.

Mes quotidiens du matin bouclés, je m'assis au volant de Ttiki-Haundi, et, respectant un temps de préchauffage raisonnable, je tournai la clef du contact.




Là, évidemment, difficile de se rendre compte !

J'aurais pu tourner une vidéo. Vous auriez entendu ce magnifique ronron d'un bon vieux moteur qui tourne comme une horloge !

Mais, vous l'avez constaté, les photos, ça n'est déjà pas mon fort, alors, les vidéos, faut pas rêver !


Croyez-moi encore une fois sur parole, Ttiki-Haundi a démarré comme en quarante !


Enfin, en soixante... Elle est vieille, d'accord, mais pas la peine de lui en rajouter !

Mon père évidemment aux anges, moi, satisfaite aussi. Je l'aime bien, ce tracteur. C'est le témoin d'une longue histoire, à Agorreta. Alors, le savoir condamné me faisait de la peine.

Je vous donnerai les détails par la suite. Là, je n'ai plus le temps.

Mais je voulais vous tenir sur l'instant au courant de cette actualité brûlante et palpitante.

A un de ces jours mes amis, et réjouissez-vous avec nous. Les miracles sont encore possibles, ailleurs comme ici, à Agorreta !

A bientôt !

mercredi 21 janvier 2015

COMPLOT A AGORRETA !




En ce mercredi de fin janvier, il se trame quelque choses à Agorreta.
Dans le plus grand des secrets, le maître des lieux et son assistant des grandes occasions, à savoir son fils Beñat, travaillent à une résurrection. Oui, oui, vous avez bien lu, une résurrection...

Mon père,  Joseph Legorburu, en chair et en os, sain de corps et d'esprit (ou du moins autant qu'on peut l'être quand on survit à deux semaines de réanimation et qu'on approche des neuf décennies d'existence bien remplie, et n'allez surtout pas lui répéter ces propos sceptiques à l'oreille, ou alors, moi, je vous arrache un œil), bref, mon père, donc, est aux quatre cents coups ! 

Et je vous prie de croire que l'effervescence lui réussit. Lui, toussant comme un dératé il y a quelques jours encore, lui, essoufflé et peinant au moindre effort, le revoilà au mieux de sa forme, à la seule perspective de réussir son coup.

Ne vous impatientez pas, je vous raconte tout ça, je suis là pour ça. Il pleut des cordes dehors, j'ai tout mon temps.

Ce matin, je pensais être éblouie par la lueur d'albâtre de la Rhune enneigée. Un petit vent de noroît glacial augurait de températures propices au dépôt du blanc manteau sur ma petite hauteur favorite.

Je me précipitai, toute à la joie de prendre un joli cliché, mille fois pris et repris, mais jamais par moi. Ah !






Et bien, rien ! Ma Rhune placide et bleutée me conseillait juste d'aller me rhabiller, puisque je ne supportais pas des températures tout à fait positives. Bon...


Je fis tourner l’œil, puisque j'étais là.








Le Jaizkibel s'ensoleillait même, comme pour appuyer les dires de sa sœur de l'est.














Côté mer,  le ciel ne rigolait pas !

On ne s'en rend peut-être pas bien compte ici, mais, croyez-moi, la nuance était au gris lourd et menaçant.

Même Luna, que vous devinez en bas, s'inquiète.
(Luna, c'est le cheval blanc dans le fond du champ).






Un temps à rester dedans.

A Agorreta, les journées se suivent et se ressemblent, côté logistique.
Le matin,  soins aux bêtes et aux gens. Mon père, après le lever et le petit déjeuner, participe activement à la préparation des rations alimentaires de nos six vaches.

Je vous ai parlé dans un article précédent de la dernière (et phénoménale) citrouille à entamer.
Je lui ai laissé la prérogative, évidemment :










Tiens, mon objectif semble avoir pris l'eau.
N'importe, vous voyez quand même la beauté de cette citrouille.










Là, mon père vous montre une betterave.

Vous savez, je vous ai parlé de mes cultures fourragères.
Celle-ci, c'est de la jaune. En fait, elle est orange.
Sucrée et fraîche au palais.
mes vaches adorent...












Et là, ce sont les six petites gamelles prêtes pour ce soir. Des rations étudiées avec le plus grand soin, évidemment. N'oubliez pas que vous avez affaire à des éleveurs de père en fille.

Un quart de luzerne déshydratée, un quart de citrouille (tant qu'il y en a, après, nous passerons à la patate germée), un quart de betterave, et pour terminer en beauté, un peu de pain sec.
Le tout tranché en  morceaux savamment calibrés, que mes vaches goulues n'aillent pas s'étrangler à vouloir avaler une trop grosse bouchée !

Je préparerai la même chose pour demain matin, quand j'aurai distribué tout ça ce soir.
Tout le long de la journée, mes demoiselles ont à disposition du foin à volonté. Et bien-sûr, de l'eau fraîche juste devant le mufle.

Voyez, elles ne demandent pas tant de nourriture, finalement, en comparaison de leur poids. Une vache pèse environ huit-cent kilos. Enfin, l'une des miennes, une race croisée bovin viande et lait. Et consomme donc, en plus du foin, quelque chose comme cinq kilos d'aliment.
Environ 0.5 pour cent de sa masse. Voyez, nous, pour quelqu'un de 50kg, ça ferait 250 grammes de nourriture. Ca mange peu, tout bien calculé, une vache, non ?

Enfin, bref, mes vaches se portent à merveille avec ces rations, et je veille à faire des transitions progressives entre les saisons pour ne pas perturber leur équilibre digestif extrêmement délicat !



Sans qu'il n'y paraisse, c'est de l'horlogerie fine, une vache ! Voyez Pintta Mona, Vous percevez la délicatesse de cette mécanique ? Ce beau ventre bien tendu, un rien peut nous y mettre la révolution ! Alors, avec mon père, nous veillons, attention !


Avec tout ça, je m'éloigne de notre complot à Agorreta.

Revenons à nos moutons. (Puisque nous en avons fini avec les vaches !)

Je vous racontais en fin d'année, la défaillance de notre pourtant si vaillante TTiki-Haundi, saisie par le premier froid.






Elle veillait fidèlement au fond de l'étable.
Et tous les matins, je la mettais en marche pour aller évacuer la bennette de litière usagée.









 Après son impossibilité à démarrer par un triste matin de fin d'année, je dus me résoudre à la remiser dans le hangar.


Mon père s'en émut. Ttiki Haundi, je vous l'ai dit, c'est son alter-ego, sa continuation mécanique, la prunelle de ses yeux.

Je le réconfortai en lui disant qu'on la remettrait en route quand le temps serait plus chaud...






En attendant, et parce-qu'on ne peut pas s'apitoyer longuement sur un tracteur, aussi attachant soit-il, s'il ne démarre pas et qu'on en a besoin tous les jours, je mis à la place de Ttiki Haundi, Karraro, le redoutable !

Je vous raconterai l'histoire de Karraro plus tard. Nous avons tant de choses à nous dire, encore...


Mon père abdiqua en homme raisonnable, mais je le sentais bien chiffonné.
A la ferme, nos machines sont toutes vieilles. Souvent en panne, forcément.
Mais, à la ferme toujours, mes frères sont mécaniciens.




Vous les voyez tous là ? 
Férus de réparation et de vieilleries.
Comme ça tombe bien, à Agorreta !







En bas, ça n'a rien à voir. Mais c'est juste que les deux photos ont été numérisées ensemble.


Vous me connaissez, je ne m'embarrasse pas trop des détails !




Alors, je mis le cas de Ttiki Haundi entre ces mains expertes.
Pour la énième fois, puisqu' en cinquante ans, des pannes, Ttiki Haundi en a déjà eu quelques unes ! Mais bon, jusque là, quelques heures de travail et quelques pièces d'occasion glanées ici et là l'avaient toujours tirée d'affaire.

Antton, le plus jeune de mes frères, et celui qui a perduré dans la mécanique, condamna sans appel Ttiki-Haundi : "Il est foutu !" Bon pour la casse...

Mon pauvre père en resta sans voix. Les autres frères ont, d'abord, beaucoup vieilli depuis le temps de cette photo, et ensuite, laissé à leur cadet la charge des réparations mécaniques.
Je les interrogeai quand-même, histoire d'avoir plusieurs avis.
"Il faudrait rechemiser, déculasser... " avança dubitativement l'aîné.
Je ne suis pas très sûre des termes, c'était assez technique. Mais enfin,  ça paraissait sérieux, comme affaire. Pas le genre de chose qui se règle en deux coups de cuillères à pot !
"Il est foutu" s'entêtait Antton. "Le mieux à faire, c'est de faire reprendre celui-ci et le Karraro, pour en acheter un plus récent"
Tiens donc,  en voilà une idée ! Bazarder tout le matériel, en état de marche ou pas !
Antton adore le négoce en machines agricoles. Il se régale des petites annonces, va volontiers examiner les tracteurs à vendre, sa sortie favorite, ça n'est pas compliqué, c'est la Motoculture Basco-Béarnaise à Saint Palais !

Je flairais sa compulsion en alerte. 
Et je sentais surtout mon pauvre père tout paniqué. Imaginez, son Ttiki-Haundi à la casse, le Karraro qu'il sentait pouvoir adopter, itou ! Ca faisait beaucoup pour le pauvre homme...


J'apaisais ce début de conflit en arguant que tant que Karraro marchait, on l'utiliserait. Qu'on aviserait au printemps de l'état de Ttiki-Haundi. La chaleur lui irait peut-être mieux aux bielles...
Je pensais en être quitte avec ces atermoiements.
C'était faire peu de cas de l'entêtement paternel !

Avant-hier, par hasard, je surpris une conversation entre mon père et Beñat, mon frère.












Beñat, c'est ce doux regard rêveur à droite.

Il n'a d'ailleurs pas toujours été très doux, ce regard. Ceci encore pour une autre fois. Décidément... 
Depuis la maladie de mon père,  Beñat passe beaucoup de temps avec lui.
Ils se promènent souvent ensemble en voiture. Il vient partager un café avec nous à la ferme.
De tous mes frères, c'est celui qui est de loin le plus présent auprès de mon père.
Une grande complicité les unit maintenant.




J'arrivai donc au moment où les deux larrons étaient en plein complot...
Je sentis que j'interrompais quelque chose. Et, avec mes grands sabots, je ne pris pas de détours pour leur demander quoi. 
Ils ne se firent pas longtemps prier pour me mettre dans la confidence.
"J'ai beaucoup pensé au tracteur ces derniers temps" m'avoua Beñat. "Et je me demande, si, en lui changeant le réservoir d'arrivée du gasoil, pour un plus grand, il ne redémarrerait pas"
Mon père buvait ses paroles, lèvres entrouvertes.
Je ne suis pas experte en mécanique. Mais, ce petit réservoir, en l’occurrence, je connais. Il est à  la vue et  à portée de main sur le côté du moteur.
La réparation à tenter paraissait enfantine. Bien loin des pistons, chemises, et autres organes lointains et vitaux évoqués antérieurement !
Je m'étonnai un peu. Ca paraissait trop facile !
Les deux hommes jubilaient, tout excités et en quête d'une approbation extérieure. Même si la mienne en la matière ne valait pas grand chose !
"Mais tu ne dis rien à Antton avant qu'on soit sûrs" me fit promettre Beñat.
"Il n'a jamais pu supporter ce tracteur" appuya mon père.
Tiens, l'inimitié envers une personne, je connais. Contre un animal, pourquoi pas ? Mais contre un tracteur ? Vraiment, mon père personnalisait complètement TTiki Haundi. Et il en perdait un peu sa rationalité. Mais bon, le pauvre homme avait été secoué, il fallait lui pardonner ses errances...
Solennellement, je prêtai serment.
Nous étions tous les trois unis par un pacte quasi sacré : ressusciter Ttiki-Haundi.

Aujourd'hui, c'est le grand jour. Le sus-dit réservoir a été changé. Dans la foulée, la batterie a été remplacée. Au diable l'avarice, les plus fols espoirs ne doivent pas être entachés par un souci d'économie malvenu et mesquin à ce stade de notre entreprise secrète.

Au moment où je vous parle, nous sommes béats. Heureux. Fiers.
Il y a une heure, mon père à la clef de contact, Beñat à l'écoute moteur, et moi, en guetteur, nous avons, en croisant fort les doigts, tenté le tout pour le tout.

Respiration bloquée, à l'unisson, nous avons prié. Et avons été exaucés. Alléluia !


TTIKI HAUNDI A DEMARRE !!


Oui, oui mes frères, je vous le dis, le ciel nous a écoutés. Et le moteur, sans même peiner, dans un retentissement claironnant et victorieux, s'est remis à tourner. Ttiki- Haundi démarre, Ttiki-Haundi marche, Ttiki-Haundi est réssuscitée !

Nous sommes aux anges. 
Le goût du complot nous a paru tellement délicieux !
Pas question d'ébruiter l'affaire trop vite. Nous voulons savourer en juifs notre victoire. Et nous assurer surtout de pouvoir réitérer l'exploit à la demande. Sans vouloir offenser Beñat, je reste un peu sceptique. Mais je ne le montre pas. Ce serait gâcher ce moment.
Et, un jour où tout le monde sera là, un dimanche à l'heure de l'apéritif peut-être, nous ferons démarrer Ttiki-Haundi.
Et tout le monde restera bouche bée. S'extasiera. Applaudira (Hum). En criant au miracle (Quand même pas).
"Et ce gros con, il n'aura qu'à envoyer son Zetor à la casse !"
Ceci étant une dernière pique de mon père à l'attention d'Antton. Le Zetor, le tracteur d'Antton, n'a jamais trouvé grâce aux yeux de mon père.
Là aussi, un petit amalgame machine-homme, je pense.
Bref, ce jour est un jour de gloire.
Nous allons fêter ça dignement avec une demi-douzaine de madeleines trempées dans un bon café au lait bien chaud.

Ne vous l'avais-je pas dit, qu'à Agorreta, il ne se passe rien et pourtant tout y est ?
L'affliction, les frictions, les ressentiments, les espoirs et les victoires.

A très vite, pour d'autres aventures à Agorreta ...









dimanche 18 janvier 2015

Les trois couronnes ont coiffé le bonnet



Ce dimanche ressemble à un dimanche de janvier.
Vendredi matin annonçait le tournant...









La petite mère Rhune perdait la tête dans les lourds nuages sombres assis sans façon sur elle !


































Ce matin, les Trois Couronnes avaient enfilé le bonnet de neige. 
Vous les devinez mal ici. Elles sont derrière le petit bois. Vous voyez, cette lueur ?

J'aurais pu aller les chercher plus près, mais d'autres tâches m'appelaient... 
Croyez -moi donc sur parole, c'est un joli spectacle.


Ma petite chronique des Nouvelles d'Agorreta avait un semblant de structure au fil des articles du mois dernier. 
Je retraçais une histoire familiale, un parcours de vie sur trois générations.

Nous avons repris contact inopinément à la faveur d'une actualité qui m'a parue marquante avec ces attentats de début janvier.

A partir de là, ma chronique se fera plus décousue. Complètement anarchique.
Je vous préviens, il y aura ici du tout et rien, sans aller quand-même jusqu'au n'importe quoi !

Je n'écris pas pour dire des choses importantes ou transmettre des messages essentiels. Du tout ! Je n'ai aucune prétention philosophique ou analytique.

J'écris comme je vis. Je me fais du bien. Et ce bien, de tout petits riens me le procure aussi vivement que de grandes choses pourraient le faire.

Je viens à vous partager ces petits riens. En toute simplicité et innocence.
Retirez-en ce que vous pouvez. Mon seul souhait est de vous distraire, un peu, de vous amuser, peut-être. Vous émouvoir. 

Ce dimanche à Agorreta, il ne se passe rien de particulier. Le secteur est des plus calmes. 
Je suis ici en milieu d'après-midi, après une sieste souveraine et avant d'aller promener mes chiens dans le vent vif.
En Janvier, la jardinerie est fermée les dimanches. Ca nous laisse un jour de plus pour converser.

Je me sens en paix, tranquille, dans la vieille ferme. 
Mon père regarde à la télévision la retransmission d'une partie de pelote.
 Nous avons ce matin passé du temps ensemble, de ce temps précieux que nous étions persuadés tous les deux ne plus avoir. Alors, chaque jour est un cadeau. Et chaque jour, nous nous étonnons un peu de le recevoir encore.

Evidemment, vivre avec un vieil homme de près de quatre-vingt dix ans, ce n'est pas toujours plaisant !
 Je ne peux pas prétendre comme on pourrait le croire en lisant les lignes précédentes que je vis chaque minute dans la béatitude et les remerciements émus, à ce sort qui a tiré mon père des griffes pourtant bien acérées de la maladie qui l'emportait loin de nous il y a presque trois ans maintenant.
J'avoue mes agacements, mes fatigues, et mon découragement de certains moments. 
Je ne suis pas seulement la bonne fille qui prend bien soin de son père. Après avoir bien pris soin de sa mère pendant de longues années là encore...
Non, non, non ! Je le jetterais aux orties plus d'une fois !
 Je n'ai pas honte de dire que certaines nuits, ses appels me le rendent insupportable.
Que quand on m'annonce qu'un tel de son âge est mort dans mon entourage, je me demande sans scrupules combien de temps il va durer, lui, encore !
Et je me demande même si je ne vais pas lâcher la rampe avant lui...

Vous pouvez vous offusquer et me condamner. Mais j'ai pour moi une longue carrière derrière, et la sensation d'avoir accompli un devoir difficile. Personne ne me l'a imposé. Je me le suis choisi, et, à aujourd'hui, j'en suis fière. Fière d'avoir tenu et de tenir encore.

Ce choix m'a donné autant de bons moments que de mauvais. Et il m'a donné une bonne opinion de moi. N'est-ce pas déjà énorme ?

Alors, oui, aujourd'hui, dans la vieille ferme Agorreta, il fait bon vivre. 
Le grand poêle ronronne, les bêtes dorment, les gens savourent.

Ca paraît mortel, comme ça. Pour moi, c'est plein de sens.

Allez, pour ne pas nous enliser dans trop de considérations abstraites, revenons à du bon vieux concret.

Le temps d'hiver avance. J'entamerai cette semaine ma dernière citrouille. La plus belle. Gardée en démonstration comme preuve de mon savoir-faire jardinier.

Voyez vous même :






Les deux petites à côtés pèsent autour des trente kilos. La largeur de ce box désaffecté est de près de trois mètres.
Mon phénomène mesure plus d'un mètre de long et près de quatre-vingt centimètres de haut.
Le poids, je ne peux pas vous dire. Certains fanfarons ont voulu la soulever... et ont capitulé. Elle n'a pas de prise, ont-ils dit ! Elle est surtout trop lourde pour toi, ai-je répondu.
Je l'ai ramenée du jardin avec beaucoup de difficultés.
Je l'y avais choyée toute la saison passée.
Je ne voulais évidemment pas la blesser !
Elle était magnifique, belle, flamboyante, royale ! Au fur et à mesure que l'été passait, les larges feuilles de son pied s'écartaient sous sa poussée. 
J'avais semé un champ de citrouilles cette année. Pour pouvoir nourrir mes vaches durant le long hiver. 
Ce n'est pas un fourrage très traditionnel, la citrouille, pour les vaches. On connaît plus le navet, le choux, la betterave aussi. J'ai d'ailleurs aussi cultivé ces variétés. Histoire de ne pas me retrouver comme l'an dernier dépourvue quand ma parcelle de navet sécha subitement en fin d'été ! 
Adieu alors veaux, vaches et cochons !
Jusque là, je réussissais parfaitement mon petit navet fourrager. C'est une culture sans caprices. Elle demande certes de nombreuses heures de binage. Mais bon, à la belle saison, j'aime bien, moi, biner, tout en prenant le soleil.
Quand la plante s'est suffisamment développée, elle couvre le sol autour d'elle, et le gros du travail est fait.
Il suffit pendant tout l'hiver de venir quotidiennement en récolter pour les distribuer aux bêtes. Ce petit navet les rafraîchit en cette période de nourriture sèche. Elles apprécient énormément ! Et bien, l'hiver dernier, 2013-2014, bernique ! Le navet magnifiquement venu, déployé largement et vigoureusement, dépérît lamentablement en l'espace de quinze jours au début d'octobre. Quelle catastrophe...
Toutes ces heures de travail perdues pour rien, d'abord. Et ensuite, la perspective d'un hiver de misère. Rien à manger en vert ! 
Mes vaches ne l'auraient pas supporté ! (Pourtant, partout ailleurs, elles font bien avec ou plutôt, sans !)
Je me désolais, me désespérais, me lamentais au coin de mon champ desséché.
Heureusement, et je lui en voue une reconnaissance éperdue, Olivier, vous savez, mon grand mari en ombre chinoise, oui, Olivier, mon époux, mon bien-aimé, me sauva de ce si triste pas !

N'écoutant que son courage et sans regarder à la peine, il me ramena durant tout cet hiver maudit des charretées (enfin, je veux dire des remorques, nous sommes quand même en 2014!) de longues et belles carottes. Déclassées dans les Landes à cause de leur calibre imparfait.
Pour une obole misérable, je disposais de carottes à profusion. Tout le monde mangea et se gava de carottes l'hiver dernier à la ferme Agorreta. 
Je ne sais pas si ça nous rendit à tous la fesse rose. Mais mes vaches, elles, s'en portèrent au mieux. Elles croquaient la chair parfumée en rythme et cadence. La distribution des rations devenaient un concert harmonique.
Ca sentait la carotte dans l'étable, la couleur orangée dominait dans tous les coins de stockage.
C'est peut-être de là que me vint l'idée de tenter la citrouille.
Je savais déjà que les vaches aimaient ça. J'en cultivais assez pour en avoir un peu pour elles.
J'avais récupéré celle en démonstration à la jardinerie. Une citrouille de 200 kgs, d'après le fournisseur de terreaux et engrais qui nous l'avait procurée.
C'est une des graines de cette citrouille là, qui m'a donné ce fleuron de courge cette année.
Si vous regardez bien, en fait, vous ne pouvez pas le manquer, vous remarquez la boursouflure sur son flanc. Cette cicatrice est la suite de plusieurs tentatives de Pintta-Mona (une de mes vaches, à présenter une prochaine fois), pour croquer dans ce fruit appétissant que je croyais avoir remisé hors de sa portée. Pas assez manifestement ! Mais bon, plus de peur que de mal, la gourmande n'a entamé que la peau en surface, et le fruit a pu cicatriser. Loué soit le Très-Haut !

Je n'étais pas reporter-amateur cet été. Sans ça, je vous aurais montré ma magnifique récolte de courges. Il y en avait plus de deux-cents. Des oranges, des vertes, des beiges, des unies, bigarrées, des longues et des rondes. Une merveille d'abondance et de couleurs.
J'en ai rempli le fond de mon étable. Elles ont nourri mes vaches pendant plus de trois mois.
Et, cette semaine, donc, j'entame la dernière, la plus belle.

Au passage, et sans aucune relation d'ailleurs, je vous montre Karrarro.



Vous vous souvenez, c'est lui qui fait l'intérim durant l'hivernage de Ttiki-Haundi.






Les premiers froids l'avaient saisie, ma valeureuse Ttiki-Haundi.














Là, elle attend des jours meilleurs pour repartir... ou pas !










Et, histoire de faire un lien à l'affaire, c'est dans la bennette attelée à Ttiki-Haundi que j'ai ramenée ma reine-citrouille, et sa cour de courges et courgettes...


Bien, je vous laisse ici pour aujourd'hui. J'ai passé un bien agréable moment.
Je vous retrouve un de ces jours, si ça vous dit.

Bonne fin de dimanche à vous !

vendredi 16 janvier 2015

Pourquoi j'écris ?




J'écris depuis mon adolescence. Et ça commence à remonter à loin !
A l'époque de cette photo plus ou moins.




Le goût de l'écriture ne m'est pas venu avec la révélation de la foi. Il n'y a d'ailleurs eu aucune révélation à cette époque, ni de la foi, ni d'autre chose...

J'étais, et je reste, d'un naturel plutôt sceptique à l'abord. Pas spécialement méfiante, si vous voulez, mais à priori, pas convaincue d'emblée non plus. Je demande à voir, quoi. Sans y mettre plus de conviction que de préjugés négatifs.

Enfin, c'est ce que je tends à faire. Mais la volonté intellectuelle est une chose. Et la capacité humaine une autre. Entre l'émotif et la partialité difficile à canaliser, il en reste un semblant de distance raisonnable.

Je suis comme vous. Je voudrais être au dessus de moi-même, capable de surmonter cet intime parfois mauvais conseiller. Décider et ressentir sans me laisser polluer par des relents et des miasmes stériles et parasites.

Et, comme vous sans doute, je n'y arrive pas toujours... Loin de là !

Je me dis en manière de consolation (et d'absolution ?), que c'est humain, que je fais partie du genre, et que je ne dois pas essayer de me soustraire à mon essence.

Pour le coup, me sachant parfaitement partiale et subjective, j'accepte l'augure de mes erreurs de jugement et d'appréciation. Je me les pardonne. 

Un peu plus, et je m'en félicite. Me rappelant que le vécu et le ressenti, c'est aussi de l'expérience. Et que l'expérience, c'est un bon outil d'estimation des situations et de capacité de raisonnement.

Cette pirouette me facilite la vie. Et me rend l'humeur légère. Pas pour autant spécialement agréable à mon entourage, et je le déplore. Mais juste, légère.

L'écriture est pour moi le moyen de considérer la vie autrement. De mettre entre moi et mon environnement, un espace nécessaire au refroidissement des situations trop brûlantes. Ou alors, de canaliser ma tendance à m'emballer dans des occasions trop affligeantes ou au contraire, réjouissantes.

J'écris comme on relâche une soupape.

Je suis par nature passionnée. Un peu extrême. Je reste raisonnable parce-que je dilue mes envolées dans les mots que je pose ici ou là. Je décompresse par l'écriture.

Je vous l'ai déjà dit, ma vie n'a rien d'extraordinaire. Pour ceux qui la connaissent, elle est même incroyablement routinière, et étriquée.

Moi, dans cet espace, étroit, certes, je me sens pourtant bien. Au large, sereine et forte.

Vous connaissez mon environnement. Tenez, en quelques images, l'essentiel de mes jours :




Ma vieille ferme, un peu en ruine.





Mes vaches et mes chiens.





Mon père.

Evidemment, ne cherchez pas un ordre logique dans mon énumération. Je vous livre mes essentiels, sans chercher à classer par priorités...






Ma magnifique mère Rhune ourlée de brume.






La même avant le lever du jour, puis à soleil radieux.





Du côté du couchant, la baie de Txingudy dans l'étreinte protectrice du Jaizkibel.







Des sous-bois à promener, des paysages à se remplir les yeux de lumière.




Et un mari en ombre chinoise...


Dans ma petite vie, il y a aussi mon travail, la Jardinerie, une équipe où je me sens comme un poisson dans l'eau.

Je vous le concède, rien de spécial. Et pourtant, à moi, ce petit monde me rend joyeuse. Heureuse, semble inaccessible, dans la durée. Je l'ai expliqué une fois précédente.
Mais joyeuse me suffit largement. Sereine, et joyeuse. Vivante et contente de l'être.

C'est pour ça que j'écris. Pour mettre des mots, même imparfaits, sur toute cette beauté que j'ai à portée. Pour garder une trace de tous ces moments. Pas forcément importants dans leur incidence. Mais dans l'émotion.

Je suis facilement émue. Je le manifeste peu. Je cultive même le flegme et la froideur.
Alors, c'est dans les mots que je trace, dans leur musicalité, dans les images, même si elles ne sont qu'un pâle reflet de ce que la réalité m'a offert, que je laisse aller mes sentiments. 

C'est dans les phrases et leur cadence que je libère les danses de mes bouleversements.

Mes peurs me font  moins peur quand je les couche sur le papier. Mes peines s'apaisent à être racontées.

Ce blog est mon cahier intime que je laisse à portée de celui qui veut y regarder. 

Je ne m'impose à personne. Je sais le réconfort et la gratification accordée par le partage. Mais ce partage ne s'offre pas comme une catin au coin de la rue. Il se laisse approcher et désirer comme une convoitise...


Cette fenêtre sur cour m'a parue avenante. Je suis à l'abri au fond d'une impasse étroite. Si l'on veut m'y trouver, on s'avance et je suis là.

Agorreta est comme ça. Retirée, mais accueillante au visiteur bienveillant.

Je ne suis pas sûre de vous avoir bien expliqué mon besoin d'écrire et ma joie de pouvoir le faire ici.
Les mots sont parfois pauvres ou les sentiments difficiles à cerner.
J'espère juste trouver longtemps encore cette paix dans ces moments où j'écris. 
Et cette paix encore dans ces autres moments où je relis mes mots.

L'écriture est ma passion. Elle est mon exutoire.

J'arrête là pour aujourd'hui. Je vais marcher dans le vent et me nourrir d'autres sensations à garder en tête.

Et à raconter une autre fois...

A bientôt !


lundi 12 janvier 2015

ESPOIR PERMIS ?



En ce lendemain de 11 janvier, une belle lueur d'espérance réchauffe les cœurs. 
Les scènes des manifestations contre les sanglants actes terroristes des derniers jours sont réconfortantes.
 Tous ces chefs d'états réunis, cette démonstration d'unité, toute cette émotion partagée au delà des clivages traditionnels les plus marqués, soulèvent le voile d'ombre qui nous obscurcissait l'avenir.
Evidemment, on ne peut pas angéliquement espérer que cela suffise à lever la menace terroriste des extrémistes de tous bords. 
Mais il faut se réjouir de cette capacité à faire face ensemble, s'appuyer sur ce front uni pour alimenter une vision d'un futur possible.
J'avais honte vendredi dernier. Aujourd'hui, un peu moins.
Je continue de penser que l'émotion retombée, les intérêts politiques et financiers balaieront les promesses de ce 11 janvier. Mais il aura été, et on ne pourra pas effacer les démonstrations sincères de fraternité et de chaleur humaine.
Nous en avions tous besoin après le choc de ces images de violence injustifiable.
L'avenir paraît moins noir. C'est déjà inespéré.

Je vous l'ai dit, je ne prétends pas être une grande analyste politique.
Je vis mon quotidien, tout simplement, comme le votre. Et la journée d'hier m'a parue être hors du quotidien, justement, plutôt de l'ordre de l'histoire. Sans prétention et incontournable.

L'espoir est permis. Même si la vigilance doit rester aiguë.  La noirceur est là, sans doute tout près. Mais la grandeur aussi.


A Agorreta, toutes proportions gardées, ce matin, l'aube s'est levée, elle aussi, lumineuse.
Voyez plutôt :












Au petit matin, La Rhune lutte encore contre les ténèbres profondes.



















Moins d'une heure après, le franc et glorieux soleil balaie les dernières ombres.




















La baie de Txingudy, encore ensommeillée devant Fontarrabie.




















Et la même, illuminée.













Si j'étais un tantinet emphatique, (ce qu'à Dieu ne plaise !) je dirais que la journée d'hier nous a sortis des ténèbres, comme l'a fait le soleil de ce matin autour d'Agorreta.

Il paraît malséant de plaisanter quand près de vingt personnes sont mortes et que leurs proches saignent et saigneront de cette absence absurde jusqu'à la fin de leurs jours.

Et pourtant, hier, il y avait aussi la volonté de pouvoir se permettre de rire de tout, pour pouvoir en débattre sans violence, justement.

L'avenir s'assombrira encore sans doute. Ce n'est pas pour autant qu'il faut s'empêcher de se réjouir quand les hommes redeviennent frères.



En parlant de fraternité, une petite anecdote légère à la ferme ce matin encore.

Je terminais de soigner mes vaches. Repues et bien installées, elles prenaient leur repos du matin :





Vous les avez vues déjà, souvenez vous. Le tracteur au font n'est plus notre Ttiki-haundi, puisque le froid l'a mis hors-service. Celui-ci, c'est Karrarro, dont je vous ai aussi déjà parlé. 
Mis à part cette nouveauté, donc, toujours la même étable, avec les mêmes vaches.

Mon quotidien est très monotone, je vous l'ai dit aussi. Tous les jours, les mêmes gestes, au même moment. Une routine, je dirais même, un rituel. 
Je m'en trouve parfaitement bien.

Ce matin, je sentais mes petites oreilles un peu trop sifflantes. Je souffre d'une affection bénigne mais ennuyeuse. Une histoire de cristaux anarchiques dans des vésicules asynchrones de l'oreille interne.
Avec pour résultat une surdité gênante, et des pertes d'équilibres intempestives et brutales.

Je vous livrerai plus loin le récit d'une petite crise qui me surprît à la jardinerie. Vous comprendrez mieux le phénomène.

A ce matin, le petit malaise me prit soudainement dans le fond de l'étable, là où je stocke la litière fraîche. Juste à côté de ma belle Pollita (en basque, Jolie).

Je vous montre le lieu de l'incident :




Vous la voyez mieux ma Pollita ? C'est la bringée, à droite. A côté, c'est Bigoudi. Elles sont pleines toutes les deux (en sémantique vache, ça signifie qu'elles attendent un veau). Pour fin mars ou début avril, nous devrions fêter deux naissances à Agorreta.
Nous suivrons tout ça ensemble, évidemment !

Incapable de me tenir debout, je m'assois dans le foin, adossée à cette belle bête, de deux mètres cinquante de long et de près de huit cents kilos, à vue d’œil.
Elle ne bouge pas. Pollita est placide de tempérament. Sa mère, elle, une pure normande de belle race, l'était beaucoup moins. Elle vous envoyait la patte haut et loin avec aisance et sans prévenir ! Une chance pour moi en ces circonstances que la fille ne tienne pas de sa génitrice !

Mes trois chiens, amusés de la situation incongrue, viennent jouer avec moi. Pollilta, toujours irréprochable, tourne à peine la tête, donne un coup de queue pour éloigner les intrus,  et continue de ruminer...

Imaginez si elle s'était levée et énervée de tous ces mouvements inhabituels !

Grâce à Dieu, une petite demie-heure plus tard, mon malaise s'était dissipé, et j'ai pu me relever et continuer ma journée. Dans la paix des peuples et la fraternité des mondes, animaux et humains.

Un petit 11 janvier différé au 12, à Agorreta !

Allez, je vous laisse ici pour le moment en vous confiant ce récit daté de la mi-octobre.
Je vous avais donné rendez-vous en février, mais bon, l'actualité, et mon impatience de vous retrouver aidant, j'ai fait une incartade au calendrier. 
A un de ces jours, je ne vous dis plus quand...




Mon après-midi aux urgences

       La semaine dernière, une sérieuse crise de tournis-tanguer m’a littéralement mise à genoux. Je vaquais paisiblement à la jardinerie, une matinée ordinaire avec une activité moyenne, rien de particulier.
       A la vérité, depuis le matin, je me trouvais toute mollette, pas très en train. Depuis plusieurs mois déjà, mon oreille sonnait l’alerte. J’étais parfois en équilibre instable, voire pas en équilibre du tout par moments. Une vague consultation entre deux chez le médecin, un petit traitement pris à la louche. J’étais encore une fois persuadée d’être plus forte que tout le monde et bien certaine de surmonter ces petites défaillances.
       Ce mardi matin, pour le coup, un peu avant la fermeture, je m’écroulai lamentablement alors que j’en étais à chercher le passage du portail (quelques bon mètres de large pourtant et grand ouvert à ce moment), sans le trouver, en buttant contre une palette de terreau ici, ou un box en bois par là. Une vraie désolation… Je m’échouai finalement avec gratitude contre le mur du bâtiment, bien contente de sentir le sol ferme sous moi. Une subite suée, le regard rivé au niveau du la bennette à déchets, j’étais presque bien. A mon sens. Mes collègues passant par là au gré de leurs propres occupations en jugèrent autrement et appelèrent des secours.
       Deux pompiers bottés, mais pas casqués, pour ce que j’en pus apercevoir en levant fugitivement le regard au prix d’une nuée de papillons noirs me fondant dessus, prirent les mesures de circonstances et hop ! Me voilà embarquée dans le fourgon rouge.
 La vue de mes petites bottines maculées de terreau boueux entraîna leur mise en quarantaine immédiate dans un sac plastique fermé à double-nœuds. Je me félicitai de l’état convenable de mes chaussettes du jour. Je ne sais pas vous, mais moi, parfois, pour ne pas gaspiller, je les use jusqu’à la trame et un peu au-delà, au point que les talons s’ajourent dangereusement. Mais là, non, j’exhibais une tenue, certes pas de gala, mais bon, d’honnête travailleuse emportée au débotté (et débottée…) sur son lieu de travail. Ces petites choses là comptent quand on est en position vulnérable n’est-ce pas ?
Quelques pimpons et vomissements plus tard, nous arrivions aux urgences. Quatre questions, dont la demande quasi immédiate des possibilités de prise en charge financière, et me voici coquettement installée sur un lit à roulettes ma foi plutôt confortable, en bout d’une file d’autres lits à roulettes semblables, occupés de patients plus ou moins intéressés par la nouvelle arrivée, selon leur degré de conscience ou de souffrance.
Moi, j’en étais à essayer de remettre en place tout ce qui tournait et virait encore autour de moi, accrochée comme une perdue à mon petit sac à vomir… Pas en état de mener de fines observations.
Un grand médecin à la blouse blanche flottante sur un mouvement plein d’allant me jeta un œil au passage, tapota ma chaussette convenable et passa son chemin pour aller s’occuper plus loin. Je fermai les yeux, tirai sur moi un peu de drap. J’avais un peu froid. Je laissai aller ma tête en arrière avec défiance, craignant le retour des papillons. Mais non, ils me laissèrent en paix et je pus me détendre, toute alanguie de reconnaissance.
Je ramenai les genoux sous le menton, mon petit sac plastique toujours dans la main au cas où, et, je m’endormis, misérable mais soulagée quand même.
Un moment plus tard, je rouvris les yeux. Je me sentais bien mieux. J’écartai mon dispositif anti-nausée, rallongeai mes jambes et redressai la tête. J’étais déjà une toute autre personne, capable de s’intéresser à ce qui l’entoure.
Je jetai d’abord un coup d’œil circulaire aux installations périphériques.
J’étais dans une grande pièce où les lits s’alignaient, avec de loin en loin un paravent déplié entre deux. Une lumière suffisante mais amicale, des va et vient de blouses blanches ou de visiteurs. Un monde assez feutré, mais une température limite fraîche, pour moi du moins. Très positivement étonnée de me sentir en si bonne forme, je pris le drap sous moi, et le tirai de façon à pouvoir m’en recouvrir au mieux en le doublant. Je remerciai au passage le Seigneur (et accessoirement mon patrimoine génétique) de m’avoir faite de petit gabarit et me permettre ainsi de me préserver un peu de chaleur corporelle à peu de frais.
Ma petite particularité d’oreille me rend les sons très irréguliers. Je perçois mal un bruit que vous entendez parfaitement. Par contre, d’autres sonorités auxquelles vous ne prêterez pas attention, sont pour moi agressives et dérangeantes. Je m’y ferai, avec un peu de temps, sans doute.
Je n’entendais pas la plupart des conversations à voix basses qui se tenaient autour de moi. Un vague murmure, un ronron un peu soporifique. Quelques cliquetis métalliques ou autres grincements de matières synthétiques par contre me heurtaient le tympan. Je m’habituai à mon nouvel habitat, comme tout animal qu’on introduit en milieu étranger.
Il y avait foultitude de malades ce jour là aux urgences. Urgentiste, c’est quand même un métier…
Je notais ces gens pour la plupart pressés, un dossier ou une bassine à la main. Des gestes sûrs et performants. De la douceur aussi, dans le regard et dans les mots. Un sourire en passant, une main qui se pose. Du mouvement, de l’efficacité, mais sans perdre de vue la prise en compte des détresses, grandes et petites, des allongés confiés à leur expertise.
Pourtant, dans ce qui m’entourait, tout n’était pas de nature à susciter la compassion ! Loin de là !
Il y avait bien une petite jeune fille prostrée, les yeux au plafond. Je ne voyais d’elle qu’un quart de profil, sa nuque brune et une queue de cheval chiffonnée. Un avant bras fin et pâle posé le long de la barrière du lit, immobile. Elle respirait doucement, soulevant à peine le drap tiré sans un faux pli sur son buste. Sa mère la couvait des yeux, appuyée sur l’autre barrière. Elle aussi, brune à queue de cheval, mais de corpulence robuste et dure de traits. Son attitude évoquait la vierge à l’enfant de je ne sais plus qui, je ne l’ai d’ailleurs jamais su. Une attention totale et presque douloureuse. Un spectacle paisible et réconfortant.
Subitement, dans un bond fantastique et incroyable, la jeune fille se souleva sur le lit, ses membres se raidirent à travers les tubes métalliques, et elle se mit à gémir une plainte stridente en ployant sa tête vers l’arrière dans un angle qui me parût impossible. Sa mère voulant se plaquer sur elle se fit mal contre la barrière et se mit à hurler pour appeler à l’aide.
Je restai tétanisée et impuissante. Je n’avais jamais assisté à une crise de convulsions, mais j’imaginai que c’en était une.
 Une équipe médicale intervint dans la seconde et le lit de la jeune fille toujours arquée fût emporté ailleurs. Les cris de la mère nous parvenaient toujours. Elle fut conduite dehors par un robuste garçon qui lui expliqua sans trop de ménagement que « dans ces cas là, les familles, vous nous gênez plus qu’autre chose ! ». La femme ne l’entendait pas de cette oreille et ne se laissait pas éloigner sans résister. Une autre soignante prit le relais, plus en douceur, et les deux femmes sortirent.
Dans ma position de patiente, j’étais passive, et les autres autour de moi l’étaient tout autant. Comme si notre état de malades en puissance nous exonérait de participer à  ce qui n’était pas en lien avec notre état. En y réfléchissant, je n’aurais rien fait de mieux, ni de plus, bien-sûr. Mais c’est ce sentiment de fatalité, cette inertie, qui après coup m’ont parus étrangers à ma nature plus interventionniste en temps normal. A se demander s’il suffit de coucher quelqu’un pour qu’il se sente incapable d’autre chose que de rester coucher ! L’énergie vitale d’un poisson rouge dans son bocal, juste assez volontaire pour en faire le tour… Triste nature humaine !
Je me rassurai en me disant que c’était mon malaise qui me paralysait ainsi, et non pas une défaillance de ma volonté. Sans en être tout à fait persuadée.
Cette petite jeune fille méritait, demandait et avait les soins, l’attention, et la compassion des urgentistes.
Mais d’autres, couchés près de moi, les demandaient, les exigeaient même, sans me donner l’impression d’en avoir vraiment besoin.
 Je ne suis pas médecin. Mais j’ai eu l’occasion de côtoyer longtemps des gens malades. J’ai assisté à la souffrance, à la détresse de celui qui est rongé de l’intérieur. J’ai vu des visages pâlis sous la morsure incessante de la douleur. Des yeux creusés d’une fatigue insurmontable. Des corps abandonnés et vaincus d’avoir tant lutté.
Je sais aussi qu’une bonne mine ne garantit pas que tout aille bien. Qu’on peut très bien se vider d’une hémorragie interne en gardant le sourire.
Pourtant, quand je considérai ma voisine de gauche, je n’arrivai pas à me dire qu’elle méritait autant de soins qu’elle n’en réclamait incessamment. On l’avait « roulée » près de moi. Comme je me sentais alors mieux, je l’avais regardée, je n’avais rien de mieux à faire sur l’instant…
Une femme de soixante-dix ans environ, soignée, les bouclettes encore toutes fringantes d’une récente permanente. Le regard vif, l’œil alerte et inquisiteur, elle avait de bonnes joues, une peau saine et la bouche mobile. Et active. Très active…
Elle arriva en grimaçant de douleur, tournant la tête de droite et de gauche, les yeux tantôt fermés tragiquement, mais le plus souvent ouverts et fureteurs. Ses mains aux ongles manucurés agrippaient les barreaux des barrières avec force. Elle agitait des jambes un peu lourdes mais robustes. Sa robe de chambre chiffonnée attestait de mouvements désordonnés qui mettaient le pauvre drap censé la recouvrir en boule informe roulée à ses pieds.
La dame n’était pas contente, et elle le faisait savoir. Elle gémissait, d’abord doucement puis plus fort. Elle finissait par héler les uns et les autres d’une voix de stentor. « J’ai mal, j’ai froid, ne me laissez pas là, occupez-vous de moi… ». Une litanie de plaintes incessantes.
L’infirmière venait la voir à chaque passage, remontait le drap, rectifiait l’inclinaison du lit, l’assurait de quelques mots patients que l’on faisait au plus vite pour s’occuper d’elle. Il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, on avait bien conscience qu’elle n’était pas satisfaite, mais il y avait du monde et on s’occuperait d’elle aussi, dès qu’on le pourrait. A priori, elle pouvait attendre, et sans rien dire, comme le faisaient la plupart de ceux qui étaient là.
 Quelques visiteurs s’impatientaient de leur côté, trouvant que la prise en charge du malade qu’ils accompagnaient n’était pas suffisamment rapide. Ils s’excitaient les uns les autres, hochant la tête et gênant ostensiblement le passage des soignants, histoire de montrer qu’ils étaient là, au cas où on ne les verrait pas. « Ne vous inquiétez pas, on arrive, on va s’occuper de vous » chantonnaient les professionnels mécaniquement et sans ralentir le pas. Les visiteurs soufflaient, et, prenant leur malade à témoin, en profitaient pour lever le camp sans vergogne au bout d’à peine une demi-heure d’attente.
D’autres, habitués des lieux peut-être ou de la maladie sans doute, s’asseyaient silencieusement auprès du lit, en prenant garde de ne pas occuper trop de place. Ils échangeaient quelques mots à voix basse avec le patient qu’ils veillaient, souvent une personne âgée, à peine consciente, à peine vivante, et restaient là, ensemble dans le même combat, perdu d’avance souvent.
Je dis perdu d’avance souvent, par bêtise, puisque je suis bien placée pour savoir qu’on ne peut jurer de rien.
Il y a deux ans, mon pauvre père était bien pire que le pire que j’ai vu ici. Et aujourd’hui, ce serait presque lui qui viendrait prendre soin de moi en s’inquiétant de mon état ! Bref, nous parlons trop souvent en généralités.
Sur ces entrefaites, ma voisine se plaint toujours, et ses regards se tournent vers moi, quémandant une aide et une compassion absente.
Derechef, gavée par ses jérémiades injustifiées, je me redresse et me tourne vers elle. Surprise, elle se tait, enfin, un peu inquiétée peut-être par la brusquerie de mon geste.
-      Que voulez-vous au juste ?
-      Oh…mon dos, j’ai mal à mon dos, je suis trop couchée, murmure-t-elle comme on agonise.
Je l’ai dit, je suis familière de la maladie, et je connais assez le matériel médical de base pour savoir l’utiliser. Les verrouillages des barrières de sûreté, les systèmes d’inclinaison des lits médicalisés, les réglages des hauteurs des potences et autres basiques de l’installation médicale n’ont pas de secrets pour moi. D’un geste un peu brusque sans doute, j’attrape le levier de déblocage sous la partie haute du lit au dessus de la tête de ma grande souffrante, et crac, je relève le lit avec la malade d’un bon 45°en un quart de seconde.
Saisie, la geignarde roule des pupilles effarées, silencieuse enfin.
-      Et là, ça va ?
-      Euh, oui, oui, je vous remercie…

Et elle se tait, enfin.
Quelques minutes plus tard, on vient la chercher. Elle me lance un regard noir et un demi-sourire en même-temps, que je lui rends, sans rancune.
       On roule près du mien le lit de celui qui était donc son voisin.
       Et je comprends, très vite, d’où venait le désagrément le plus vif de la pauvre dame…
       L’homme gisant maintenant près de moi est assez jeune. Mais lui par contre, cela fait bien longtemps que personne, ni lui-même, n’a pris soin de lui. Il doit dormir dehors, ses cheveux gras pendent sur ses joues violines. Ses ongles longs et sales griffent sa cuisse compulsivement. Il porte aux pieds de vieilles savates déchiquetées qu’il a refusé de se laisser enlever.
       Un clochard, l’œil mauvais et l’haleine lourde de mauvais vin.
       Il y a de tout en ce bas monde, et j’arrête là mes investigations le concernant.
       Un petit somme plus tard, des mouvements saccadés à ma gauche attirent mon attention.
       Là, je conseille au lecteur délicat ou pudibond de sauter ce passage. Il n’est pas destiné aux oreilles trop chastes.
       Moi, en bonne fille de la campagne, les choses de la nature me sont familières. On n’assiste pas à une saillie de vache sans être un peu aguerrie aux choses de la vie ! Je ne m’offusque pour le coup pas trop facilement.
       Là, quand-même, après un rapide coup d’œil, puis un autre un peu plus appuyé, je constatai une attitude un peu inhabituelle en bonne société. Ce brave homme, profitant sans doute d’une montée de libido soudaine, se masturbait furieusement, à moins d’un mètre de moi, les yeux vagues et la bouche entrouverte sur un petit râle rythmé.
       Le premier saisissement passé, il me vint un fou rire incontrôlé. La situation était cocasse, vraiment !
       A l’oreille, ou du moins, à ce qu’il m’en restait, l’homme avait terminé son ouvrage. Bien. Je risquai un œil, et bien sûr, à ce moment là, il quêtait mon regard.
       Là encore, petite mise en garde, séquence un peu « hard ». Mais bon, la réalité est ainsi :
-      Tu vois, vieille salope, ce qu’aurait été bien, là, c’est qu’ tu m’suces ! me grince-t-il avec un accent « parigot »
Et il me sourit de toutes ces dents pourries.
Je vous l’ai dit, je ne suis pas du genre vierge effarouchée, j’en ai passé l’âge d’abord, et n’en ai de toute façon jamais cultivé la tournure. Mais, bon, quand-même, un reste d’éducation judéo-chrétienne me poussa à le remettre à sa place, ce mal embouché. Lui laisser l’impression qu’il me choquait l’aurait trop contenté !
-      Si tu veux, lui dis-je en me tournant urbainement vers lui. On peut essayer. Mais ne t’étonnes pas si je te vomis dessus, je ne suis pas très en forme en ce moment.
Et toc ! Je commençai à m’amuser de le voir déconfit.
Je déchantai vite :

-      Ouais…, t’es pas bandante, mais au moins, t’es marrante ! J’t’aime bien, tu peux êt’ ma copine…

Et il se tourna de l’autre côté en me gratifiant d’un petit pet bien senti.
 L’animal ! Comme si j’avais besoin d’entendre ça, dans mon état ! Et avec mes mauvaises oreilles…
Je n’en avais pas tout à fait terminé. Un collègue de mon voisin se présenta pour le voir.
-      Tiens, j’te présente ma nouvelle copine, lui dit ce dernier en me désignant.
L’autre, du même genre que le premier, le panache de la position debout en plus, me considère et lance à la cantonade :
-      Eh ben, tu les prends de plus en plus vieille mon vieux !
Toujours agréable à entendre, n’est-ce pas ? Enfin…
Mon tour était venu d’être examinée plus longuement. On me roula vers une stalle individuelle.
Mon prétendant ne me fit pas, lui, l’honneur d’un signe d’amitié. Comme quoi, finalement, la vieille geignarde ne manquait pas de raisons de se plaindre, sans qu’on le sache…
Une gentille infirmière, jeune et douce, me demanda de me dépouiller de ma maigre tenue, à l’exception de ma culotte.
Là encore, comme quelques heures auparavant, je me réjouis d’avoir le matin puisé dans le tas des sous-vêtements encore présentables. Vous savez, cette petite culotte qui ne vous galbe pas trop mal, qui reste bien en place et vous donne une réelle assurance, même sous un short informe. Ce soutien-gorge ajusté, mais pas trop, ou rien ne baille mais rien ne déborde non plus. Un petit imprimé fleuri assez coquet, agréable à l’œil.
J’enfilai la chemisette ouverte dans le dos. A ce sujet, pour avoir observé plus tôt dans l’après-midi certaines patientes déambulant ainsi attifée, j’aurais une petite remarque à faire.
Je sais bien que la priorité en ces circonstances est à la commodité. Qu’on ne cherche pas à faire de vous la reine du bal et que le seul souci de la gente médicale à ce moment est de pouvoir vous examiner, vous piquer, vous brancher, en un minimum de temps et de confort. D’accord.
Mais là, tout de même, il me semble que l’on pourrait conserver cet aspect primordial tout en préservant un minimum de féminité et de dignité au patient. La lie censée refermer le dispositif dans sa partie arrière est souvent absente. Par le fait, la chemisette baille depuis le milieu du dos. Et offre à la vue de tous les spectateurs placés derrière, la partie charnue et pas toujours glorieuse à mes âges de votre anatomie…
Quand on fait péniblement suivre une potence avec une perfusion plantée dans le bras, on ne peut pas toujours s’assurer que le petit tablier vous enveloppe correctement. Et suivant la corpulence à recouvrir, le résultat est plus ou moins satisfaisant ! Une triste paire de fesses ramollies dans une culotte pendant en berne n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant à exposer. Les patients en sont bien conscients qui tâchent autant qu’ils le peuvent de garder bonne face (ou plutôt verso…).
Bah ! Me direz-vous, si votre principale préoccupation est cette coquetterie déplacée, c’est que vous n’êtes pas si mal ! C’est vrai, et mon propos ici n’a pas sa juste place, je le reconnais.
D’ailleurs, comme la plupart des autres sans doute, je n’ai fait aucune observation et me suis contentée de laisser tout ça de côté.
J’expérimentais les tests de premières prises en charge avec une certaine curiosité.
Prises de tension, de température, de sang. Petits jeux très amusants à je te touche le bout du doigt, je me touche le bout du nez, yeux fermés, yeux ouverts, je lève une jambe, je la replie… Je me félicitai de la facilité avec laquelle je semblais satisfaire aux attentes de mon sympathique examinateur.
Un petit dispositif de ventouses me fût appliqué sur tout le corps. C’était amusant, tous ces petits tétons métalliques surnuméraires qui me poussaient de partout !
Une petite virée dans les couloirs jusqu’aux installations d’imagerie sophistiquées, et retour à la stalle départ.
Je n’étais pas inquiète de mon état. Je me sentais mieux. Le médecin ne tarda pas à me dire que je n’avais pas grand-chose à faire là. Que mon petit malaise était « périphérique », et qu’aux urgences, on traitait le vital. Il me fit cette remarque avec bon sens et je ne perçus aucune acrimonie dans ses paroles.
Après tous ces examens divers et variés, il  était donc avéré que mon état de santé n’était pas inquiétant. Je souffrais d’une anomalie probablement congénitale de mes oreilles. Là, immédiatement, je repris tous mes remerciements au Très-Haut et vouai aux orties un patrimoine génétique aussi délabré.
 Je vivrais très bien avec. Bon. Mais avant de retomber et de bouler  comme une patate que l’on a lancée en l’air, je devais consulter un spécialiste de la chose et suivre le traitement recommandé. Bien.
J’étais un peu penaude d’occuper ainsi un temps et un espace précieux. Mais bon, toute cette petite batterie d’examens me rassurait tout de même, et sans ce passage aux urgences, je me serais sûrement encore contentée de me dire que la crise était passée et que je n’avais pas besoin de mieux me soigner.
Grâces soient rendues à notre Jean-Marc de la jardinerie, secouriste qualifié !
(Je peux maintenant rendre grâces de tous côtés puisque mon capital remerciements est intact…)
Mon grand mari, passé en coup de vent dans l’après-midi, un peu inquiet, devait repasser dans la soirée.
Je retirai à petits « flocs » mes mignonnes ventouses. Repassai mes vêtements « civils », y compris mes bottines au préalable débarrassées de leur terreau dans le sachet plastique. J’étais redevenue moi-même.
J’attendais les dernières consignes du médecin pour pouvoir partir.
Un bon sourire, et une franche poignée de mains plus tard, je remerciais tout le monde pour les bons soins et m’en allais au bras de mon mari prévenant et solide.
Une vraie petite aventure, et le rire qui me revient quand j’y repense.