lundi 18 octobre 2021

1er au 18 octobre


Vendredi 1er octobre 2021  7h40



Les incendies de l'aube parlent de mauvais temps à venir.

17h

Je profite de la magnifique après-midi pour contempler mes paysages d'automne. Mes préférés.

Les ors lourds et les roux profonds sourdent de la terre. Les verts fatigués de l'été s'en ternissent.

La lumière est de cristal pur.  La nature est belle de sa pleine maturité, belle de sa fragilité à l'approche de l'hiver. Belle comme est beau ce qu'on sait à perdre bientôt.


19h30 






J'apprends la lumière des saisons dans mon nouveau cadre de vie.

Un rai de soleil couchant vient allumer cette image, juste au dessus de l'escalier de l'étable.
La lumière plonge avec moi, quand je descends, le soir, soigner les velles. Elles m'attendent à la barrière.
Comme elles restent dedans pour la nuit, je les  attache à leurs places, maintenant. Leurs rations mangées, elles se couchent dans le paillage, tranquilles, face à face, le plus souvent. Je les regarde longuement, le soir, une tasse fumante à la main, assise confortablement sur les marches larges, les chiens groupés autour de moi.
Je  libère les velles au matin, après leur repas, et elles passent ensuite la journée libres de rester dedans ou d'aller dehors.

Notre quotidien est ainsi établi, pour le temps où elles continuent de sortir en journée.


Dimanche 3 octobre 2021  19h


Nous avons travaillé d'arrache-pied, hier, à la jardinerie. Ma pépinière s'apprête pour l'arrivée massive des plants de fruitiers. Comme le dit Benoît, "nous n'avons pas trié des lentilles, aujourd'hui" ! Je suis arrivée au soir, fourbue, mais contente.
Aujourd'hui, la journée est de repos total. Les fortes pluies sont arrivées dans la nuit. Les averses cinglent, dehors, et ici, je suis à l'abri. La maison reste douillette, sûre. J'y suis bien.
La dernière hirondelle est partie hier. Plus de pépiement au matin, dans l'étable.
Je surveille mes entrées d'eau dans la porcherie-remise. Elles sont bien taquines, un peu perfides, à goutter un jour ici, et l'autre là. J'ai l'impression d'un mieux. Je le veux tant, disons, que je me le fabrique, peut-être... L'hiver parlera plus clair.

Je suis bien consciente de m'enkyster, de plus en plus resserrée sur un noyau étréci.
Je me sens tellement bien de ces journées à l'équilibre pour moi parfait, entre petites occupations légères et agréables, visites fraternelles et amicales, plages de repos et de détente. J'ai du temps, de l'espace, pour moi. Je savoure des moments de solitude, de liberté, où je ne tiens compte que de moi-même et de mes bêtes. 
Je retrouve ce sentiment que j'avais, quand, très rarement, mes parents s'absentaient pour la journée, et me laissaient la ferme en garde. De ce que je me souvienne, ça n'arrivait que lorsqu'ils allaient consulter le rebouteux, à Juxue, à l'époque. Ils partaient le matin, et ne revenaient qu'au soir. Mes frères étaient au travail, je préparais juste leur déjeuner. Pour le reste, j'étais libre d'organiser ma journée à ma guise. J'expédiais les quelques tâches courantes et une ou autre mission confiée, et je savourais cette sensation d'être la seule maîtresse des lieux, et de moi-même.
J'aimais m'occuper des bêtes à ma manière. Je m'acquittais consciencieusement de mon travail, et aimais à faire des rondes d'inspection, pour m'assurer que tout était en ordre.
J'ai gardé l'usage de ces rondes. Au fil du temps, elles ont tourné plus court, au fur et à mesure de l'extinction des activités. Quand j'allais depuis le fond du potager, revenant par le poulailler, remontant aux clapiers, virant par la porcherie et finissant à l'étable, je me suffis maintenant de descendre aux velles, pousser jusqu'à la remise toute proche, et remonter faire le tour de mes quatre volets. Quand avant j'en avais vingt.
Ma tournée d'inspection suit une juste courbe de vie, elle s'amenuise.



Lundi 4 octobre 2021 15 h

Je reprends le cours mou de mes pensées floues.

Je sens bien que mon périmètre est étroit, que mon horizon n'est pas bien haut. Les bruits du monde en marche, je les laisse dehors, ils ne m'atteignent pas. Je ne m'intéresse pas à l'actualité, je ne suis curieuse de rien. Honte à moi !
Bêtement satisfaite de mon quotidien étriqué, béatement passive et inerte. Bovine. 

Hermétiquement in-citoyenne. Jusqu'à il y a très peu, quand une de mes nièces me l'a rectifié, j'ai pensé que le nouveau candidat aux élections présidentielles était l'humoriste. Je confondais Eric Zemmour, et Elie Semoun ! Je faisais le rapprochement avec l'initiative de Coluche, en son temps. Personne ne me reprenait, non plus, mettant sans doute cette analogie oiseuse sur le compte d'un de mes raisonnements foireux. 
Je remarque au passage que si, de mon côté, je me ferme au monde, le monde, lui, ne cherche vraiment pas à franchir ma porte ! Par le monde, j'entends, les gens. Il semble établi maintenant que ma contribution à la marche générale des affaires soit inconsistante. On ne fait plus trop attention à ce que je dis. Comme le disais mon grand-père : "Nere erranak ez dik pittorik balio !" : ma parole ne vaut pas grand chose. 
J'ai eu à un moment l'impression de peser, de compter, dans un cercle un peu élargi. Ca flattait mon ego, ça me rendait importante. Maintenant, de fait, on m'écoute à peine, et on me suit moins encore. C'est assez déconcertant, je l'avoue, surtout en début de processus. On ne comprend pas tout de suite où et quand s'est perdue la flamme. Comment d'influenceur, on vire insignifiant. On s'étonne, on cherche.... puis, on abandonne, quand comme moi on s'est décidé à laisser pisser ! Pour s'accrocher à ce qui vous glisse entre les doigts, il faut une ténacité et un allant que je n'ai plus. Il y faut surtout un besoin et une envie que je n'ai pas, là où je suis rendue.

J'en suis pour l'heure à un stade suffisamment avancé, pour me sentir moins pincée par la blessure d'un orgueil bafoué. J'y trouve même le confort indéniable de ne plus me sentir "pièce maîtresse" dans un édifice où l'on se passe très bien de ma pierre. Ce que je dis importe peu. Alors, je n'ai plus besoin de me casser la tête et de faire le tri dans une spontanéité toute heureuse d'être ainsi débridée. Je babille, sans intention particulière ni sens avéré, juste pour écouter la musiquette de mes mots, et la laisser entendre à ceux qui veulent bien l'écouter. S'il s'en trouve de moins en moins,  ça allège d'autant le restant de sentiment de responsabilité que je pouvais me sentir !
Là encore, la juste courbe de mes popularités s'amenuise.

Je comprends tout à fait cette mise à l'écart, et elle m'arrange assez dans mon projet d'"enkystement" volontaire.
Mon mode de vie spartiate ne tente pas grand monde. Mes propositions de sortie sont toujours les mêmes, et ne m'éloignent jamais d'ici. On fait avec moi ma balade une fois, charmé, deux fois, trois fois, et puis bon, on irait bien ailleurs, histoire de changer. Quand moi, non, changer, je ne veux pas ! 
Je tente une nouveauté, exceptionnellement, pour faire plaisir. Mais je reviens vite à mon basique, ici, où, pour moi, j'ai tout ce que je pourrais vouloir, sans bouger plus loin.
L'ermite fait rarement salon, on le sait.

Je le fais d'après moi bien assez, salon. Je reçois avec grand plaisir autour de ma table l'un ou l'autre, en conversations diverties, faussement profondes le plus souvent. Ca aussi, je dois le reconnaître : je manque totalement de profondeur, renonçant bien vite à creuser un sujet, même si à l'abord il m'intéresse. 

Je survole, superficielle, curieuse d'un peu tout, mais de tout très peu.

Ca fait de moi une écoutante honorable, agréable, je l'espère, mais guère plus. Après tout, c'est déjà pas mal, et là, c'est tout ce que j'ai envie de donner.

Je regretterai peut-être amèrement un jour de ne pas m'être davantage intéressée à autre chose qu'à mon petit univers en vase clos et opaque. De m'être persuadée qu'autour, il n'y avait pas grand chose de plus qu'ici, ni de mieux. De m'être "contentée" de, au lieu de "chercher" à. 
D'être passive, molle, complètement in-activiste.
De rester sur le plancher des vaches, de ne jamais risquer de heurter ce "plafond de verre", où l'avancée légitime se heurte à une barrière injustifiable, mais pourtant infranchissable. 
Je suis restée petit joueur, préférant l'en deçà confortable d'une limite plutôt que sa confrontation potentiellement douloureuse. Je ne me sens pas maintenant l'âme plus guerrière, et m'apprête petitement à entrer en vieillesse, sans bruits ni éclats.
Ce qui m'a fait vie tout à fait agréable jusqu'ici, peut continuer, encore, je le crois. Je l'espère.

Ma seule recherche, ou ébauche de recherche, plutôt, a été introspective, une fois encore, avec la visée de sphères intimes universelles, bien au delà de nos individualités. Ce qui m'anime, ai-je toujours pensé, anime aussi les autres. S'intéresser à ce matériau à portée, c'est découvrir la constitution et le fonctionnement de tous les êtres autour, bâtis sur les mêmes mécanismes psychologiques.
Ca rend mon égocentrisme pathétique plus honorable, puisque dans les faits, ma recherche ne s'applique qu'à moi, mais vaudrait pour tous. 
Inutile alors d'aller quêter dans le vaste monde, ce que je vais aussi bien trouver dans le mien, tout petit. La compréhension la plus large ne nécessiterait pas l'investigation éreintante d'une aire à la diversité ébouriffante. La clé est en soi, et juste là.
Comme c'est pratique, dans mon cas !
Je ne suis pas insignifiante et égoïste, non, je suis... sage ! Revenue de tout, sans être jamais partie.
La Candide d'un Voltaire tout de même poussé dans ses réflexions, arrivée à la même conclusion sans avoir entrepris le moindre voyage : "cultivons notre jardin".

Allez, je vais laisser là mes élucubrations qui tournent toujours en eau de boudin, et mettre en mouvement ma vieille carcasse encore endolorie. Happer le soleil amical, respirer la brise vive.
Vivre ma petite vie, en une intensité toute intérieure...


Dimanche 10 octobre 2021  9h




Le soleil lape les maïs blanchis. L'eau se retire des plants, et migre dans le grain où l'amidon s'organise.








Une coulée de brume s'allonge dans la combe peu profonde.

L'ambiance est à l'automne, toute, avec les petits matins frais de journées plus brèves.




Ttony est une velle "indoor". Elle ferait très bien sa vie en intérieur.
Mufle planté dans la balle odorante, elle ignore les appels de Petra qui préfère brouter l'herbe fraîche, même durcie de la fin de saison.

Au bout d'un moment, elle se décide quand-même à rejoindre sa sœur. Mais sera la première à se rapatrier dans l'étable, où j'ai préparé pour elles un paillage tout frais.

 


Ces deux là font leur vie là dedans sans histoire, et l'histoire de la mienne s'y fait aussi en grande partie.



Lundi 11 octobre 2021  15h30





Une sauterelle géante arpente la prairie, et ramène les deux colonnes d'Agamemnon entre lesquelles Zaldi aimait passer sa tête.
Le paysage change de ces tours disparues. Un rapace avait pris l'usage de se percher sur l'un de ces pylônes maintenant enlevés, au bout de l'ancien potager. Il migre depuis sur un gros câble proche, malcommode d'un appui oscillant. J'imagine son regard déjà peu sympathique s'acérer encore de ce désagrément. Les pauvres mulots et campagnols qu'il chaparde doivent sentir passer sa mauvaise humeur. 
Si tant est que sans ça, ils auraient eu l'heur d'apprécier une tournure plus tendre...


Vendredi 15 octobre 2021 18h30

Les gris pommellent au dessus de la baie métallique immobile en pied du Jaïzkibel bleuté. Les maïs moissonnés me rendent la crique de Fontarrabie.
J'ai toujours aimé ce moment de l'année : le moment des récoltes, celui de remplir les greniers. On remise dans les granges les balles joufflues des fougères rousses. Les pans de mon paysage pâlissent  et se grisent de l'hiver à venir.
TtonytaPetra restent de plus en plus à l'étable. Là, elles sont déjà revenues du pré. Les chiens récoltent les graines gluantes de chiendent accrochées à leurs poils. 
La nature prépare le sommeil hivernal, et la renaissance derrière.

J'ai eu une journée assez productive. J'ai calé là dedans plusieurs petites courses. Je n'aime pas descendre "en ville". Les placards à remplir m'y obligent pourtant. Pour compenser, j'ai agrémenté ma sortie de la tournée bibliothèque, et cimetière. Je choisis très vite les livres que j'emprunte. Je m'arrête le plus souvent à la première table, où sont proposées les nouveautés, j'imagine. Je pioche trois ou quatre ouvrages, balayant rapidement la quatrième page de couverture. Et je ressors, mon butin sous le bras, pressée de quitter le cœur urbain pourtant assez calme. Je ne suis vraiment pas citadine !
Jusqu'à il y a peu, je m'obligeais à lire les livres que j'avais pris jusqu'au bout, même s'ils ne me plaisaient pas. Comme on finit son assiette, puisqu'elle vous a été servie. Maintenant, je m'autorise à refermer et rendre sans l'avoir lu, un ouvrage auquel je n'accroche pas. Sans insister. Je n'ai pas envie de perdre mon temps de lecture en ennui. Quitte sûrement à passer à côté de jolis moments, mal amenés par un début insipide. Mais bon, on ne souffre pas de la perte de ce qu'on ignore, n'est-il pas ? Et c'est aussi bien comme ça !

Le cimetière m'est plus attrayant. Les chiens peuvent sortir de la voiture, et flairer les tombes, sans déranger grand monde. Aujourd'hui, nous avons été contrariés dans notre projet de promenade dans le sous-bois proche, par la présence de plusieurs personnes et de leurs chiens, campant juste à côté. Je me suis contentée d'attraper ma fameuse plaque "à notre père et mère regrettés", pour en rafraîchir le lettrage. Toujours amusée par la tournure étrange, je me suis appliquée, langue tirée, et doigts crispés sur un pinceau vite prompt à déborder.
Je ne l'ai pas trop mal réussie, suffisamment du moins pour la reposer sur la tombe, dimanche prochain. Ma composition pervenche-kalenchoé résiste aussi plutôt bien, pour le moment. Sur ce front là aussi, tout est en ordre.

Un petit chapeautage des piquets de clôture avant l'hiver, histoire d'éviter les entrées d'eau par le dessus, a suffi à me donner le sentiment d'être prête pour la mauvaise saison. Pas de tournée des installations extérieures, ici. Il n'y en a pas ! Pas de bois à rentrer pour le poêle. Pas de calfeutrage de volets à prévoir. Le confort à tous les étages, et toutes saisons. C'est bien appréciable.
J'en ai fini aussi des caisses de betteraves à rentrer, des tonnes de citrouilles à étaler dans le grenier. TtonyytaPetra sont au régime son-luzerne-foin, en intérieur. Elles iront peut-être aussi au pré, si nos modalités d'hivernage en conviennent.

Je vais demain me faire une virée à Rivière, profiter de la beauté de la forêt d'automne. 
L'année dernière, j'étais sur le point de tenter une migration. Pour voir, essayer. Je m'étais donnée jusqu'à la fin de l'année, pour décider.

Et le déluge survint... 
Noyant de boue grise la forêt somptueuse et ses attraits enchanteurs.

Contre les éléments, on ne peut rien !
Vu d'ici, ça m'arrangeait plutôt bien...


Samedi 17 octobre 2021  8 à  19h





La journée sera belle. Ennuagée le matin, peut-être.
Je me mets en route vers le nord.





Je découvre cette pinède avec Olivier. Lors de mes séjours précédents, j'ai toujours été dans la forêt de feuillus, de l'autre côté de la bourgade. Les futs noirs, droits, longs, balisent des chemins de sable blanc. L'étang envasé ponctué de tertres herbus miroite doucement. Le ciel est encore gris. Le silence accueille nos bavardages délités.








L'après-midi, je reviens à mes amours : la grande forêt de Rivière.
Les chevaux attroupés à l'ombrage des hauts chênes escortent mon entrée. La plupart des femelles sont suitées. J'en reconnais quelques unes. Elles, m'ignorent.





Les feuilles sont encore bien vertes, ici. Les couleurs d'automne n'ont pas instillé leurs ors et leurs pourpres. A ma prochaine visite, en novembre, sans doute, si quelques petits matins vifs ont carminé les frondaisons, je pourrai admirer les palettes flamboyantes sur les arbres prêts à se dénuder.
Notre "vénérable" nous attend. La marque triangle sur son flanc est palie. Mais là, encore.





Les lourds chevaux barthais s'attroupent autour de cette mare pour s'y abreuver.






Dans la maison du bois, ces deux là restent à l'ombre. Notre ami l'âne est juste à côté. Comme il est en conversation civile, nous n'avons pas voulu le déranger.





Malgré mes hanches endolories depuis quelques jours, j'ai voulu pousser jusqu'au bord Adour.
L'or d'automne m'y attendait, discret encore, mais profond de se mirer dans l'eau plane.

Nous sommes rentrés à la ferme avec Olivier. J'avais fait provision des beautés de son monde.



Dimanche 17 octobre 2021  19h


Une journée de total repos nous amène à un soir paisible, fondu dans les gris d'un plomb liquide immobile.
Le grand silence d'après les machines de récolte se pose sur un monde tranquille.
L'air est très doux. Je regarde le crépuscule ciseler l'ombre des silhouettes des grands arbres devant moi, assise à ma petite table ronde.
Je sens la détente descendre en moi comme une nappe de miel tiède.
Je garde le souvenir de plusieurs de ces moments parfaits, précieusement. Ils me sont comme les petits galets lisses où l'on retrouve la chaleur des vacances, dès qu'on les fait rouler dans sa main.







mardi 28 septembre 2021

13 au 28 septembre

 


Lundi 13 septembre 2021  15h50


Je suis calée dans une organisation jugée pour le moment très satisfaisante. 

Mes jours non travaillés, le matin concentre toutes les obligations. Ces occupations pas désagréables, entre logistique, intendance, administratifs et autres quotidiennetés me tiennent jusqu'au moment du déjeuner. 

Pour l'après-sieste, c'est-à-dire tout de même pas avant 15 h (!), je réserve toutes les activités détente et loisirs. Certaines de ces activités de l'après-midi peuvent être celles du matin, à partir du moment où leur exercice relève d'une intention particulière, de l'ordre du projet d'agrément, et non de la routine basique.

Ainsi, je peux très bien choisir de préparer une tarte l'après-midi, pour recevoir une ou autre amie. Alors que toutes mes activités de cuisine vivrière sont reléguées au matin. Cette nuance dans l'intention et la circonstance fait toute la différence : ce qui était tâche, même plaisante, devient pur plaisir, et passe dans une toute autre catégorie d'activités. Et donc, dans ma logistique, de plage temporale.

Je cure aussi mon étable après la sieste. Là, c'est davantage pour me calquer sur les rythmes de TtonytaPetra. A ce moment là,  elles sont au pré. Là, nous touchons au plus profond de la transformation : cette tâche, de tout temps et à jamais, se faisait au petit matin, le jour même pas levé. Que les vaches soient dedans, ou pas.

La grande différence de mon étable actuelle, c'est qu'elle est de jour, et de nuit, de toutes les saisons.

TtonytaPetra n'ont pas plusieurs locaux à disposition, comme les vaches qui les ont précédées. Mon étable est une, et indivisible. Avant, entre étable fondatrice et stabulation libre, les bêtes naviguaient plus au large. La logistique était aussi plus étendue. Mes vaches à l'attache étaient dans la vieille ferme. Libres, en intérieur, ici, au fond. Ou alors, dehors. Je curais l'avant, le matin, le fond, quand elles n'y étaient pas. 

Maintenant, libres ou à l'attache, les velles seront au même endroit. Je ne suis pas encore décidée sur leur parcours en saison hivernale. Avant, mes vaches passaient l'hiver dedans, à l'attache. Là, je vais improviser, selon les circonstances. TtonytaPetra connaissent maintenant la contention : je leur passe la chaîne, le soir, le temps du repas. Elles ne tirent plus, et, leur ration son-luzerne avalée, grapillent gentiment de bonnes bouchées de foin, sans chercher à se dégager. Elles savent bien que je suis par là, et que je vais les libérer pour qu'elles puissent retourner dans le pré. Elles ne s'impatientent pas, ne rechignent pas.

Quand Ttony a été patraque, elles sont restées dedans, pour quelques nuits. Sinon, pour le moment, elles sont libres d'aller et de venir, nuit et jour.

Quand le mauvais temps s'installera, je fermerai les grandes portes sur la nuit, avec mon petit monde à l'intérieur. Pour ce qui est de l'attache ou pas, je ne sais pas encore. Si mes deux beautés se cantonnent dans leur coin, je peux aussi bien les y tenir attachées, de façon à préserver le restant de l'étable. 

Pour la journée, en saison hivernale, toujours pareil, je ne sais pas encore. Soit je maintiens la position ouverte, et le pré à disposition, soit je ferme, comme je le faisais avant. Je vais étudier ça, en fonction du comportement de TtonytaPetra. Je dois aussi intégrer les possibles incursions dans l'étable de la troupe caprine. Tous ces paramètres conjugués rendant la projection difficile. Je vais voir ça, au fur et à mesure.

Je dois aussi  tenir grand cas de la circulation d'air, ici. En période estivale, le courant assuré par l'ouverture de la grande porte en bas distille une température très agréable. Il fait bon, ici, même quand il fait chaud, dehors.

Quand la bise soufflera, l'effet sera, je le pense, tout différent. Le soleil hivernal coulé à travers ces verres, qui n'en sont pas, tiédira ce petit endroit si convivial. Si le vent glacé ne s'y invite pas.

Toutes ces interrogations trouveront leurs réponses, en temps voulu.

Je renonce plus facilement maintenant à me triturer le neurone, pour essayer de prévoir, d'anticiper, de juguler ou de corriger. Je laisse venir, en attendant, je vis, sans penser beaucoup plus loin. Le doute et l'incertitude ne me sont plus ennemis. Je les ai intégrés, admis, et acceptés, comme les impondérables qu'ils sont. Je ne leur tiens plus rigueur d'un inconfort adouci par une tournure moins angoissée. Le doute et l'incertitude existent. Bien habillés, on peut même les appeler chance et aventure...

C'est d'un grand repos. Et tout aussi efficace, compte tenu du nombre de conjonctions calculées, supputées, préparées, et finalement avortées, rendant caduques, inopportunes et totalement contre-productives, toutes mes savantes stratégies élaborées pour rien.

Puisque, bien souvent, la situation se présente tout autrement que je ne me l'étais imaginée, dans mon effervescence tumultueuse. Et fait fi de toutes mes prévisions, la bougresse !

Renonçant à tout régenter à l'avance, je laisse venir et faire. L'autre, le hasard, l'histoire floue, l'avenir arbitraire et son futur insondable, s'invitent maintenant mieux dans mes visées. S'y font place et prennent même parfois le commandement.

Je me soumets ainsi au sort. Décide encore de ce que je dois, tout de même, et admets aussi les décisions des autres. Je les subis, même, au besoin, sans trop de mauvaise grâce, moins hérissée à faire valoir des droits pour la plupart déjà bien acquis. 

Relevée de la totalité de la part de responsabilité de mes conduites, je chemine maintenant plus légère.

La vie ne s'est pas montrée mauvaise envers moi. Loin de là.

Je lui fais confiance pour l'avenir. Celui que je me suis préparée, entre doutes et espoirs, et celui qu'on me réserve. L'"on" étant vaste et divers, comme le sont le monde et son temps...


Vendredi 17 septembre 2021  16h35







Mes paysages sont au plus beau, en ces jours parfaits.

Il a bien plu mercredi soir. L'eau a lavé la poussière et ravivé les couleurs.

Mes points de vue en combes, en plans, en damiers, s'approfondissent d'une lumière plus dense. Les reliefs se rapprochent, et se creusent. La nature est ciselée par un sculpteur attentionné.

Je suis à chaque fois émerveillée de cette beauté dont je ne me lasse pas.

Je m'en imprègne et en nourris ma quête d'un bien-être simple, et sain.

Les chiens se couchent autour de moi, alternant le carreau frais ou le gazon tiède. La feuillaison du carolin ombre la cour en une danse mouvante et discrète. Des médaillons de feuilles sèches parsèment la prairie et les talus.

Il fait bon. Je suis au calme.

Je vais goûter, soigner les velles.

Bavarder dans le soir avec l'une ou l'autre de mes familières. Savourer une soirée de paix.

La sérénité est tout près.


Lundi 20 septembre 2021  16h45


Je regarde les images d'hier :






Au matin, le jour s'annonçait moyen.
Des hordes d'averses chevauchaient le dos du Jaïzkibel, le plomb approfondi par un soleil pâli.
Ces derniers jours, le ciel se déverse en eaux brutales. La terre et les plantes boivent cette aubaine, avides, fouettées rudement et reconnaissantes quand-même.
C'est l'occasion de vérifier mes entrées d'eau. Goguenardes.
Je compte toujours sur les éléments coalisés, pour fermer leur clapet à ses insolentes.
Il y faudra du temps, et une patience encore exotique en mes contrées.
Je réajuste quelques rangements, en fonction de la situation. Nous entrons dans la bonne saison, pour faire des constatations pertinentes, et prendre les meilleures mesures.

Samedi soir, entendant gronder le tonnerre et voyant fulgurer les éclairs sur la mer, j'ai rapatrié TTonytaPetra à l'intérieur. Elles goutaient jusque là les nocturnes sous les arbres, rentrant au petit matin, bien mouillées, tous ces derniers jours.
Là, j'ai instauré le régime automne. Je comptais le faire au départ des hirondelles, dans les jours prochains, sans doute. Une bonne partie a déjà levé le camp. Il me reste ici la dernière fratrie, avec les deux parents. Les perturbations de l'été amèneront peut-être un léger retard sur leur calendrier. Pour le moment, la famille rentre au soir, et s'agglutine en têtes et queues entremêlées, sur le nid bien trop petit pour une telle congrégation.




C'est assez nouveau, cette pulsion de rassemblement. Jusque là, mes hirondelles se perchaient bien plus confortablement sur les nombreux supports à disposition. L'instinct grégaire les prépare sans doute au voyage du retour.
Quoi qu'il en soit, tant qu'elles sont là, mauvais temps ou pas, je garde la porte métallique entrouverte, pour qu'elles puissent rentrer le soir. Quand mon petit cheptel ailé est au complet, et seulement alors, je tire le battant, en position nuit, fermé.

TtonytaPetra, elles, font une première virée en fin d'après-midi, à cette heure-ci. Au moment où j'écris, je les entends, en bas. Elles ressortent ensuite. Pour revenir au moment du repas du soir, entre 19 et 20h, selon ma disponibilité.
Je les attache alors, pour que Ttony puisse manger tranquillement, sans que Petra la trop gourmande vienne lui chaparder sa ration. Ttony se laisse prendre le dessus par sa sœur.  A leur arrivée, je la pensais pourtant plus brutale, et je la voyais dominante. Leurs caractères ont évolué, ou alors, mes observations étaient erronées : Petra fait sa loi. Elle reste douce, et bienveillante, envers Ttony. Elle la pousse à la mangeoire, mais sans trop la bousculer. Ces deux là s'entendent toujours bien. Mais se ressemblent moins. Ttony ferait bien sa vie dans l'étable, n'allant au pré que pour y brouter. Petra est plus en extérieur, toujours la première à sortir, meuglant en appel vers Ttony moins décidée. Bonnes copines toujours, elles restent ensemble, en un compromis raisonnable pour l'une et l'autre.

Physiologiquement aussi, l'écart se creuse entre elles. 
Petra, plus menue au départ, est maintenant plus droite, plus longue, plus large, plus lourde. Pas de beaucoup, et la tendance peut s'inverser, au fur et à mesure de la croissance. 
Ttony s'incurve, sa panse s'alourdit en creusant son échine. Sa croupe plonge tristement, et son poitrail s'affaisse. Elle prend la tournure d'une vieille vache, quand elle n'a pas six mois !
Je m'amuse de voir mes velles changer. Je n'attends pas d'elles qu'elles accomplissent des canons de beauté. J'attends d'elles qu'elles me contentent, et elles le font. 

Notre complicité se construit de jours en jours. Elles me deviennent de plus en plus familières. Notre chorégraphie s'ajuste à chaque distribution des rations, à chaque sortie, à chaque pansage. Je connais leurs caresses favorites, les coins de peau les plus soyeux, les reliefs bien calés dans ma paume,  les reflets  furtifs de la robe de Petra et les crins les plus souples de celle de Ttony.
Je les sens comme elles me sentent.

Les avoir là, le soir, me promet de longues séances de contemplation placide, dans le calme et le silence de l'étable tranquille.
Ca, c'est en début de nuit. Les hirondelles sont rentrées. J'ai verrouillé la porte métallique. Fermé les volets de la maison. La pluie cingle, dehors. Les chiens s'installent près de moi, sur les marches de l'escalier tournant.
Les velles ont mangé. J'ai délié leurs chaînes. Elles craquent le foin sec, en gourmandise, têtes plongées dans l'auge. Elles sont encore un peu trop petites, pour arriver au râtelier.








Bientôt, elles vont se coucher, dans un gros soupir de contentement.

Ruminer, les yeux mi-clos. Je vais respirer en calquant mon souffle sur le leur, lent, profond.

La nuit dehors sera tombé. A un moment, elles poseront leurs grosses têtes sur leurs antérieurs repliés, le long de l'épaule, yeux fermés. Un dernier gros souffle, les mâchoires arrêteront de bouger. Elles étireront une cuisse, se recaleront contre le muret.

Ce sera le moment de remonter, d'éteindre la lumière, et de rentrer dans l'appartement doucement éclairé.

Les chiens se rouleront en boule, chacun dans son coin favori.

Ce sera le soir parfait d'une belle journée.


Lundi 27 septembre 2021  16h42

L'automne est entré en saison.

Il ne reste qu'une seule hirondelle dans mon étable. Les autres sont parties mardi dernier. A l'arrivée, autour de la St Joseph, il n'y en a qu'une, aussi. J'ai bien repéré celle-ci, avec son aile grise et sa tête courte. Je me demande si c'est la même, qui fait l'ouverture et la fermeture de la saison. A voir, l'année prochaine.

Tant que je l'ai là, j'attends qu'elle soit rentrée pour fermer l'étable à la nuit. Après, je fermerai dès que TtonytaPetra seront rentrées du pré, au soir. Nous aurons pris la tournure automne. 

Je vis mes installations au jour le jour. Je ne connais pas d'ici l'hiver. Où il fera le meilleur, quelle porte garder fermée et laquelle laisser ouverte, pour un meilleur confort. Où se posera le soleil en son couchant, quel pan de mur il éclairera quand il se montre. Quelle huisserie mugira au vent fort, et quel battant il faudra mieux caler.

Je ne sais pas encore quelle sera la vie de mon étable, à ces mois prochains. Si TtonytaPetra vaqueront, libres, ou pas. Si elles continueront de sortir, ou si je décréterai l'hivernage.

Mercredi dernier, nous avons avec Antton rentré trois balles de foin. La manœuvre sera ainsi rodée. 

Dans un premier temps, avant l'arrivée de mes velles, je m'étais demandée si je ne garerais pas Karrarro dans l'étable, comme je le faisais avant. Pour évacuer le fumier au fur et à mesure, c'était évidemment bien pratique. Par contre, Karrarro est gros, et prend de la place. Il aurait "mangé" l'espace.

Là, il est plus au large, et vogue vers un nouveau destin, notre Karrarro de Mizel.



Concomitantement à cet encombrement gênant, j'ai expérimenté avec succès le principe plus léger de la brouette à fumier. TtonytaPetra sont petites, et elles ne sont que deux, en presque une. Leur production de fumier est modeste, et son enlèvement se fait aisément, sans autre mise en œuvre que ma vieille brouette cabossée. Je cure très souvent l'étable, et retire la litière souillée au fur et à mesure. Sur l'aire bétonnée, l'enlèvement à la pelle économise le paillage. 

Je pratique une manière d'enduit artisanal, je dirais même, ancestral, sur cette partie minérale.

J'ai demandé au maçon de me faire une chape grumeleuse, surtout pas trop lisse. Les vaches ont des sabots, pas des ventouses, au pied. Un revêtement trop glissant ne leur convient pas.

Cette surface de béton granuleux, dur, brutal, heurte un peu ma sensibilité éleveuse. Mes vaches sont confortables au pré, ou dans leur paillage froufroutant. Sur ce béton, elles ripent durement, quand il leur prend l'idée de gambiller gaiement. Je n'aime pas.

Une parade évidente se présente à moi : la bouse de vache, appliquée en emplâtre.

Quand, très régulièrement, TtonytaPetra lâchent une belle bouse bien grasse sur l'aire bétonnée, j'ai à disposition un matériau de première qualité, pour mon ouvrage.

Munie de ma pelle, je râcle d'un mouvement enlevé, hop !, relevant le bout d'un geste précis, pour collecter la masse prompte à se laisser glisser hors du champ d'action. En quelque pas, je suis à portée du tas de fumier. Et re-hop ! je balance tout ça d'un ample mouvement pivotant de tout le buste. Le tour est joué ! 

Je reviens sur mon béton pour alors maculé. Je saisis le balai d'étable, durci par les années d'usage. Vigoureusement, j'étale le restant de bouse dans les anfractuosités du béton. Il convient d'avoir un matériau de bonne texture. Trop mou, il coule, trop dur, il s'agglomère en petits rouleaux impropres à se caler dans les cavités. D'où l'importance de surveiller en amont l'alimentation des velles, si l'on veut qu'elles produisent quelque chose d'utilisable avec profit.

La bouse ainsi appliquée en fine couche durcit très vite. Elle assure un lissage parfait, en conservant une surface agréable au pas, et à l'œil. Olfactivement, la bouse séchée est parfaitement neutralisée. Elle conserve un remugle herbeux, à peine acidulé, une rémanence champêtre des plus émouvantes. Le musc douçâtre de la bouse fraîche, à l'assaut, j'en conviens, agressif, s'évapore avec son eau.

L'effet rendu est celui de la terre battue. Mon étable sera ainsi moins bétonnée, d'aspect. Elle conservera la solidité, l'inaltérabilité, mais gagnera en souplesse, confort, et esthétique. De mon point de vue partisan, évidemment. De froidement minérale, elle redeviendra organique, plus proche du vivant. Tout le monde n'adhère pas...

L'affaire du fumier à enlever est ainsi réglée. Nous avons délocalisé le tas, le transportant sous le carolin de la prairie. Les chèvres viennent régulièrement inspecter l'avancée du processus.






Elles apprécient l'herbe drue enrichie de ce voisinage, quand TTonytaPetra préfèrent brouter plus au large.

Je travaille là aussi à une œuvre majeure. Un tas de fumier bien construit se travaille comme un ouvrage de maçonnerie. Il convient d'en poser les bases avec soin, et expertise. On ne se contente pas de benner là sa brouette ou sa bennette. De faire un tas approximatif, en volumes désordonnés, affaissés les uns contre les autres. Non. 

On dispose, soigneusement, son chargement. On sélectionne, parmi les fourchées, celles de fondement, et celles de montage. Les amas larges, bien tramés, ne se traitent pas comme les conglomérats denses et lourds. On "monte" un tas de fumier, comme on "monte" un bâtiment, ou alors, plus modestement, un tas de bûches en bois. Pas au hasard et à la va-vite. Posément, en réfléchissant. En alignant. En tâtonnant, si nécessaire, déposant ici, puis réenlevant, si le résultat n'y est pas. Le rendu doit être rigoureux, les bords bien droits, surtout pas échevelés, les angles marqués. L'ensemble doit être tassé au fur et à mesure. Au pied, puisqu'ici, je n'ai pas le tracteur à disposition. Ca me donne l'occasion d'une danse à l'indienne, sûrement un peu déconcertante pour le spectateur. La bonne décomposition des paillis en sucs nourriciers est à ce prix. Et je n'en suis pas à une "déconcertitude" près.

J'ai depuis bientôt trois mois collecté suffisamment de fumier pour ériger le premier angle. Je me suis inquiétée des conditions de chargement, pour l'enlèvement périodique. J'ai ainsi calculé l'empâtement de mon futur tas, et son emprise au sol.

J'ai maintenant une année pleine pour construire, édifier, ériger, un monument d'or noir, fumant, vivant. J'ai tâché de tenir compte des courants, des effluents, des tempêtes et des torrents. Pour faire au mieux avec l'existant.

J'en suis à mon année d'expérimentation. J'apprends de ce que je vis. J'adapterai, au fur et à mesure, et à la demande, si besoin.

Dans l'espace libéré par Karrarro, j'ai entreposé deux belles balles de foin de réserve. Là aussi, il y a eu polémique. Nous sommes tous dans l'observation de cette première année. On essaie, et on voit. 

Dans un premier temps là encore, je pensais stocker mon fourrage dans la porcherie-remise. A l'usage, j'ai changé d'idée. D'une, les petits suintements humides ne font pas bon ménage avec le foin sec, et de deux, cet espace rangement est plus dédié au bricolage, et s'accommoderait mal de l'encombrement de plusieurs grosses balles de foin.

Antton en était pour rentrer le foin au fur et à mesure, balle par balle. Ca aurait pu se faire. J'entrepose la balle en service sous l'escalier, au plus près du râtelier, que j'alimente par dessus la murette. Quand elle se termine, il suffit d'en ramener une autre. L'opération n'est pas bien longue.

Oui. Mais moi, je suis une anxieuse. Quand je vois ma balle commencée s'amenuiser, je commence à me sentir moins bien, si je n'en ai pas une autre tout près. Antton peut ne pas être là, le temps virer à la pluie, un coup de vent se lever. Ou toute autre occurrence survenir, de nature à empêcher le réapprovisionnement immédiat. Et là, se présente à moi une plage de temps sans fourrage, où, râtelier vide et réserve tarie, je vois fondre sur moi pour mes velles la terrible disette. C'est plus que je n'en peux supporter !

Non,... non, non, non ! Cela ne se peut, ni cela ne se doit ! 

Après savants calculs de surfaces, j'ai opté pour le magasinage dans l'étable, d'une réserve propre à calmer mes angoisses. Le long du mur, juste après la balle de fougère, il y a suffisamment de place pour aligner trois balles de foin. 

Le questionnement dans cette configuration porte sur le comportement de TtonytaPetra. Que vont-elles faire, en telle compagnie ? Les balles de foin sont ficelées serré. Elles pèsent lourd, plus lourd que mes velles, pour le moment. Posées sur des palettes, elles ne craignent pas les suintements d'urine. TtonytaPetra ne sont quand-même pas vicieuses, au point d'aller pisser contre le foin, en levant la patte, comme le ferait un chien ! Elles ne vont pas non plus déféquer en se plaquant dessus. Non, leur seule intervention dans l'affaire, sera de grapiller à travers le réseau des ficelles, pour tirer quelques brins savoureux. Dommage que je juge mineur, et sûrement pas de nature à me retirer le bénéfice projeté. Une plus juste évaluation de l'entreprise me permettra de renouveler l'opération dans les mêmes conditions, ou d'y apporter quelques améliorations si nécessaire.

Nous en sommes là, pour le moment. A l'étude. En observations.

TtonytaPetra expérimentent avec moi. Ensemble, nous examinons.

Tant de paramètres centraux et périphériques s'invitent dans mes projections !

Je laisse venir, et accommoderai, pragmatiquement.

A la jardinerie hier, nous avons tous tour à tour contemplé cette petite grenouille posée sur une spathe de phormium. Tous, attendris, nous avons pour un moment suspendu notre souffle à ce minuscule petit batracien innocent.





Et tous, nous avons repris le cours de notre journée. Joliment éclairée de cette petite émotion minuscule, et pourtant si touchante...







lundi 6 septembre 2021

1er au 6 septembre

 

Mercredi 1er septembre 2021  7h40




Le lever se colore des roses annonciateurs de pluie.

Elle sera bienvenue, la nature a soif.

Bel Astre rentre auprès de Mère-Rhune, après sa virée vers la mer. Chaque année le même élan, et chaque année, retour au bercail !






Jeudi  2 septembre 2021  20 h



Un énorme nuage très sombre pose un couvercle soudain sur la soirée, au dessus de la mer et du Jaïzkibel. Je remonte de l'étable, les velles sont ressorties. 

C'est le moment où je vais faire un tour dans le soir, avec les chiens, tout contents de me retrouver après ma journée à la jardinerie. Là, je recule devant la menace.

Un quart d'heure après, une grosse averse s'abat contre les vitres (qui n'en sont pas).

Je ferme tout. Les velles ne remontent pas. Elles ne craignent pas l'eau du ciel, et les éclairs fulgurants en zébrures claquantes. Les chiens, eux, se tapissent au plus près de leur maîtresse. Je m'imprègne de cette ambiance hivernale. Ici, dans le grenier, pas d'entrée d'eau. Fort bien !

Les gouttes fouettées ruissellent le long des parois de... verre, (allez, on va dire comme ça, puisque le nom barbare de ce fameux matériau, je ne le retiens pas). Un filet d'eau court juste en dessous du cadre métallique. L'eau de là va passer sous la bâche, forcément. Aïe...

Je descends à la porcherie. Pour le moment, rien encore. Mais je ne me fais pas d'illusion : le long des fissures apparentes ici dessous, suinteront bientôt quelques filets humides, et les gouttelettes narquoises suivront. La période sèche sur plusieurs semaines a craquelé les enduits fragiles. La première eau drue va s'engouffrer là dedans. Mon dispositif étanchéité, appliqué sur la seule surface plane découverte, palliera le plus gros, je l'espère. Je n'ai jamais été aussi près de le savoir...


Vendredi 3 septembre 2021  17h.


Le résultat des courses est honorable. La première grosse averse après période sèche n'a pas été calamiteuse pour ma remise. Quelques entrées perfides, évidemment, dans le coin gauche, se rappellent à mon bon souvenir. La gouttelette est bien tombée, laissant deux trois petites auréoles au sol. Rien de comparable avec les cataractes d'avant, où, là dessous, on avait l'impression d'un déluge, à la première ondée. La rampe plane au dessus collectait l'eau largement, et la redistribuait dessous en abondance, par les longues saignées. 

Les rangements ont été stratégiquement disposés. A l'endroit où tombe l'eau, il n'y a rien.

Il faudra voir ce que ça donne en période hivernale, quand les jours de pluie se succèdent.

J'espère, déraisonnablement peut-être, améliorer ce résultat, par l'effet conjugué des ruissellements, agglomérant la poussière, les débris de feuilles mortes, et autres bouchons naturels, dans les interstices ténus pour le moment passants. J'ai toujours eu la foi dans les éléments et leurs bonnes œuvres...

Cet hiver me rendra raison... ou pas !

Je laisse pour plus tard.

Dans l'immédiat, l'affaire du moment est dans le pré.

June et sa tribu sont reparties vers leur propre prairie.

Mes velles vont réinvestir l'ensemble de la mienne. Avant de les lâcher là dedans, je fais le tour de la clôture, un peu ancienne sur le bas, un peu branlante. Pour de vieilles bêtes ordinaires, elle ferait bien l'affaire.

Pour mes deux petites rouées dévergondées, j'en suis moins sûre. Je les vois faire avec les cousines, pourtant bien plus âgées qu'elles, et constitutionnellement placides. Elles cherchent bien le contact. Les piquets là sont en bon état, et le fil ronce trame une barrière serrée. Ttony s'y est quand-même éraflée l'oreille, en passant sa petite tête de biche au travers.

Sur le flanc nord, là où la clôture est bien plus ancienne, et moins défensive, le voisinage est différent. Là, il y a de la bête bien plus jeune. Toujours de ces blondes, grosses masses et volumes, peu d'esprit ni de malice. Tout de même, la jeunesse rend à ces monuments en devenir un semblant d 'animation et d'engouement aventurier. 




Tout particulièrement, je vois bien poindre les ennuis, du côté de ce petit jeune homme :



Le bientôt taurillon n'est pas vilain garçon. Pour qui aime le genre. 
Pas trop d'élégance, et de finesse, aucune. Mais de la bonne viande, drue et dense, en gros volumes musculeux. Pas trop d'âme, juste de la matière. Brute. 
Pour les connaisseurs, dont je ne suis pas, une très belle pièce, sans doute.
Le taurillon est sanguin, de nature. Et le taurillon blond, est, en plus, plutôt bas du plafond. 
Une conformation psychologique difficilement prévisible.



Les miennes, elles, sont bien différentes. De vache à vache, il y a un monde.
Ces rouées prépubères tendent déjà une croupe aguicheuse. Elles se comportent de manière éhontée, scandaleuse, provocatrice. Seigneur Dieu ! Je ne les ai pourtant pas élevées comme ça ! Ce sont de véritables Lolitas cornées. (Oui, parce-que, finalement, d'écornage, il ne doit pas y en avoir eu : deux petits appendices pointent gentiment de chaque côté de leur front. Ceux de Petra sont peut-être un peu plus mollets. A voir maintenant la courbe que tout ça prendra).
J'imagine le jeune taurillon, chaviré, de l'autre côté du barbelé, par les roueries de ces jouvencelles effrontées.
Ttony ondoiera de sa soie miel, clignant son œil de biche en une invite langoureuse.
Petra, brunette chatoyante, fine, racée, exotique de sa robe métissée, finira de l'affoler complètement. Elles vont lui roucouler à l'oreille, tant et si bien, qu'il en perdra son peu d'entendement.
Il ne va pas calculer longtemps. Il va foncer, tête baissée. Il ne connaîtra plus ni fil ni barbelé, dominé dans son entier par ses hormones effervescentes, fouettées par les manigances femelles.
Et ce sera le cirque !
Je vais tâcher d'éviter tout ça. Anticiper, et prévenir. Qui vaut mieux que guérir !

Igor dans son jeune temps connut la calamité de se retrouver trop près de la jolie June en ses jours enamourés. 
Ces jeunes gens deviennent facilement tumultueux, quand les passions  fouettent leur sang...






Je vais contenir mes damoiselles dans un périmètre sécurisé. Elles verront bien le beau blond, mais de loin, comme elles le voient déjà. Ces quelques mètres de séparation suffiront à maintenir les ardeurs des unes et de l'autre.
Elles gambilleront dans le pré.
Les quatre chèvres leur feront bonne compagnie.





Mes jeunes châtaigniers s'en voient. Ils manquent d'eau.
La pluie d'hier les rafraîchira. Et l'automne prochain les soulagera de leurs feuilles encore gourmandes.




Il sera temps alors de repiquer mes plus jeunes plants.
J'ai déjà repéré trois merisiers et quelques aulnes.
Tous ceux-là aussi vivront en bonne compagnie.

L'hiver devrait être tranquille.


Dimanche 5 septembre 2021 17h


La journée a été chaude. Une petite pointe de température raisonnable, par cet été sans canicule.
Nous avons enlevé le dispositif de parcage des chevaux, et mis en place une clôture électrifiée, plus légère que la traditionnelle, le long du carré dégagé.
Ainsi, la prairie sera ouverte à mes velles, mais limitée sur le front de l'est, en une aire bien suffisante.



TtonytaPetra pâtureront là dedans plus largement, abritées du grand soleil par l'ombre longue des arbres élevés.




Les quatre biquettes voisines s'intéressent aux aménagements. Depuis l'arrivée des chevaux, elles ont investi ce pré carré, quand, jusque là, on ne les y voyait jamais. Et pourquoi pas ?
Les deux plus vieilles chèvres étaient d'ailleurs au départ prévues pour ici.
J'explique :

Quand Olivier se profila dans les parages de la ferme, il y a une quinzaine d'années, il ramena dans un premier temps deux chèvres, quelques poules, et son vieux chien, Denver, un caniche noir.
Le chien mourut assez vite. Il eut quand-même le temps de goûter aux joies de la vie à la ferme, gratouillant volontiers autour du tas de fumier. Il aimait aussi se coucher dans l'herbe, près du potager, quand j'y travaillais. Il connut ainsi chez nous quelques semaines d'une villégiature agréable, avant de rendre l'âme. Nous l'inhumâmes dans le remblai.

Les poules ne firent pas long feu non plus. Celles d'ici ne les accueillirent pas trop bien. Elles se sentirent toujours étrangères, ne vécurent pas heureuses, et moururent.
Les deux biquettes, la mère, blanche, et la fille, marron et noire, furent reçues comme des reines. Olivier y tenait, je tenais à Olivier. Nous avions construit en prévision de leur arrivée une chevrière, adossée à un mur haut, tournée vers le levant, avec vue sur la mer. Une guérite confortable, spacieuse, donnant sur cette même prairie. Elle y est toujours.

A leur arrivée depuis Rivière, nous installâmes les deux chèvres dans leur abri, fermé pour la nuit.
Au matin, nous comptions faire les présentations : j'avais à l'époque une dizaine de vaches. Tactiquement, nous pensâmes préférable de libérer les chèvres d'abord, pour qu'elles découvrent leur nouvel espace. A Rivière, elles avaient un enclos de 2000 M2. Ici, elles auraient plus d'un hectare, à partager avec les vaches, il est vrai. 
Je voyais le compagnonnage facile, tant on voit tout facile, quand on est amoureux...

Ce matin là, les biquettes sortirent au soleil levé, humant l'air avec circonspection. La fille suivait la mère. Un grand tertre herbeux faisait une petite montagne près de la chevrière. Les arrivantes s'intéressèrent immédiatement à ce relief enherbé d'adventices trop grossières pour mes vaches.
Ce tableau me parût suffisamment paisible pour que je décide d'envoyer la troupe, à savoir, mes vaches. L'entrée de l'étable est plus loin, plus haut. Les vaches ne débouleraient pas sur les chèvres. Elles s'en approcheraient, les découvriraient, et fraterniseraient. Dans mes rêves...

La réalité, comme souvent, fût toute autre.
Je me souviens particulièrement de Monumento. C'était une croisée normande et limousine, véritablement monumentale, par le fait. Elle était à l'époque assez vieille déjà, et marchait mal, à cause de ses sabots mal plantés. Et bien, ce fut l'une des premières à se hisser sur le monticule de terre, au pas de course, presque ! Elles furent plusieurs à la suivre, encerclant stratégiquement le tertre. Les deux chevrettes, complètement paniquées, s'enfuirent en catastrophe. Je renvoyai les vaches à grands coups de bâton, complètement dépassée par la situation.
Nous ramenâmes tant bien que mal les biquettes à la ferme. Elles ne voulurent plus entendre parler de la prairie, ni de la chevrière implantée dessus, évidemment.
Il fallut organiser les élevages en les scindant : les chèvres, au fond, à l'emplacement de ma nouvelle étable, et les vaches, chez elles. Au matin, je libérai d'abord les chèvres dans la cour. Elles faisaient leur vie, là, le menton haut, dédaigneuses d'apparence, quand elles n'étaient qu'apeurées.  Loin des vaches.
Elles finirent par s'habituer, grignotant le foin dans le hangar, mignotant la vigne vierge le long du mur gris. Elles consentaient à rentrer dans l'étable, quand les vaches y étaient attachées, pour se loger au fond. Elles passaient vite, pressant le pas, oreilles dressées et pupilles fixes. La blanche, la plus vieille, repéra très vite le coffre du concasseur à maïs. Elle repéra surtout une anfractuosité dans l'un des angles. En tapant des cornes contre la tôle percée, elle faisait tomber à terre de la farine... et s'en régalait ! Je ne compris son stratagème qu'au bout de plusieurs jours, après m'être étonnée tout ce temps là de ce bruit venu du fond de l'étable.
Sa gourmandise perdit la biquette, et sa fille, initiée par la mère au même vice.
Elles moururent toutes les deux à quelques jours d'intervalle.
Elles aussi reposent dans le remblai.

Pour compenser à mon Olivier ces pertes brutales et consécutives, je fis l'acquisition auprès d'une amie d'Hélène, de trois petites chèvres naines. Je les ramenai un lundi soir dans la Clio, où elles bondirent à qui mieux mieux dans l'habitacle. J'avais heureusement cloisonné le poste de conduite, et nous rentrâmes à la ferme, sans plus de mal.
Enseignée par ma première expérience, je renonçai à mêler mes vaches et les chevrettes. 
Nous étions à la période de l'année où les vaches étaient hivernées. Les chèvres pourraient faire leur vie dans le fond de l'étable, sortir dans le pré, sans être inquiétées. Nous avions au préalable doublé les clôtures d'un grillage fin, pour éviter toute fuite de ces petites aventurières.
Là encore, toujours optimiste, je voyais la chose assez facile.
Et là encore, très vite désappointée, je dus déchanter.

Les trois chèvres naines refusèrent de revenir à l'étable, pour la nuit. Elles se plurent follement dans un amas de grosses pierres amoncelées dans le bas de la prairie. Le soir, au retour du travail, j'allai les chercher là, essayant de les rassembler pour les remonter. A cette époque, la nuit tombait de bonne heure, et je crapahutais dans le noir, m'arrimant comme je le pouvais, manquant glisser et tomber. Les chèvres se cachaient, se jouaient de mes tentatives.... et ne rentraient pas !
Je n'aimais pas les savoir là, la nuit, par mauvais temps. J'aurais tant aimé refermer les portes sur mon petit monde, le soir, contempler mes vaches paisibles, et les chevrettes enjouées, avant de monter me coucher... Ce plaisir là ne me fut jamais accordé.
Avec Olivier, nous étions désolés.

Finalement, les chèvres se firent adopter par mon frère, plus près de leur base empierrée. Elles consentirent à l'accepter pour maître. 
Les années passèrent. L'une d'elle mourût. Les deux autres sont toujours là.

Par un de ces retours des choses comme la vie en réserve souvent à qui y est attentif, les chevrettes reviennent maintenant là où je les aurais voulues, il y a quinze ans.
Ma nouvelle étable, celle-là même qu'elles ont fuie alors, les tente, maintenant.





Mon frère et sa femme, finalement séduits par cette gente caprine, ont adopté une autre chèvre, ensuite. Elle leur a fait deux jumelles. La mère est morte, et l'une des sœurs aussi. Reste celle-ci, la tête de proue de la troupe. Dernièrement, Jésus nous a confié Oréo, la petite blanche et noire qui arrive juste après.
Les deux miennes sont derrière.

Nous avons modifié la clôture. Les chèvres curieuses y sont venues voir.

    - Allez, venez par là ! a encouragé la blanche, soyez pas trouillardes !

Et elles ont suivi.

En remontant de notre côté, nous avons prélevé une bogue sur nos châtaigniers.
Il y a beaucoup de fruits. Trop. C'est signe de souffrance. Les jeunes arbres se dépêchent de fructifier, pour le cas où il ne survivraient pas à la saison. Leurs débuts sont difficiles. Sur nos terres lourdes, les plants ont du mal à raciner, ils s'installent difficilement. Ce printemps, avec Avril sec et Mai froid, ne les a pas aidés. Il leur faudra plusieurs années pour puiser assez loin leur substance, et devenir autonomes. Après, par contre, profondément arrimés, ils en deviendront plus résistants.
Cet automne, nous planterons les nouveaux.
Ensuite, il ne sera plus que d'attendre...




TtonytaPetra, elles, ont toutes les commodités pour s'installer, et elles ne boudent pas leur plaisir.





 
Leur prairie agrandie leur plaît.
La compagnie des chèvres ne les perturbe pas.
Et elles ne les perturbent pas en retour.

Mon monde rêvé d'il y a quinze ans a été un peu plus long que prévu à arriver...








Lundi 6 septembre 2021 16h20

Une jolie pointe de chaleur nous tient à l'intérieur.
Je recherche le courant d'air, même chaud.








Les biquettes, elles, sont en approche.