vendredi 26 février 2021

20 au 26 février

 


Jeudi 20 février 2021  7h40







La période est fantastique d'aubes diaprées roses, bleues et or.
Chaque matin est un tableau nouveau. Un régal.



Dimanche 21 février 2021  9h30









Tels les druides anciens de la Gaule romaine, nous avons ce matin récolté le gui.
Mon homme juché sur le destrier de fortune a œuvré dans les hauteurs, encore une fois.
Il aime bien, ces temps-ci, l'air en altitude.





Mes châtaigniers bourgeonnent. Après la longue saison de pluies, la douceur avant le beau temps a affolé la nature. Tout bondit et s'élance, fouetté d'une énergie vitale irrépressible.

J'ai installé mon aulne auprès de mes protégés. Aulnes et châtaigniers sont compagnons. Dans les forêts naturelles, une couronne de jeunes arbrisseaux tachetés darde à l'aplomb des houppiers de châtaigniers. Sous terre se joue une association de mycéliums complémentaires. Mon aulne gardiennera la châtaigneraie, essaimera entre les arbres. Tout ce petit monde devrait cohabiter en une synergie réussie.

A l'automne prochain, je planterai le seconde tranche de plants. Mes miens et ceux de Sare auront alors trois ans. Ils seront suffisamment mâtures pour affronter la transplantation.

Ce projet suivra les rythmes naturels, de ces rythmes qu'on ne bouscule pas, impatient ou pas.

Ce rythme imposé apaise le mien. Et cette tempérance me fait du bien.

Depuis hier matin, une atmosphère étrange fige le paysage. L'effet ressemble à celui d'une forte gelée sans givre. Les arbres paraissent figés, les couleurs fondues dans une masse grise minérale.

L'air sent la fumée. Une crête de flammes vives descendait le long du flanc de la Rhune, hier soir.

J'imagine mal les cendres aspirées vers le ciel, au point de densifier l'air en une brume sèche.

On parle du sable saharien. Je l'aurais vu ocre. J'observe, dubitative, ce phénomène étrange et inédit pour moi.

Le monde aussi changerait, alors ?


Mercredi 24 février 2021  18h42


Je savoure ces journées de libertés. Ces journées sans horaires imposés, où je vaque sans m'inquiéter de l'heure. Je suis cependant une grande routinière. Horaires imposés ou pas, on me trouve aux mêmes endroits, aux mêmes heures, à un tout petit battement de temps près.  Mes jours de congés se quadrillent d'une trame toute aussi prévisible. L'idée d'une grande liberté dans un damier aussi bien marqué peut paraître incongrue.

Pourtant, maintenant, je me sens affranchie de toutes ces menues obligations qui m'harnachaient, du temps de mon père, et de celui d'avant. Les débuts de soirée, entre repas, passage des infirmiers, soins du coucher, étaient contraints dans une maille aux filets serrés. Le besoin de repos en début de nuit, avant les réveils intempestifs dès minuit passée, m'obligeait à me mettre au lit sitôt les logistiques bouclées.

Là, rien ne m'oblige ni ne me requiert. Je reste cependant asservie à des rituels inchangés, mais cet asservissement me paraît bien léger, puisque je m'y astreins par confort et facilité, non plus parce-que je ne pourrais pas faire autrement.

L'idée seule de la possibilité de m'y soustraire suffit à faire souffler ce vent de liberté qui me grise.

Et le fait de m'y soumettre s'allège considérablement, puisque cette soumission est choisie, et non imposée. 

Dans cette brèche étroite se faufile adroitement les conditionnements de masse, quand on laisse l'illusion de la liberté à ce qu'on tient sous sa coupe par des méthodes détournées.

On n'ordonne plus, on incite. Chacun est libre de faire ses choix, mais les conséquences, bonnes ou mauvaises, en sont si vite pointées, édictées, que dans les faits, le choix est pré-fait, par d'autres.

Puisque je ne me sens pas de taille à donner un grand coup de pied dans la fourmilière, je me contente de trouver un peu d'air dans des galeries agréables.


Nous arrivons au terme d'une année de coronavirus.

Je me souviens de cette même période, l'année passée. Les bruits du monde restaient hors de ma sphère.

Mon père donnait de sérieux signes de fatigue. Le mal logé dans sa moelle  s'était réveillé.

Je pressentais le joug oppressant de semaines difficiles.

Je ne soupçonnais évidemment pas le coup de massue qui allait nous tomber sur la tête, avec ce minuscule virus hirsute et son vent de panique mondiale.

Je vivais soucieuse du mal que je voyais venir. Complètement insouciante de cet autre, dont je n'imaginais pas une seule seconde la portée et les conséquences.

Pour moi, 2020 a marqué la fin d'un fardeau qui me devenait trop lourd. J'ai accompli ma promesse d'accompagner mes deux parents jusqu'au bout. Je m'en suis affranchie.

Le coronavirus m'en a donné la possibilité, en me permettant de rester avec mon père, à la ferme.

Ce qui pour la majorité a sonné le glas de la fin d'une ère légère a été pour moi l'occasion d'en finir avec un temps de plus en plus pesant, et de le faire au mieux.

Ma vision étriquée d'un monde égocentré me l'a montré ainsi.

Ce qui pour la majorité a été ressenti comme une privation de nos libertés essentielles, m'a paru complètement indolore. J'ai été une asymptomatique du confinement, vivant exactement de la même manière, libre ou confinée.

Ma liberté s'ébat dans si peu : une heure se sortie ? Une heure seulement ? Ah, oui, mais l'heure que je veux !  Un kilomètre ? Un kilomètre et pas plus ? Et bien, le périmètre inscrit dans cette circonférence, ça fait un petit monde, déjà. 

La seule issue de secours d'un possible choix, même un tout petit choix, aspire suffisamment d'air frais pour moi.  Un choix trop large ne me réussirait pas : il induirait une responsabilité trop grande, celle de faire le bon, choix, le seul parmi trop d'autres. 

Mon père est mort le 4 mai. Nous avons été "déconfinés" le 11.

Sauf que la menace a continué de planer. Et qu'elle le fait depuis suffisamment longtemps, pour avoir inscrit en nous cette faille où l'insouciance a sombré.

La seule alternative pourrait être d'apprivoiser ce sentiment d'une menace invisible, d'apprendre à respirer corseté.

Je remarque, comme beaucoup sans doute, combien le port du masque me devient plus facile, quand au début je le trouvais insupportable. Pour un peu, on se sentirait non seulement vulnérable, mais aussi démuni, sans.

Je me demande ce qu'il restera de tout ça.

Pour l'heure, je vais me faire griller des tartines. 

Savourer cette grande liberté de se faire un goûter à l'heure de dîner.

Toute une aventure...


Vendredi 26 février 2021  16h20


Je surveille l'arrivée de Tito.

Mes petits ouvrages réclament artisans. Mon projet est tout à fait modeste, et pourtant, il me requiert plus que je ne le voudrais.

Mon seuil de tolérance s'est terriblement abaissé : le moindre contretemps, la plus petite contrariété, me perturbent.

Dans un petit chantier, même un tout petit petit, on fait difficilement l'économie d'un ou autre imprévu. A Agorreta, les travaux ont toujours été improvisés, plus ou moins en catastrophe, selon le degré d'urgence. Les repiquages et contournements se chevauchent, s'entrelacent et s'emmêlent, en un joli bordel.

Dans ces cas là, le mieux, ce serait presque de tout mettre par terre, et de recommencer, comme de zéro.  La seule idée m'en lève le frisson !

Non, cette fois encore, nous allons prendre garde à la vieille femme, ménager ses susceptibilités.

Y aller doucement.

La fée électricité est aérienne et s'installe sans dommages.

Pour l'eau, cette sacré eau d'Agorreta, c'est toujours une petite aventure. 

J'appréhende à chaque fois de me pencher sur ces lointains compteurs, dont les branchements parlent de moult tâtonnements et de doutes insondables.

Le coffret en lui-même est toute une histoire. Plusieurs boîtiers, plus de tuyaux encore, serpentant les uns sur les autres, laissent perplexes. En déterrant un peu, deux trois mignonnes vannes tendent leurs oreilles à la main. 

Je me rassemble, je me remémore. Oui, ce compteur là, c'est celui de la ferme. Mais alors,  quels tuyaux dessert-il ? A l'énoncé, comme ça, ça parait enfantin. La difficulté réside dans l'existence d'un deuxième coffret, où les tuyaux sortis du premier s'en donnent à cœur-joie dans une sarabande machiavélique. Déjà, de trois compteurs, on arrive à cinq tuyaux. Tiens donc. En se penchant mieux, ah, oui, non, ces trois là, ils sont reliés. Très bien. Mais reliés à quoi ? Ah çaa... on ne sait pas !

Il y a un bon petit demi-kilomètre entre les compteurs, et les maisons. Ca aide bien.

Mon intention ce matin, était de démêler quels tuyaux desservaient quelles parties de la ferme. Dans l'idée de diviser le circuit en deux réseaux indépendants. Puisque trois tuyaux se présentent, et que je n'ai besoin que de deux circuits, je suis large, il m'en reste même un de réserve, au cas où.

Inutile bien évidemment de chercher aux alentours de la ferme un quelconque coffret, où un joli rang de vannes rutilantes isolerait les secteurs. Non, non. Passé les deux coffrets des compteurs, tous ces joyeux tuyaux s'enfoncent profondément en terre, et font leur vie là dessous. A l'autre bout, une arrivée repérée, près de la cuve du surpresseur. Et, entre les deux, trois tuyaux rebelles livrés à eux-mêmes dans une contrée sauvage. Où vont-ils, que font-ils ?

Finement, j'ai observé les parages. Repéré dans le champ cet abreuvoir insolite. Alimenté d'un tuyau surgi de la terre grasse. Je me suis projetée quelques années en arrière. Ce jour où les trois mignonnes vannes ont été installées, là bas, en bas. L'artisan de l'époque, un grand gaillard jovial, je m'en souviens, devait bien avoir une idée en tête, quand il s'est échiné pour vanner sa nourrice.

Avec un peu de chance, l'un des départs de là-bas pourrait bien aboutir ici, pourquoi pas.

Ce serait jeu d'enfant à ce moment d'isoler ce tuyau et d'en faire le mien.

L'inconnu perdurait dans le cheminement de ces vaisseaux souterrains. S'étaient-ils à un moment séparés ? Restaient-ils malsainement arrimés ? 

Le grand gaillard au vannage semblait en tenir pour une sécession. Ca arrangeait mes affaires...

Ce matin, j'ai pris mon courage à deux mains. J'ai approché l'hydre à trois têtes : l'une était condamnée par la vanne fermée. Des deux autres, je choisis la dernière. Antton venu avec moi la ferma. Je craignais un blocage quelconque, près de quatre années ayant passé depuis sa pose. Et bien pas du tout : elle verrouilla la conduite sans faire d'histoire. 

Nous avions devant nous une triplette de vannes : la première était déjà fermée (pourquoi ? Nul ne sait !), la seconde restait  ouverte, et nous venions de fermer la troisième.

Mon espoir était le suivant : la vanne que nous venions de fermer desservait le tuyau emmanché dans l'abreuvoir. Et pas autre chose. Ainsi, je récupérerai ledit tuyau, et l'autonomiserai.

La même méthodologie s'appliquerait fidèlement à la vanne du milieu et à son tuyau, si besoin.

Il suffisait maintenant de retourner à la ferme, et d'ouvrir l'abreuvoir : plus d'eau, bingo ! nous avions touché le gros lot !

Nous remontâmes. J'étais confiante.

Arrivés au port, nous descendîmes dans le champ. Marchâmes vivement jusqu'à l'abreuvoir innocent. Appliquée, j'appuyai sur la tige d'ouverture de l'eau. Ppsshhiit. Normal, me dis-je, il en reste dans le tuyau. Pppssshiiit. Un moment passa. Un flottement me gagna. Ppppsshhiit. Le filet joyeux bouillonnait dans le bol, débordant sur l'herbe. C'est la colonne d'eau, me redis-je, avec toute cette longueur depuis le compteur, ça n'est pas étonnant.... Je regardai quand même la configuration du paysage, cette colline et ce vallon. N'étions-nous pas le point le plus haut ? L'eau, sans être poussée, ne devrait-elle pas s'arrêter de couler ?

Avec Antton, nous tâchions de nous rassurer : ce pouvait être un effet d'optique, et le petit mamelon faire une crosse à notre long tuyau. Il fallait attendre un peu, le flot ne tarderait pas à se tarir.

J'émis l'hypothèse raisonnable que cette vanne que nous avions fermée gérait peut-être l'arrivée à la ferme. Qu'alors, nous pouvions attendre longtemps, que l'eau s'arrête de couler ici, quand elle était bloquée là-bas.

Un peu perdus dans nos simulations prospectives, nous laissâmes couler l'abreuvoir. On ne sait jamais. Des fois qu'il s'arrêterait de couler. La dépense de toute cette eau perdue m'égratignait un peu, mais bon, dans la foulée de notre président, je me suis faite au "quoi qu'il en coûte".

Rassérénés par notre nouvelle hypothèse, nous remontâmes. Antton est maintenant aguerri à la marche, et je peinai presque à le suivre.

L'installation hydraulique de la ferme se complique de ce petit surpresseur dont j'ai déjà souvent parlé ici. Celui-ci, je commence à le connaître. Pour valider notre test sélectif, je devais couper la pompe, et remettre l'arrivée d'eau en direct. Sans ça, les 2000 litres de la cuve fausseraient gravement nos statistiques besogneuses. Je m'acquittai au passage.

Dans la cuisine, encore un peu essoufflée, j'ouvris le robinet. Ppsshhiit. Là encore, la longueur de tuyau, le point haut, et talali et talala.

Toutes ces chutes d'eau commençaient à me donner le vertige.

Antton et Beñat restaient dubitatifs. Nous décidâmes de manger. Nous verrions bien si l'eau s'arrêtait de couler quelque part, pendant ce temps. Le repas fut tout pollué de cette tracasserie lancinante.

Finalement, excédés d'entendre le flot sans faillir du jet d'eau, nous décidâmes d'aller couper la vanne générale, de façon à voir combien de temps mettrait l'eau à s'arrêter.

Antton retourna au compteur. Avant son retour, le robinet ne pleurait plus qu'une larme. Et le bol de l'abreuvoir s'arrêtât de goutter. Bon : ma théorie de la longueur de tuyau, du dénivelé et autres billevesées ne tenait plus.

Il fallut se rendre à l'évidence : tous nos tuyaux étaient solidaires, et l'eau là dedans s'amusait à nos dépens.

Nos vannes mignonettes ne vannaient que nous.

Bien. Mes aspirations à l'autonomie pouvaient se rhabiller. A Agorreta, la vie communautaire a ses pleins droits. Et n'a pas dit son dernier mot !

Et bien, puisque les éléments le demandent, encore une fois je me plie.

Un coquet divisionnaire suffira à éclaircir nos histoires d'eau, pour le moment.

J'ai passé une matinée, gâché une sieste et fatigué mes jarrets, c'est assez.

Je ne me lancerai sûrement pas à creuser, détricoter et séparer tous ces tuyaux joueurs. Qu'ils s'amusent en paix !

L'eau me viendra. Et le reste attendra.

Le chantier est à peine commencé. Je ne suis pas au bout...









vendredi 19 février 2021

12 au 19 février

 


Vendredi 12 février 2021  18h44


L'eau nous tombe encore sur la tête. Depuis ce début d'année, peu de jours nous sont venus ensoleillés. La terre gorgée s'ourle en ornières grasses où le pas glisse.

Je suis à peine sortie promener les chiens sur les flancs pelés de l'hiver. Une petite violette chiffonnée, souillée de boue, parlait envers et contre tout du printemps à venir.

Ce prochain dimanche à la ferme, nous allons œuvrer à réinstaller les hirondelles. C'est une préoccupation pour moi de les garder ici. Elles arriveront autour de la St Joseph, juste après le 20 mars. La première en éclaireuse sera forcément perturbée par les changements dans la vieille étable.  Mon idée est de lui proposer une position de repli agréable. Elle s'en retournera chercher les suivantes, et me les ramènera. Si tout va bien. 

Je me connais, si la première tourne les talons et ne me revient pas, j'en serai toute chamboulée. Cette augure funeste teintera de noir tous mes projets de l'année.

Pour éviter ça, autant que faire se peut, nous avons prévu de réutiliser la petite remorque d'Antxo. Ces vieux bois bien épais, cette ossature solide, arrimés au mur du fond, pourraient aller.

Il y a déjà dans ces parages deux nids lovés dans les tuyauteries. Deux nids restés stériles, pourtant.

L'hirondelle préfère les vieux bâtiments, et ne se rabat sur plus neuf que par défaut et dépit.

Je compte sur l'esprit de ce charpentier de marine, artisan soigneux et inspiré, pour me ramener les petits elfes ailés.

J'aiderai en ouvrant et fermant les portes idoines, proposant une issue ici et en refermant cette autre là bas.

Cela me fera un petit suspense de printemps.

Une de ces questions restées en suspens sur un devenir encore flou.

Le temps viendra, avec ses sanctions ou ses récompenses.

Espérer les secondes ne fera pas meilleur lit aux premières. 

Alors, dans le doute et la crainte, et quand bien-même, jusqu'à preuve du contraire, j'espère.


Dimanche 14 février 2021  19h20


Jour des amoureux. 

Pendant la promenade au grand soleil, nous avons croisé un petit couple de jouvenceaux timides, émerveillés de cet amour tout neuf sans doute déclaré pour l'occasion. Je les ai trouvés attendrissants.

Ca été le premier beau dimanche depuis longtemps, depuis le début d'année, peut-être, je ne sais pas.





Nous en avons largement profité.

Mon opération hirondelles a été mise en train.

Olivier donne son plein en ses occasions. Et mon regard sur lui s'énamoure. Vieille midinette pragmatique que je suis.











Nous verrons les effets. Nous sommes déjà contents de la mise en œuvre.






Au soir, j'ai contemplé alanguie les lueurs éclatantes du couchant. Je les aurai bientôt à disposition.

Un joli dimanche.


Mercredi 17 février 2021 7h50




L'aube moutonneuse a finalement levé une magnifique journée à la douceur estivale.

Tout le monde a ouvert largement portes et fenêtres. 

A la jardinerie, les clients se jettent sur leurs projets, avides d'air et d'extérieur.

J'ai récupéré 6 châtaigniers de Sare.

La première tonte de la saison embaume.

Nous sortons d'hivernage. Le paysage rincé exulte.


18h58

Notre nouvelle organisation des familles me laisse des plages de liberté inédites. Les retrouvailles autour de la table ronde sont mieux appréciées, de n'être plus systématiques. Je garde un rendez-vous fixe, le mercredi à midi, le reste fluctue au gré des circonstances et des disponibilités de chacun.

J'apprécie particulièrement les soirées, où aucun impératif ne vient hacher la fin de journée.

Je retrouve demain mes collègues. Une petite excitation de début de saison se propage à tous les étages. J'essaie de m'en préserver. Je ne suis plus dans le pool de tête, et ce relais passé me ménage. J'ai du mal à ne pas me laisser happer. Les fibrillations aiguisent une spontanéité toujours prête à avancer sur la scène. Et pas toujours bienvenue.

Jean-Michel en a fait l'expérience pas plus tard que mardi soir, au moment de la passation des châtaigniers, justement.

Une sortie surprenante, en réponse à un stimulus anodin, nous a figés dans une petite stupeur où les paroles lancées ne se rattrapent pas, main sur la bouche pourtant, mais trop tard.

L'échange partait pourtant gentiment, dans la douce soirée d'une journée salariée finissant précocement, avec ce couvre-feu à 18H. Au passage, la remontée jusqu'aux 19 sera difficile...

Un de ces moments où l'égo écarte brutalement la conscience, et déboule avec armes et bagages.

Notre Jean-Michel, usager pourtant des relations humaines et de leurs aléas, a été dépossédé de ses bonnes manières, dans une fulgurance de grossièreté saisissante.

J'ai pensé tout d'abord avoir mal entendu. Je n'ai jamais jusque là surpris Jean-Michel en flagrant délit de vulgarité. Et mon manquement auditif me joue trop souvent ce genre de tours. 

Je pris le parti de ne pas donner suite à ce que j'avais sûrement mal compris.

Me tournant sur le moment vers Vincent à tout autre propos, j'ai remarqué sur ce visage une expression médusée, et inquiète. Un de ces visages de qui s'attend à une suite désagréable, sur le point de subvenir, de nature à faire dans l'instant voler en éclats la paix de ce moment pourtant si doux la seconde d'avant.

Là, j'ai compris que j'avais bien entendu ce que je croyais avoir entendu, en pensant me tromper. En l'espérant, confusément, peut-être ?

Je reste bien évasive et un tantinet de précision rendrait mon récit bien plus clair.

Et bien, je n'ai pas envie, de le rendre plus clair, ce récit, bien sûre qu'à la relecture, je retrouverai ce dont il était question, tant l'incident m'a paru signifiant. Et tant son onde de choc m'a bousculée dans mes fondements.

J'ai sans doute mes défauts et mes failles, mais, je pense pouvoir le dire autant qu'on le peut de soi-même, je ne me dérobe pas à la difficulté, je l'affronte, du mieux que je le peux.

J'aurai pu hier au soir rétorquer vertement. Je ne suis pas en peine d'imagination, et j'aurais instantanément pu faire fuser à mon tour une insulte bien sentie.

Je ne l'ai pas fait. Je le disais il y a peu, une once de civilité a instillé dans mes veines.

Je me retournai vers Jean-Michel, et lui fit redire ce qu'il avait commis. Ebranlé lui-même de ces mots jaillis sans filtre, et de leur portée supposée, il s'excusa, se justifia, s'embrouilla. 

Son désarroi manifeste et la confusion de ses explications, amortit la brutalité de la chose. Je repris contenance, ramenai raisonnablement son propos à une sortie impromptue et malheureuse. Comme un pet impertinent expulsé au mauvais endroit et au mauvais moment.

On ne peut pas trop en vouloir à son auteur, même si on en est incommodé.

 A retardement, mon propre ego a évidemment fait des siennes : j'ai eu beau faire des pieds et des mains, il a réussi  à me donner une représentation négative de ce qui aurait du rester une anecdote sans conséquences.

Je l'ai bien reconnu là, cet égo inamical, et sournois.

Je revois Jean-Michel demain. Au mieux, nous réussirons par la plaisanterie à désamorcer le malaise, à expier la faute.

Sinon, nous mettrons une chape de plomb la dessus, dans l'intention d'oublier l'incident malheureux. Comme si j'étais du genre à oublier... moi, dont les rancunes palpitent pendant des décennies.

La nouveauté dans ma tournure se loge dans cette volonté à ne plus l'attiser, cette rancune ravageuse. Qui détruit plus sûrement celui qui la nourrit que celui qu'elle vise. (Je crois l'avoir déjà écrit, celle-là, par là). 

J'accepte maintenant plus facilement l'idée que les humiliations, trahisons, injustices et déceptions doivent être accueillies en creux dans les méandres obscurs où elles se tapissent dans nos propres cervelles. Et ne pas en rejaillir en explosions comme des grenades meurtrières. Un peu de sang-froid les fige suffisamment pour en contenir les ravages.

J'admets par expérience la difficulté d'un tel exercice, pour les gens un tant soit peu sanguins, dont je suis, mais m'y tiens cependant.

Je sais aussi par la même expérience combien le temps à venir éprouvera cette faculté bienvenue à ne pas regimber. 

Quand, le plus tard possible, une infirmière pressée, maladroite, ou brutale, si ce n'est les trois à la fois,  posera une couche souillée et suintante sur l'oreiller où elle va laisser retomber ma pauvre tête ballottante,  j'en serai moins révoltée, et ne piperai mot.

Ce sera tout aussi bien. Parce-que cette nuit là, je dormirai, ou pas, sur un oreiller sale et puant, mais, au moins, l'infirmière excédée ne m'aura pas étouffée avec.

Et, le lendemain, la séance toilette pourrait même en être plus douce, de cette allégeance prêtée en offrande à la déesse jeunesse...


Jeudi 18 février 2021 19h


La terre grasse est ourlée en labours sombres et profonds, dans le couchant du soir.

Je me souviens d'un soir de mars, plus de trente ans en arrière, quand, assise près de la fenêtre dans la cuisine de l'étage, je contemplai le soleil coulé dans les sillons hauts et clairs d'un printemps plus sec.

J'avais relaté alors ce moment, dans un de ces cahiers maintenant perdus pour moi. C'est dommage, j'aurais bien aimé en retrouver mieux la saveur dans les mots d'alors.

Là encore, j'essaie de ne plus en vouloir au malotru qui me les chaparda, mes précieux cahiers.

D'invoquer comme Christ en croix le Seigneur : pardonne-leur, Père, ils ne savent pas ce qu'ils font.

Je suis à peu près sûre qu'il savait ce qu'il faisait, ce bougre là. Même si de m'atteindre ne le soulagea pas tant qu'il l'aurait voulu, sans doute.

 Sûre aussi que mon souvenir de lui, entre oubli et pardon, s'en aplanira, et maintiendra dans les températures tièdes, les zones mémoires de mon cerveau à ménager.

Je l'ai écrit dernièrement, la civilisation le demande...


Vendredi 19 février 2021  11h13


J'ai préparé un bon repas pour mes deux convives favoris.

Quelques soufflées venteuses laissent la sensation d'une journée bien agréable, encore.

J'ai bien travaillé dans ma pépinière, hier, chavirée des couleurs et senteurs des floraisons printanières.

C'est aujourd'hui le jour, (expression très appréciée de ma défunte mère), de la coupe de printemps de ma vieillotte Lola.




Je me la couve, ma vieille chienne fidèle. Sa hargne apparente habille mal l'affection qu'elle donne. 

Je me l'aime bien quand-même, celle-là aussi...


17h



Une laitance de brume affadit le paysage.

J'ai ouvert grand la maison.

Ma Lola noire démone se découvre blanche colombe, là-dessous...


vendredi 12 février 2021

27 janvier au 12 février

 

Mercredi 27 janvier 2021 15h14


Je m'apprête à retourner faire mes valises en carton.

Une bonne sieste et un café fraternel en ce début d'après-midi, et je repars !

Je passe ici comme on entrouvre son placard préféré, là où on entrepose les gourmandises.

Un petit message en réponse à celui de mon pilier délicat m'en donne le prétexte.

Il pleut. Il fait doux, dehors. Ici, il ferait presque trop chaud; tant pis pour la dépense de bois, je tiens à garder mes intérieurs sains !

Après la prochaine palette, (ma carrière en magasin me conditionne totalement), j'irai jusqu'au cimetière. Les chiens gambilleront irrévérencieusement entre les tombes.

Bullou a retrouvé la pépite d'or dans ce bon regard où je plonge le mien. 



Jeudi 28 janvier 2021 19h


Olivier venu me voir me raconte son chantier du moment :








Il s'amuse comme un petit fou avec ces gros jouets.





Dimanche 31 janvier 2021  8h






Nous avons prévu d'attaquer le réaménagement de l'étable, ce dimanche.
Le chef de chantier jauge son ouvrage. Il y a du bois, des vieilles pierres, des conduites en cuivre, plomb, fonte. Un peu de tous les matériaux utilisés durant  le siècle dernier se retrouvent ici.







La remise à grains sert d'atelier de fortune.
L'équipement est prêt; au garde à vous.

Et go ! Top départ des festivités :









Antton et Beñat en prompt renfort sont arrivés au port.
Ca meule en gerbe d'étincelles. Ca tronçonne. Ca débite. Ca démonte et ça déboite.

C'est de la destruction pas trop massive. C'est pour la bonne cause. 
J'ai en tête mon étable en devenir.
La reconstruction s'annonce.






On va redémarrer.
Pas à zéro. Les enduits encrassés de toute la vie animale passée ici gardent la mémoire de ce temps où je me fonde et me base.
Et mon temps à venir renaîtra de là.

En attendant, je distribue des "biscottes neuves" (sic Antton) à Zaldi et aux deux génisses cousines.






Pour ne pas perdre la main.


Mercredi 3 février 2021 19h25

La future équipe chantier vient à peine de vider les lieux.
Je me fais rabrouer pour mes termes de profane non autorisée. Un ancrage en tire bouchon n'aurait rien à faire avec le même en queue de cochon...Bon. Une porte sur rail, d'après moi très explicite, ne désignerait sûrement pas une fermeture coulissante. D'accord. La sémantique professionnelle spécialisée a ses règles, et on ne s'y aventure pas sans montrer patte blanche. Je ne me formalise pas, je suis moi-même assez pointilleuse sur le bon usage des mots, pour admettre la même intransigeance chez mes interlocuteurs.

Tout se met en place gentiment, fluidement.
Autant il faut parfois désemberlificoter un écheveau hostile, autant, là, tout glisse comme sur du velours. Que cela nous dure !

Je continue mollement de préparer les dernières palettes. Je vais devoir m'arrêter : je ne vais quand même pas plonger la tête dans les cartons à chaque fois que j'aurai besoin de quelque chose, pour la seule satisfaction d'être prête à temps, trois mois trop tôt ! Ca me ressemblerait pourtant assez, ça...

Pour me détourner de cette tâche obsessionnelle, et contreproductive, je suis allée promener ma mini-meute à la montagne.
Le bois m'a paru laid de ses arbres morts, couchés, fracassés, en un vilain désordre. Les quelques plants graciles et fervents de lauriers d'Espagne, tirés vers la lumière en silhouettes élégantes, n'ont pas suffi à délayer toute cette tristesse grise.
J'ai quand-même trouvé du réconfort contre le tronc moussu d'un grand chêne ami. Txief s'est coulé contre moi, pendant que Bullou et Lola furetaient entre les grosses racines.
Ma petite Bulle a résolument retrouvé son allant. Le mal du pays le lui avait perdre, là bas, à Rivière. Nous y retournerons, en villégiature, et ma Bullou Bullette adorera fouiner le long des berges de l'Adour, sachant qu'elle rentre à Agorreta juste après.
Dès que les eaux me l'auront rendue, je retournerai dans la grande forêt. J'ai hâte. Il va me falloir attendre, là encore.
Et bien, puisqu'il faut attendre, attendons.
Et goûtons sans vergogne le bon repos, pour patienter sainement.


A Hossegor, Olivier continue de jouer avec les grosses machines :















De celles qu'on regarde autrement, quand on a suffisamment éprouvé dans les bras la peine qu'elles vous épargnent...







Vendredi 5 février 2021  18h23


Le couvre-feu ramène chacun chez soi.
J'ai la soirée pour moi, seule avec les chiens dans la ferme tranquille.
La fumée en volutes ondule sur le pré. Le poêle tourne rond. Cette semaine, l'odeur un peu acide des bois de l'ancien râtelier planait sous le plafond. Ce sera le tour ensuite des vieilles planches débitées et entassées dans le fond. 
J'ai fait à peu près le tour des dernières niches. Retrouvé avec nostalgie ces autres, confectionnées avec mon père. Ressenti à distance cette complicité pudique des gens taiseux qui font sentir, mais ne savent pas dire.
Moi, j'essaie de dire, d'écrire. Pas tout, ni partout. Ce que je crois devoir, et à qui bon me semble.

En ces périodes où on sait aujourd'hui ce que l'on devient le lendemain, autorisé, toléré, admis ou réprimé et interdit, cette liberté immense de déposer sa parole et ses mots ici plutôt que là, me griserait presque !


Lundi 8 février 202 18h59


Je me fais une petite séance avant le dîner.
La journée annoncée mauvaise a finalement été bien agréable. Nous avons même pris le soleil, face à la mer, ce soleil coulé entre les strates de la falaise, au dessus des flots émeraude dans la crique profonde. La muraille parfaitement bâtie, entre plaques de roches et couches de sédiments, frappée de l'eau forte à l'écume colérique, résiste à l'effondrement par pans de la terre plus molle.
Le relief se creuse en combes aux courbes profondes.

Nous avons pataugé dans la boue, mal chaussés pour une telle équipée, en touristes moyens.
Qu'importe ! La promenade fut vivifiante, et le panorama dépaysant.
Je découvre avec Olivier les parages côtiers, moi, citoyenne Hendayaise de près de 60 ans.
 
Avec lui, je découvre ma ville, plus largement les civilités, la civilisation, les règles de la vie communautaire. Toutes ces choses presque étrangères jusque là.
J'apprends  les bonnes manières. J'apprends à mieux faire, à ne pas tout dire.

J'apprends à museler une spontanéité pas toujours heureuse,  quand la mauvaise ironie y fait sa litière. J'ai ce penchant familial, racial ! peut-être ? à décocher des flèches imbibées de fiel, sous couvert d'une plaisanterie trop perfide.
Le trait me vient facilement, le bon mot me fait souvent marchepied.
La répartie ne me manque généralement pas. Même si, quand elle fait défaut, elle m'en manque encore davantage que si je ne l'avais pas si souvent trouvée à son poste.
J'ai remarqué combien une once de méchanceté colore vivement mes échanges. Et combien, cette once de méchanceté est coupablement appréciée par ceux-là qui n'en sont pas victimes, évidemment. Tant il est agréable de s'amuser aux dépens d'autrui, plutôt qu'à son bénéfice, dirait-on. Et tant il est plus amusant de mordiller, mordre, lacérer, que caresser dans le sens du poil. L'audience accélérée de certains de mes articles ne trompe pas : les coups d'aiguillons, bien plantés dans la chair sensible, lèvent manifestement plus l'intérêt des lecteurs que les dissertations  bucoliques ou simili-philosophales. Vilaine nature que la nature de l'homme...

J'essaie de prendre maintenant garde de filtrer ce fiel acide, au moins quand je m'entretiens avec des gens aimés. Ce n'est pas chez moi un mouvement naturel. J'ai l'usage facile d'une ironie mordante. Cette capacité sarcastique s'aiguise d'un usage assidu. J'y suis aguerrie. J'y suis addicte. M'en libérer sera difficile. Je le dois pourtant, si je ne veux pas détourner de moi ceux-là que mes égratignures finiront par blesser assez pour me les éloigner.
Je m'astreins maintenant à museler  ces remontées aigres. Je renvoie dans les cordes les remarques à l'épice trop forte. J'en regrette encore un peu la saveur pimentée et le pouvoir exutoire. J'en admets la portée douloureuse et les conséquences stériles, quand elles ne sont  pas carrément néfastes.

Cette ironie mordante et méchante m'a longtemps été jouet favori.
J'en ai trop tiré les ficelles, et elles me restent dans les mains, molles et pendantes.
J'apprends la civilisation. J'apprends à refouler les instincts d'un naturel sauvage qui la contrarie.
Je me demande si, de ne plus trop servir, mes penchants agressifs ne vont pas s'émousser, et se laisser oublier.
Et alors, je deviendrai une petite vieille gentille, fadasse, mais gentille...
Peut-être, un jour, plus tard, bien plus tard ?


Mercredi 10 février 2021 15h25

J'ai rendez-vous avec mon pilier délicat, pour un petit goûter entre amies.
Je suis prête à l'avance. Une petite demi-heure me tend le clavier.
Je relis le dernier paragraphe. Je retrouve bien ici ce foutoir où le raisonnement se perd, et le bon sens abandonne.

J'avais pendant mes études rédigé un texte d'après moi très réussi. Il me semble que le sujet en était le voyage. J'en avais fait un tel salmigondis que ç'aurait pu être n'importe quoi, aussi bien la soupe aux choux. 
Je m'y ébattais gentiment, entre métaphores obscures et paraboles improbables. Pendant que j'écrivais, pendant que je dévidais une litanie de mots agréables, j'étais plus ou moins guidée par une idée plus ou moins confuse. Plutôt plus que moins. Un semblant de lueur me suffisait à décréter que l'ensemble se tenait, et tenait au sujet.
J'écopais d'une note déplorable : mon texte si réussi avait été jugé complètement hors sujet.
A l'époque, j'étais encore plus imbue de ma science que je ne le suis aujourd'hui. C'est dire !
J'estimais que le pauvre correcteur, limité dans son entendement et sans doute étriqué dans une perception borgne, n'était pas à la hauteur de la qualité de mon œuvre, dont la subtile spiritualité l'avait égaré.
Je lui pardonnais, magnanime, un peu vexée tout de même de l'ingratitude de ce pourceau à qui j'avais tendu des perles.


Je n'ai pas gardé texte : le jugement défavorable m'avait sans doute un peu égratignée.

Maintenant, je suis toute aussi difficile à suivre, y compris par moi-même.
Je revendique cette incohérence. Je m'en suis fait une amie. Par force, sinon à me méjuger !
Je suis tout de même suffisamment coutumière de moi-même pour remonter la filière de mes pensées brouillonnes. Pour en approcher les sinuosités, pour le moins.
Pour les autres, je leur souhaite bien du courage. La plupart se détache dès les premières phrases parcourues, perdue et lassée dès alors. Pour les persévérants émérites, il arrive parfois qu'ils voient dans mes logorrhées insipides ce que je ne pensais même pas y avoir mis. Ils m'apprennent le chemin de moi-même... Ou alors se fraient le leur dans mes pas. Comme quoi, mes divagations peuvent faire œuvre utile.

Quand, partant d'une promenade bucolique dans les rues pentues de la vieille ville, sur les hauts ventés de la falaise oblique, je bifurque ni une ni deux sur des considérations bien étranges, il y a une cause à l'effet. 
Raison serait présomptueux. Restons-en à cause. Ca paraît moins cartésien. 
La cause se détermine mal. Elle s'entraperçoit. Enfin, je, l'entraperçois. Elle se faufile en ombre sur l'arrière de la scène éclairée. La raison, elle, enchaîne des bifurcations implacables, où mes égarements souffriraient de la contention trop étroite.

En arrière-plan de cette scène romantique, filtré d'un niveau de conscience mal enterré, il y a le dessous des choses. Ce dessous que j'essaie de laisser dessous. Pour ne pas en remuer la vase.
Parce-que je crois maintenant que c'est mieux. Après avoir cru longtemps que c'était beaucoup de fatigue pour un résultat piètre, puisque le dessous remonte tôt ou tard en surface.
La déviation dans ma trajectoire de pensée se love dans ce "tôt ou tard", plus précisément dans ce "tard", qui peut être suffisamment tard pour qu'on l'oublie dans ce futur incertain.
La plage temporelle jusque là peut donner l'illusion d'être plane et blanche comme la grève d'une journée sans vent. Et cette illusion d'une tranquillité définitive peut faire la vie douce.
Alors, pourquoi s'en priver ?
Est-on bien plus avancé d'une lucidité cruelle où le terme forcément fatal empoisonne tout ce qui avant lui pourrait paraître agréable ?
S'empêcher de vivre, bienheureux, puisque vivre finit malheureusement un jour ? Au mieux, sans trop de douleur, mais, le plus souvent, dans des affres terribles ?

Voici le genre d'enchaînement enjoué où mon esprit malade s'enlise, patine et cale.
Pour m'en sortir, j'ai maintenant la molécule et son rempart.
La molécule et son effet tampon, la molécule et son voilage atténuateur posé devant un paysage de cendres.
Il manque dans mon cerveau ce feu rouge où le tombeau ouvert stoppe net sa course.
L'ami lacté lance la herse devant. A quelques pneus crevés près, ça marche quand-même.

Latitude suffisante m'est laissée de libérer au petit trot les petits chevaux dans ma tête. Cette aire plus étroite, je m'y trouve assez bien.  Trop d'espace me perdrait, je le sais.

Parler comme je pense, sans filtre ni tri, je continue de le faire. Parce-que réfléchir à ce que l'on va dire, écrire, ça demande une certaine énergie. Et ça floute l'émotion à délivrer.
Je ne le fais plus à tours de bras. J'ai remarqué que les émotions ne sont pas toujours bonnes conseillères. La spontanéité, la sincérité, l'authenticité, c'est bien joli, et j'y suis attachée, on le sait. Ca fait aussi quelques ravages. Je l'ai compris.

Là encore, il faut avoir été dans ma tête pour comprendre.
Et bien, j'écris pour moi, aussi.


Vendredi 12 février 2021 10h32

La visite annoncée d'un ou autre artisan me retient à la ferme.
Un soleil blanc se couche sur le clavier. La chape nuageuse s'allège sur la mer. 
J'irai cette après-midi prendre l'air.
Pour le moment, je suis bien, ici. Lola craque ses croquettes. Txief sommeille. Bullou soupire de bien-être.
Je vais boucler ce long article avant ma pause de la matinée.

Ma visite à mon pilier délicat s'est alourdie de son Béni des Dieux. Long, large, lent. L'homme est féru d'économie, et ses considérations sur la crise à venir m'ont passablement ennuyée.
Le décalage entre nos mondes m'a laissée sur le bord.

Je ne me suis pas sentie à mon avantage, perdue entre les théories économico-politiques, et les références culturelles élitiques de mon pilier délicat, totalement hors de mon périmètre.
Par vexation et pour ne pas perdre complètement la face, histoire de ne pas paraître tout à fait stupide, j'ai dardé une ou autre petite flèche mi-figue mi-raisin, plantée droit là où ça chiffonne.
Le grand Béni a juste souri, relevé gentiment une finesse d'esprit qui n'y était sûrement pas, écarté ma mesquinerie d'un revers de sa grande main manucurée.
En voilà un dont les rouages sont parfaitement huilés, aussi fluides et lisses que son crâne nu.
Té, voilà encore une de ces méchancetés que je ne peux pas endiguer.
Allez, je vais m'atteler à cette tâche, m'y faire la main en petit comité.

Pour le reste, je vois venir les possibles en confiance.
Et m'apprête sagement à me laisser surprendre.




dimanche 24 janvier 2021

15 au 24 janvier

 


Vendredi 15 janvier 2021  17h40


L'eau a bien voulu me rendre la forêt. Enfin...

Elle emporté les couleurs avec elle. Seule, la mousse sombre verdit en pied des troncs calleux. 

Tout le reste est gris de boue et de feuilles molles mêlées.


















J'ai longuement marché sous les arbres, avec mes trois chiens. Eux aussi étaient heureux de retrouver leurs futaies odorantes. Et moi, plus encore de les regarder trottiner de l'une à l'autre, tous les trois.


Ma Bullou était tracassée, ce matin. Hier soir, en rentrant de la jardinerie, je l'ai trouvée amaigrie. Je ne l'avais pas vue depuis mardi matin, puisque le mercredi, je suis à la ferme, sans les chiens restés à Rivière. Cette subite perte de poids m'a fortement inquiétée. 

On m'a rapportée la triste histoire de ce si sympathique maçon, dont plusieurs chiens ont succombé à une contamination foudroyante. Ces temps-ci, les viroses palpitent dans l'air comme des menaces sourdes.

Ma Bullou est naturellement enjouée. Quand je la retrouve à Rivière le jeudi soir, après une absence de 2 jours, elle se jette sur moi, avec ses deux compères, en une bousculade joyeuse.

Là, elle s'est à peine laissée glisser du canapé, frétillant mollement de son petit moignon serré bas sur les cuisses. Quelque chose n'allait pas.

Olivier n'a rien remarqué de particulier. 

Quand on a une bête et qu'on y tient, on y est attentif. On sent vite, au changement de comportement ou d'attitude, l'anomalie en son départ.

Mes chiens sont à Rivière en invités collatéraux. Le maître des céans n'est pas le leur. Il s'en occupe, par procuration. Son intérêt pour eux est raisonnable. Quand le mien pêche par excès, je l'admets.

Toujours est-il que ma Bullou m'inquiétait.

Depuis ce matin, profitant de mon jour de congé, je l'observe, entre deux tâches.

Je lui assure un soutien psychologique sans faille, multipliant caresses et psalmodies amicales.

Je lui ai présenté de la viande hachée. Elle l'a dévorée, comme une affamée. Cet appétit m'a rassurée. Ma chienne n'allait pas si mal. Pour autant, elle déglutissait avec difficulté, tirant loin la langue. Il y avait donc une entrave mécanique dans les parages.

A l'examen poussé, j'ai décelé entre les crocs jaunis de ma chienne vieillissante, quelques brins couleur prune. Dans le fond, même, aggloméré en une petite masse dure, un cocon de ces mêmes brins de laine. Il ne fallait pas aller chercher bien loin : à nos pieds, le tapis du salon plaidait coupable. 

Ma Bullou est une petite terrière. En intérieur, elle se souvient du dehors, en griffant consciencieusement le tapis. Elle racle avec application, tournant autour de son point de travail, pour l'examiner sous tous les angles.

Le pauvre tapis ainsi labouré se boursoufle de bourres laineuses légères et volatiles. On en retrouve disséminées dans toute la maison.

Je la vois faire souvent : après avoir débourré le tapis, elle s'allonge sur le canapé, et se lèche les coussinets échauffés. Longuement.

J'imagine qu'elle ingurgite alors tous ces brins. Qu'elle n'assimile pas. Qui gênent le trafic, et engorgent ma petite. 

Le souvenir de ma Bigoudi me vient, quand, pour elle, on évoquait une avanie similaire. Une petite peine me mord encore. Et un sale goût en bouche, quand je regarde ma Bullou, qui elle aussi laissera sans doute un jour sa vie filer entre mes doigts. 

En attendant, elle n'en est pas là. Je lui administre de la paraffine, pour fluidifier le transit de ces fibres mauvaises. Je vais surveiller tout ça. Sans autres suites, je l'espère.

Ravigotée par une bonne portion de viande, rassérénée par ma présence, ma Bullou se porte déjà mieux.

Je l'ai regardée pendant la promenade : penaude au début, elle a vite retrouvé son allant. 

Tout ça est en bonne voie, je le crois.

Mes chiens à Rivière perturbent l'ordre local.

Ici, jusqu'à eux, quelques gros matous régnaient en maîtres. Ils se battaient entre eux, périodiquement. 

Maintenant, à chacune de nos arrivées depuis Hendaye, si nous n'y prenons pas garde, mes trois chiens tracent comme des fusées, à peine sortis de la voiture. Ils en jaillissent, se précipitent en hurlant aux trousses des chats embusqués derrière les haies. Nos cris de rappel n'y font rien. Le tapage fait voler en éclat le calme et le silence du lotissement bien tranquille jusque là.

Il se passe un bon moment avant que nous rameutions notre troupe désobéissante, haletante et furieuse encore après les chats déguerpis en feulant. 

La dernière fois, les choses se sont mal passées pour mes chiens. Bullou est revenue égratignée. Et Lola se remet à peine de deux longues estafilades qui lui pèlent le dos.

La contrée est hostile.

Nous avons pris le pli, quand nous arrivons en voiture,  d'attraper Lola et de la rentrer dans le jardin en la prenant sous le coude. Les deux autres, seuls, ne s'aventurent pas à la chasse.

Ainsi, le quartier retrouve son calme, ma Lola ses poils, et Bullou, son tapis néfaste.


Txief est celui qui s'en tire le mieux. Il excite tout le monde de son aboiement suraigu, et reste en arrière, loin du front de bataille. Le petit couard...



Ce soir, après la longue promenade, après le salut au vénérable, tout le monde repose.

Les chiens, leurs entailles et leurs entrailles, les chats, les voisins et leurs bagarres.

La guerre est ajournée : les combattants sont fatigués, et pansent leurs blessures.

Entre oubli et pardon, la brèche est étroite où faufiler une éclaircie sereine.


Lundi 18 janvier 2021 18h33


Au soir d'une magnifique journée sortie des brumes, je contemple, derrière le carreau, le ramage conique des chênes rouges ciselés dans le crépuscule rose. La lumière baisse, je ne verrai bientôt plus le dehors.

Nous sommes rentrés d'Hendaye ce matin. 

Je préfère ça à une journée tronquée par un départ en plein après-midi. 

Le couvre-feu à 18 heures s'impose à nous. Il colle encore à mes rythmes de vie, calqués sur la lumière du jour. La jardinerie ferme une heure plus tôt. En écervelée irresponsable et courte-vue, j'apprécie. Et je ne suis pas la seule, allez... 

La chape d'autorité arbitraire qui gouverne maintenant nos jours m'exonère : je fais ce qu'on me dit. Si j'en tire profit, tant mieux pour moi. Honteusement, in-citoyenne-ment, je ne me préoccupe pas des répercussions financières de toutes ces mesures sanitaires et conservatoires. 

Honte à moi ! Je ne réfléchis pas, j'applique. Je trouve que c'est tout aussi bien, quand je vois les "délibérateurs" protester, et rajouter du désordre à la chienlit.

Je n'ai jamais aspiré, et j'aspire maintenant moins que jamais, à la place de décideur, en ces circonstances mouvantes.

Je laisse les gouvernants gouverner. Je laisse les râleurs râler. Je n'ai pas de solution, pas de meilleure idée. Je suis, comme je le peux. Et je me prépare, comme tout un chacun, sans doute, à payer les pots cassés. Et Dieu sait que l'addition s'annonce lourde !


Pour en revenir à mon insignifiant périmètre, l'affaire de cette fin de semaine, ça a été ma Bullou :



Ma petite chocolate m'a fait souci : vendredi, je la voyais mieux, samedi, ça n'était plus ça.

Olivier ramène la mini-meute à Hendaye le samedi. Il s'arrête à la jardinerie pour me prendre au passage. Samedi dernier, notre covoiturage a été contrarié par ce fameux couvre-feu : lui devait être rentré à 18 h. Moi, je quittais la jardinerie à cette même heure. 

Nonobstant, il s'est quand-même arrêté à Bayonne. A l'arrière de sa voiture, les trois chiens. Nous les avons libérés sur le parking, pour qu'ils se dérouillent les pattes à l'étape. Mes collègues ont ainsi pu admirer mes spécimens canins. 

Les trois lascars commençaient à naviguer un peu large. Nous avons du donner de la voix pour les réintégrer dans la voiture.

Ma Bullou a suivi le mouvement, mollement. Remontée dans le coffre, elle s'est aussitôt couchée, se léchant cette patte que j'avais soigneusement examinée la veille, sans rien y trouver.

Je la voyais tristotte. Dans son comportement, dans son allure, ma petite chienne manifestait son malaise.

J'étais désolée, inquiète.

Dans sa petite jeunesse, Bullou a eu un accident sérieux. Elle devait avoir dans les 6 mois. Je venais de la faire stériliser. Par un joli soir de début d'été, je crois, ma jolie chienne est passée sous les roues d'une voiture, dans la cour, devant moi. Je l'ai récupérée, sanguinolente et douloureuse. Je l'ai immédiatement menée chez Champion, notre vétérinaire. Il me semble que c'est Bégonia qui s'était occupée d'elle. 

Son bassin avait été fracturé en plusieurs endroits, mais aucune viscère maîtresse n'était endommagée. La petite s'en sortirait. Il fallait lui prévoir plusieurs semaines d'encagement, pour que les os se ressoudent.

Nous étions allés avec Olivier la récupérer, le samedi soir suivant l'accident.

La vétérinaire l'avait déposée sur la table d'examen.

- Elle ne se lève pas encore, nous dit-elle en s'avançant vers nous pour nous saluer. (En ce temps lointain, on se serrait la main, ce vieux geste étrange dont on ne se souvient plus bien).

Bullou, derrière elle, se releva, chancelante et souffrante, son œil noisette allumé d'une étincelle joyeuse.

Je me précipitai pour la prendre dans mes bras, ma petite convalescente. Elle se tortilla de plaisir, couina aussitôt de douleur. Je la pris contre moi précautionneusement, tâchant de la tenir sans lui faire mal. Je me la calai, elle reposa tout son poids contre moi, chaude et gémissante encore.

Nous la ramenâmes, Olivier nous couvant toutes les deux comme un jeune père sa nouvelle famille.

Bullou se remit. 

Elle garde de cet épisode un petit déhanché à la Marylin Monroe, chaloupant du bassin en une ligne de fuite oblique.

Je garde du même épisode une attention accrue à ma petite que j'ai crue un moment perdue.

Samedi soir, je la couvais, alarmée.

Olivier ne la trouvait pas spécialement mal. Je ne la trouvais pas spécialement mieux.

Je lui administrai une autre dose de paraffine liquide. Depuis Bigoudi, l'année dernière, j'en ai 6 litres en réserve !

Dans le courant de la nuit, je me levai plusieurs fois, pour vérifier l'état de ma chienne.

Elle était là; là et là.

Au petit matin, je décidai de la mener chez le vétérinaire, dès le lendemain, aujourd'hui.

Au jour levé, je fis sortir les chiens. Bullou traînait un peu la patte, mais, exhortée, elle passa dans la cour, puis dans le pré.

Je la vis couper des brins d'herbe haute. Elle les mâcha consciencieusement.

Ah, me dis-je, il y a là quelque chose en préparation. 

Avec Olivier, nos fines observations depuis le vendredi, nous avaient menés à diagnostiquer une panne digestive. Un de ces blocages intestinaux fort désagréables impactait probablement ma Bullou. L'ingestion de toutes ces fibres de tissu, quelques journées sédentaires, un coup de blues, peut-être ? 

Bullou en sa viscère était à l'arrêt. Ma paraffine pouvait y remédier, en première intention. Il fallait surveiller, attentivement. Repérer l'éventuelle délivrance, et en examiner la substance.

Dimanche matin,  Olivier et moi-même, dans la rosée froide, nous suivîmes de loin Bullou.

Elle fit quelques pas précautionneux, levant haut les pattes, elle d'habitude intrépide.

Tourna, huma, hésita, s'arc-bouta.

Se délivra.

AAAhhh, nous étions soulagés et heureux comme devant un exploit. Emus. Idiots.

Depuis, ma Bullou semble aller mieux.

En bons maîtres, nous surveillons, évidemment.

La Bullou a minci. Ca ne lui va pas mal.

C'est une petite chienne rustique et solide. Un début d'embonpoint la faisait rustaude.

Sa nouvelle silhouette lui va à ravir. 

Il ne lui manque plus que de retrouver le pétillant de ses prunelles dorées.


Mercredi 20 janvier 2021 


8h15





Une féerie à contempler, des lumières fantastiques et une sensation de vertigineux bien-être.


19h35

Le vent du sud souffle fort, dehors;

Ce matin, sur les coups de 7h25, une explosion a alarmé la contrée. Je pensais être en fin de rêve, douillettement lovée dans mon lit, à cette heure pourtant avancée. Grande fainéante !

Maïlis m'a appelée, me demandant si tout allait bien. Me parlant de cette détonation, accompagnée pour ce qu'elle en avait vu d'un éclair de lumière. Je l'ai rassurée, puis, j'ai fait le tour de la ferme, sans rien remarquer de particulier.

A l'heure où j'écris ces lignes, je ne sais toujours pas de quoi il en retournait. Sans doute, l'un ou l'autre de mes informateurs me rapportera-t-il quelque chose à ma prochaine visite.

Pas plus tard que vendredi.

Je ramène en effet vendredi ma mini-meute à la ferme.

Renseignements pris auprès des spécialistes vétérinaires de la jardinerie, j'apprends que ma Bullou est en grande détresse psychologique. Sa manie de se lécher la patte, c'est le début d'un comportement névrotique. Si je ne fais rien, elle finira par se mordiller les coussinets jusqu'au sang.

J'ai tâché de retrouver le moment où ma Bullette a commencé à se lécher les pattes de cette façon compulsive. Je me suis souvenue d'un retour de la jardinerie, le samedi soir, où j'avais remarqué cette attitude : la chienne se léchait la patte avec frénésie, relevait la tête, haletait, tirant loin la langue. Ca date donc des semaines où je rentrais à Hendaye le vendredi. Soit fin novembre, un mois après notre arrivée à Rivière.

Enquête menée sur les éventuels traumatismes pouvant être la cause de ce comportement autodestructeur, j'ai récapitulé :

- la mort de son vieux maître en mai.

Trop loin des manifestations de stress, apparues 6 mois après.

- le déménagement dans les Landes.

Là, ça pourrait très bien coller. Pourtant, Bullou est avec son frère et sa vieille tante, et semble se plaire à Rivière. Elle adore nos promenades en forêt.

 - les journées sans voir ses maîtres.

Il nous arrive de travailler.

-  les journées en intérieur.

Avec le froid, mes chiens préfèrent rester dedans. Quand nous ne rentrons qu'au soir, ça fait long, sans sortir. En plus, avec ces gros chats maintenant victorieux dans les bagarres, ils ne seraient pas en sécurité, dans le jardin, sans nous.

Le tour du pâté de maison, dans la nuit, leur plaît beaucoup. Mais ce n'est peut-être pas assez.

Ici, à la ferme, mes portes sont équipées de chatières. Les chiens vont et viennent, comme bon leur semble. Ils descendent dans le pré, trottinent dans la cour, vont jusqu'au remblai. Ils croisent l'un ou l'autre de mes frères.

Même quand je suis à la jardinerie, ils ont une vie sociale divertie.

Conclusion de tous ces indices croisés en pistes convergentes : ma Bullou s'ennuie, et déprime.

Plan d'action : 

dans un tout premier temps :

- pulvérisation de spray désinfectant sur les pattes pour empêcher qu'elle se les lèche.

- rapatriement sanitaire à la ferme, dès ce vendredi.

Bullou retrouvera son environnement. Supportera-t-elle mieux une solitude plus légère ?

Je la laisse là samedi, pour aller travailler. 

Pendant quelques jours, je vais tester ses réactions.

J'espère ne pas la déstabiliser plus encore qu'elle ne l'est.

J'espère retrouver dans ses yeux maintenant tristounets la faim de vivre de ma petite chienne enjouée.

Txief et Lola vont bien.

Enfin, Txief, lui, névrosé, il l'a toujours été. 

Tels maîtres, tels chiens ?

Les jours prochains nous feront sentence.


Vendredi 22 janvier 2021 20h35


Le vent souffle encore. 

Je suis à la ferme. Le poêle tourne rond. Il fait tout à fait bon.

J'ai donc ramené mes chiens. Ils sont réinstallés, contents.

J'ai vaqué dans la journée entre les étages. Je prépare mon prochain transfert.

Dans l'après-midi, j'ai pris le temps après la sieste, d'une promenade dans les champs.

Le petit bois de l'anglais-espagnol ne peut pas entrer en concurrence avec la forêt Riviéroise. 

On ne peut pas tout avoir. Je retrouverai ma forêt périodiquement. Et j'y emmènerai les chiens.

Ici, les visites se sont succédées. Je dois refaire ma réserve de café. 

J'aime cette atmosphère. Une petite effervescence me gagne. Je dois prendre garde de ne pas la laisser exciter trop fébrilement mon pauvre cervelet vite débordé.

J'ai travaillé gentiment jusqu'au soir. Intercalé les pauses conviviales, la promenade au grand air, la douche de Lola, dans tout ça. 

Je segmente différemment mes journées. Ca me donne un sentiment de grande liberté.

Cette station écriture est une gourmandise. Je la savoure.

Je vais bientôt appeler Olivier resté dans ses Landes. Faire une grille de Sudoku, (mon quota quotidien), lire, m'endormir. Et faire de beaux rêves.


Dimanche 24 janvier 2021  19h


Le couvre-feu ramène le monde en intérieur.

En rentrant par la barthe, nous avons vu des milliers de palombes tourner en ellipses gracieuses au dessus de la forêt. Elles se posaient sur les cimes, ponctuant la masse sombre de leurs silhouettes légères.

L'eau est de nouveau montée. La promenade reste possible, boueuse, mais possible. Au prix d'un pied mouillé, j'ai pu marcher le long de l'onde, sous le couvert des arbres nus. Les chevaux sont revenus.

A Hendaye, les chiens retrouvent leur vie d'avant ici.

Je continue de faire mes petits ballots. Je conditionne tout ça sur palettes, filmées, impeccables.

J'ai hâte de nous voir installés, les uns et les autres.

Il faudra plusieurs mois. Et mes impatiences s'y assagiront, peut-être... ou pas !

Je regarde Bullou et la malice revenue dans ses prunelles. J'y crois.