vendredi 2 août 2019

02 Août



Vendredi 2 Août 2019 9h30



L'ambiance est toujours agréablement fraîche pour un début d'Août.

Je suis ici désagréablement obsédée par une petite fuite au robinet de la douche. Le floc de la goutte tombée dans le fond de bol me torture. Mon Ange gardien local a migré vers des horizons nordiques, pour quelques jours. Il a fait l'inverse de mes hirondelles.
Je dois me résoudre à attendre son retour.


Pour ne pas céder au tourment de cette goutte d'eau, je dois m'en distraire.
Quoi de mieux que l'eau pour se guérir de l'eau ?


Cousinou dans sa grande mansuétude m'en donne l'occasion.
Mes histoires d'hirondelles, bucoliques et mignonettes, c'est bien joli.
C'est du violon harmonique et douceâtre.
Là, j'ai besoin pour défouler mes nerfs en vrille d'autre chose. De cymbales qui claquent et qui tonnent.

En parlant de tonner, il y a eu un bel orage, hier matin : des éclairs longs et fulgurants dans un ciel chargé de plomb, des grondements et des éclats de tonnerre terribles.
Un de ces abats d'eau d'Août qui cingle et emporte, ravine et inonde.


Mes deux anges Gabriel pas gardiens,  aux G migrants, en savent quelque chose. 
L'un pour l'avoir expérimenté, l'autre de  le craindre suffisamment pour vouloir le "prévenir, plutôt que guérir". 
A ce compte là, autant se couper la jambe tout de suite, des fois qu'elle choperait la gangrène…
Et puis, pour une meilleure sécurité, l'autre aussi, et les bras, et la tête, alouette !


Mon "bloc" investit ici sa fonction la moins reluisante, j'en conviens, celle des règlements de comptes. Ce n'est peut-être pas joli-joli, mais bon, qui a dit que j'étais un ange, moi ?
Ce volet de mes chroniques est d'ailleurs celui qui remplit le mieux la salle, localement, j'en suis bien certaine.
Et bien, ma foi, puisque moi je suis addicte à l'écriture, puisqu'il semblerait que d'autres le soient à la lecture, montons tous dans le même bateau, et vogue la galère au dessus des flots déchaînés !

L'objet de la polémique, cette fois, c'est ce petit béton rondelet, joliment ourlé au pied du pilier de la clôture en limite avec le Cousinou.
Les images sont de ce matin, après l'averse drue d'hier :








Vue rapprochée en gros plan




Vue d'ensemble




Ce béton, souvenons-nous, coulé à profusion par des professionnels du câble enterré, qui devait passer par ici, et était finalement passé par là, par chez moi.












Ce béton nous préserve de la boue gluante, en principe. Nous pouvons maintenant faire le tour complet de la ferme, en pantoufles : que du bonheur !

Ce béton de la discorde, comme le remarque si justement le sagace Cousinou, ne se livre pas par mètres cubes, "gratis".
Non, en règle générale, le béton, les toupies de béton, ça se paye, et assez cher.
Ce projet dans l'air du temps depuis longtemps d'aménager un accès dans le champ, et de bétonner cette sortie d'étable, attendait justement le déblocage d'une ligne de budget.

Là, grâce, et je dois ici l'en remercier, à cette tête de pioche de Cousinou, qui avait refusé le passage "chez lui !" de ce câble, au prétexte d'un document non signé bien en amont, je ne sais quoi, je ne sais qu'est-ce, j'ai pu profiter des largesses d'un directeur d'agence de BTP suffisamment énervé par ce refus, et pris par le temps, pour me dédommager largement de lui avoir permis de mener son projet à terme, malgré ce fâcheux aléa. Il m'a offert son béton et ses hommes. Alléluia !!

Il est comme ça, le Cousinou. Il peut dire oui, et pas oui-oui. Ca fait non, comme dans certaine règle arithmétique dont je serais bien incapable de me souvenir.

Tout ce petit historique pour en revenir à l'affaire d'eau du jour.

Le jeudi 18 juillet au matin, Cousinou s'en vint à la ferme.
Venait-il prendre des nouvelles de son vieil oncle de 91 ans ? Le saluer et le féliciter de sa bonne forme retrouvée ?
Que nenni !
Non, non, non !!
Non, il venait le houspiller, sans tambour ni trompettes, en bottes hautes et verbe à l'avenant :
nous devions faire quelque chose avec ce béton, il déviait l'eau de "main d'homme", et cette eau allait dans son champ.
Bien.
Si nous ne faisions rien, il ferait venir un huissier, nous assignerait au tribunal, et nous perdrions…
Re-bien.
Il s'en retourna comme il était venu.

Le dimanche 21 au petit matin, je m'en vais le trouver dans le pré où il fauchait son maigre regain.
Il consentit à interrompre son ouvrage, et descendit même très urbainement de son tracteur.

Voisine arrangeante et cousine soucieuse de la bonne entente familiale, je lui proposai de faire les quelques mètres qui nous séparaient du lieu de l'outrage, pour voir ensemble le meilleur moyen d'y remédier.
Non, non, non, me dit-il, (là, ça devait bien faire non), pas besoin d'aller examiner de près, ça se voyait, "à vue d'œil". Après le "main d'homme" qui semblait lui avoir beaucoup plu, nous en étions à "vue d'œil". Je me demandais si ça n'était pas une manière de jeu, où il fallait remonter toutes les parties de l'anatomie humaine. Je me préparais avec tête de cochon, ou, alors, de mule, et, pourquoi pas, bonnet d'âne ? ha non, bonnet d'âne, ça n'aurait pas fait l'affaire, c'est vrai.

C'est trop tard, maintenant ! continua-t-il. Je fais intervenir l'assurance, quelqu'un va venir. Je ne veux pas d'eau dans mon champ, ni de gravier non plus !

Nous en étions à un jour ouvrable après sa sommation menaçante. Nous étions à l'avant-veille de cette journée caniculaire record, où les 40° Celsius auraient asséché toute velléité torrentielle. Se prémunir  en urgence absolue contre un risque d'inondation à Agorreta me semblait cocasse. Enfin !
Après l'huissier et la cour de justice, nous en revenions à la plus modeste assurance. D'accord.
Je le laissai là sur ces entrefaites, et m'en retournai, attendre, ce "quelqu'un", qui devait venir, en ombre noire planant sur mes jours quiets.

Lui garantir qu'il n'aurait pas d'eau dans son champ, je n'étais pas sûre de pouvoir le faire, ni qu'aucun assureur le puisse davantage. Là, il fallait monter plus haut, et demander carrément au Bon Dieu et à tous ses saints de nous prêter main forte. (Tiens, en voilà une autre, de main).

Au passage, l'étymologie basque de "Legorburu", notre patronyme commun, ramène à une gravière, c'est à dire une carrière de gravier.
Le caillou, le gravier, la tête de pierre, et de pioche, ça devrait nous connaître.

Des cailloux, d'ailleurs, il y en a, dans le coin, dans ce même champ, tiens :





Ils font d'ailleurs controverse, ceux-là aussi. Dans l'autre sens : Cousinou tient à les garder, ceux-là…

Quand je lui fis remarquer que ce chemin, non, chemin, il n'aime pas, cet accès, donc, était aussi fait de "main d'homme', et que, visiblement, il déviait aussi l'eau,  et en ma défaveur, Cousinou argua que l'ouvrage avait été réalisé par son père, le mien, et leur père, soit notre grand-père.

- Alors, va chercher Aïtatxi, lui dis-je. A six pieds sous terre.

Il ne releva pas.

Mercredi en fin de matinée, en effet, "quelqu'un", vint.
Un médiateur d'assurance, très aimable, poli et propre sur lui.
Accompagné de mon grand Cousinou, dont le salut fut plutôt bref, mais, bon…
 Nous nous penchâmes tous les trois sur l'objet du délit.
Une ou autre herbe aplatie, de la terre, deux petites pierres.
Sur le gazon ras du Golf de Fontarrabie, et encore, ça aurait pu faire désordre, c'est vrai.









Là, en pied de cette clôture branlante, perdus dans le fatras de ces chardons croisés de rutabagas sauvages,  dans cette zone laissée à l'abandon, une ou autre herbe un peu aplatie, de la terre, et deux petites pierres…
L'expert allongea une lippe dubitative.
Cousinou en tenait pour un outrage à venir.
Je promis de prendre toutes les mesures conservatoires dans mes possibilités, pour préserver de l'inondation ou d'une avalanche de pierres, cette contrée si protégée.
Au vu de la configuration du terrain, mes meilleures intentions resteraient sans trop d'effet. Mais bon.

Le médiateur bien urbain agréa ma proposition, et s'en fut sur le chemin.
Il m'avertit d'un prochain courrier récapitulant notre entrevue. Me demanda de lui répondre dans le même sens.
A moi, me demander d'écrire !
Je lui promis, encore une fois.
La chronique d'aujourd'hui sera mon brouillon.
J'espère que cet homme venu tout exprès depuis Pau, au prix de primes d'assurance toujours augmentées, trouvera ma prose à son goût, lui.
Pour les autres, qu'ils se souviennent, combien ils l'appréciaient, eux aussi, avant, quand c'était pour défendre leurs causes.
Comme le disait ma regrettée mère : il était bienn bonn, avannt !

Je sens bien le petit vélo emballé dans ma tête.
C'est sûr, pour d'autres, avec leurs trottinettes, ils mugissent comme une ensileuse en service, et se traînent à peu près aussi vite. Peu de risque qu'ils chavirent sur les chaos.

Ma chronique se fait plus explicite, s'ébrouant des métaphores ou allégories brumeuses.
Puisque la rupture est consommée, buvons notre verre jusqu'à la lie !

Le temps a passé.
Et oui, tout passe.
Pendant qu'on attend… le déluge !
L'eau qui roule et emporte les pierres, sans leur laisser le temps d'amasser de la mousse...

mercredi 31 juillet 2019

31 juillet




Mercredi 31 juillet 2019 10h


L'atmosphère a radicalement changé. C'est un quinze Août avant l'heure, où on plonge résolument vers l'automne. Les nuits sont fraîches, les matins humides, les journées pleines d'une lumière adoucie.
Il y a à peine une semaine, ce fameux mardi 23 juillet, nous battions des records de chaleur, avec un petit 41 au compteur à la pépinière !
Grâce à mes climatères, je suis maintenant faite aux suées intempestives, et là, pour le coup, je n'étais pas la seule dans l'inconfort. Ca aide, même si ça n'allège pas.
Ma chronique ne devait reprendre qu'à l'occasion d'actualité brûlante. Une histoire d'eau s'y est nichée. Et, comme il se doit pour de l'eau fraîche tombée du très haut, a tempéré les ardeurs.
Bien-sûr, au moindre petit prétexte, j'ai trouvé matière à m'y remettre. 
Je suis faible. Je suis incorrigible. Je me pardonne ! Et pardonnerai sûrement à d'autres, allez…

Dans mes tentatives à devenir moins catégorique, je chemine.
Lassée des petites vindictes fatigantes, je me ressource dans mes observations bucoliques.


C'était lundi matin :





Je vaquais à quelque ouvrage comme je les aime. Du rendement, du qui se voit, du pas trop fin.


Après une série de rangements drastiques, j'entame une période rafraîchissements. Ca me prend, assez fréquemment.

J'œuvrais, assez satisfaite de l'avancée des opérations.
Une difficulté suffisante à restaurer mon estime dans mes capacités, déjà assez haute, je dois dire, mais tout à fait à ma portée d'amatrice peu éclairée.
J'étais en plein "smooth".
Mes lecteurs les plus assidus se rappelleront, pour les autres, qu'ils passent.

Je revenais régulièrement sur le plancher de mes vaches, la vieille étable, chercher un outil, caresser un flanc rond, ou partager une tisane.
Le temps ne me pressait pas, je n'avais pas d'objectif de rendement à tenir.

A l'une de mes descentes, deux toutes jeunes hirondelles se tenaient au plein milieu de l'étable, sur le ciment grossier, lissé par des centaines de sabots.
Depuis la mésaventure de mes deux rescapés défunts, le chapitre hirondelle me serre le cœur.
(Là, la référence est plus facile à retrouver).

Je vérifiai immédiatement l'absence de Bullou dans les parages. Ma grande chasseresse de volatiles n'aurait pas résisté à cette invite. Encore que, la vulnérabilité de si petits oisillons l'aurait peut-être émue, qui sait ?
Je préférais ne pas tenter la diablesse.

A mon approche, l'une des jeunes hirondelles à peine sorties de leur nid prit son envol, un peu maladroit, mais suffisant à la mettre hors de portée.
La seconde tenta de la suivre, mais resta au sol.
Je la ramassai. La déposai sur le couvercle du coffre à grains.





De là, pensai-je, elle pourrait plus facilement prendre son envol, et rejoindre son aînée. Ou sa cadette, il y a parfois dans les fratries des inversions dans les prises de risque.
Puisque j'étais là, j'en profitai pour remettre un peu d'ordre dans la litière malmenée par la sortie des vaches.
Un peu bêtement, par une de ces superstitions idiotes, je me promis toutes les faveurs du destin, si la petite hirondelle s'envolait dans mon dos pendant ce temps.
Je pensais que j'avais les meilleures chances de me garantir, puisque, très certainement, ma petite hirondelle porte-bonheur ne tarderait pas à suivre son aînée, ou sa cadette.

Deux trois fourchées plus tard, du coin de l'œil, je vérifiai : l'oisillon était toujours là, posé sur ses ailes un peu écartées. Elle s'est fatiguée, me dis-je, elle a pris peur quand je l'ai ramassée, elle est sous le choc, ça va lui passer, et elle s'envolera. 
Je tenais ferme à mon heureux présage.

Je retournai à mon ouvrage. Le sort de la petite hirondelle en un petit point d'interrogation s'invitait dans mon esprit. Les augures étaient moins favorables. La petite hirondelle aurait du s'envoler, et elle restait là. Ca n'allait pas.
Je ne pouvais pas tout à fait me concentrer à la tâche. Heureusement, elle ne requérait pas une attention trop vigilante, et n'en prit pas ombrage.

Je revins faire une ronde dans l'étable.






Aïe ! La petite hirondelle était toujours sur les planches. 

Juste un peu plus haut, perchée sur un brin du  rouleau de fil galvanisé, une hirondelle adulte veillait, tête penchée sur la petite.
Mes chances reprenaient courage. J'avais une alliée. Ce pouvait être la mère, ou alors une sœur, ou encore, pourquoi pas, une cousine germaine ? J'en tenais pour une femelle de la famille, comme ça, par conviction des élans maternels chez la gente féminine. 
La petite hirondelle se soulevait pour répondre aux sifflements de la grande. Mais elle ne décollait pas.
A mon approche, la mère, sœur ou cousine germaine ailée s'en alla.

Je repris la toute petite dans ma main. Je fus bien désagréablement surprise de remarquer quelques mouches plates et grises se faufilant entre les plumes luisantes. Ca sentait le cadavre, investi par les asticots  quand bien même la pauvre petite hirondelle soufflait encore, un peu fort, inquiétée sans doute d'être dans ma paume.
J'y vis un funeste présage, l'effondrement de mon destin lié à celui d'un oisillon déjà rongé par les vers.
Pour aggraver la situation, la sienne et la mienne, je constatai que ma petite hirondelle tenait l'une de ses minuscules pattes repliée. Je tâchai de l'allonger, elle se rétractait. Le pauvre oisillon avait du se casser la jambe, ou alors se fouler la cheville ? en tombant du nid. Apprendre à voler, ça lui faisait déjà bien assez. Avec une patte en moins, c'était trop pour lui.

J'étais accablée. Je reposai la petite sur les planches, l'installai confortablement, soufflai avec rage mais en douceur sur les mouchettes charognardes.
Elle mourrait, pas en paix.
La nature est dure parfois, et mon sort s'y plierait, comme s'y pliait la petite hirondelle résignée.

En attendant de mourir à mon tour, je remontai, pour me distraire de ce destin macabre et funeste. Les petits travaux domestiques sont un excellent dérivatif à la sinistrose débutante.
Je m'y attelai, bien décidée à vivre jusqu'au terme.

L'heure du déjeuner approchait. Je revins pour préparer le repas.
Mon itinéraire passe toujours par l'étable. J'espérais juste que la petite hirondelle serait morte, avant d'être dévorée vive. Je la poserais, celle-ci aussi, dans une douillette niche de foin ménagée pour elle dans la bennette à fumier.

J'étais prête. Le malheur s'abattrait sur moi. La petite hirondelle morte entraînerait avec elle tous mes espoirs et mes joies.

Et là…






Là, plus d'hirondelle sur mon coffre !

Je vérifiai bien tout autour qu'elle n'avait pas chu à terre. J'inspectai soigneusement la litière.
Non, la petite hirondelle n'était pas là. Bullou était restée avec moi à l'étage. Les deux autres chiens aussi. La petite s'était bel et bien envolée !
J'écartai d'emblée et derechef toute autre possibilité.
Mon destin reprenait des couleurs. Mes chances de vie, d'être passées si près du gouffre noir et profond, s'enluminaient d'autant.

Je repris le cours de ma journée et de ma vie, aussi légère que l'hirondelle dans le ciel.

vendredi 19 juillet 2019

19 juillet



Vendredi 19 juillet 2019 8h40


Décidemment, dans ces contrées campagnardes, il y a toujours un petit train d'affaires…
On dirait que dès que je décide de faire autre chose que ces chroniques mi figue-mi raisin, mes lecteurs les plus assidus en redemandent : ils créent le besoin, comme les meilleurs experts en communication consommative. 
Dès que je m'éloigne de ces pages, on vient me susciter l'envie d'y revenir, on vient titiller mes joutes épistolaires, on vient me chercher, quoi !
Alors moi, bonne fille, allez, j'y retourne.

Mère-Rhune toujours placide sourit en mère bienveillante aux facéties de ses protégés turbulents.




Mes citrouilles font leur travail de citrouilles : elles poussent, sans penser plus loin.
Elles font bien.







Ici comme ailleurs, ici comme partout, là où il y a des hommes, il y a des passions, grandes et petites, des flambées, grandioses ou pathétiques. Plus souvent pathétiques que grandioses, d'ailleurs.

Ces jours derniers l'actualité d'Agorreta est à l'eau. Oui, même l'eau, ici, met le feu aux poudres. 
Pas tellement celle venue du ciel, nous sommes en juillet. 
A celle qui pourrait venir, courir, bondir par dessus les rigoles et les fossés.
Dans nos campagnes, les conflits de voisinage fricotent forcément avec la nature, et ses éléments. La terre, l'eau, les ondes célestes et magnétiques.

Pour en revenir à l'actualité du jour, l'eau tombée du ciel, cette eau naturelle et attendue, crainte, aussi, l'eau de là haut atterrit ici bas. L'eau de là haut roule et se fraie son chemin, dévale et coule, sinue et s'infiltre, ici, là, là bas encore. 
L'eau descend, suit la pente, va du haut, du très haut, là haut, vers le bas, le très bas, ici bas.

Elle apparaît ici, disparaît là, et reparaît plus loin, comme le furet des champs.
Elle roule et coule à bas-bruit, sous les herbes, en rigoles sinueuses et sournoises.








D'où vient-elle ? Où va-t-elle ?
L'homme de la campagne s'en inquiète et scrute ces parcours intimes. Ils lui rappellent les siens.








L'homme de la campagne devrait savoir l'inéluctable de la nature et avoir appris à s'y plier.
L'homme de la campagne devrait savoir qu'il ne sert à rien de se plaindre au ciel qui laisse tomber la pluie, au vent qui emporte ses paroles vaines,  de tonner contre la foudre qui brûle.

L'homme de la campagne reste homme, pourtant, et la sagesse lui manque, parfois.


L'homme de la campagne, quand il met la main à l'ouvrage, n'est pas toujours bien inspiré, ni heureux.
L'homme de la campagne sait faire de jolies choses,







 et de bien vilaines, aussi.
Sans aller chercher plus loin :





























L'homme de la campagne n'est qu'homme, pas bien plus malin que la bête, qui rumine son foin sans penser à rien, elle.

vendredi 12 juillet 2019

12 juillet




Vendredi 12 juillet 2019 8h40


Je me rends compte, pour la énième fois, de ma soumission à cette exigence tyrannique de l'écriture qui se montre, plus justement dit que "qui se donne à lire".
Pour la énième fois, je vais tâcher de m'en libérer. Je sais d'expérience que cette résolution faiblit assez vite, mais, sait-on jamais, la dernière faiblesse ne s'annonce pas. On ne sait qu'elle est la dernière qu'après coup, et jamais de façon définitive jusqu'à la fin !

Mon idée est d'écrire, maintenant, puisqu'écrire, je ne me résoudrai jamais sans doute à m'en empêcher, et, d'ailleurs, pourquoi le ferais-je ?, d'écrire, donc, disais-je, des articles mieux construits, en des séquences  plus cohérentes. Hummm… 
Des petits livrets dans le genre de celui sur la châtaigne, que je ne publierai qu'à la fin, ou du moins ce que j'aurais à ce moment là considéré comme la fin. 
Toujours pareil, hein, si j'en suis capable, avide que je suis devenue du regard immédiat des autres. Cette immédiateté dont je suis devenue prisonnière et victime, puisque livrer sur l'instant expose à livrer une spontanéité pas toujours heureuse…

D'un autre côté, penser que l'on peut retoucher à l'envie, corriger ou présenter différemment, en se donnant du temps, me semble aussi un leurre. La tromperie trompe mais ne change pas ce qui a été. L'angle de vision, le décalage dans le temps appréhende autrement et éclaire différemment. Ca peut être bien, aussi, même si dans ma pratique ça n'est pas chose courante.
J'espère encore pouvoir m'amender, m'accroche à cette espérance. Ce n'est pas pour moi un but à atteindre impérativement, juste une expérience, une nouveauté, à explorer, comme un paysage agréable à regarder, parmi tant d'autres.

Je veux ralentir la course de mes petits chevaux débridés. Je ne tiendrai pas toujours la cadence, alors autant revenir au pas avant de se laisser désarçonner.
Un petit canotage sur un lac tranquille satisfera mes envolées passées de pleine mer. L'âge venant, on redescend de plusieurs crans la barre de ses ambitions, de ses rêves de jeunesse. C'est le juste parcours en cloche d'une vie ordinaire.

Mes futures "parutions" devraient être plus rares, mais mieux centrées.
Sauf actualité brûlante à Agorreta… 
Je vais continuer mon voyage au long cours de la châtaigne.
Je vais aussi m'arrêter sur mes expériences personnelles, les revisiter avec un semblant de méthode, pour en tirer, qui sait ? la substantifique moëlle.

Je vais faire ce que tout un chacun fait à ce mitan de vie, regarder en arrière, pour essayer de ne pas se tromper davantage en repartant.
Pas de défi pour moi, ni d'acharnement. Une tentative, mollette, et plaisante.

Ce "bloc" est devenu plus touffu que l'encyclopédie Britannicus, l'érudition en moins.
Il est censé servir de remise à souvenirs, de conservatoire de ces petits moments anodins qui fuient de nos horizons comme le sable fin entre nos doigts.
Evidemment, l'encombrement rend de plus en plus  difficile le repérage de ces moments.
Je ne m'y essaie même plus ! Ou alors par nécessité pratique.
Et puis, quelle illusion, penser que les souvenirs se conservent comme des pâtés en bocaux !
Les souvenirs restent, quand ils le méritent ou le doivent.
Ce qu'on oublie, ce qu'on confond dans une mouvance floutée, autant le laisser se perdre tout à fait.

La facette bien commode de ce "bloc", c'était aussi cette opportunité facile de régler quelques comptes. Cette communication à sens unique, sans contradicteur mais bourrée de contradictions, exsudent les vilenies, sans trop risquer de retours de manivelles. Les possibles commentaires, je ne sais pas où les trouver, et je ne les cherche  pas.
Je babille à guichet fermé, bien planquée derrière mon écran plat.

Pour avoir fait une ou autre incursion du côté de ces réseaux sociaux ouverts à tous les vents, mes interventions  semi guerrières restent bien gentillettes.
Quelle foire d'empoigne, ce Face Book !
Une seule image peut déclencher une avalanche. Peu de texte, quelques mots le plus souvent.
La facilité d'une surexposition risquée pourtant paraît séduisante à la plupart.
On se montre : voyez ma vie.
On cherche l'approbation : ne suis-je pas bien ?
On demande l'appui du groupe : qu'en dîtes-vous ?
On cherche un peu la bagarre, par des commentaires perfides ou carrément méchants.

On règle ses comptes, et on en fait spectacle.

Sous couvert d' "amis", de "j'adore", "j'aime", de "partage", on en met plein la vue et en prend plein les dents. On doit aimer ça...
Je dois avoir l'esprit curieusement tourné. Ne voir que les "zondes négatives".
Tout n'est pas mauvais, là non plus.
Je pense juste que l'humain là comme ailleurs a bien du mal à  faire le tri.

Allez, je brise ici. Et m'en vais balader plus loin.






lundi 8 juillet 2019

lundi 8 juillet



Lundi 8 juillet 2019 8h30




Toute dépaysée d'être à Rivière ce lundi matin, je vais piocher les images d'Hendaye.
Incorrigible moule accrochée à son rocher !

Les coupures dans les rythmes, les temps de vacances où on oublie les cadences du restant de l'année, ce n'est vraiment pas pour moi.
Pour faire plaisir à mon grand mari, et à l'occasion de certaines circonstances exceptionnelles, je prends sur moi, un peu crispée, mais bon, allez, on y va !


Sortie de ma ferme, je pense à la ferme.
Je pense à mes vaches.
Antton s'en occupe tout à fait bien, je le sais.
Mais j'y pense. Comme on se met devant les yeux une image qui vous fait du bien.
Pour ça aussi, Gueguel est bien pratique. De partout, il vous transporte et vous dépose juste là où vous vouliez revenir. Comme c'est commode !









Mes belles au pré :





Bigoudi, égale à elle même, attentive sans être inquiète. Elle regarde l'avancée de sa troupe de petites :







Et les petites s'assurent qu'elle n'est pas trop loin. Entre deux bouchées.







Graziosa, la gourmande un peu godiche,






Katto pelatto, intuitive et sereine,









Neska Motz, la plus petite, courtaude et coulée dans l'ombre portée de Bigoudi,







Buru Haundi, concentrée sur la pitance, l'aînée de la fratrie des Neskak, noire tachetée de blanc, avec sa bonne grosse tête, elle mérite bien son nom.




C'était il y a un mois.
Ma petite troupe est maintenant bien synchronisée dans sa chorégraphie.
Par ces journées chaudes, mes belles se remisent au frais, dans le fond de l'étable.
Elles sortent la nuit.
Elles reviennent à l'attache au moment de la distribution de leurs rations gourmandes.
Histoire de digérer dans les meilleures conditions, elles se couchent ensuite, une heure ou deux, ruminant paisiblement dans cet environnement sécurisant.
Elles sont bien placides, comme doivent l'être des vaches. Elles ne s'impatientent pas, tournent la tête quand elles voient passer du monde, se tiennent au courant de l'actualité locale, sans s'en émouvoir.
Elles connaissent maintenant parfaitement leurs places respectives.
En début d'étable, Bigoudi, bien-sûr.
Ensuite, Neska motz, et Katto pelato. Pour finir la série, Buru haundi, et Graziosa.
La grande est seule dans sa stalle. Les petites couplées par deux.
A leur arrivée, je pensais les apparier différemment : Graziosa et Katto pelato ensemble, les deux noires à côté. Les deux premières m'avaient immédiatement séduite, ça avait été le coup de foudre. Les deux noires, avec leurs cuisses exagérément soufflées, m'attiraient moins. Leur conformation est pareille. D'ailleurs, sur mes images, si on n'y regarde pas d'assez près, on les confond facilement. Neska Motz est tout de même plus courte de pattes que Buru Haundi, d'où son nom, fille trapue. Elle a aussi une tête curieusement fine, en rapport du reste. Ces deux là sont massives, quand les deux autres aux courbes généreuses aussi me paraissent plus élégantes...
C'est Antton qui avait insisté pour les prendre, mes deux noiraudes. Antton et le maquignon, bien décidé à me fourguer le lot. Il avait mis le paquet, y allant d'une sensibilité de circonstances, arguant qu'il ne fallait pas séparer ce que le Bon Dieu avait uni, ou presque. Cet homme ne recule devant aucun mélodrame, pour arriver à ses fins. Et avec moi, il faut dire, il y arrive très bien. J'ai beau repérer ses manœuvres, en flairer sans mal les ficelles, je m'y laisse toujours prendre !
Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, je ne le regrette pas.
Là, avec mes Neskak, je m'en félicite chaudement. Elles me rendent au centuple ce que je leur donne !

Une petite hiérarchie, je le disais, se met doucement en place dans le groupe.
Comme dans tout groupe, dans mon modeste troupeau de vaches, il y a la meneuse, et les autres. Dans les autres, il y a encore des sous-hiérarchies. Tout ça fluctue dans une grande subtilité, à bas-bruit, mais sûrement. Comme le mouvement des plaques tectoniques. Des alliances se lient et se délient, des suprématies tombent, des stratégies s'enclenchent.









Bigoudi, par son ancienneté à la ferme, son âge et, pour le moment, son gabarit, garde la tête.
En bonne mère qu'elle est, elle reste bienveillante avec les autres, les guide et les conduit dans les parcours sortie et rentrée. Elles les mène à l'ombre, dans les endroits les mieux rafraîchis par des courants d'air ténus, quand il fait chaud.  Elle leur montre les bons coins, suivant les heures de la journée, où les herbes sont les plus tendres. A flanc de coteau le matin, près de la clôture en bas le midi, et sous les arbres le soir.
C'est elle encore qui donne le top départ des flux et des mouvements de la troupe.
Pas d'agressivité ni d'autorité brutale chez elle; Juste une suprématie installée, et admise, pour le moment...
Elle dirige, sans écraser. Le lâcher se fait toujours dans le même ordre. De la gauche vers la droite, au plus près de la grande porte de sortie. Graziosa d'abord, Buru Haundi, souvent tournée sur le côté, Katto pelatto dont la tête avance sur le bord de la murette de séparation, puis Neska Motz, un peu impatiente. J'arrive enfin à Bigoudi, elle me présente le col tendu.
Du temps de ses filles, Bigoudi faisait le tour des mangeoires de tout le monde, les écartant les unes après les autres. Beltza cédait la place, sans se presser, Rubita toujours craintive fuyait. Cette grande rousse, de loin la plus lourde et la plus forte, se laissait intimider par les autres, fortes de leurs liens de sang, sûrement, quand elle n'était qu'apparentée par le père...

Maintenant, quand je lâche Bigoudi, les petites en sont encore à grappiller un brin de foin ou autre. La grande les longe, sans essayer de les déloger de leur place. Elle s'avance vers le fond, frôlant ou bousculant les cuisses rebondies. Quand elle arrive à la balle de litière, elle s'y frotte voluptueusement, se déhanche et s'agenouille, même, pour se triturer l'entre cornes.
Les petites se reculent, tournent et virent dans l'étable, jamais pressées. Je remets les chaînes en place, nettoie les auges et rince les abreuvoirs. Elles me viennent, appuient leurs fronts sur ma hanche, lapent mon avant-bras de leurs mufles souples  et chauds.
Elles attendent que Bigoudi libère le passage étroit, entre la balle de litière et le Karrarro.
Si on laisse faire, ça peut prendre du temps...
Quand j'ai fini de rafraîchir le paillage, je pousse Bigoudi aux fesses, et détourne les Neskaks  vers la sortie. Tout le petit monde passe au fond, je tire la barrière. Elles déambulent un moment dans la stabulation, grappillant là encore un peu de foin au râtelier, s'abreuvent.
Elles sortent ensuite, toujours tranquilles, comme des reines à la parade.
Pas de précipitation, pas de sauts, pas de bousculade.
Toujours Bigoudi devant.

Vite derrière elle, et, sans doute, très bientôt, devant, vient Buru Haundi.








C'est la plus âgée des quatre petites. Elle va sur sa première année. C'est aussi la plus lourde, la plus massive. Elle le sent. Bigoudi le sent aussi, qui parfois lui fait sentir ses cornes, sans méchanceté, mais avec une pointe de défiance.
Les Neskak ont de leur race ces cornes atrophiées. De petits moignons arrondis pointent à peine de chaque côté de leurs têtes longues.
Bigoudi tient de sa Normandie des appendices bien incurvés, aux pointes dissuasives. De son chanfrein bref, elle leur fait prendre une courbe optimale, pour en chatouiller le flanc de Buru Haundi, à l'occasion. 
Elle voit venir cette concurrence sérieuse. Evalue sans doute le poids de cette suivante, et suppute dans un avenir proche une montée en puissance. Buru Haundi n'est pas une concurrente acharnée à prendre la première place. Elle sent simplement sa force en devenir, et ne s'y trompe pas. Elle sera très vite la tête légitime de la fratrie. 
La passation se fera sûrement naturellement, à l'occasion de la sortie du printemps prochain, au plus tard à celle de l'année suivante. Buru Haundi aura grandi, Bigoudi vieilli, et le rapport de force s'inversera. Ces deux là sont l'une et l'autre lucides et sages. Il n'y aura pas de rivalité déclarée. Un passage de relais serein, et admis. Buru Haundi fera une meneuse de bonne facture, tranquille et juste.
Sa bonne grosse tête velue dit la bête paisible et sans histoires. Ses fortes cuisses bigarrées bien plantées, Buru Haundi avance sans douter.









Plus rarement, Bigoudi  écarte Katto Pelato, dont elle perçoit l'impertinence. Notre petite ambrée, malicieuse, sait faire allégeance, sans plus. Elle est de bonne compagnie, ne se mêle de rien, et reste avenante à tous. Elle lutine ses sœurettes, taquine sans méchanceté aucune. Des quatre, c'est la mieux découplée, avec ses muscles saillants en volumes parfaitement équilibrés. Une beauté !












Graziosa, la grise, est une grande gourmande. Elle m'a beaucoup inquiétée, vite après son arrivée, en restant à terre, toute engourdie par une fourbure sévère. Je m'y suis attachée, dans cette épreuve traversée à ses côtés. Graziosa est la plus haute des quatre. Son appétit vorace lui arrondit le flanc et les cuisses. Ses attaches restent graciles. Son mouvement est hésitant, elle marche avec précaution. Vite distraite, elle se laisse facilement distancer, dans le pré. Elle lève sa tête fine au dessus des herbes hautes, et cherche son petit monde. Elle est très câline, présente volontiers son front à la caresse, et en redemande. Ma grise pommelée est tête en l'air, elle vit sa vie de vache et s'arrondit de jour en jour.








 Neska Motz, est la favorite de Bigoudi. Un air de Beltza petite ? Sa position à ses côtés dans l'étable ? Toujours est-il que, parfois, Bigoudi lape Neska Motz voluptueusement, en cadence, et la petite, bien contente, se frotte à cette mère adoptive.
Finaude, elle n'essaie pas de tirer parti de sa qualité de favorite, sans penser plus loin. Elle a parfaitement repéré la future prédominance de Buru Haundi. Ou alors, est-ce une fraternité de couleur qui les unit ? Elle suit Bigoudi, et se rapproche de Buru haundi. Des deux autres, elle tient compte aussi, mais on la sent moins accrochée.

Tout mon petit monde va et vient dans ce périmètre où chacune cherche encore sa place.
Les affinités se confirment : Graziosa et Katto pelato se suivent de près. Buru Haundi et Neska Motz copinent.
Bigoudi couve et veille.
Les prochaines saisons détermineront la trame encore incertaine
Je suivrai tout ça, observerai, et accompagnerai, comme il se doit.