dimanche 9 juillet 2017

DE TRESORS EN ENIGMES...


Bonjour !

A la faveur d'un de ces rangements périodiques du grenier d'Agorreta, hier, nous avons mis au jour des documents anciens. Anciens, et, à première vue, importants pour notre histoire familiale, et peut-être au delà.

Les éléments de ce "bloc" s'enchaînent de façon déroutante. Intrigante, déconcertante... et fort, troublante...

Là, je n'ai pas le temps de m'y plonger plus avant.
Pourtant, j'ai l'intuition d'énigmes dévoilées, par bribes et touches subtiles, ou alors, flagrantes, comme des pavés jetés dans la mare. Des convenances volent en éclat, des situations embrouillées deviennent mieux lisibles.

Je dépose ici mes petits trésors, comme j'ai pris maintenant l'usage de le faire. Pour les faire garder par tous, quand ils deviennent convoitises, possédés jalousement par un seul.

Ce qui paraît important, il ne faut surtout pas le taire, ni le cacher.
Au contraire, la parole libère, et le partage allège. J'en suis persuadée, et me tiens ferme à cette ligne de conduite bien éloignée pourtant de mon éducation paysanne renfrognée et méfiante.

Je reviendrai évidemment sur ces vieilles images, sur ces pages calligraphiées avec application.
Je tâcherai de démêler l'écheveau lourd et serré de ces histoires troubles, où se mêlent enfants naturels, baptêmes hâtifs quand le génocide juif fait rage, exils lointains et tendresse trop retenue.

Je suis troublée, oui, mais plus encore intriguée, passionnée par cette histoire, mon histoire.
Je vous laisse juger.
Moi, je veux juste mieux...comprendre.











 On se retrouve bientôt, sur les traces brouillées de mes bouillants ancêtres.

vendredi 7 juillet 2017

MES GRANDES ET PETITES JOIES !



Bonjour !









Des levers de soleils grandioses m'emplissent dès le matin de la beauté des jours.

De ces levers majestueux et irradiants de joie, ce printemps, il y en avait aussi, n'est-ce pas ?
Et moi, je ne les voyais pas.
Je les regardais, oui, et pourtant, en moi, je n'en sentais ni la grandeur, ni la beauté.

Mon miroir intérieur s'était éteint, il ne savait plus refléter la lumière, en percevoir l'éclat.

Enfin, cette triste période est maintenant derrière moi.
Si elle revenait, par malheur, je reviendrais, moi, ici, pour me persuader de garder vivant l'espoir de jours meilleurs.
Le monde est bien ce que l'on en perçoit. Nos sensations ne valent rien, si le feu intérieur ne nous réchauffe pas.
Cela tombe bien : mes sens me lâchent, entre oreilles sourdes et vue basse !
Je peux toujours croire en autre chose, à ce moment là...

Je savoure  plus intensément ces moments de plénitude joyeuse, de les avoir crus perdus.
J'en ressens une joie plus vive. Un soulagement bienfaisant et un repos sans pareil.





Sous mes yeux, Agathe et Bigoudi savourent, elles aussi, une satisfaction pleine et saine.
Agathe est bien grandette pour téter encore sa mère. Ce n'est plus guère convenable !
Et alors ? Qui cela gêne-t-il ? Sûrement pas la mère, au pis encore fécond, ni la fille, à la panse tout à fait bien adaptée à ce régime alimentaire.
Ces deux là partagent un moment doux et sensuel. Laissons-les donc à leur bien-être !

Certains salivent déjà des ris opulents de mon Agathe... Les impies ! Comme si ma belle était destinée à finir dans leurs assiettes !! Que nenni : Agathe continuera d'épanouir ses glandes digestives  tant que bon leur semblera, à toutes les deux.
Cet hiver, peut-être, Bigoudi daignera se tarir. Et, alors, seulement, Agathe oubliera la volupté de ses goulées tièdes de lait crémeux.
Son corps assagi et repu s'adaptera à un nouveau régime, sans lait, et ses ris alors sécheront, leur devoir accompli jusqu'au bout.

Ainsi vont les choses, maintenant, à Agorreta.

Plus haut, mon petit potager prospère et offre ses récoltes :



Des laitues fraîches et craquantes, des "patates neuves" fondantes, les premières tomates, pas mal de piments déjà. Je suis contente de remplir un seau de ces légumes de saison.
Pour le plaisir égoïste, je grappille les framboises et les fraises toutes chaudes.

Tout jardinier connaît cette gratification de la récompense venue en son temps, ce temps long d'une nature qu'on ne presse pas.
Là encore, j'ai plaisir à imaginer et concevoir des menus simples et sains, à partager autour d'une table gaie.






Les melons, c'est pour bientôt : les fleurs éclatent d'or en abondance, le long des tiges rampantes.










A la fraîche, j'ai repiqué les poireaux d'hiver, et les plants de choux déjà venus.
Quelques salades encore, pour remplir la plate-bande.
Les citrouilles prospèrent, sombres et charnues.

Je tiens moins compte maintenant des dates fétiches d'avant : la carotte, semée au 14 juillet, le poireau, repiqué au 15 Août, le rutabaga, avec la carotte, et le choux navet, à la Saint-Barthélemy, massacre d'innocents...
Que de roideurs inutiles !
Avant, évidemment, le temps de finir les fanaisons, on était rendu au  milieu de l'été.
Le reste s'enchaînait après.
Le navet se semait après la récolte des patates. Ces patates anciennes, dont le temps de maturation courait sur quatre mois, quand maintenant, on les récolte à moins de trois !
Il y avait une bonne raison à ce calendrier. Nos anciens étaient sensés.

Les choses ont changé, pas toujours en mal, tout de même. Alors, j'essaie de garder le bon esprit, et d'ajuster la méthode.

Maintenant, les foins, c'est l'affaire de quelques jours, à grands renforts de machines efficaces.
Mi-juin, en gros, les granges sont remplies.
On peut programmer la suite de la manœuvre.
J'ai bien observé : les graines de navet, tombées des gousses maturées, lèvent dès le début de juillet, quand on les laisse aller. Inutile d'attendre fin Août pour les confier à la terre.

Moi, laisser aller, c'est ce que je dois faire, pour mon bien, et celui des autres.
C'est thérapeutique, je dois appliquer. Alors, j'applique.






Mère Rhune discrètement ourlée de brume approuve, j'en suis sûre.





Au retour,  mes deux petits fidèles folâtrent et s'amusent de tout.





Dans la cour, à l'ombre fraîche d'un courant d'air amical,  les anciens, eux se reposent.

Le monde est presque parfait, quand on veut le voir du bon côté.
Je m'y tiens, j'y suis bien, et veux le rester.

Je vous retrouve la semaine prochaine, pour vous conter d'autres petites choses de rien, juste légères et colorées.

Bonne fin de semaine à tous.
Faites la fête, à Pampelune ou dans votre fort intérieur.
La joie reste la joie, où qu'elle demeure !!

lundi 3 juillet 2017

LE TRESOR CACHE D'AGORRETA



Bonjour !






Les pluies tombées dernièrement ont rafraîchi l'atmosphère.
La terre bien humide maintenant va nourrir d'un élan fougueux la végétation prête à bondir.







Le vent colérique a chiffonné les plantules délicates et tendres.
Le potager est un peu sens dessus dessous, comme une jouvencelle culbutée au bord du fossé.
Bah ! tout ça se remettra...
J'aime bien ce côté jazzy-fantaisie, plein de surprise et d'un certain charme.
Ca me rappelle ce qui se passe dans ma tête : pas toujours protocolaire ni académique, mais plein de jolies choses et de bonnes ressources.

Je ne vous fais pas languir plus longtemps avec mon trésor : mon trésor, vous le connaissez, il tient à ces vieilles pierres,




à mon Ttki-Haundi douillettement blotti entre les grosses balles rondes de foin parfumé,




à ma vieille étable remplie d'hirondelles véloces et gaies,




à mes trois chiens fidèles et enjoués,






à mes quelques poules de notre poulailler d'Agorreta,






à mes quatre belles,
Bigoudi, la mascotte,
plusieurs fois mère et pourtant jouvencelle, elle aussi,
encore amoureuse aujourd'hui,





et les trois jeunes,
tranquilles, placides et reposantes,


La noire Beltza à la robe sombre étoilée blanc pur sur le front.





Mon trésor, il tient à tout ça, qui paraît rien et pourtant pour moi est tout.
Ces vieux murs, ces quelques plantes et bêtes, cette histoire vieille et ordinaire, n'ont l'air de rien, c'est vrai, mais parlent à qui sait les entendre.
Je ne comprends pas tout, loin de là, mais je reste attentive et j'écoute.

Je regarde, je vois et j'entends, venues de loin, ces voix d'autres que moi,  ces traces de petites gens, aux esprits simples et aux gestes patients et appliqués :






Il est là, le trésor d'Agorreta.
Pas dans ce tiroir, non, vous n'y trouverez rien que quelques crayons et une gomme usée.
Regardez mieux, et voyez, cette marqueterie modeste et pourtant bien ouvragée.
Imaginez le temps passé à découper, assembler et coller tous ces minuscules morceaux de bois.
Concevez, combien il faut être un pur, pour aller nicher à l'intérieur d'une simple armoire lisse, tant de patience et de minutie.

Il est à mes yeux ainsi, le trésor d'Agorreta. Il ne se touche pas, ne se montre pas et ne se prend pas dans les mains. Il se sent, se respecte et vous imprègne, si vous savez vous y laisser aller.

Je vous laisse ici, moi aussi, pour aller me promener dans les bois, sous les grands arbres d'il y a longtemps, et sentir là aussi la force et la patience d'un temps bien plus grand que le nôtre.

A une prochaine fois !

vendredi 30 juin 2017

APRES TEMPËTE




Bonjour !

L'avant dernière nuit fût tempétueuse.

Toute la journée d'hier le fût aussi.
C'était un plaisir de regarder derrière les larges vitres de la jardinerie, les combats célestes des troupes nuageuses en colère, poussées par un vent rageur, puis, sans grand préavis, les éclaircies inattendues.



La grâce de mes oreilles défaillantes, c'est que, ces tumultes, au moins, je les entends bien atténués.
Le vent peut hurler et la pluie crépiter : moi, l'orage et les tempêtes, je les ai dans la tête, alors...
Les chancellements et le sol dérobé sous mes pieds, nul besoin d'un ouragan pour m'y habituer et les apprivoiser. Non, tous ces tournis, ces déstabilisations et ces oscillations vertigineuses, mon petit cervelet malmené les pratique maintenant au quotidien.
De cet exercice assidu naît un accommodement, une adaptation, ma foi avantageux en ces circonstances exceptionnelles pour ces autres, les presque malchanceux, ceux dont les oreilles fonctionnent correctement.
Comme quoi, souvent, à quelque chose malheur est bon !



Par contre, parce-qu'on ne peut pas n'avoir que les bons côtés en toute chose, j'ai mis la matinée d'hier à comprendre qu'il n'y avait pas une cafetière géante autour des caisses de la jardinerie. Et à arrêter de craindre que ça y était, le délire me reprenait, mes hallucinations auditives allaient vriller tant et si bien ma perception de la réalité, j'étais repartie pour un tour de piste dans le tourbillon aspirant de la folie !
C'est ainsi que l'on vit quand on s'est approché de trop près de ces zones rouges, ou noires.

Une demi-boîte de pastilles Fleurs de Bach sérénité plus tard, (merci Lucie !) j'ai enfin eu l'explication, toute rationnelle et oh combien ordinaire, presque décevante : le vrombissement séquentiel n'émanait pas de l'imagination maladive de mes oreilles enflammées, non, du tout, du tout.
Ce simili gargouillement pour moi si déroutant naissait de l'imprimante, tout bêtement, très sollicitée hier par les éditions incessantes des bons d'inventaire, au fur et à mesure de l'avancée des comptages.
Cette zone du magasin ne m'est pas trop coutumière. Moi, ma "zone", c'est la pépinière. Chacun son secteur...
Je ne suis pas familiarisée aux bruits inhérents, et, surtout, pour moi très agressifs, des bips des douchettes de caisse, et glougloutements cadencés des imprimantes diverses.
J'évite autant que je le peux l'environnement, trop bruyant, sauf à accompagner un client particulièrement sympathique et nécessiteux de mes services en cet endroit.

Presque résignée à devoir abandonner mon poste de travail pour début d'hallucination inquiétante, j'avais quand même eu la bonne idée de partager ma frayeur à mes collègues proches.
Voyez combien j'ai changé : je livre maintenant mes détresses, petites ou grandes, à tous ceux qui veulent bien les entendre, et même à ceux qui s'en passent, tiens !
Mes jeunes collègues éclairèrent ma lanterne, allégèrent mes peurs, et rirent de bon cœur, avec moi, bien soulagée.

Ma petite affection auriculaire est ainsi : elle me fait entendre des choses qui ne sont pas, et m'en permet la perception d'autres, qui passent hors de votre portée, en une fantaisie parfois troublante.
C'était l'envie d'une bonne tasse de thé qui me mettait ainsi bouilloire en tête...
Comme je suis compliquée, à passer par Cabourg pour arriver à Rennes !
Remarquez, c'est peut-être dans la trajectoire, ça, non ? Ma géographie est comme mes oreilles, elle ne s'est pas améliorée ! Et mon association de ces deux villes ne tient qu'à la mélodie de leur prononciation, à moins qu'une subtilité supérieure ne me les ait fait, malgré moi, unir.
Qui sait ? Je ne m'étonne plus de rien, et espère peut-être bien plus qu'il n'y est, de mes facultés particulières et bizarres...

Nous avons donc hier terminé notre inventaire annuel.
Tout s'est bien déroulé, merci, et le résultat obtenu est pleinement satisfaisant.
Il est même exceptionnel, le meilleur de cette dernière décennie, et sans doute au delà. Mes statistiques chez Lafitte datent d'alors.
Cette année où ma défaillance m'a fait manquer le plein de la saison, mon équipe a pallié mes faiblesses, magistralement.
Sans compter leur peine, tous mes petits jeunes et moins jeunes ont assuré, de main de maître.
Ils ont allégé ma frustration en démontrant leur valeur, rassuré mes doutes en me relayant sans faillir.

Cette réussite est la leur.
Ils me la partagent et m'en offrent l'éclat pour y réchauffer mes vieux os meurtris. Je leur en suis infiniment reconnaissante, gratifiée et admirative.
De là à penser que les choses vont mieux sans moi, il n'y aurait qu'un pas, n'est-ce pas ?
Allez, allez, ne nous flagellons pas, non plus : le destin a ceci de clément qu'il nous épargne de savoir ce qu'il serait advenu, autrement. Et nous évite ainsi les supputations douloureuses et stériles. Ainsi en soit-il...

De la même façon que les miens ont partagé mon épreuve et me l'ont rendue possible à surmonter, mon équipe de travail m'a fait comprendre la force d'une équipe, justement, et son intérêt.

Je les remercie ici tous pour leur soutien, leur appui... et leur grande patience !
Il leur en a fallu et leur en faut encore pour parer mes persistants coups de sabots de mauvais cheval.
Dans notre équipe de la jardinerie Lafitte, du tempérament, il y en a, à tous les étages, et dans tous les rayons. Des personnalités bien diverses, mais toutes riches : des grands cœurs, des coléreux, des fougueux et des rêveurs. Des réservés, pas trop, et des spontanés volcaniques, davantage.
La diversité de notre équipe, sa couleur chatoyante et tonique, c'est en plus de la mienne une vraie pépinière. Une planche de culture grandeur nature de nos caractères hybrides et variés.
Un microsome fourmillant et grouillant, où les éclats pétaradent secs et vite.
Un cocon doux, aussi, où les peines et les peurs trouvent abri et réconfort.
Un travail comme une chance, une équipe comme un trésor.
J'ai cette chance et veux garder jalousement ce trésor, à partager et veiller.

En ces jours d'inventaires, particulièrement, je me montrais insupportable, je le reconnais maintenant, et fais amende honorable.
Je voulais tout contrôler, me croyais souveraine et irremplaçable, "paone" (féminin de paon, voyons !) imbuvable. Honte à moi !

Il est trop tard pour rattraper les erreurs passées. Ce qui est fait, est fait.
Encore temps, heureusement, de m'amender, et de corriger les excès de ma nature profonde. De faire profiter de ces "corrections" ceux-là même qui ont eu tant à pâtir de ces excès.

J'y travaille, et, sans présomption, je crois, du moins, j'espère, qu'hier, j'ai été plus... agréable !
Comme quoi, à quelque chose malheur est bon, je le disais plus haut et le confirme ici.

Espérez, vous aussi, et pardonnez mes offenses, comme je tâche de les pardonner, moi, à ceux là qui m'ont aussi offensée...

A la semaine prochaine pour d'autres homélies païennes.

mercredi 28 juin 2017

INVENTAIRE 2017



Bonjour !

Nous voici rendus à la veille de cet inventaire, à la jardinerie.
Ce n'est pas mon premier, loin de là, et j'espère bien que ce ne sera pas mon dernier non plus !

Ces inventaires, je les adore.
Je ne suis pas très suivie dans cette fibrillation affective. Pour la plupart de mes collègues, l'inventaire est une tâche fastidieuse,  rébarbative et obligée.
Moi, si je m'écoutais, des inventaires, dans une année, j'en ferais toutes les semaines.
Toute à ma démesure, je voudrais tout remettre à plat tout le temps, traquer ces dérives, ces flous et ces égarements incontournables dans tout exercice, commercial ou autre, où l'humain joue un rôle.

Je suis la première pourtant à reconnaître du confort à la rondeur, de la plasticité agréable à l'à peu près. Je ne me prive pas de m'y ébattre, folâtrant gentiment entre les limites repoussées d'une plage laissée libre à la fantaisie du moment.
Je ne sais pas si les excès de mon tempérament me demandaient déjà de leur imposer un cadre plus strict et mieux matérialisé. Sans doute ressentais-je le besoin de ces chiffres froids et nets, bien alignés, pour y contenir mes fougueux débordements de cyclothymique exacerbée.
Toujours est-il que, depuis que je travaille, ce qui nous fait tout de même une petite trentaine d'années maintenant, ce moment de l'inventaire éveille en moi une petite excitation primesautière.
Les jours précédents déjà, je fibrille, comme quand on prépare une fête.
Mes fibrillations incommodent parfois mes collègues. Le naturel revenant au galop, je voudrais en ces occasions tout régenter, tout surveiller, ne rien laisser au hasard... et aux autres !
Comme si j'étais, moi, meilleure garante de la fiabilité des comptages. Mon orgueil me joue là encore des tours : forte de mon expérience, maintenant, je me gourmande, et tâche de laisser aux autres ce champ qu'ils me demandent.
J'essaie, n'y arrive pas toujours, mais, essaie encore et encore.
C'est à force d'exercice sincère et motivé, que l'on parvient à s'améliorer, j'en suis sûre, et m'y tiens.

Pour ce matin, je suis restée à la ferme, sarclant au petit jour mes rangs de citrouilles.
L'averse d'hier après-midi les a rafraichies. L'humidité dans l'air des jours précédents les maintenait déjà bien poussantes.
C'est un plaisir, oui, là encore, un véritable plaisir, de biner des plants, en les regardant croître et embellir d'heure en heure, presque.
Il y a de la volupté dans cet élan végétal, une force de vie conquérante et puissante.
On sent à portée le vivant et sa persévérance, écho optimiste de nos propres ressources.

Oui, en plus de l'inventaire, le sarclage, sur les hauts d'Agorreta, dans le petit matin limpide, ça me fait du bien.

Autant vous dire combien je suis bienheureuse, aujourd'hui.

Je tempère mes émotions, même les bonnes, histoire de ne pas céder à ces emballements excessifs.
Je tiens à rester dans la bonne zone, dans un secteur protégé, tel le Karrarro de Beñat, ramené à la raison par un système de régulateur opérant.
Quoi, vous ne saisissez pas ? Enfin, ce "bloc", vous le suivez, ou pas ?!
Comment, je suis bien difficile à suivre... Ah, oui ?
Remarquez, moi-même, je me perds parfois.
Et ce "bloc", maintenant, est devenu si dense, touffu et extravagant, que je m'y décourage moi-même !

Bah !  Un de ces jours, à l'occasion, un semblant d'inventaire progressif éclaircira tout ça.
L'essentiel, c'est la constance de ma visée, la joliesse de ma vision d'un avenir léger et chatoyant.

Je vous laisse ici, m'en vais compter, pas les moutons, non, les fleurs et les bonbons.
On ne saurait rêver inventaire plus amusant !

A plus tard...


lundi 26 juin 2017

DES HOMMES ET DES DEMONS !




Bonjour !


Ce petit matin annonce tous les possibles...
La saison estivale se prête à ces foucades brutales. La même journée verra le soleil ardent, l'averse crépitante et la volée de vent puissant.
Entre deux, des plages paisibles, silencieuses et immobiles, où la nature absorbe voluptueusement toute cette humidité, riche et lourde.
C'est par des journées pareilles que ma grande fougère développe en quelques heures une hampe impérieuse.
Vous vous souvenez, (ou pas !,) ma fougère fétiche, entre le laurier sauce vieillot et poivré et la vache placide.
Laissez tomber, j'y reviendrai.

Je suis tellement persuadée maintenant de la congruence de mes à propos, que leur nébulosité d'apparence ne me laisse même pas perplexe.

Tous les excès de mon tempérament illustrés en météorologie !
Je ne sais pas comment vous le sentez, de votre côté, mais mon vieil organisme à moi accuse le coup de ces pressions oppressantes, justement.
Mes oreilles en bourdonnent et gémissent, douloureuses et compressées.
Ce Ménière, là encore, il va falloir que j'y revienne plus en profondeur, un de ces jours prochains.
Notre programme est vaste et varié, je vous le dis !

Pour ce matin, je me penche sur ces images d'Agorreta.
Ces images devenues il y a peu suspectes, d'être trop bucoliques et charmeuses.
Pourtant, je ne censure pas la laideur ambiante : le vilain câble, le tas de fumier, tout ça, je le montre aussi.
Mais je me demande si, quand on montre, ainsi, on ne s'arrange pas pour montrer le plus joli.
Si, dans mon image de ce matin, la belle lumière barrée ne fait pas sa coquette, encore.
Une idée, à moi, sans doute.
Une méfiance paysanne d'une apparence séductrice et parfois trompeuse.
Je sais pourtant aller chercher derrière les masques les vérités plus duelles.
Je suis bien placée maintenant pour dénicher les petits démons, en moi et au dehors.
Ces petits monstres, pas toujours gentils, nous montrent, aussi, ce que nous sommes.
Notre monde n'est pas un paradis, comme le chantait Casimir, ce monstre gentil au milieu d'enfants heureux...
Tel qu'il est, tels que nous sommes, il y a quand même moyen de s'y faire une jolie vie, une place juste et agréable.
Je veux y croire, du moins, et m'y attache fermement.

Nous sommes pour nous-mêmes notre meilleur ami, et notre pire ennemi, aussi, parfois.
Cette dualité nous divise et nous éloigne de la cohérence bien utile à la conquête de ma déesse sérénité.
Je suis toujours en quête de cette unité au dessus de nos différences intrinsèques, de cette réunification de nos facettes multiples et même, par moments, contraires.
Le monde est trouble, nous en sommes une infime partie, toute aussi trouble.
Il est plein de sens aussi, et nos vies se peuvent concevoir autrement que de pur hasard.

Je suis en marche, pas comme les politiques, encore que...
Sortir de la gangue des vieux systèmes rigides me paraît salutaire et bénéfique.
Le passé dépoussiéré nous enseigne et nous donne l'élan, si l'on ne le laisse pas nous figer, immobiles et prisonniers.
L'idée de ces "marcheurs" est belle, elle aussi, comme l'est mon projet 2122.
Il y faudra de l'énergie, du courage et de la constance.
L'inertie des vieillesses installées est puissante, et lourde à faire bouger.
Comme pour les cathédrales, il va falloir ne pas perdre de vue la vision aboutie, même si elle nous reste encore longtemps hors de portée.

Vous savez, les "un tien vaut mieux que deux tu auras", "ne lâche pas la proie pour l'ombre", et autres maximes prudentes et paysannes, ont la couenne solide et vont nous faire encore la vie dure !
Remarquez, il y a bien un fond de bon sens  là dedans. Il ne s'agit pas non plus de s'élever trop haut et de se lancer trop loin : le pas se mesure et la foulée emballée fait chuter.
Il faudrait se dégager des peurs anciennes et ancrées, mais garder l'humilité de ne pas lever le regard plus haut qu'il ne faut.
C'est quand on s'éloigne trop de ce chemin raisonnable, qu'on croise nos monstres aux dents pointues et carnassières, ces vilains rats sortis, assoiffés de sang, de leurs tanières obscures.

Mon frère Beñat les appelait "chacals".
Moi, il me font mieux penser à des hyènes, ricanantes et mauvaises, les yeux fous et le poil hérissé d'une colère impossible à calmer.
Ces charognards trop impatients et cruels. Ils viennent vous lacérer la peau et vous arracher les tripes chaudes et fumantes, encore vivantes, ils les mordent à pleines dents en grognant d'un contentement diabolique et terrifiant.

Mes hyènes sont sorties de leur tanière ce printemps.
Déjà, avant, je percevais parfois leurs ricanements de folles sanguinaires.
Je relis ces mots d'il y a près de dix ans, et je les reconnais là :


Pour le coup, on pourrait se demander comment il se fait qu’il s’en trouve autant pour penser, pour se poser des questions, pour ne pas se trouver de réponses satisfaisantes, tourner en rond douloureusement dans les têtes si mal employées, et finir par s’en rendre malades. Au point d’encombrer les salles d’attente de professionnels de l’écoute eux-mêmes résignés à reconnaître leur désarroi et leur incapacité à résoudre un problème qu’ils ne peuvent pas identifier.
       Le malaise diffus se fraye un chemin dans les têtes vacantes. Des têtes qui ne tiennent que par la pression des préoccupations quotidiennes.
Tant qu’on se bat, contre la montre, son patron, son amour perdu, tant qu’on court, tant qu’on bouge ou qu’on s’agite, la bête n’attaque pas. C’est un prédateur à l’affût, cet animal, pas un léopard lancé en pleine course. La bête attend. Sans perdre attention, ni patience, elle attend son heure.
Le mouvement lui déplaît. L’élan la dessert. Il lui faut une proie fatiguée, à l’arrêt. Une victime vannée qui reprend son souffle perdu dans la course. Une offrande innocente et rêveuse engluée dans un immobilisme vide.
Là, par contre, les choses vont vite. La bête sait bouger prestement comme elle sait attendre longtemps. Dès qu’elle flaire une opportunité, elle approche à pas sournois et tâte le terrain de chasse. Elle est experte et connaisseuse. On ne la trompe pas facilement. Elle repère à coup sûr et quand elle pose sa patte doucement comme on caresse, les jeux sont déjà faits.
La bête séduit, elle n’effraie pas. Elle sait se montrer rassurante et câline. Elle ne mord ni ne griffe. Elle étouffe. Elle enlace, envoûte et ensorcelle. Elle endort et apaise pour mieux emporter et dévorer dans son antre sa proie inerte et docile.
Vous pensez être juste fatigué, avoir besoin d’un peu de repos. Vous vous dites qu’après ça, vous repartirez mieux. Vous avez ralenti votre marche, déjà, vous voyez une pierre moussue sur le bord du chemin et vous avez l’envie de vous y assoir un peu.
Vous allez refaire vos forces et reprendre la route. Peut-être.
Une fois assis, vous serez étonné de voir le monde sous cet angle nouveau. Un peu inquiété par cette vision étrange. Vous arrêté et eux tous en marche. Un décalage pareil va vous donner le vertige, un peu.
Après, ce sera selon. Soit vous vous trouverez finalement bien, assis comme ça. Vous laisserez le poids des choses vous glisser sur les épaules et tomber en pans fracassés autour de vous ramassé là. Le premier bien-être deviendra l’ennui. Vous perdrez le goût, l’envie. Vous n’aurez plus de projets. Demain sera vide et loin.
Vous serez mûr pour la bête.
Elle s’assiera près de vous, amicalement, et vous ne sentirez aucune menace. Elle posera doucement sa main sur votre épaule arrondie. Vous n’aurez sûrement pas l’idée de vous dégager. Ca vous semblera même agréable.
Vous aurez lâché la corde. Cette corde raide et dure à maintenir. Vous vous sentirez soulagé de ne plus avoir à la serrer. Et vous coulerez, tout simplement, sans vous débattre. La glissade sera lente et longue, silencieuse.
Cette chute vous entrainera loin du monde vivant de ceux qui courent. Vous vous étonnerez de les voir tant s’agiter, puis, vous ne comprendrez plus pourquoi vous vous agitiez vous aussi de la même façon, avant. Avant d’oublier cet autre que vous étiez. Pour finir par oublier que vous êtes encore vivant, que vous pouvez encore vous mettre en mouvement.
Mais vous n’en avez plus envie. Vous restez là, lourd et étonné. Assis.
A ce moment, si la bête ne vous a pas saisi et emporté, la petite image peut encore venir vous visiter.
La mienne se tenait prête, elle écartait légèrement un pan de voile pour se faire entrapercevoir. Son ombre m’a effleurée, la longue silhouette a failli s’approcher suffisamment pour que je la distingue dans la brume.
Quand le courant m’a reprise dans son remous, ma petite image n’y avait plus sa place. Trop de mouvement pour elle. Ma petite image est un peu comme la bête, de ce côté-là. Il lui faut du calme pour se laisser apprivoiser.
J’étais repartie en marche trop tôt pour que l’une ou l’autre ait pu m’atteindre, cette fois là.




Bien avant, déjà, je l'avais sentie venir flairer autour de moi.
Là, elle m'a sentie plus vulnérable, mieux à portée.
Son vilain museau, elle l'a approché, jusqu'à me toucher.
Puis, enragée de toutes les tentatives précédentes où sa soif de sang ne s'est pas désaltérée, elle a mordu, un peu, d'abord, pour goûter, puis, rendue téméraire, plus fort, et, encore plus fort, jusqu'à me mettre à terre, ventre ouvert et cœur affolé.
Je me suis débattue, comme je l'ai pu.
Les forces me manquaient, elle mordait, encore et encore. Ses babines rougies de mon sang se relevaient sur ses crocs acérés. Elle était sauvage, cruelle et sauvage.
Des lambeaux de moi maculaient son poitrail.
Victorieuse et enragée, elle me déchiquetait.

Je hurlais de douleur, sans un cri. Je me tordais de terreur, et essayais encore de paraître brave.
Mon orgueil et mon innocence m'enfermaient, seule, dans cette prison dont les murs mouvants m'écrasaient un peu plus,  jour après jour.
Je me tordais, je me crispais en convulsions intenables et inutiles.
La bête était la plus forte. Toute à son orgie, elle me tuait avec une cruauté inouïe.

La bête était en moi, elle était moi.
Ma prison, ce piège dont les mâchoires resserraient inexorablement leur étau, je l'avais construite toute seule.

Pour en sortir, je ne voyais que la mort, je n'espérais plus qu'elle.
Seule, la peur, cette peur méprisée pourtant par cette bravache aveuglée que j'étais, m'a sauvée.
La peur de souffrir, pas de mourir, non, mourir me paraissait délivrance, la seule couardise d'avoir trop mal, pour franchir le pas vers la liberté, m'a retenue.
Ma faiblesse m'a sauvée.
Sans elle, j'aurais sauté à pieds joints dans l'abîme qui m'était seule issue pour fuir cette souffrance muette et insoutenable.

La peur,  l'amour et le  soutien des miens m'ont sauvée.
J'étais comme la proie pourchassée prête  à tout pour arrêter de souffrir.
Le salut m'est venu des autres, et de cette part humble de moi-même.
Cette part fragile et faible, cette part dont j'avais presque honte jusque là, cette part m'a ouvert la voie vers la lumière perdue.

La hyène s'est rassasiée, pour cette fois encore.
Sa faim assouvie l'a éloignée de moi.
J'espère avoir retenu son enseignement.
J'espère avoir gardé suffisamment l'image terrible de cette grande terreur pour ne pas en oublier le danger.

J'espère aussi garder cette belle joie de vivre retrouvée. La couver et la préserver, hors des excès indomptables et fougueux, qui m'ont menée si près de tout perdre.

Oh... ce n'aurait peut-être pas changé la face du monde, non.
Mais, tout de même, c'aurait été dommage, quand-même...

Je ne veux pas plus longtemps titiller la sale bête endormie.
Je ne veux pas risquer de réveiller ses instincts meurtriers.
Je veux juste vivre, au mieux.
La savoir là, mais la savoir apaisée, apprivoisée, peut-être ?

La joie et l'espoir nous sont donnés. Comme la peur et la méchanceté, cette souffrance qui mord.
Vivre bien, je le crois, c'est faire grandir les premiers, et se garder au mieux des autres.

Alléluia, et prenez garde aux orages !




mercredi 21 juin 2017

DES CITROUILLES ET DES HOMMES...




Bonjour !





Hier matin, les roses du petit jour parlaient de pluie prochaine.









On regardait l'astre incendiaire flamboyer, en se disant que ses ardeurs seraient passagères.





Pourtant, pour le moment, pas de pluie à l'horizon. Et l'astre, toujours là, et bien là, écrasant et arrogant d'une force brutale.
Bon... puisqu'il faut attendre, attendons...
Pour mes pauvres oreilles oppressées, le poids de l'atmosphère est plus pénible encore.
Que faire ? Je me préserve de mon mieux, évitant de me trouver à portée du courroux de Bel astre. Autant que je le peux !

Nos organismes d'Europe tempérée ne nous ont pas aguerris à ces températures près des quarante degrés.  Ma foi, si ça ne dure pas trop, ça ira !





Zaldi lutte elle aussi. Les mouches exacerbées piquent tant et si bien qu'elle secoue ses oreilles mobiles et sa queue oscillante, levant une patte puis l'autre, sans arrêt harcelée.
mes vaches passent la journée à l'étable, et sortent la nuit, prendre un peu de frais.

Moi-même j'ai du dimanche subir l'attaque vrombissante d'une douzaine de guêpes affolées par mon approche bruyante.
Une bonne moitié m'a dardé son venin, tuméfiant en chou-fleur ma vieille peau enflammée.
Là, c'est mieux. Le venin s'est contenté de ce lot raisonnable, et ne m'a pas empoisonnée au delà. 

Ce matin, à la fraîche, j'ai entrepris le sarclage de mes rangs de citrouilles.
J'en avais fait un premier tour, au pied, espérant le renfort mécanique du motoculteur d'Olivier.
C'était prévu pour dimanche matin.
Dimanche advint, un petit jour amical, point trop chaud encore, des cieux clairs et un horizon dégagé.
Nous avons œuvré de concert, moi, indiquant les plants perdus dans l'herbe envahissante, lui, slalomant autour en retenant les sauts de la machine sur les pierres d'Agorreta.
Ici, nous sommes loin des sables landais, et le matériel est soumis à rude épreuve.
La fraise arrière émiettait bien les mottes, arrachant les adventices et les retournant cul par dessus tête. Les racines retournées séchaient au soleil haut. Les plants, eux, doucement gansés de terre poudreuse, étalaient en grande aise leurs larges feuilles.
C'était plaisant, un peu bruyant sans doute, mais, casquée  conventionnellement, j'avais grand plaisir à accompagner ce mouvement.
Pour le même résultat, il en aurait fallu, des coups et des coups de ma petite sarclette...

Olivier est très fier de ses machines. C'est un homme, quoi, qui met son orgueil dans la mécanique. Tel qu'il est, pourtant, il me plaît, allez !
Ce joli motoculteur, il l'adore.
Il rosissait de plaisir, ou d'effort, en voyant la belle ouvrage rendue par son jouet favori.
Nous terminions la première série de rangées, parcourant en longueur chaque intervalle.
Il nous fallait ensuite quadriller le terrain dans l'autre sens, pour aller chercher dans les lignes l'herbette restante.
Vous voyez, j'en suis sûre, le topo.

C'est là que la courroie sauta. Aïe ! La machine secouée avançait pourtant jusque là vaillamment. Olivier sautillait derrière elle, transpirant à grandes eaux, mais bien arrimé aux poignées.
Ce petit contretemps ne semblait pas trop gênant. Une courroie qui saute hors de la gorge de sa poulie, ça se remet en place, normalement, assez aisément.
Il fallait démonter un cache, et pour cela, regagner notre petit atelier maison.
Concédant au sort malin ce petit contretemps, nous regagnâmes la ferme, retenant la machine dans la descente entre le jardin et la cour.

Nous démontâmes le capot, sans mal, puis la roue, pour plus de commodité.
La courroie vrillée hurlait son désarroi, coincée entre l'arête de la poulie, et une tige filetée en dessous.
Olivier tirait, tournait, s'énervait gentiment, contre cette sale courroie qui lui résistait.
Je maintenais la machine penchée, essayant d'intervenir moi-même, sans  plus de succès.

- Appelons Antton, proposai-je.

Antton, mon frère, le mécanicien maison, si vous vous en souvenez.

Olivier ne voulait pas capituler.

 - Mais non, des courroies, je sais les changer ! Il me faut juste un outil.

Je voyais bien comment la moutarde lui montait au nez.
Des outils, à moins d'un mètre de lui, il y en avait toute une panoplie. Tournevis, pinces, clés, tout ce qui se peut trouver dans un atelier bien achalandé.
L'affaire commençait à durer.
Passant outre la fierté mâle de mon grand mari, je hélai mon frère, justement à portée.

Il s'approcha, se pencha, et extirpa, à mains nues, en trois secondes, la récalcitrante chiffonnée.
Tout aussi vite, il la remit en place, sagement engagée dans la gorge de la poulie.

Olivier marmonnait, vexé.
Je ne pus me contenir, effrontée que je suis :

 - Ah tiens, il l'avait, lui, l'outil !

Que voulez-vous, on ne se refait pas, et jamais je n'ai su résister à un bon mot, fût-il malheureux et déplacé.
Pour me punir, la malchance me grimaça son plus charmant sourire :
La courroie remise en place, nous nous aperçûmes, navrés, que le câble de traction avait lâché.
Il pendait, orphelin de son accroche à la poignée.
Mince ! un motoculteur à pousser, ce n'est plus la même histoire !
J'étais bien attrapée. Ma proposition de bidouiller une attache fut immédiatement et collégialement repoussée :
 - Ma machine est neuve, il faut commander le câble d'origine !




Allez... nous étions partis pour les grandes manœuvres, et je pouvais dire adieu à mes rangs de citrouilles parfaitement binées !

Je me retirai, bredouille, dans la cuisine fraîche, pour préparer le repas du dimanche.
La machine attend maintenant d'être réparée. Soit !

Ce matin, j'ai entrepris de finir ce travail :


















C'est plus long qu'avec la machine, évidemment, et bien plus fastidieux.
Mais bon, ça a son charme aussi, le sarclage au grand soleil.
On voit son travail, l'avant et l'après, n'est-ce pas ?
C'est calme et reposant.

Tout en soignant mes plantules, j'ai jeté un œil à côté de ma plate-bande.
Oui, en avant première de mon projet 2122, nous partageons déjà les terres d'Agorreta entre plusieurs jardiniers émérites.


A ma gauche,  Berra a semé ses citrouilles.
Mes méthodes d'éleveuse ont fait des adeptes.
La courge fourragère se propage et nourrit d'autres élevages.





Plus bas, celles du frérot le courroucé paraissent un tantinet chiffonnées.
Bah... elles pousseront et peut-être même leur départ différé les avantage-t-elles sous cette trop forte chaleur : moins de feuilles exposées, moins de pertes en eau.

Une petite émulation nous titille. Ces trois travées de citrouilles voisines ravivent nos fiertés légitimes à cultiver les plus belles.
Là encore, notre atavisme paysan nous tient, transposant nos orgueils dans nos talents de cultivateurs.




Sous le regard impassible et bienveillant de Mère-Rhune, nos vieux démons paysans de convoitise d'une terre à posséder sommeillent.
La terre d'Agorreta est dure et pierreuse.
Elle nous a nourris, pourtant, hommes et bêtes. Et continue encore.


Jusqu'au jour où elle nous couvera, celle-ci ou une autre, quand nous pourrirons dessous et la nourrirons en retour.
Nous serons alors rassasiés d'elle, tous, et nos démons s'assagiront peut-être.

Qui sait ?

Je vous retrouve plus tard. Je vais continuer mon ouvrage, le vent se lève et l'air est plus léger.