vendredi 9 juin 2017

ATAVISMES




Bonjour !







Le lever du jour est cotonneux, ce matin.
Les orages annoncés pour hier soir sont passés à côté.
Une petite averse, rien de plus, et un coup de vent mollet. Tant mieux ! Nous n'avons pas besoin d'essuyer les coups de colère de papa nature en humeur bousculeuse...

Les alertes météorologiques nous inquiètent outre mesure. Le danger annoncé nous fait vivre par anticipation une angoisse inutile, parfois.
Comment faire ? Ne pas avertir et risquer la colère des surpris, trop alarmer, et entendre le souffle des peurs réveillées sans raison...
Pas facile, non plus, comme métier, météorologue, n'est-ce pas ?
A chacun son lot de misère, allez !

A Agorreta ce matin même, une autre réminiscence ancestrale se joue sous mes yeux attentifs :






Bigoudi ne va pas tarder à être en chaleur.
A sa suite, Rubita, puis, Beltza.
Agathe, jeunette encore, a eu un mouvement la dernière fin de semaine. Je m'étonnai de ce rythme raccourci : une vache "tombe" en chaleur, (comme on "tombe" amoureuse) tous les 21 jours. Là, nous n'y étions pas. Nous en avons discuté avec Jean-Michel, mon patron, suffisamment attentif au bien-être de ses équipiers pour s'intéresser aux courbes hormonales de leur bétail. On n'en fait plus, des comme ça !

Mes trois grandes belles exultent leurs féminités en même temps, toutes les trois semaines, donc.
Comme dans ces bureaux où plusieurs femmes travaillent ensemble, leurs rythmes biologiques se calquent l'une sur les autres.
Remonté d'un passé ancestral où les femmes des tribus attendaient le retour des hommes partis loin chasser pour ramener la pitance, ce comportement aujourd'hui injustifié perdure, malgré nous.
Les "mâles" rentraient, victorieux du gibier rapporté, fécondaient toutes les "femelles" prêtes à l'être en même temps, et repartaient à la chasse. Assurant ainsi la survie des vivants, et l'avenir de l'espèce.
C'était efficace et opportun, alors.
Aujourd'hui, les mâles restent gentiment près des femelles, et les accouplements se pratiquent n'importe quand...
Pour ça non plus, il n'y aurait plus de saison !

Nous vivons quand même mieux, je pense, à pousser distraitement un caddie entre les rayons biens garnis de magasins agréables, plutôt que de courir derrière le mammouth... quand ce n'était pas...devant !
Remarquez, nous y avons perdu en musculature et endurance. Et oui !
Je ne suis pas sûre non plus de notre capacité à nous prêter à ces accouplements "utiles". A voir...

C'est la définition, dégrossie, à ma manière, d'un "atavisme".
Le mot en lui-même n'est guère séduisant.
Lourd, brutal, plat, il nous ramène au sol.

C'est bien son intention, à cet instinct figé d'un autre temps.
Nous empêcher de nous libérer, nous plaquer dans ces réflexes venus d'un autre âge.
Nous perpétuons sans y penser des méthodes culturales antiques et inappropriées.
Nous continuons de faire des réserves dans nos placards, comme si la nourriture manquait dans nos supermarchés ouverts 7 jours sur 7...

Ma défunte mère, paix à son âme, remplissait la grande armoire du grenier de bouteilles d'huile et de paquets de sucre en morceaux.
Entravée dans son histoire de réfugiée de guerre, elle gardait rivée au corps cette angoisse déraisonnable.
Le résultat de cette posture inadaptée, en dehors de son tempérament parfois agressif et souvent méfiant,  de sa tendance à se et nous nourrir trop abondamment, fut la coulée en lave irisée de ce mélange huile-sucre le long du mur de l'étable en dessous du grenier, pendant des années. Les bouteilles avaient craqué, suintant sur le sucre en dessous !

Je suis très attachée aux enseignements tirés de mon passé. Très respectueuse des forces puisées dans mes racines. (sic Lafitte).
Attentive aussi aux innovations, et réceptive aux évolutions de la modernité bénéfique.

Le tout, encore est toujours, étant de démêler, le bon grain de l'ivraie...

Je vous laisse ici pour cette semaine.
La nature exulte des pluies récentes.
Mes vaches font les folles...






mercredi 7 juin 2017

L'UNION FAIT LA FORCE




Bonjour !




L'aube s'enveloppe des ors de l'astre solaire.






Finalement, Mère-Rhune tire vers elle la couverture molletonnée des jours paisibles, où l'ambiance est au grand calme.
L'après-midi sera belle, après ce matin si tranquille.







J'ai fait le tour de ma petite logistique quotidienne. Bien allégée maintenant, je vaque sans presse.

Au jardin, mes citrouilles ont crevé la surface de la terre dans un seul élan.
Les pluies et petites pointes chaudes des jours derniers leur ont été tout à fait favorables.
Je me rends compte que mes rangs sont un peu serrés. Le motoculteur va être presque trop large pour passer entre. Atchh...
Il n'y a plus qu'à espérer que cette densité  les aide à couvrir le terrain plus vite que les mauvaises herbes, pointant elles aussi le bout de leur nez.
On le dit bien, l'union fait la force ! A suivre...

Dans le temps, on avait tendance à enfoncer la graine en profondeur. Un trou d'une bonne trentaine de centimètres, une fourchée de fumier bien décomposé, une couche de terre fine, puis deux ou trois graines, et enfin une chape épaisse de terre toujours légère par là-dessus.
La graine enflait de son espérance vitale depuis ces profondeurs sombres, le germe se frayait le chemin, lentement, et, après ce parcours laborieux, perçait enfin au grand jour. Pour vaincre, il fallait lutter, fort et longtemps. La facilité était suspecte, dans nos modes paysans...

Depuis, les vues ont changé. Les miennes, du moins.
Je considère la fatigue inutile comme une perte d'énergie stupide.
Je préfère, et de loin, maintenant, la chose avancée fluidement.
M'épargner la peine et garder le plaisir est devenu mon credo !

Je sème mes citrouilles à deux ou trois centimètres de la surface, dans une terre bien fumée de l'automne, sans labour. L'amendement travaille à enrichir la couche supérieure de la terre, celle-là même où j'installe douillettement mes graines.
Enfouir le fumier hors d'atteinte pour les jeunes racines de la plantule, au moment où elle a besoin d'aide,  ne me semble pas profitable.
C'est une petite révolution dans les pratiques agricoles d'Agorreta, et mon vieux père ne se prive pas de contester mes méthodes, tout en gardant l'esprit suffisamment ouvert pour en reconnaître les succès. Non, mais !!

Dans la même idée, j'ai cette année choisi de congeler l'ail et l'oignon en frais, au lieu de le faire sécher pour une conservation traditionnelle au grenier.
J'en retire les saveurs insolentes d'un printemps parfumé, quand les bulbes desséchés perdent beaucoup de leur fruité.
A chacun sa manière, n'est-ce pas ?

Je garde bien en tête que notre passé nous fonde, et que l'on peut utilement s'y appuyer.
Je ne jette pas les méthodes ancestrales aux orties, loin de là.
Je veux juste les dépoussiérer, respectueusement, et les améliorer, si possible.
La modernité n'est pas pernicieuse, tout de même. Nous sommes bien contents d'utiliser les machines, au lieu de tout faire à la main, me semble-t-il...

Vivre, c'est savoir changer, évoluer avec son temps. Se tourner vers l'avenir et ne pas se laisser figer dans un passé révolu.
S'accrocher à hier, c'est se tenir sur une branche morte, à mon idée.
Quand le tronc est bon, on peut s'y fier. Mais de là, s'élever, en gardant les bons appuis.
Parce-que, comme le dit justement cet autre, dans un arbre, plus on grimpe, plus les branches sont fines... Tellement vrai !

Tout est question de justesse et d'humilité, ici aussi.
Les spirales mauvaises nous enfoncent et nous isolent de la marche d'un monde mouvant.
Il faudrait savoir sortir la tête, et tourner le regard vers le bon horizon, sans se tromper.

Notre monde est vaste, et les sollicitations nombreuses.
Là encore, il faudrait pouvoir trier, et le faire judicieusement.

Voyez ce "Ternet" : on peut y partager vite et loin ses idées et ses instants signifiants.
Il faut pourtant savoir éviter de se laisser prendre par les chimères artificielles et empoisonnées d'un monde virtuel, bien trop frénétique, complètement fabulé.

Je développerai plus tard, si l'envie m'en tient.

D'ici là, laissez-vous baigner dans la douceur de cette journée amicale, comme le fait mon vieux père, dans sa grande sagesse...




lundi 5 juin 2017

DES CITROUILLES ET DES HOMMES



Bonjour !



Avec tout ça, je ne vous ai pas parlé de mon semis de citrouille, lundi soir.

Souvenez-vous, lundi matin, la semaine dernière, sur Hendaye, il a plu.
Une pluie légère, têtue et persévérante. Un véritable bienfait pour les terres asséchées.

Vous vous rappelez aussi comment j'étais sur la ligne de départ, genou plié et jarret tendu, prête à bondir au premier signe favorable, pour semer mes citrouilles.
Ces citrouilles, fourrage un peu inusité pour mes vaches en hiver.
Je ne suis pas l'innovatrice de cette idée peu courue. Avant moi, Ttote de Telleri, un autre Ttote (Joseph), de valeur aussi, avait initié le concept : un champ de courges, cultivées en fourragères pour nourrir les bêtes l'hiver.

La culture de la citrouille a ceci de bien commode qu'elle ne demande pas grand suivi.
Elle se ramasse sans trop de peine, et se conserve honorablement jusqu'en février.
Elle amène au grenier sa belle couleur chaude orangée, et sa chair ferme et fruitée nourrit parfaitement mes vaches.
Elle s'offre bien, s'apprécie et se partage.

Loin des heures de sarclage exigées par la betterave, notre citrouille fourragère se jette hors de terre dans un élan si vif, que ses larges feuilles vites déployées couvrent le terrain avant que la mauvaise herbe ne l'étouffe. C'est une course de vitesse, une affaire de survie de l'espèce, tramée sous yeux dans nos jardins, à qui sait les regarder.
La plantule cultivée lutte contre l'adventice, la première à capter la lumière a gagné !

La courge est rapide, au démarrage, si les conditions météorologiques lui sont favorables.
Elle demande pour germer chaleur et humidité.
Là, avec la pluie de lundi dernier, les ensoleillements ardents des jours avant, nous y étions, exactement.
C'était le moment !
Attendre, et nous risquions avec d'autres pluies l'amollissement de la terre. On ne sème pas dans la boue, on ne travaille pas des mottes lourdes et collantes.
La saison avançant, il ne fallait pas non plus trop tarder.
Je vous le dis, ces semailles, tous ces travaux paysans, c'est affaire de bon moment, souvent.

Lundi, mes deux frères préposés aux tâches mécaniques dans le potager travaillaient.
Quand ils rentrent, le soir, ils aiment s'attabler, apaiser une faim légitime, et se détendre en bavardages légers après le dîner.
Pas se jeter sur les tracteurs, pour préparer la terre, au soleil couchant...

De mon côté, avec mes oreilles trop sensibles, les vrombissements tonitruants de nos petits moteurs agricoles m'indisposent.
En plus, même si j'ai grande foi en mon adresse mécanique, mes compétences en la matière sont controversées. Dans ma nouvelle optique, attentive aux appréciations de mes semblables, je tiens compte de tous les avis, même, et surtout !, contraires aux miens propres.

J'avais besoin d'eux. Ils avaient envie de repos.
Une petite controverse se dessinait autour de la table d'Agorreta.

Forte de mes récentes observations et résolutions, je décidai (oui, quand même, je peux encore, pour moi, décider !), de ne pas imposer.
Imposer, c'est risquer de ne pas voir adhérer, et même, parfois, braquer. Totalement improductif et contre efficace. Quand un projet joliment amené et bien porté a les meilleures chances de dépasser ses initiateurs !

Je parlai de cette pluie si bienvenue, de la terre toute prête à ce moment précis à être ensemencée, de ce créneau unique et peut-être perdu à jamais si on n'en saisissait pas à l'instant même l'opportunité. Le paysan travaille avec la nature,  et la nature peut se montrer capricieuse...
Elle est comme mon tempérament, elle passe vite de la douceur bienveillante à l'agressivité piquante.

Beñat, lui aussi très sensible à ces variations d'humeur, se méfie de mes "impulsions", comme il les appelle. Il n'aime pas être bousculé dans ses plans, et ses plans, pour ce soir là, c'était un petit tour en ville, puis, sûrement, un peu de télé, et la bonne nuit par derrière.
Pas tellement l'attelage de notre "trois rangs" à son Karraro, puis le traçage des dits rangs, derrière le "rotovatorage" d'Antton, au volant du Ttiki-Haundi maison.
La préparation du sol pour mon semis de citrouille demande tout ça, et oui...

Antton, lui, plus conciliant, décida derechef, de prendre les choses en main. Oui, lui, il décide, il n'a pas pris mon tournant, pour le moment.
"On va faire ça ce soir", résolut-il, en gobant sa part de gruyère tel l'oie avalant la limace entière.

Pour le coup, tout le monde suivit, mon vieux père le premier, et nous sortîmes dans l'air paisible du soir.
Sur les hauts d'Agorreta, les tracteurs se suivaient en une chorégraphie gracieuse et bruyante.
Je "chaussai" mon casque anti-bruit, déposai religieusement les graines dans les sillons accueillants.
Les garçons avaient fini leur ouvrage.
Beñat, emporté par l'élan, se proposa même pour recouvrir mes semences, avant la pluie promise par les nuages chevauchant le Jaïzkibel. Quelle abnégation !

Finalement, il ne plût pas, ce soir là.
Je pus dans le crépuscule paisible garnir tous les rangs, confiant à la terre mes graines et leurs espérances.

Déjà, ce matin, les rangs de maïs pointent leurs cornets impertinents.
Les citrouilles viendront vite aussi, en principe, étaler leurs cotylédons au ras du sol.

J'ai la foi. La foi en la nature amie. La foi en cette fraternité où nos forces unies mènent au dessus de nos paresses et de nos hésitations.

Je vous montrerai évidemment les images de mes semailles, quand elles seront suffisamment levées pour être regardées.
Là, nous en sommes encore à les espérer...

Il faut commencer par là, n'est-ce pas ?

A plus tard...



PENTECOTE


Bonjour !

Ce lundi de Pentecôte nous parle d'une côte pentue à monter...
Mes restants de catéchisme s'effritent et se délitent comme la lueur solaire de ce matin.







Dans ces nébuleuses fantasmagoriques se révèlent les beautés fugaces d'un irréel perdu par nos rationalités trop restrictives.
Le prisme lumineux apparaît, magnifique et fugitif, quand d'ordinaire il nous reste inaccessible. 
Le monde n'est pas uniquement ce que l'on en perçoit de nos sens organiques. Il est aussi ces merveilles intuitivement devinées aux sensibilités plus libres...






Le monde peut devenir ce que l'on veut en voir, si l'on y croit assez fort.

A Agorreta, nous sommes des croyants un peu païens, mêlant divinités de la nature à nos aspirations.
Nos projets nous inspirent et nous portent allègrement.
La pluie douce pressée en averses plus drues de cette nuit imbibe les sols et rend possibles les promesses de nos graines confiées à la terre.

Des soutiens de qualités nous viennent aussi en aide.
De ces gens en responsabilité, purs et fiers, droits et résolus, comme il en est encore.

Nous nous méfions ici aussi des beaux discours et des éloquences trompeuses de nos politiques.
Pourtant, nous savons aussi démêler parmi eux le bon grain de l'ivraie.
La chance nous est donnée à Hendaye d'avoir pour maire un de ces hommes, discret et subtil.
Un de ces hommes pour qui la parole donnée signifie plus et mieux que tous les contrats de papier.

Sa visite hier nous a fait du bien.
Il a apporté du bon vin, et de ces "Muxus" fondants et parfumés. Les macarons classiques adaptés à notre terre particulière ont fait bien des heureux :

- Zer goxoak diren, a dit mon père, eztia bezala urtzen dituk aboan !

Comme c'est savoureux, ils fondent en bouchent comme du miel !

C'est tout à fait ça, oui, les hommes de qualité ont la douceur et la force d'un bon miel...

Bon lundi de Pentecôte à vous. Le soleil n'est pas loin.
Les derniers foins, ces pâturages laissés aux brebis jusqu'en fin d'hiver, seront abondants.




Alléluia !!







mercredi 31 mai 2017

AGORRETA : REFUGE ET PARTAGE




Re-Bonjour !


Je n'ai pas rempli mon quota d'une heure par jour d'écriture. Tout en me modérant, je ne vais tout de même pas me priver de plaisir !
Comme disait l'autre, il est urgent, justement, de se faire plaisir...
Je veux continuer de vivre avec intensité, sans incendie, mais avec feu.
Chanter à pleine voix si l'envie m'en vient, et pas timidement chantonner bouche fermée. Enfin, quand je suis à la ferme, évidemment, au plein air ou dans ma salle de bain où mes fausses notes de sourde sonnent juste à mes oreilles.
A la jardinerie, je sifflote, je chantonne, justement. Par convenance. Ce corset parfois trop serré !
Notre civilisation nous a un peu bridés, non ?
Se mettre à chanter en chœur, comme ça, paraît inopportun, et vous enverrait vite en camisole, quand, à mon avis, c'est tellement bon de chanter en compagnie. Voyez nos enterrements dans les églises basques. Voyez nos fêtes. Voyez la communion de ces chants lents et profonds. La joie de ces danses en groupes. Voyez le bien qu'ils font, le réconfort qu'ils apportent.

Le partage, c'est ça : porter à plusieurs les joies et les peines. Chanter ou pleurer ensemble.
Ensemble, c'est mieux réparti, plus facile à porter et meilleur à vivre.

Mon projet pour Agorreta est celui-là.
Faire de la vieille ferme un endroit où la vie redevient saine et simple.
Partager le fruit des connaissances, des observations, d'une histoire et d'un passé riche et long.

Comme on partage des graines et des plants, des recettes et des bonnes adresses.

Ce projet, je l'imagine partagé.
Avec la commune d'Hendaye, déjà, nous avons uni nos forces pour réaliser ce chantier d'aplanissement, de nivellement, de ces terres accidentées.
Nous pourrions continuer dans cette belle voie.

Agorreta dans le temps, c'était pentu, saccadé.
Cette "abrupteté",  cette rudesse originelle, mon frérot l'aîné travaille à l'aplanir, à la rendre plus douce.
Ce sera plus facile de travailler sur des terres larges et ouvertes.

Agorreta, à l'origine, c'était aussi des bois, de grands arbres serrés les uns contre les autres pour se protéger, ensemble et chacun.
Mes grands-parents et parents ont tout défriché, à la main, pour cultiver. A ce moment là, ils en avaient besoin.
Aujourd'hui, il est temps de rendre au paysage ses essences.

J'ai dans l'idée de retrouver ces grands arbres, de reboiser.
Je suis là dans le cœur de mon métier : planter des arbres.
Je vois bien ici des châtaigniers, des noyers, des cerisiers et des pruniers. Quelques néfliers, ces "mispira" presque perdus, mais pas tout à fait. Je vois bien des frênes, des chênes, que je ne pourrais qu'imaginer séculaires. D'autres viendront marcher sous leur ombrage, et cette seule idée m'encourage.
Je vois aussi dans le creux d'Arkatzetako zokua, le trou des acacias, un étang, entouré d'acacias, justement. Un large banc en demi-rond où venir reposer ses fatigues, en regardant la nage lente des carpes dolentes.

Je vois des petits potagers partagés, où les uns et les autres se retrouvent dans le calme, reviennent à la terre comme on reprend racine.
Là aussi, je suis dans mon cœur de métier. Qui mieux que ceux d'Agorreta connaissent la terre d'Agorreta ? Qui mieux que ceux-là sauront où planter quoi ? Laisser à la terre remuée le temps de se fonder. Revenir à ces endroits où telle plante pousse au mieux et éviter de forcer la nature.

Je vois des gens perdus dans le béton revenir à eux, retrouver les odeurs chaudes d'une petite étable traditionnelle, caresser comme je le fais le flanc d'une vache placide et apaisante.

Voyez, je vois ces choses, et cette vision m'emplit de bien-être.
Ce bien-être à partager. Comme on partage généreusement une connaissance, la mettant en lumière.
Pas une connaissance donnée en pâtée en libre-service. Ca, Internet s'en charge bien mieux que moi !
Non, une connaissance distillée avec parcimonie et justesse, livrée comme on sort une paire de draps brodés d'une vieille armoire, pour en faire caresser le fil.
Le profane autorisé à entrer à l'ombre du temple, avec respect.

Les connaissances jalousement gardées ne servent à personne : ni à ceux qu'elles ne visiteront jamais, et surtout pas à ceux qui les couvent inutilement comme ma poule glousse couve les œufs clairets.

J'ai observé, longtemps. J'ai appris, un peu.
Je veux maintenant essaimer ce que j'ai retenu de bon, comme je donne des graines anciennes pour qu'elles aillent largement pousser ailleurs.
Ces graines capables de redonner du plant qui lui-même donnera de la graine.
Bien loin des sophistications hybridées des semences productives, certes, mais stériles.

L'homme s'est un peu perdu, emballé.

Il est grand temps de revenir à l'équilibre et à l'harmonie.
Mon modeste projet n'est qu'un tout petit caillou dans l'édifice à bâtir.
Il est à ma portée, je crois.
Je l'espère.
Je vous le livre lui aussi en partage, pour mieux le porter, ensemble.

Là, ça y est, l'heure est passée.
Je finis ici, et vous retrouve semaine prochaine !




mardi 30 mai 2017

ACTUALITES EN IMAGES




Bonjour !

Ce matin, quelques images du jour :





Enfin, celle-ci, c'était hier soir !
Le soleil ne se lève pas sur le Jaïzkibel, non, non, non...
Les choses sont restées à leur juste place, ne vous en faites pas !!




Ce matin, il se faisait oublier, ce grand soleil impérieux.
C'est moins spectaculaire, comme vue, Mère-Rhune chapeautée de nuages, peut-être, mais tellement reposant après ces journées trop ardentes, n'est-ce pas ?






Au potager, mes petites plantations respirent d'aise et de fraîcheur.
Les dispositifs anti-oiseaux sont mis en place : on le sait, l'adversité est partout, en ce bas-monde. Il faut veiller !
Quelques vers gris souterrains se sont attaqué aux collets de mes plantules de laitues.
L'expérience en aura sacrifié quelques unes, mais les autres, aguerries d'avoir senti passer si près la lame de l'épée, ne s'en montreront que plus vaillantes.
Les traumatismes de nos jeunes années peuvent être une chance, quand on apprend à les surmonter...





Les poiriers croulent sous les promesses de fruits.
Emportés par leur orgueil, ils risquent  la brisure des branches trop ployées.
Là encore, il va falloir modérer : éclaircir, ou étayer. Veiller, toujours...
Pallier la démesure et préserver des excès !
J'ai appris à faire, juste à temps, je l'espère.









Dans le poulailler d'Agorreta, le spectacle de nos vies humaines s'illustre en plumes.
Vous vous souvenez de ma poule placide isolée pour la préserver des attaques sanguinaires de ses jeunes colocataires.
Je l'ai remise en société, depuis peu, et tout semble se passer bien.
Par contre,  la grise, emportée par un imaginaire passionné, est devenue glousse. Je n'ai pas de coq. Il ne peut pas y avoir de poussins. Agorreta reste Agorreta, pas Lourdes : il n'y aura pas de miracle, ici...

Les œufs à couver, elle les a inventés dans son cervelet outragé.
Elle reste là, à longueur de journées, oubliant presque de se nourrir, obsédée à la tâche.
Je la fait descendre, doucement, quand je viens le matin les nourrir, et le soir ramasser les œufs, bien réels, ceux-là, pondus par les quatre autres, plus raisonnables, elles.
Elle glougloute sa colère, mais va picorer quand-même. La volaille est une bête, elle n'oublie jamais tout à fait l'instinct de survie...

Un autre instinct en image, c'est ma mini-meute aux aguets. Ils voudraient bien croquer une poule, un moineau ou une tourterelle sauvage.  Assouvir cet atavisme de fauve chassant pour se nourrir, quand eux, ils ont tout à portée.
Je vous l'ai dit, ma Bullou est capable de braver tous les dangers, quand elle pourchasse un oiseau. Elle, pourtant si poltronne !

Je vous le répète, nos passions nous portent haut,  au delà de nous-mêmes, mais trop loin, parfois.





Ma Bigoudi et ses filles, elles, ruminent placidement dans leur aire au fond de l'étable.
Elles se couchent au sec, grappillent le foin dans les râteliers, avant d'aller brouter dans le pré.
Au soir, je les rentre et leur distribue une ration gourmande à leur place, dans la vieille étable, pour leur garder en tête leur place d'hiver.

Cette routine parfaitement rôdée maintenant les satisfait pleinement.
Loin des turbulences de l'année dernière, elles vivent leur vie paisible de vaches tranquilles.

Les regarder me fait du bien.
Leurs mouvements lents, leurs flancs longs et leurs regards sereins tempèrent en moi les ondes d'un tempérament parfois trop vif.
Je vous l'avais prédit : Bigoudi, c'est un baromètre fiable, et un médicament sain.

Je développerai ces observations attentives, une autre fois.

A plus tard !

lundi 29 mai 2017

FAIRE CONFIANCE AUX ANGES



Bonjour !

Après ces journées poisseuses où l'humidité dans l'air torride pesait sur nos organismes comme une chape oppressante, la petite pluie, légère et silencieuse, discrète et apaisante, nous ramène à des latitudes bien plus agréables.
Il était temps, là encore !
Moi, avec le sang alourdi par la pression atmosphérique pulsant dans mes oreilles vite alarmées, je supportais très mal !

La cyclothymie n'est pas que dans ma tête, elle est aussi dans la nature, depuis toujours.

Nous sommes l'infime de ce grand tout, et subissons les mêmes lois. Il nous faut l'admettre une bonne fois, et nous en arranger au mieux.
Nos tempéraments sont doubles, multiples, même, et nous sommes plusieurs à la fois, dans la même personne. Non, non, ce n'est pas de la schizophrénie, c'est le résultat d'un demi-siècle d'observation.
Les enseignements retirés de cette observation, je voudrais en profiter, d'abord, et les partager.
Ce projet d'Agorreta-refuge dont je parlais dans ma dernière chronique, je n'en verrai peut-être pas l'aboutissement. Il s'enlisera peut-être dans le marais de toutes ces entraves dont nous, humains tourmentés, sommes les meilleurs vecteurs.
Pourtant, si l'on essaie pas, si on n'y croit pas soi-même, alors, qui le fera ?

Je persiste et persévère.
Je ne ferai pas de cette idée un combat forcené. Plus maintenant. J'ai appris les dangers de mes excès, à mes dépends. La peur de subir encore la colère organique de mes nerfs trop sollicités me sert de garde-fou.
Je ne vais pas devenir autre pour autant.
J'ai parlé d'apaiser les petits chevaux emballés, de les tenir loin des morsures nerveuses des rats sortis de leurs terriers, excités par ces mouvements désordonnés.
Jamais de les brider, de les contenir enfermés et de faire taire leur fantaisie.
Cette fantaisie, je la veux, je n'y ai pas renoncé.

Agorreta me survivra sans doute, survivra à mes projets et continuera sa route.
Pourtant, si de mon passage entre ses vieux murs il devait rester quelque chose, je voudrais que ce soit ça : l'idée d'un endroit où retrouver le plaisir de vivre plus léger, de se sevrer de ses démons et de laisser voleter les anges...

Je suis dans cette passe. J'espère être bonne élève de mes propres théories. Mauvais professeur, celui qui n'a pas expérimenté le fruit de ses leçons !

J'ai envie maintenant de faire confiance aux anges, de croire en notre nature humaine, de la même façon que je crois en la nature autour de nous.
Je connais les démons, je les subis, comme tous.
Je les subis comme nous avons subi cette trop forte chaleur.
Les excès, il ne suffit pas de les repérer pour pouvoir s'en exonérer.
Il faut apprendre à faire le dos rond, à se préserver au mieux.

Nos tempéraments compliqués, nos humeurs troubles et excessives parfois, je ne les changerai pas.
Je les intégrerai, mieux, si j'apprends bien.

La vie est tellement plus agréable quand on choisit d'en cultiver le meilleur.
Il faudrait savoir faire taire les méfiances, les peurs, les colères.
Les apprivoiser et les apaiser, les rendre vivables.
Faire une force de notre faiblesse admise.

Je suis dans cette visée là.
Comme pour Agorreta-refuge, le chantier est vaste, et il sera long.

Et alors ?
D'autres viendront après moi, comme beaucoup ont commencé avant.
Chaque pas dans le bon sens rapproche du but.
Le tout est de décider de prendre la bonne direction, de casser les spirales mauvaises et destructrices.

La pluie tombe, doucement, comme un bienfait.
Les maïs asséchés devenaient bien trop vulnérables aux vers qui commençaient à ronger leurs pieds en souffrance.
Cette pluie va les faire bondir, durcir leur tige et les rendre trop dures pour être mangées.

Moi, je vais après la pluie, semer mes citrouilles.
Ces citrouilles partagées comme une belle amitié.

Je vous retrouve plus tard.