mercredi 21 décembre 2016

RODOMONTADES ET REDONDANCES



Bonjour !

Je reviens à ces mots. Rodomontades et redondances.
J'aime les mots. Et je suis attentive à ces petits espiègles. Ils vous jouent des tours. Comme ces petits chevaux sauvages dont je parle souvent.

Ils viennent à la lisière de votre conscience, s'agitent en ombres chinoises lutines pour vous appeler, et se dérobent, les bougres !
Je l'ai sur le bout de la langue...  Ça n'est pas tellement sur le bout de la langue, que je les sens quand ils viennent ainsi danser à la limite de ma connaissance.
C'est dans cette frange mal éclairée et attirante, où s'agitent ces choses dont la silhouette confuse promet sans paraître tout à fait.
Je suis très attirée par cette zone pas franche. Cet entre deux mondes où tout devient possible et rien n'est figé.
Comme les couleurs encore en potentialités de mon Agatte.
On ne sait pas ce qui va en sortir !
Quand je cherche ainsi des mots, quand ils se présentent comme des farfadets au bord de l'étang, j'aime à les laisser venir à moi.
Ceux que je connais mal, ceux dont le sens ne m'est pas familier, je les adore !
Ils me parlent de contrées imaginées, dont j'ai entendu parler, il y a longtemps, de paysages lointains et étrangers.
Un exotisme tentateur me les fait désirer.

Je ne m'inquiète pas de les utiliser à toujours bon escient.
Je fais confiance à la magie des significations cachées.
Quand un mot me vient à la place d'un autre, je sais qu'il n'est pas apparu là tout à fait par hasard. Une association diffuse me l'a amené. Nos neurones sont de petits chevaux fiers et rapides. Leur course paraît désordonnée, parfois, et pourtant, leur instinct les mène mieux que toutes nos tentatives de raisonnement.

J'aime laisser les mots se placer à leur fantaisie dans mes phrases. Je cherche ensuite ce qui les à amenés jusque là. Bien souvent, là où je ne "voulais" pas, précisément, il y a avait une coïncidence opportune.

Ce rodomontade,  venu à la place de redondance, il avait aussi son rôle dans la partition.
Pas celui auquel je m'attendais : et alors ?

Ces surprises nous donnent plus à apprendre de nous-mêmes que toutes les introspections laborieuses.
Là où la recherche s'échine, le lapsus révèle.
C'est bien de révélation qu'il s'agit : cette découverte par surprise qui montre quelque chose à laquelle on ne s'attendait pas.

Les mots marquent notre langage et émergent de nos consciences pas toujours en éveil.
De ce demi-sommeil nous arrivent les enseignements les plus inattendus et les plus précieux.
Je vous ai dit déjà je crois, comment les meilleures idées me venaient à la berge du premier sommeil, au plus profond de la nuit.
La réalité se teinte à ce moment d'un mystère tiré de ce monde endormi où s'ébattent nos certitudes malmenées de nos intuitions muselées par le grand jour.
Il faut, je le crois, savoir laisser passer ces mystères, les laisser affleurer en éloignant la trop grande clarté de nos certitudes diurnes.

Mes mots manqués disent mieux que ceux qui se rangent bien dans leurs cases propres.
Je les considère avec grande attention, comme les indices précieux qu'ils me paraissent être.

Les mystères de nos connections cérébrales sont cousins des mystères universels.
Et tout aussi intrigants et intéressants.

Tous ces mots que j'aligne dessinent une trame. La confusion n'y est pas écartée, au contraire.
Tant rien n'est limpide en ce bas-monde...

J'arrête là pour cette fois.
Je ne voudrais pas sembler initiée. Je suis ignorante. Humblement ignorante, mais, grâce à cette ignorance reconnue, justement, toute perméable à la découverte.

Retrouvons-nous bientôt, quand je serai revenue de mes errances !

lundi 19 décembre 2016

RODOMONTADES : FAUSSES BRAVOURES ET FANFARONNADES


Bonjour !


En cette fin d'année, l'activité se fait dolente.
La période est au repos, à la trêve, avant de redémarrer la nouvelle année.

J'ai toujours aimé ces moments.
La période des fêtes de fin d'année, dans mon jeune temps, à Agorreta, mêlait les activités de "cochonailles", la visite de nos cousins de Bordeaux, les vacances scolaires et autres changements dans nos rythmes habituels.
L'hiver, dans les fermes, ces fins d'années, comme ailleurs, les journées sont  plus courtes.
Les travaux en extérieur plus réduits, forcément. 
Les récoltes sont rentrées, les bêtes restent à l'étable. 
Nos cousins de Bordeaux venaient fêter Noël avec nous. 
En dehors des estivants, l'été, c'étaient nos seules visites. 
Nous nous réunissions autour de la grande table, parlions, rions, chantions et dansions aussi, parfois.
Je me souviens avec quelle ferveur le cousin René aujourd'hui disparu, reprenait les chansons d'Adamo, debout, les yeux fermés.
Sa conviction faisait plaisir à voir !
Au fil des ans, au fil des mariages et de la constitutions de nouvelles petites familles, satellites détachés du noyau-mère,  les Noëls à Agorreta se sont dépeuplés.
Il y a eu même des Noëls en tête à tête avec mon père.
Ma foi, ce n'était pas déplaisant, non plus.
Toutes ces réunions familiales ne me réussissaient pas toujours !
Cette année, nous fêterons Noël en petit comité, et bonne compagnie. 
Les uns et les autres se réuniront aussi, sûrement, et les seuls échos de ces convivialités nous réjouiront.
Chacun fera à sa manière, et que tout le monde soit content !

J'aime aussi cette période de fin d'année pour cet état d'esprit particulier de fin, justement.
Pour cet esprit de finitude, d'aboutissement, de repos après un parcours achevé.
Je suis plus à mon aise à la fin qu'au début, quand tout reste à découvrir, et à faire.
Une fatigue par anticipation me prend d'avoir à recommencer, repartir, sur un nouveau cycle.

Je ne manque pas d'enthousiasme pourtant, et, quand quelque chose se présente en projet à mon horizon, je m'y attelle, derechef !
Serait-ce une surréaction à ma paresse cachée ? Se jeter ainsi dans l'action pour en finir au plus vite, et retrouver devant soi une plage sans rien à entreprendre ?
La finitude finale, notre mort à tous annoncée, comblera-t-elle seulement cette aspiration coupable ?

Je ne sais pas. Personne ne sait. Je me méfie : après cette vie, n'en vient-il pas une autre ? Ici ou ailleurs ? Sous quelque forme inédite ?
Ces cycles partout recommencés ne sont-ils pas notre espérance et notre tourment ?
Voulant croire qu'un jour, tout finit et s'arrête, nous leurrons-nous par peur d'un temps sans fin ? 
Cette perspective d'un temps sans fin, de cette charge de vie toujours à porter, nous paraîtrait-elle effrayante ?
Ne nous cherchons-nous pas des limites pour ne pas succomber au vertige d'un temps sans début ni fin, comme nous ne supportons pas la vue d'un espace sans horizon ?
Souvenez-nous, mon affaire de clôture : encore une aire de jeux à explorer !
Je me le demande...
Et personne pour me donner la réponse !

J'ai utilisé dernièrement ce terme de "rodomontade", croyant dire quelque chose du genre de résonance, redite ou remontée.
Après avoir demandé à Gegel, j'ai vu qu'il était là question plutôt de roucoulade en bravade, du genre d'un pigeon qui bombe le torse pour impressionner le rapace qui lui fait une peur terrible.
Une histoire de fanfaronnade, de fausse bravoure. 

Tous ces mots jetés ici, tous ces questionnements, que sont-ils d'autre ?
Du bruit pour meubler un silence insondable.
Des signes et des simagrées pour tenter démystifier le grand mystère impossible à lever.

Je trouve bien naturel et légitime d'être impressionnée et effrayée par ce vide hors de portée de nos pauvres esprits humains.
J'y puise le fondement de cette humilité acceptée dernièrement.
Sentir ce qui ne s'explique pas, avoir une intuition et jamais de preuves, est chose déstabilisante, en effet.

Et bien, moi qui expérimente à mes dépends les vertiges d'un équilibre précaire, je devrais pouvoir m'y faire, à cette posture là !
Apprendre à rester sur un fil mince et ténu, sans se laisser happer par le vide autour et dessous.

Funambule, tiens, quand adolescente, j'étais somnambule.

Bah ! si j'aimais le champagne, tout ça finirait en bulles, légères et éphémères.

Le temps ne nous appartient pas. Mais le moment est à nous, n'est-ce pas ? Alors...

A une autre fois !



samedi 17 décembre 2016

PETIT MATIN A AGORRETA



Bonjour !

Pour aujourd'hui, revenons aux quotidiens d'Agorreta.

L'affaire du moment, c'est le sevrage d'Agatte.


Cette image date de la fin d'été.

La fille de Bigoudi, huit mois et près de 400 kilos, n'a plus besoin d'être nourrie au lait.
Sa mère en produit pourtant encore, et aime ce moment de partage avec sa fille.
Pourquoi les priver l'une et l'autre ?




Là, c'était ce matin. La fille est bientôt aussi grande que sa mère.
La qualité de mes clichés ne va pas en s'améliorant. Mon étable n'est pas un laboratoire photographique !
Ne m'en veuillez pas de vous présenter des images aussi tachetées. Vous pouvez néanmoins vous faire une idée, n'est-ce pas ?

Je  laisse mes deux belles organiser progressivement leur détachement réciproque.
J'espace les fréquences des tétées, à leur rythme. 
Agatte réclame à chaque repas, matin et soir, sans grande conviction si elle a eu son content la fois précédente, mais, des fois que, sait-on jamais...
Bigoudi ne relaie pas les demandes de sa fille à chaque fois. Plus raisonnablement, elle se met à meugler de concert, lorsque son pis se remplit suffisamment pour lui faire éprouver son poids.
Pour le moment, nous en sommes à une tétée toutes les trente-six heures, environ.
Mes bêtes ne regardent pas l'horloge !
Quand je suis à la ferme, quand elles me voient passer à portée, évidemment, elles font le rapprochement avec leurs repas et pensent à revendiquer.
Quand je travaille, elles ne me voient pas dans leur champ, elles oublient de réclamer, et se tiennent tranquilles.
Comme souvent, l'occasion suscite un désir sans besoin réel...

Ce matin, nous étions au bout de ce temps des trente-six heures.
Quand elles m'ont entendue marcher dans le grenier au dessus d'elles, Agatte et Bigoudi ont senti l'appel l'une de son ventre, et l'autre de son pis.
Mère et fille ont commencé leur concert.
Je me suis hâtée de descendre, pour nourrir tout ce petit monde.

Tous les matins, le même rituel, les mêmes gestes animent la vieille étable tirée de la nuit.
J'éclaire, enfin, la lueur timide de la faible ampoule écarte doucement la nuit, à peine, pas trop.
J'ouvre la grande porte en regardant le ciel.
Les vaches se lèvent, s'étirent, tournent la tête vers moi.
Je distribue les rations préparées la veille.
Bigoudi d'abord, Beltza, Rubita et Agatte ensuite. Dans l'ordre.
Agatte s'agite, se demandant si je vais la libérer, si elle va pouvoir aller chercher le bon lait de Bigoudi, ou si ce n'est pas pour cette fois !
Il ne faut pas tarder, passer le V de la chaîne dans la boucle en prenant garde de ne pas se laisser coincer un doigt quand la bête tire sans préavis.
La chaîne tombe à terre, surtout, ne pas rester sur la trajectoire ! Se plaquer dans un angle protégé, pour éviter la presque demi-tonne d'Agatte bien décidée à rejoindre sa mère au plus vite !
Ces deux là ne perdent pas de temps. Agatte se colle au flanc de Bigoudi. Elle a grandi maintenant, et elle la pousserait presque. 
Elle tète voluptueusement, efficacement. Le pis renflé de Bigoudi se vide à vue d’œil.





A côté, Beltza et Rubita ne se laissent pas distraire de leur mangeoire. Ou alors, à peine...



Agatte a terminé de boire.
La panse repue, elle s'intéresse aux actualités locales.








Guillerette, elle esquisse un petit trot lourdaud. Elle est belle, Agatte, lourde et massive, déjà.
Avant de s'intéresser à sa ration distribuée à sa place, elle jette un œil en direction de la porte du fond, se rappelant sans doute que par là derrière, il y a sa prairie. Mais là, elle sent la noirceur et l'hiver, elle se détourne. 

Voyez sa couleur, enfin, imaginez, entre les tâches :




Elle est noire et fauve, cumule les couleurs familiales et les garde toutes en réserve pour le moment. Une mine de potentialités où faire son marché s'offre encore à elle. 
Galzerdi, rousse au départ, est devenue maintenant noire.
Nous verrons bien comment virera Agatte.

Les élevages nous apprennent que rien n'est joué d'avance. Que les choses se proposent, se dessinent, et se trament en une harmonie hors de notre entendement.

Nous avons le loisir de les observer, et d'en tirer un ou autre enseignement, peut-être...






Bigoudi allégée reprend le cours de son râtelier garni.

Je m'occupe de rafraîchir les litières, d'enlever les souillures et de dispenser un paillage frais et confortable.





Je pousse ensuite jusqu'au poulailler endormi pour nourrir les volailles encore perchées.
Elles aussi s'intéressent vivement à moi, quand je leur amène leur pitance.




Retour dans l'étable. Les vaches tranquilles tirent le foin, et mâchonnent en cadence.
Tout est calme. L'ambiance y est apaisante.
J'aime ce moment. Regarder les bêtes soignées, partager leur contentement, et ressentir cette paix simple et profonde. Une plénitude sans prétention, toute simple et authentique.






Dans le grenier, ma provision de citrouilles s'amenuise.

Je prépare les bols pour la distribution du soir.

Une visite à mon père, tout va bien. Bullou saute dans le fauteuil de la chambre, près du lit, pour refaire un somme de fin de nuit, aux côtés de son maître.

Je garnis le poêle à bois, vérifie l'intendance domestique pour la journée.
Un dernier coup d’œil partout, la tournée des volets à ouvrir sur la journée à venir, un café rapide et me voici en route pour la jardinerie.

Mes deux mondes, deux univers différents et pourtant connectés. 
J'aime cette sensation de vivre deux vies, et de ressentir une passerelle solide entre elles.
J'ai besoin de mes deux mondes pour m'accomplir.

Voyez, mes petits matins sont comme les vôtres. 
Les mêmes gestes, chaque jour recommencés. Une danse rassurante et le temps fluide et amical qui s'égrène au travers.

Ayez une agréable fin de semaine chez vous, à votre manière et dans vos petits mondes à vous !

vendredi 16 décembre 2016

VIVRE, C'EST ÉVOLUER.



Bonjour !
Je continue dans ma série improvisations sur une phrase.

J'ai écrit plus haut quelque chose dans le genre de ce titre : vivre, c'est évoluer.
Encore une fois, ce n'est sûrement pas une remarque inédite et novatrice.
Je veux voir dans mes redites, répétitions et reprises, la consolidation d'une vérité difficile à saisir, et pourtant profonde.
Je veux conforter à ces rodomontades, redondances et échos multiples mes convictions.
Je ne suis pas très sûre du sens précis de ce "rodomontades".  Sa sonorité me plaît. Sa visite dans mes phrases est sûrement signifiante. Je vérifierai plus tard...

Partant de cette platitude pourtant profonde, (parce-qu'on peut trouver de la profondeur à la platitude !), me vient l'envie de développer, comme on dessine une mélodie à partir d'un thème de trois notes.

J'ai eu ce matin même la mise en pratique toute prosaïque de ma maxime.

J'ai fait l'inspection de mon stock de citrouilles.
Ces citrouilles nourrissent mes vaches en cette période de l'année. J'en ai suffisamment pour alimenter les rations jusque vers le milieu du mois de janvier, en principe.
La betterave, plus longue en conservation, prendra ensuite le relais.

La citrouille, toute bête puisse-t-elle paraître, vit.
Elle grossit, mâture, et continue son parcours, même détachée du plant qui l'a portée.
Idéalement, elle se conserve, plusieurs mois, à l'abri de sa peau épaisse. Sa chair orangée reste ferme et nourricière. 
Au moindre impact, elle accuse le coup. Elle est capable de cicatriser. Je vous en avais fait la démonstration sur l'hiver 2014-2015. La vache Pintta-Mona avait croqué la citrouille géante. Et la citrouille avait boursouflé une plaie pour préserver la chair en dessous.
Remontez, par là, vous trouverez. Sinon, croyez-moi sur parole !

D'autres blessures, moins flagrantes, plus sournoises, rongent la chair de notre citrouille vivante.
Une minuscule auréole s'arrondit ici ou là, une nécrose creuse la croûte dure.
Parfois, le mal vient de l'intérieur. On découpe une peau parfaitement saine, et, au mitan de la chair sans faille, une mollesse s'est installée. De ce point de vulnérabilité irradie une onde de pourrissement allant de l'intérieur vers l'extérieur.
Là, ce n'est pas l'environnement qui est en cause, ni les mauvais traitements. Non, le mal naît parfois bien avant, au sein de la fleur peut-être, ou de la graine même en dormance. On ne sait...

Notre citrouille vivante évolue, donc.
Comme elle, tout autour évolue aussi. Et nous avec.

Nous portons en nous les germes de notre parcours.
La génétique nous conditionne. Notre éducation nous façonne. Nos expériences nous maturent.
Nous sommes des citrouilles mouvantes et parlantes. Pensantes, accessoirement.

Ce que la citrouille est capable de cicatriser, nous devrions l'être aussi.
Les impacts, les blessures, les morsures, nous devrions savoir nous en remettre.
Je ne dis pas que c'est toujours facile ! Non, ça ne l'est pas. Mais c'est possible.

Ce qui  nous conditionne plus profondément, ce qui s'inscrit dans nos gènes et se transmet par notre sang, on ne peut pas le changer, le façonner autrement, l'ignorer et le laisser de côté.
Nous sommes comme nous avons été faits.
Nous pouvons le regretter, nous lamenter, et déplorer. Pourtant, nous devons bien faire avec !

   - Porqué no te han hecho à ti, de un metro oxenta ? disait l'autre.

C'est limpide et irréfutable.
Là encore, remontez plus haut pour les détails, ou passez en vous disant que cette allusion absconse est à mettre sur le compte de mes fantaisies difficiles à suivre.
"Absconse", je n'en suis pas très sûre non plus. Je regarderai, là encore, plus tard. 
Vous le savez, je laisse à la spontanéité toute sa place pour dévoiler des sens cachés...

Je suis moi-même depuis peu consciente de cette part de l'héritage familial, de cette génétique particulière. 
J'en suis fière, pour partie, et désolée, aussi.
Fière et gratifiée de cette ténacité, de cette résistance, de cet élan de vie qui court dans mon sang et dans celui des miens.
Désolée de ne pas être grande et élancée, comme d'autres le sont. Mortifiée de tomber à terre comme une patate jetée en l'air quand les vésicules de mes oreilles "s'anarchisent".
Chagrinée de ne pas être naturellement humble et bienveillante.
Peinée de ne pas savoir manifester tendresse et affection, aussi naturellement que je revendique brutalité et méfiance.

J'en prends mon parti, puisque je ne peux faire autrement.

Vivre étant évoluer, je tâche quand même, avec cette ténacité génétique et cette humilité récemment apprivoisée, d'amender ma personnalité.
Comme on amende une terre, pour corriger ses manques et la rendre meilleure, je prends le pari d'être capable de m'amender, moi.
De ne pas seulement exister, rester telle qu'on m'a fait, mais bien évoluer, changer, tendre vers la bonification de mes atouts et la rectification de mes manques.

Ah ça ! Ce n'est pas facile tous les jours !
Le naturel revient au galop. Les petits démons de nos personnalités têtues s'agitent et se démènent pour rester au centre du périmètre.
Et bien ! A nous de les apprivoiser comme on apprivoise une bête vive. De les tranquilliser, et de les parquer à leur juste place.

C'est une ambition comme une autre, dans une vie.
C'est celle que je choisis de suivre.
En étant curieuse de voir comment je m'en sors. Je vous prends à témoin.

Je vous retrouve plus tard, et vous souhaite une excellente fin de semaine à tous !


mercredi 14 décembre 2016

FUGUE EN SI MINEUR




Bonjour !

Aujourd'hui, ce sera une de ces petites fantaisies sans rime ni raisons.
Enfin, d'après moi, en prose cadencée et musicale, et d'une raison hors de nos normes, peut-être, mais d'une intuition aussi forte que les raisons les mieux établies !

Le ton est donné : ce sera comme cela me vient...

Nous approchons de cette période de fêtes de fin d'année. Ce moment où l'on tire des bilans, où l'on se rassemble, pour réaffirmer ses affections et partager des moments de tendresse.

Ces manifestations de tendresse sont raretés dans les parages d'Agorreta.
Je vous en ai parlé, déjà.
Je devrais dire, étaient, raretés, puisque maintenant, Dieu merci, l'arrivée des épouses et époux, des neveux et nièces, a dilué ce sang âcre et sombre.
Les autochtones d'Agorreta se sont ouverts au monde, et le monde a bien voulu venir apporter ses lueurs jusque là.

La culture basque traditionnelle ne respire pas la douceur et la tendresse.
La langue elle-même est âpre et rauque. Comme l'allemand paraît cinglant à l'oreille.
C'est ainsi.
Je sais bien qu'il est réducteur de généraliser, mais, objectivement, la langue et la culture basques ne sont pas empreintes de tendresse et de légèreté.
Il y a de la nostalgie, de la poésie, de la spiritualité dans les contes et légendes basques. Oui, mais il y a aussi la rudesse, la dureté et une pudeur des sentiments souvent retenus.

J'avais d'ailleurs aux débuts de ce "bloc", il y a deux ans maintenant, initié un volet en basque.
Ma langue me plaît. J'aime à la parler et à l'écrire.
J'y ai moins de vocabulaire pourtant qu'en français. Et cette rudesse, j'en ai maintenant assez.
Je me veux autrement, et cette année 2016 a marqué un tournant dans ma trajectoire.
Je me suis résolument éloignée de cette presque obligation de raideur, de dureté, d'une force portée comme un masque pour cacher une vulnérabilité essentielle et incontestable.

Je n'ai pas oublié les mécanismes qui me faisaient fonctionner jusque là. Je les ai gravés en moi.
Je suis presque conditionnée et programmée de cette façon là.
Qu'importe !
Je ne referai pas mon passé, mon histoire et mon essence.
Je peux décider de faire autrement pour mon avenir. Et c'est bien mon intention !

Je suis redevable à mon destin de m'avoir fait voir autre chose dans les rapports familiaux et humains.
Je suis contente d'avoir appris auprès de mes bêtes la douceur naturelle. Bien plus efficace que toutes les rudesses.
Ma famille n'est pas dénuée d'affection et de tendresse.
Elle est juste embarrassée dans la manifestation de ces sentiments pourtant incontournables et bien naturels.
Pour exemple, les baisers sont rareté par chez nous. Il nous paraît bien étrange de nous embrasser fraternellement. C'est bien simple, chez nous, on ne se touche pas !
Les seuls contacts physiques dont je me souvienne avec ma mère se limitent à l'époque de sa maladie, quand je devais la prendre dans mes bras pour la bouger. 
Quelle curiosité, tout de même ! Et quel dommage, surtout...

On vit sans ces signes là, c'est vrai. 
Nous vivons, et plutôt bien, je dois dire.
Oui, mais il nous manque quelque chose. Cette chose dont le manque se fait oublier, mais dont l'absence laisse un froid.

J'ai depuis cette année l'intuition du vide creusé par ce manque. Je n'en ai pas la perception, ni le ressenti. Je dois imaginer, parce-que je ne sais pas éprouver.

Je dois faire un apprentissage, à mon âge.
La notion est très en vogue dans les discours politiques du moment. L'apprentissage.
Je me demande, si l'on est capable de tout apprendre, à tout âge.
S'il n'est pas des choses qui ne s'impriment que dans les jeunes esprits. Et qui demeureraient impossible à inculquer à des personnalités trop marquées par un enseignement autre.

Je l'ai dit à une autre occasion, et bien m'en a pris :

   - Est-il trop tard ?

Et bien, cette fois là, il ne l'était pas. Alléluia !

Alors, je garde la foi, mieux, l'espérance, de pouvoir y arriver encore.
Je veux faire mienne cette espérance, mieux qu'une croyance.

Je suis vieille déjà. Trop vieille pour certaines options dans ma vie qui ne se représenteront pas.
Pas encore assez pourtant pour baisser les bras !

J'arrête ici pour aujourd'hui.
J'ai le sentiment d'en avoir beaucoup dit. Et l'envie d'en dire davantage encore, et encore...






dimanche 11 décembre 2016

DES CROYANCES ET DES HOMMES


Bonjour tout le monde !







Hier dimanche, puisque notre ouvrage du moment était terminé, nous avions tout loisir de profiter de notre matinée.







Notre clôture toute neuve tendait ses coupes de bois blanches au soleil levant.
Les fils alignés presque au cordeau (!) luisaient comme une portée musicale géante.
Non, vraiment, elle avait belle allure, notre clôture !

Cette clôture symbolise évidemment notre besoin de sécuriser l'espace en un périmètre déterminé. Nous sommes tous avides de liberté, et pourtant désireux de poser des limites, de les connaître.
L'espace béant et sans bornes nous intimide, comme le temps fluide et insaisissable nous inquiète.
Et oui, trop cadrés, nous étouffons, et trop au large, nous nous perdons...

Vous me connaissez maintenant suffisamment pour savoir qu'un des ces jours prochains, cette simple phrase alimentera une chronique fantaisiste.
La confusion dont je parle ici ou là, mieux nommée mystère, m'inspire, vous le savez.

Cette perception des mystères autour et en nous ne date pas d'aujourd'hui ni de moi. Non, non, non !
Dans les temps reculés des tribus indiennes, déjà, les totems érigés vers le ciel parlaient de forces spirituelles à respecter et à invoquer.
Nos dolmens et menhirs faisaient dans la même veine, je crois.




Mon sympathique et naïf ahuri du madrier d'angle affleurait trop vilainement de la lignée presque parfaite de notre clôture.
Il fallait lui couper la tête !
Perturbée par ce geste violent et presque blasphématoire, j'ai religieusement recueilli mon totem protecteur d'Agorreta.
Je lui ai trouvé une place de choix, à une hauteur digne de son rôle : 









Il veille dans le grenier, en position de rayonner au plus large.
Je le sens bénéfique et satisfait d'avoir été ainsi considéré.

Les mystères du monde nous entourent et ne doivent pas nous effrayer.
Ils nous donnent de jolies choses à voir, et d'agréables sensations à ressentir.






Voyez les premières fleurs immaculées du pois.
Elles racontent la pureté et l'innocence.

Fiez-vous à la nature. Elle, ne se trompe pas !

Bonne semaine à vous et à une prochaine fois !

samedi 10 décembre 2016

LA CLOTURE : PHASE FINALE


Bonjour à tous !









Vous avez ici le lever du jour, hier matin.





Et notre ouvrage annoncé.

Ces piquets sont solides, et lourds.
Pour faciliter le travail, nous allons quérir les mécaniques locales :












Là ! L'ouvrage s'engage bien.
La journée s'annonce belle.
Tout va pour le mieux !


Dans l'après-midi, nous recevons du renfort de qualité.
Ce petit Beñat presque frère, outillé jusqu'aux dents, et serviable tout autant :







Il nous présente cet engin fantastique : la "planteuse".
Un système ingénieux, massif sans trop de sophistication. Exactement le genre de mécanique que nous adorons !

Tout le monde se met de la partie, observe et participe, chacun selon ses meilleures compétences.








L'engin ne fait pas dans la dentelle. La grosse masse mécanique actionnée par le vérin hydraulique (enfin, je crois...),  cogne de tout son poids sur le piquet posé en terre.
Il faut une certaine finesse pour évaluer la force du coup à porter, l'art de la manœuvre pour présenter les cent et quelques kilos juste au dessus de la tête du piquet.
Le bâti se dandine et demande à être bien positionné. Notre Beñat est bon chauffeur. Il est patient, il a l'oeil.

De piquet en piquet, le travail avance rondement.
Mes experts de chantier sont évidemment présents :











En moins de deux heures, quatre-vingt dix sept gros piquets sont plantés.
Il en aurait fallu, des coups de masse et de barre à mine, pour le même résultat, sans la machine !

Aujourd'hui samedi, nous reprenons :









Toujours un temps splendide, et toujours ma fine équipe.





Le petit matériel est avancé.






Une autre ingéniosité locale : la dévideuse !
Très appréciable, pour dérouler ce fil ronce souvent agressif.
Un dispositif simple et efficace, là encore tout à fait à notre goût !





Le "tendeur", fabrication artisanale lui aussi, permet de tirer sur le fil sans fatigue et en confort.





Pour la finition, évidemment, une bonne partie de coups de marteaux appliqués avec précision et adresse a scandé l'après-midi tranquille de cette fin d'automne.

Un ouvrage rondement mené, fédérant toutes les bonnes volontés, a donné à chacun le plaisir de participer, et le contentement de contempler un joli travail.
Une simple clôture, oui, mais une belle clôture, respectueuse et tranquille.

Nous allons partager un repas dans les rires, pour fêter ce modeste mais appréciable ouvrage.

Dans cet état d'esprit que je veux cultiver comme on cultive une bonne terre.

Je vous laisse à votre fin de semaine à vous, pleine de soleil et de  belles lumières.