lundi 6 juin 2016

AU PIED DU "BARBOT"



Bonjour à tous !













Ça, c'était hier matin.
Et aujourd'hui, c'est plus ou moins pareil.
Une certaine "poisseur," une humidité lourde, épaissit l'air.

Le soleil est pourtant tout près, et, éternel recommencement des saisons, années après années, le moment des fanaisons est arrivé.






Les uns fanent et les autres fouettent.
Le foin est haut, la saison avancée. Les épis en bout de tige blanchissent les ondes poussées mollement par le vent.
La semaine est annoncée sans pluie, ça devrait aller. Les percées solaires sont autoritaires, et, même si l'humidité persiste, à grands coups de pirouettes, les andains devraient être de bonne qualité.
A voir...

Ces travaux toujours recommencés nous rassurent dans des cycles réguliers.
Comme si le temps se renouvelait, au lieu de nous être compté. Illusion apaisante. Illusion quand-même, évidemment !

J'ai retrouvé cette vieille photo. Elle date de la fin des années 60.

Mon père, jeune quadragénaire dans la pleine force de l'âge, rentre à la ferme, suivi du chien, à travers le champ d'alors. Au loin, Agorreta, le vieux garage et le premier hangar, appelé le "Barbot", du nom de son constructeur.
Autour, des prés, des arbres, du maïs.
Un joli paysage, bucolique à souhait.







Près de 50 années plus tard, la même vue est bien différente. 
Toutes ces années recommencées ont pourtant du paraître tisser une trame continue. Les naissances, les morts, bien-sûr, ont scandé ces séquences planes de leurs reliefs.
Ce temps a passé, comme passe celui du moment.
Le brutal raccourci parle de changement, de rupture, d'une évolution que l'on n'est pas sûr d'apprécier...

A la vue, on est même certain de préférer le passé, n'est-ce pas ?
Et pourtant, on n'y reviendrait pas sans mal !







La joyeuse fratrie de ces années là a bien changé, elle aussi.
Réunie autour de la table en pied du vieux hangar cinquantenaire,  les rires l'animaient. L'insouciance, la joie. Des plus jeunes. Le visage triste pourtant de l'Amatxi Manuella, veuve depuis peu.

D'autres rires égaient la cour de la ferme, maintenant. Ceux des petits-enfants et arrière-petits enfants de ceux-là d'alors maintenant vieillis.
La jeunesse et la belle énergie triomphent toujours, dirait-on. Et l'avenir nous tourne le regard loin de ces nostalgies un peu poisseuses, elles-aussi...

Avançons, puisque tel est le mouvement, et mettons-y ce qu'il nous reste d'allant !






vendredi 3 juin 2016

UN MIEUX ?



Bonjour tout le monde !





Le printemps ne s'est à aucun moment joliment installé cette année.
Mai a été maussade. Du frais, presque froid, avec des pointes de chaleur coléreuses. Beaucoup d'eau. Une ambiance tout début avril, et encore...

J'ai fait pendant ce temps d'attente une retraite, bénéfique, et nécessaire.
Je me suis sentie affaiblie, dans mes certitudes, et dans mon énergie. 
Je l'ai été, objectivement, ce n'était pas juste une impression, une idée.

Dieu merci, la situation semble en voie d'amélioration. 
Ma petite virose mauvaise paraît s'éloigner, repue sans doute de mon allégeance humble et sincère.

Quel bienfait de se sentir remonter la pente !
Je n'ai jamais expérimenté la véritable maladie, celle qui vous met à terre, et parfois vous y laisse.
La modeste épreuve traversée ces dernières semaines ne m'a pas trouvée bien combative... J'étais désarmée et manquais totalement d'un ressort qui aurait pourtant été bienvenu. C'est la caractéristique de l'état "virosé", me dit-on. Ah, bon...  Soit !
Que l'état "virosé" me quitte, et oublie de revenir à jamais, si possible !

Nous verrons bien ce qu'il en adviendra, et prendrons le sort tel qu'il se présentera.

L'enseignement à tirer de ce triste passage ne m'a pas échappé. J'en ai retenu ma vulnérabilité, la confrontation de ces limites jusque là ignorées.
Si j'étais présomptueuse, ce qu'à Dieu ne plaise que je devienne un jour (!), je penserais avoir surmonté ce cap, comme on gagne une bataille.
Je refuserais ce terme d'"allégeance".  C'est une notion peu séduisante à mes yeux de vieille péronnelle imbue de sa petite personne.
Pourtant, même si la tentation en danse à l'orée de ma perception, je me contrains à retenir ce que je crois être la "substantifique moelle" de la chose :
Je suis "vincible",  j'ai des limites, je dois en tenir le compte.
Cette alerte gentille ne doit pas être oubliée. J'en aurai sûrement d'autres. Je me relèverai peut-être encore de plusieurs passes basses. Ou pas. 
Avec la certitude finale d'y rester, définitivement.

On naît, de chair et de sang.
On croît et on embellit, on reste laid, c'est selon.
On devient vieux, malade ou pas, là encore, c'est selon.

Puis, on devient mort. Et on le reste. Et là, pas d'alternative à espérer !

Le cours des choses va ainsi, naturellement.
Des enfants tombent malades, aussi. Des jeunes meurent.
Histoire de nous rappeler que de cours naturel des choses, parfois, il n'y en a pas.
Que cette courbe logique, d'après nous juste, et, presque, acceptable, est soumise à des caprices et des nœuds incompréhensibles et révoltants.
Que toutes nos révoltes pourtant ne les annihileront jamais. 
Que le plus sage est d'admettre et d'accepter de vivre au mieux, dans cet espace là.

Vivre, vivre clairvoyant, c'est s'attendre à mourir, n'est-ce pas ? Et, si possible, au mieux, s'y préparer...

Quel optimiste entraînant, me direz-vous ! 

Je vous le répète, vivre, vivre clairvoyant, c'est se savoir mortel, et ne pas perdre cet inéluctable de vue. S'y appuyer comme sur la seule base solide, et construire une vie là dessus. Si possible agréable. Et possible, ça l'est, je le crois, je veux le croire !

L'une des voies de cette vie bienheureuse, réside pour moi dans l'observation bienveillante de mon quotidien.
Vous le savez maintenant, je m'attache à ces petites choses légères et colorées qui rendent mes jours chatoyants.

Je vous ai fait un petit reportage photos des actualités de la ferme.
Elles ressemblent aux actualités de la même époque de l'an dernier.
Et, je ne demande pas mieux, celles de l'année prochaine pourraient leur ressembler tout autant.
Manque d'ambition, ou sécurité d'une routine éprouvée, je ne sais. Ce dont je suis sûre, c'est de ma volonté à ne pas m'en écarter. Puisque dans cette voie là j'ai creusé mon bien-être.

Voyez plutôt :










Le couple d'hirondelle est revenu dans le grenier. Le mâle, avec sa tâche claire sur l'aile, veille, perché ici ou là. La femelle couve dans ce fameux nid judicieusement posé sur le projecteur électrique désaffecté pendant cette période. Reportez-vous à mon article de l'an passé, même saison, même endroit...

Tous les soirs, avant de fermer la grande porte basculante, je m'assure de la présence de mes petits volatiles à l'intérieur. J'ai l'impression parfois que je pourrais les héler comme je le fais avec mes chiens, pour les ramener au bercail.
Les savoir là me plaît. Et les menues contraintes inhérentes ne me pèsent aucunement.

Il y a quelques semaines, je regardais tristement ces vieilles poutres poussiéreuses, en me demandant si je ne ferais pas tout aussi bien de m'y pendre. J'y aurais fini momifiée dans les toiles d'araignées superposées, comme un vieux fagot d'herbes sèches oublié. Les courants d'air m'auraient ballottée mollement, comme les jambons durs que l'on y suspendait encore il y a peu.
Toujours mon sens de la mesure dans mes envolées, tristes ou gaies, n'est-ce pas ?

Là, je regarde mes hirondelles. Le mâle se laisse approcher sans bouger. Leurs gazouillis du petit matin me tirent du sommeil en notes toniques et vives.
Dans l'étable encore, les nuées lestes animent la vieille charpente.
Cela est dans le bon ordre. Cela m'apaise et me conforte.








Le lever du soleil est encore noyé dans les nuages épais. La lueur est là. Derrière les brumes grises. Elle laisse espérer et croire.





Bigoudi, mère depuis à peine un mois, s'enflamme déjà d'une nouvelle pulsion vitale. Elle est en pleine forme, elle ! Et ma mélancolique atonie juste passée ne la guette sûrement pas, la bougresse !
Il est beaucoup trop tôt pour lui faire redémarrer une nouvelle gestation.
Je dois choisir mes options d'élevage, en fonction de mes nouvelles perceptions. Il n'est pas temps encore, ni pour elle, ni pour moi, de prendre une voie. Gardons les toutes ouvertes.

Les deux petits, Agatte et Xokorro, grandissent gentiment.







Le mâle fils de Pollita devient lourd et massif, déjà. Il a à peine deux mois.






Les frasques de Bigoudi créent une petite perturbation. Xokorro est bien trop petit pour comprendre les enjeux qui se trament ici. Il s'éloigne, en repliant les oreilles en arrière.



La petite Agatte est perplexe. Sa mère agitée la prive d'une tétée sereine.
Dans la journée, Bigoudi s'apaisera. Et sa fille se remplira la panse alors.









Ma betterave cette année a jailli de terre comme un seul homme !
J'ai déjà éclairci deux fois les plants trop serrés. Et vais devoir y revenir encore, et encore...






Le maïs pointe sans souci ni grande surprise. Une culture sans caprice, ce maïs...




La citrouille est bien là, elle aussi.
L'humidité ne lui manque pas. Les coups de chaleur l'épanouissent.

Voyez, cette année, je n'ai pas du m'y reprendre à plusieurs fois. Mes premiers semis ont marché. 
Heureusement ! Sans ça, dans l'état semi-dépressif où je me perdais, faute de me pendre à une poutre, je me serais jetée dans le sillon pour y sangloter ma déprime, si malheureuse que j'étais !
J'ai sagement attendu, pour une fois. Mes semailles, je les ai faites le lundi de Pentecôte , autour de la mi-mai. Quand par le passé, je trépignais dès la fin mars, avec mes graines de betterave à la main.
Là encore, j'ai retenu les enseignements de mes échecs passés. 

Vieillir n'est pas seulement se décatir, Dieu merci ! C'est apprendre aussi. Et tirer profit de cette science...


Nous avons fait ensemble le tour d'horizon de mes nouvelles d'Agorreta du moment.
Rien de bien nouveau à l'horizon, à première vue.

Quand je sens en moi mûrir tant de choses. Quand mon parcours aboutit à une clairière nouvelle, à la lumière moins vive peut-être, mais plus pleine.

Je laisse remonter ces sensations diffuses. Je me laisse investir et imprégner dans une acceptation positivement résignée.
Je fuis les fatigues inutiles et destructrices des refus stériles. Les évolutions ne sont pas toujours fluides et faciles. Quelques chaos les rendent inconfortables parfois.

Et bien, je m'efforce d'ingérer l'inconfort au mieux. De ne pas me laisser détourner de ma visée première. Je veux vivre en paix. Je veux vivre bien.  
Je cultive les conditions de cette paix et de ce bien-être comme je cultive mes rangs de betterave. Avec constance et ténacité.

A une prochaine fois. Portez-vous bien et ne vous découragez pas, vous non plus, quand quelques nuées sombres atténuent votre lumière...




mercredi 11 mai 2016

ENTRE DEUX



Bonjour à tous !




Les cieux sont ambivalents, ces jours-ci. Sombres nuées, trouées piquantes d'un soleil nerveux, le temps n'est pas bien certain.

A Agorreta, il n'est pas tombé de pluie, ou très peu. Les orages nous sont passés à côté. La terre paraît sèche. J'attends une ou autre bonne averse pour faire mes traditionnels semis de printemps. Il ne faudrait pas trop tarder non plus... 




Mon petit troupeau vit sa vie.
Pollita et Xokorro son petit (xokorro signifie petit taurillon en basque), n'ont besoin de rien ni de personne. Ils se suffisent à eux-mêmes.
Après son épisode agité à la survenue du fugitif petit Breton, Pollita a retrouvé sa sérénité, progressivement.

La naissance  il y a dix jours de la petite Agatte, la fille de Bigoudi, "marrainée" par une jeune collègue de la jardinerie, a suscité la curiosité, mais pas de perturbation.
Ces deux là demandent un petit suivi quotidien. Bigoudi produit plus de lait que n'en boit Agatte. Progressivement, la petite fera son affaire de cette belle manne. En attendant, il faut vider ce pis renflé. L'affaire de quelques jours encore.

Les deux aînées, tentées dans un premier temps de recommencer à téter leurs mères, se sont maintenant découragées. Quelques bons coups de bâton et deux ou trois jetés de sabots les ont détournées définitivement de ces réminiscences de jeunesse.

Les choses rentrent dans l'ordre, dans la vieille étable. Progressivement, là encore, mais bien inscrites dans une courbe favorable, maintenant.

Mon mieux-être se met lui aussi en place gentiment. 
Je voudrais ce sursaut plus tonique, évidemment. Mon dernier article se voulait résolument optimiste. 
Pourtant, là encore, l’inflexion demande du temps. La progression est enclenchée dans le bon sens, mais le mouvement est encore lent.

Jusqu'ici, pour autant que je m'en souvienne, mes changements de cap et d'allure ont été rapides, voire brutaux. Je passais aisément d'un état à un autre, je changeais de visée sans ralentir le pas.
Et bien, maintenant, après cet Avril de triste mémoire, il semblerait que mes virages demandent ralentissement de cadence. Soit...

Puisque je commençais à m'inquiéter de ce qui me tombait dessus, j'ai poussé l'investigation jusqu'à la science médicale.
Je cherchais une cause, une justification, à ce malaise si désagréable.
La science m'a répondu : une sale virose s'est installée chez moi comme à la maison, prenant ses aises, et mon énergie au passage. La bougresse !
Ces petits diables vous tournent autour comme mes grandes autour du pis tentant de leurs mères. Un moment de distraction, une inattention, et zou ! ils vous foncent dessus comme les petits démons qu'ils sont !
En période ordinaire vous êtes tout à fait capable de les tenir à distance, ou de les diluer sans même leur laisser le loisir de se faire remarquer. De les envoyer bouler, comme mes vaches tiennent leurs aînées à distance.
A d'autres moments, vous devenez perméable et vulnérable. Tout devient problématique et tout vous atteint.
Ce petit cor au pied ignoré jusque là rosit et devient douloureux, sans que vous ayez pourtant changé de chaussant...
Cette petite irritation locale à l'intérieur de votre joue se fait gênante comme une (un ?) sale aphte, quand vous êtes bien certain d'avoir évité tout aliment de nature à le fâcher.
Ces vilaines courbatures vous grippent le mouvement et l'allant.

Non, vraiment, il est des moments dans une vie où tout se conjugue pour vous jouer une méchante farce. Vous vous en seriez bien passé, évidemment. Pourtant, il faut bien la prendre en compte, cette sorcière là, et l'entendre. 
Vous n'êtes pas en position de la faire taire.

J'ai bien compris. Un haussement d'épaules et deux soupirs ne suffiront pas à éloigner le malaise. Il va falloir consentir à verser un impôt à la chose.
Puisqu'il faut la contenter d'une manière ou d'une autre, faisons amende honorable, et acceptons de payer ce tribut là...

Je reconnais, par force !, ma faiblesse. Je l'espère passagère, et sans doute l'est-elle. La science dit ainsi.
Ma virose fera son chemin en moi. Elle s'apaisera de ma résistance domptée, et finira par s'éloigner,  quand sa démonstration de suprématie l'aura assagie.

Je me tiens humble et patiente. Soumise et résignée.
Je perçois le mieux-être, je le touche du doigt, parfois. Quelques assauts récurrents de nuées grises ne me dévieront pas le regard de cette lumière promise.

Ma virose se mesure et se teste. L'enseignement qu'elle amène avec elle est plus diffus et moins facile à doser.
Je veux prendre le parti d'en retenir l'essence évanescente. 

Comme tout cela encore une fois parait confus et flou ! 
Pourtant, je suis persuadée de ces réalités voilées cachées derrière les mesures et les chiffres.
Et beaucoup plus intéressée par leur mystère, quand leurs manifestations me semblent trompeuses.

Tout cela s'éclaircira sûrement, en son temps.
Ce temps de mûrissement qu'il faut apprivoiser avec humilité.

Je suis sur cette piste.
Et vous laisse ici pour aujourd'hui. Perdue dans ces alambics compliqués pour le moment. Mais décidée à les décrypter, patiemment.

A une prochaine fois !


mercredi 4 mai 2016

AGORRETA : LE RETOUR !




Amis du jour, bonjour !









Me voici de retour, après ces trois semaines de retraite silencieuse.
Je devais avoir besoin de ce temps, sans doute.
Je ne saurais pas trop vous expliquer pourquoi, et comment reprendre nos conversations ce matin me paraît mieux venu qu'hier, par exemple.
Une idée à moi...







L'aube idéale semble annoncer une belle journée, pour la reprise.
Le poirier en fleur ombre la pointe exacte du triangle de mère-Rhune.
Les perspectives paraissent printanières, vraiment, enfin !


Je vous ai laissés abruptement.
Une chape pâteux-vaseuse m'est tombée dessus, ces dernières semaines. Et ce poids lourd et inconfortable ne s'est allégé que tout dernièrement.
Une dépression printanière, comme il en est plus classiquement d'automnale, paraît-il... Et pourquoi pas, après tout : c'est bien aussi, un printemps gris et froid, pour se laisser couler gentiment vers le fond, non ?
Enfin, je n'ai pas choisi, ça s'est trouvé comme ça.

J'ai eu pendant cette triste période le ressort d'une serpillière usée abandonnée au fond d'un seau sale. Sans exagérer ! J'étais lamentable, un spectre, l'ombre de moi-même, m'accrochant mécaniquement au quotidien morne, comme à une bouée.
Je vous assure, un sale moment ! 

Je ne suis pas trop coutumière de ces vagues à l'âme où l'on se giflerait d'être aussi mou, sans plus de raison de l'être. Dieu merci ! 
Je n'ai jamais montré trop de compassion pour ceux-là qui se plaignent vite et facilement. Je ne pouvais pas m'en manifester davantage à moi-même, évidemment ! Pourtant, on devrait moins vite hausser les épaules quand des gens sans histoire particulière vous dévoilent leur détresse. La détresse sans justification apparente existe, je l'ai expérimenté. Elle en est d'autant plus insidieuse.

Toujours est-il que je pense en être sortie. Je l'espère, du moins.
Et tout ça, grâce à qui ? Grâce à Bigoudi, et oui !
Toujours, la vache a été pour moi essentielle.

Vous ai-je dit que j'ai été nourrie au lait de vache ? Ma mère s'étant tarie à ma venue, il fallût me trouver nourrisse. On n'alla pas chercher trop loin, puisqu'il y avait tout ce qu'il fallait sous la main, à Agorreta.
Une brave vache me prît à son pis. Ou tout comme...
On comprend mieux mon attachement à ladite bête, n'est-ce pas ?

Mon malaise lourd et épais s'est manifesté après le vêlage malheureux de Fauvette, souvenez-vous.
Ah oui, je ne vous ai pas tout raconté :

Fauvette vêle d'un mort-né. Je prends en pension Petit Breton pour le remplacer :


Ca peut marcher. Mais là, ça ne l'a pas fait, du tout !
Fauvette n'a pas voulu allaiter Petit Breton. Elle l'a rejeté loin d'elle à grands coups de sabots. Pour finir par retenir son lait, au point de se tarir pour moitié, à même pas un mois de son vêlage...
Je vous ai raconté les désagréments induits pour tout le monde, durant cet essai infructueux d'adoption. Je ne m'en sortais pas !

Ce rejet tacite, ce tarissement incongru, m'ont-ils replongée dans ce traumatisme de ma toute première enfance ?
Ai-je ressenti par procuration de nouveau cette souffrance d'alors ?

Ma pauvre mère, paix à son âme, a-t-elle malgré elle semé en moi ce germe réveillé un demi-siècle plus tard, telle la graine indestructible de la grande oseille sauvage ?
Je ne sais, et pourtant, ma réaction outrée résonnait bien d'une douleur profonde et antérieure à l'événement par lui même. Des veaux morts, j'en ai déjà sortis. Des petits adoptés mal reçus, c'est déjà arrivé aussi, à nourrir au biberon, à défaut d'être admis au pis.
Mais un refus de donner son lait quand on est une vache, qui plus est, une vache à lait, là, ça a été trop fort de café, pour moi !

Je n'en veux pas à ma belle Fauvette, paix à son âme à elle aussi. Sa réaction lui venait sûrement de loin, comme la mienne. On ne pouvait décemment pas lui en comptabiliser le débit.

La psychanalyse pour vaches n'en étant qu'à des prémisses floues, j'ai renoncé à faire comprendre à Fauvette son tourment intérieur. Elle devenait aigrie, bagarreuse, elle la si placide jusque là. J'ai du m'en séparer, et la faire abattre. Cela fait partie des tristesses de l'élevage. A l'heure qu'il est, sa chair nourrit d'autres chairs...

Il est trop tard aussi pour aller demander des comptes à ma mère. Elle même sûrement bien incapable de maîtriser ces mécanismes alambiqués. Les choses se sont ainsi déroulées, à moi de m'en arranger !

Petit Breton est retourné à son destin de veau en batterie. Il aura fugitivement entraperçu la lueur séduisante d'une autre vie, promise, puis refusée.

La vie est injuste, tout le monde le sait. Et peu y peuvent quelque chose. Alors...

J'ai vécu cet échec amèrement. J'ai entretenu une angoisse exagérée, à l'approche du vêlage de ma Bigoudi. Je vous l'ai dit, ce moment est toujours mêlé d'une inquiétude raisonnable. Là, ma peur prenait des proportions anormales, et paralysait toute envie et ressort en moi.
Un échec parmi d'autres, mais un coup accusé comme jamais. Tout me paraissait teinté de noirceur, voué par avance à une issue mauvaise. La fatalité finale ramenée à tout et partout ! Rien ne paraissait mériter de se remettre à sourire. Quelle horreur ! Quelle désolation ! 
Je ne me reconnaissais plus. Je me décevais. Je ne m'aimais plus, moi pourtant si bonne amie de moi-même...


Dieu merci, Bigoudi, ma vache, m'a tirée de ce mauvais pas. Comme elle a tiré de ses entrailles cette petite vêle mignonne.





Avec aisance et fluidité, elle a ouvert une voie optimiste de sortie de crise.

La petite sœur de Galzerdi a les mêmes chaussettes blanches que son aînée.







Sa robe est fauve, comme celle de ma grande malheureuse.














Pollita accepte ce petit dans le troupeau sans histoires, naturellement.

Tout devient simple, sans qu'on sache ce qui facilite ici le si compliqué de là...












Mon père ne se demande pas. Mon père observe et se contente.

Moi, je sors de ce marasme visqueux où je m'engluais sans trop savoir pourquoi.
Je ne suis pas sûre encore de ma résurrection. J'en prends le pari, histoire d'impulser un mouvement positif, et d'aider à cette sorte de "renaissance" de moi.
Je me saurai pour la suite vulnérable. J'en ai fait l'expérience, à mon regret et aux dépens des miens, repoussés à la périphérie de cette sphère sombre où je ne voulais plus personne.

Si mon analyse de bazar ne vous convainc pas, sachez que je n'en suis pas plus vexée que ça.
L'essentiel pour moi est de retrouver le goût et l'envie de vivre chaque jour, simple et sain.

De sortir de ces semaines mornes et grises. 

Nos rendez-vous seront peut-être moins fréquents, à partir de maintenant.
Le beau temps nous tire tous dehors. Et mes investigations ne me persuadent pas au delà de ce bien-être retrouvé. Je le sens fragile encore, et veux le préserver comme le bien précieux qu'il est.

A bientôt, et portez-vous bien vous aussi de ce beau soleil revenu !

mercredi 13 avril 2016

APRES LA 200ème



Suiveurs des nouvelles d'Agorreta, bonjour !

L'article d'aujourd'hui n'en est pas un.
Il vient juste clôturer cette série d'une année et demie maintenant.

Sans grand préavis, ni grand sens, c'est vrai.
Comme une vie s'anime, ou se perd, parfois. 
La recherche d'une justification, d'une signification, entretenue comme une illusion pour ne pas céder sous le poids d'une vaste supercherie, me laisse maintenant désemparée.

Je vis en ce moment ce temps d'attente, un peu morne, d'une lecture ennuyeuse et plate.
Ce temps où la perspective s'efface, où l’immobilisme s'installe.

Le moment n'a pas grand chose à y voir.
Le démarrage des activités en extérieur devrait plutôt me rendre tonique et enthousiaste.
Mon modeste élevage, avec ces micro-évènements chaotiques et désordonnés, cette année, demande cette phase d'adaptation, d'attente, dont je ne suis pas la meilleure actrice.

J'ai initié et nourri ce "bloc" dans un sentiment d'imminence, d'urgence, presque. Quelque chose se profilait, j'avais cette impression. J'ai longtemps imaginé pressentir la mort de mon père. Dieu merci, ce brave homme se porte aujourd'hui comme un charme, et mes pressentiments peuvent aller se rhabiller en déconfiture...

Je ne pense pas être orgueilleuse au point d'être investie par le dépit de m'être trompée ! Il y a des limites à mes défauts, tout de même...

Non, je crois juste être arrivée à un point où il me faut laisser venir à moi les choses, sans essayer de les devancer.
Je dois accepter cette période attentiste et passive. L'accueillir comme nécessaire et légitime.
Comme ce n'est pas trop dans mon tempérament, la mécanique regimbe, et le fait sentir, évidemment !

Je n'ai pas envie de m'appesantir sur ce malaise que j'espère passager.
J'ai déjà connu de ces phases vaseuses, sans autre intérêt que celui d'apprendre qu'elles sont passages, et non impasses. Jusqu'ici, du moins l'ont-elles toujours été... 

Je vous ai beaucoup entretenus de moi, d'Agorreta.
J'espère ne pas vous avoir lassés.
Votre intérêt me rendait "intéressante" à mes propres yeux. Je dois vous remercier de ce sentiment ma foi bien agréable !

Maintenant, nous allons marquer une de ces petites pauses reconstituantes dont j'ai parfois besoin.

Une ou autre actualité me ramènera vers vous, sporadiquement, je pense. 
Ou alors,  je reviendrai, plus tard, au début d'une nouvelle courbe pressentie, à tort ou à raison.

Je vous laisse ici, pour le moment.
Je vais tâcher de prendre patience au mieux.
D'assurer mon rôle du lieu et du moment, autant que j'en suis capable.

Ceci paraît une foucade. C'en est peut-être une.
Je suis un peu fantasque et vite excessive dans mes résolutions.

Merci encore de votre fidélité. A bientôt peut-être, sans doute...





lundi 11 avril 2016

RETOUR AU CALME



Bonjour à tous !






Comme le soleil est bienfaisant en ce moment !
Les souffles de vent, on s'en passerait, mais bon, ne soyons pas trop exigeants, non plus !

Ce mois d'avril est souvent perturbateur, entre belle saison et restants de frimas.
Il faut en passer par là...

A Agorreta, les choses semblent revenir au calme.
La vieille étable retrouve une ambiance paisible, enfin !




Petit Breton est là depuis une bonne semaine maintenant. 
Samedi soir pour la première fois depuis son arrivée, il a pu boire tout son saoul, sans être durement renvoyé dans ses quartiers par Fauvette.

Les mamelles congestionnées de ma belle fauve, crevassées de gerçures, rendaient la tétée douloureuse.
Quand en plus, le petit au pis n'est pas bienvenu, on imagine aisément le désagrément !

A grands coups de baume apaisant et de traite précautionneuse, ce pis malmené s'est assoupli.
Petit breton de son côté a vite pris de la graine de son expérience en accéléré. S'il veut manger, il faut qu'il apprivoise sa mère adoptive. Qu'il la séduise...
Les coups de tête, les succions trop pressantes, sont prohibés. L'apprentissage est simplissime : un coup de tête amène instantanément un coup de sabot. Une mauvaise prise de la mamelle, itou !  
Petit Breton se plie aux exigences requises. Attentif et concentré, pattes écartées, bien positionné sous le flanc de Fauvette, il tète voluptueusement, en grande douceur. 
Quand Fauvette manifeste son impatience en se reculant ou en se déportant, il s'écarte, et attend sagement qu'elle se remette en position favorable.
Très discipliné et rapide à intégrer l'enseignement, ce petit !
Résultat de toute ces bonnes volontés conjuguées, Petit Breton se prélasse dans sa litière, la panse confortablement rebondie, après son repas profitable et presque serein.
Nous n'y sommes pas encore tout à fait, non, non... Mais nous avançons, jour après jour.

Je vais je l'espère, pouvoir vous montrer Petit breton au pis de Fauvette très vite. Là, encore, je dois assister le petit et la grande, préservant l'un et apaisant l'autre.  Une occupation trop prenante pour pouvoir s'en distraire !

Le restant de mon petit troupeau a également manifesté les signes de ces perturbations. Troubles des comportements,  agitation et nervosité, désordres digestifs, (je ne vous fais pas un dessin !), inégalités des humeurs.
Ces vaches sont terriblement sensitives, sous des dehors bovins !

Le prochain vêlage de Bigoudi va clôturer l'épisode critique pour cette année. Ensuite, mères et petits devraient retrouver dans une routine installée le chemin de cette sérénité pour le moment sinistrée.
Patience !



Mes hirondelles ont repris le nid commencé en fin de saison l'année dernière.
Je ne saurais pas vous dire si ce sont les mêmes qui ont réinvesti cet ouvrage.
Rien de plus semblable à une hirondelle, qu'une autre hirondelle...

















Le travail commencé sans visée immédiate avait donc un sens...

De ce sens difficile à percevoir parfois, quand les choses s'assemblent dans un ordre qui nous surprend, pauvres mortels soumis à une logique primaire que nous sommes !


Je trouve dans ces dénouements décalés une manière de réconfort.

Dans la conduite de ma vie, certaines choses me semblent d'une lecture embrouillée. Le fil du temps s'emmêle dans des circonvolutions floues. On se perdrait vite en conjectures inconfortables, à vouloir comprendre ce qui se déchiffre mal.
La lumière vient parfois longtemps après, en son temps, sans doute. Et ce délai est sûrement juste. Je me le dis en manière de philosophie. Pour me persuader de ce qui me semble manquer de fluidité, sur le moment.
Comme en ces jours où mes vaches manifestent leur désagrément à la perturbation !





En ces situations troubles, j'ai ma méthode.
Elle vaut ce qu'elle vaut, mais, jusqu'ici, elle a fait ses preuves.
Je me concentre sur un noyau resserré de valeurs sûres.
Sans perdre de vue les causes de désordre, quand je suis sûre d'avoir œuvré de mon mieux au rétablissement d'un équilibre raisonnable, je me distrais de ce tracas en me tournant vers une saine activité.

Justement, la période va être à la reprise de la culture.
La terre, abondamment fumée en automne,  académiquement chaulée au printemps se prépare. Battue par les pluies, croûtée en surface des premiers ensoleillements de printemps, les mottes vont être bientôt prêtes à être utilement travaillées.
Ttiki-Haunndi est au garde-à-vous, avec Rotavator en seconde ligne.

L'an dernier,  toute à ma fougue, je m'étais lancée un peu tôt, souvenez-vous.
J'avais semé ma betterave début avril.  Un peu de froid, un peu de sec, résultat des courses : bernique, rien, nada !



La désolation de rangs obstinément muets.
J'avais du refaire mon semis de betterave à plusieurs reprises.

Seul, le semis de début juin avait daigné lever correctement.
Mon impatience était restée lettre morte !

Aguerrie de cette déconfiture, je m'étais promis pour cette année d'attendre le réchauffement suffisant, avant de confier mes graines à la terre.
Début mai semble légitime.



Je dois faire violence à ma nature. J'ai du mal à ajourner mes projets, à atermoyer. La chose à faire me paraît urgente. Le projet en visée ne se tient pas tranquille dans un coin de mon périmètre mental. Non, il s'agite, trépigne et vibrionne comme la mouche agaçante sur le carreau. Il ne se laisse pas oublier, le bougre ! 
Attendre m'est un petit tourment.
Et pourtant, attendre est sage, souvent.

Mes vaches me l'imposent,  qui ne s'en laissent pas compter de mes fébrilités.
Les hirondelles me l'enseignent,  débutant une année un ouvrage qu'elles termineront l'année d'après.

Le temps à attendre, l'impatience à dompter, comme on apprivoise une bête.





Les années assagissent nos velléités de rébellion. 
Le maître d'Agorreta ne s'impatiente pas. Il observe, attentif, sans s'émouvoir inutilement.

Allez, je vais tâcher de suivre cette voie. 
Attendre le bon moment, accompagner cette attente au mieux, et ne pas y perdre le plaisir de vivre ce temps juste et incontournable.

A une prochaine fois, vous qui êtes peut-être plus sages que moi !

vendredi 8 avril 2016

DÉSORDRES ET PERTURBATIONS



Bonjour aux suiveurs des nouvelles d'Agorreta !








Nous nous retrouvons comme souvent autour des actualités de l'étable, à Agorreta.

La période n'est pas des plus calmes, dans les parages...
Le veau mort-né de Fauvette a créé des perturbations, cousines de celles qui agitent le ciel ces jours-ci.
Le désordre est partout, sur la terre comme au ciel !

Dans un monde idéal, n'est-ce pas,  tout se déroulerait parfaitement, coulerait gentiment en un fil continu et sans nœuds.
Dans la vraie vie, la mienne et la vôtre, aussi, sans doute, les choses se compliquent parfois.
L'imprévu n'est pas toujours une bonne surprise.  Et des écueils dont on se passerait bien se présentent effrontément, les petits diables !

Le monde n'est donc pas parfait...
Ce n'est pas une découverte, je ne l'apprends pas aujourd'hui. Pourtant, en grande  naïve, je continue de prendre les déconvenues avec étonnement, m'attendant toujours à ce que tout aille bien, jusqu'à ce que j' aie  eu la preuve du contraire. L'optimisme s'entretient, et je m'y attache, entêtée et tenace. 
Il se travaille, aussi. Et les épreuves contraires, petites et grandes, font partie des exercices de maintien. C'est ce que j'essaie de garder en tête.

Nous vivons cette semaine à l'étable d'Agorreta une période mouvementée d'adaptation d'après crise. 
Une de ces périodes nécessaires, incontournables et justes, pour passer d'une situation établie à une configuration nouvelle, quand le sort malin s'est mêlé d'embrouiller votre construction patiemment assemblée en chaos.

La nouveauté s'accueille et se digère. Plus vite on l'admet et on se met en position de l'intégrer, mieux on s'en porte, à mon humble avis. Se lamenter sur les pertes irrattrapables est stérile et inutile.

Je tâche de mettre en pratique mes adages, en élève disciplinée et confiante. 
Jusqu'ici, tout a fini par rentrer dans un ordre nouveau, différent de l'ancien, évidemment. Cette évolution a même eu l'avantage d'élargir mon horizon de connaissances. J'ai soigneusement recueilli et engrangé les enseignements tirés de ces expériences. Et je m'en porte bien.

Appliquons donc à notre cas pratique du moment cette petite philosophie :








Petit Breton fait partie de cette nouveauté induite d'un imprévu négatif. Il vient prendre la place laissée vide par le veau mort-né de Fauvette.
Sa première sortie au pré dimanche a failli mal tourner. Une charge offensive de Pollita en colère, une fuite à travers des barbelés blessants, et pour finir une chute dans le ruisseau au bas de la prairie.
Toutes ces péripéties mauvaises remisées dans la vilaine lampe où dormait un mauvais génie qui n'aurait jamais du en sortir.
Dieu merci, plus de peur que de mal pour le petit veau nouvel arrivé : depuis, Petit Breton vit une vie tranquille dans la vieille étable. Il tète le pis de Fauvette matin et soir, se remplit la panse à vue d’œil, et se repose en longues siestes entre deux courtes séances de petits sauts pour se dérouiller les pattes.
Evidemment, Petit Breton aurait été tout aussi bien dehors avec sa mère d'adoption, à batifoler avec les génisses et le premier veau de Pollita. Bien-sûr... mais bon, cela n'a pas été, et ne sera peut-être pas. 
Nous verrons ça dans quelques jours. Quand Petit Breton aura pris des force, j'essaierai encore de le sortir, et je verrai comment ça se passe.

Pour le moment, nous en sommes encore à apprivoiser sa mère adoptive, la grande et belle Fauvette.




Elle est parfaitement remise de ses couches difficiles. Un premier point tout à fait satisfaisant ! Avoir Petit Breton au pis ne lui est pas encore familier, et reste pour elle désagréable. Elle consent à peine maintenant à prendre place auprès de ce petit étranger, en rentrant du pré. 
Les premiers jours, elle faisait volte-face, et ressortait sans se laisser attacher. Les autres suivaient le mouvement, et tout le monde repartait, en grand désordre. Je devais contourner la ferme, les ramener doucement dans l'étable, en essayant au mieux de les rassurer, sans m'énerver et distribuer des coups de bâtons inutiles et complètement contre-productifs dans ces cas là !
Une affaire de presque une heure, quand d'ordinaire, tout le monde est à sa place en quelques minutes...
Les vaches parquées à leur place, les réjouissances n'en sont pas terminées pour autant ! Non, non, non...
Il faut faire téter Petit Breton. Lui, ne fait pas d'histoires. Il est tout prêt à se jeter sur les mamelles gonflées, qu'il a parfaitement repérées.
Fauvette ne l'entend pas de cette oreille. Elle se recule autant que sa longueur de chaîne le lui permet, cherche à repousser le petit intrus en lui lançant des coups de sabot. Je reste à leur côté, flattant la mère et rassurant le petit, essayant de me tenir hors de portée des coups moi-même.  L'ambiance est loin d'être paisible !

Entre deux jetés de postérieurs, Petit Breton happe le téton. Je frictionne vigoureusement le flanc et la croupe de Fauvette, pour lui rendre la chose agréable.
Petit à petit, elle finit pas se calmer, bouge moins, et se met même à manger, en oubliant de repousser Petit Breton. Il profite de ce répit, yeux fermés et queue relevée, la mousse de lait ourlant son petit mufle en cadence.
Là, c'est presque gagné ! Il faut encore tenter de faire visiter les quatre mamelles au petit veau concentré, histoire de vider le pis en totalité.
Pour ne pas lasser Fauvette, quand le ventre de Petit Breton s'ovalise joliment, quand sa succion se fait moins pressante, je l'écarte et le rattache dans son coin. Assagi, il hume sa nourricière, reconnaissant, et elle se laisse toucher, plus tranquille.
Il reste encore à terminer l'ouvrage, en vidant complètement les quatre mamelles. Petit Breton est petit encore, il n'a pas besoin de tout le lait de Fauvette.
Dieu merci, à ce stade, ma belle rousse est apaisée, et elle se laisse traire sans rechigner. Elle en devient même songeuse de bien-être, la tête posée sur le muret et les yeux rétrécis sur un confort apprécié.

Pour finir, une longue séance de caresses, une psalmodie de mots doux et bas. 
Les deux bêtes, la grande et la petite, sont prêtes pour une bonne nuit de repos.
A l'autre bout de l'étable, il faut encore visiter le pis de Pollita, lui aussi incomplètement vidé par le petit rassasié.
Le lendemain matin, c'est la même chose, avec les hésitations de la rentrée en moins, puisque les vaches dorment dedans. L'excitation de la sortie empêche la séance de traite à la main et nous prive de celle des caresses. 
Le temps nous manquerait de toute façon, puisque, avec tout ça,  une bonne heure se passe...

Je suis tout de même satisfaite de nos progrès à tous les trois. Je garde confiance en un avenir plus serein, où Petit Breton tétera en paix, où Fauvette l'adoptera enfin, et où il pourra rejoindre sa fratrie d'adoption au pré.
Les semaines à venir nous diront si ma confiance est raisonnable...ou pas !




Du côté de Pollita et de son petit, tout va bien dans le meilleur des mondes. De ce monde idéal dont nous avons parfois la vision...
Ma seule préoccupation concernant ma grande reine est cette réaction trop protectrice quand elle sent un mouvement autour de son dernier-né.
Une vache peut devenir très agressive en ces circonstances. 

Mon élevage est mon loisir et mon plaisir.
Je suis prête à me donner un peu de peine pour mériter ce plaisir et cette satisfaction. Passer du temps, veiller une ou autre nuit, éviter un sabot leste de temps à autres, pour la bonne cause, d'accord.
Je n'ai pas pour autant le goût du rodéo. Je n'ai pas toujours été capable de dominer suffisamment les instincts de mes bêtes. Pour la mère de Polllita par exemple, j'ai du la sacrifier, faute de pouvoir l'apprivoiser.
Il est trop tôt pour dire comment se comportera Pollita à l'avenir. Ce petit signal d'alerte ne doit pas être dramatisé. 

Bigoudi doit vêler à la fin de ce mois-ci. Nous verrons comment les choses se déroulent pour elle. Et nous verrons aussi comment Pollita accepte ce nouveau petit, près du sien.

Il sera temps alors de prendre des options pour l'avenir. La vie nous laisse cette impression, cette illusion ?, de pouvoir choisir, tout de même. De croire tenir les rennes, quand parfois nous nous demandons si ce ne sont pas elles qui nous tiennent...

Il y a ainsi des inconnus, des surprises, bonnes ou mauvaises, dans toute entreprise.

Nos vies sont des chemins creux aux croisées mystérieuses et incertaines...





J'essaie de ne pas perdre de vue la lumière au delà des ramures sombres et emmêlées.
C'est bien plus facile comme ça, non ?