jeudi 14 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : LA MAIRIE CONTRE ATTAQUE




Bonjour tout le monde !

Je vous emmène, passant par le Chemin des Crêtes, notre "montagne", vers la mairie d'Urrugne.








Nous en étions aux rôles dévolus à cette vénérable institution.
A ses représentants en place à l'époque.

Je nomme sur le devant de la scène, roulements de tambours, Jean-Dominique Boyé, alors à la direction des services techniques municipaux.
Je nomme aussi, re-roulements..., Mr Léon Marin, élu maire en place et fonction. Enfin, mis là pour faire office, en homme de paille. Mr Léon, si sympathique, un petit air de Balladur, en plus brioché. Il habitait sa fonction avec autant d'ossature qu'un cintre en plastique glissé dans un costume trop lourd.

Mes échanges suivis avec la mairie ont débuté en juin, suite à l'intervention de notre grand tout fou Oronos, sur le Chemin des Crêtes, hérissé d'embûches.














Une première approche, un peu pointilleuse, de petite poularde montée sur ses grands chevaux, n'est-ce pas ?
A l'époque, j'étais pourtant très fière de moi...

Réponse du loup à la bergère, (enfin, à la vachère, dans mon cas) :










Cette petite missive autoritaire, accompagnée d'une liasse ventrue et impressionnante destinée à nous documenter.
Nous entendions pour la première fois, et non la dernière !, ce magnifique intitulé de "Centre Technique d'Enfouissement classe 3".
Quelle merveille ! Plus tard, ayant apprivoisé l'animal, nous l'appelions par son petit nom : CET type 3. 
J'adorais rouler en bouche cette déclinaison de syllabes précises et chantantes. Tous ces T claquants, ces F feulant et ces S sifflants. C'était magique, percutant comme une insulte, et froid comme une lame effilée. 
Non, vraiment, tous, nous l'avons moulé, roulé, craché, ce "Centre Technique d'Enfouissement classe 3". C'est devenu une rengaine, un refrain, un mot d'ordre et un rappel.

Je l'avais pris en amitié. Il me manque un peu, parfois...

Vous connaissez mes réflexes. Evidemment, cette injonction m'était tentation trop forte, gourmandise à laquelle je ne pouvais résister. 

Je répondis, immédiatement :












































Sans scrupule, je parlai au nom de mon frère.
Durant ces deux années, 2003 et 2004, j'investis indifféremment son identité, ou la mienne.

Je parlai pour nous deux, j'écrivais pour l'un ou l'autre, j'étais un peu lui, et moi aussi.

L'aîné, pourtant tout aussi intéressé que nous deux à l'affaire (et, sans dévoiler grand secret, sûrement plus "intéressé" que nous, d'ailleurs...), restait tapi dans notre ombre.
Il suivait le mouvement, accompagnait la danse.
Mais notre entité diffuse à plusieurs têtes lui garantissait un presque anonymat tout à fait à sa convenance, le bougre sournois !





Je m'amusai terriblement. J'étais prise au jeu, enthousiasmée par ce nouveau rôle. Je donnais mon plein d'énergie et de fantaisie.

Portée par une vague vive et tonique, je défendais notre terre et notre projet, comme le chien défend son os.

J'en étais un peu ridicule, sûrement. Mais tellement sincère et entière dans ma croisade !
A ma relecture, je suis touchée, émue par moi-même. Je me retrouve, comme je m'aime bien.
Cabocharde et outrée. Sans limites ni mesures. Moi, quoi, telle qu'en moi-même, en toute modestie...

J'arrête ici. Je me sens gonflée d'hélium, et sur le point de quitter terre, cette terre solide et à laquelle je m'arrime toujours, pour garder les pieds dessus, et le bon sens pas trop loin.







Fragile et vulnérable comme ces champignons éphémères et facilement piétinés. Entêtée toujours à relever la tête, et repartir à l'assaut des cieux purs et dégagés. 
Vivante, et fière de l'être.


A bientôt !


mardi 12 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : LA MAIRIE ET LES NOUVEAUX RESIDENTS



Suiveurs de nos aventures du Chemin des Crêtes, bonsoir !




Après nos chers voisins, revisités un par un, d'un œil totalement partial et orienté,  approchons maintenant une autre entité protagoniste de l'affaire. La mairie d'Urrugne,  ses élus et ses employés.

Je ne vais pas pousser mon reportage en images jusqu'à la place publique de cette coquette cité basque traditionnelle.
Vous connaissez peut-être, Urrugne et sa mairie. Pour mes lecteurs plus lointains, je vous décris succinctement :
Urrugne est un petit village, essentiellement paysan au départ. Un centre bourg charmant, une rue principale pentue, bordée de maisons anciennes et typiques à souhait. La haute et élégante église, ouvrant largement son parvis sur la place. La mairie, elle aussi logée dans un bâtiment imposant et ancien, avec sa façade typique, aux murs épais et ondoyants. un peu comme Agorreta, en beaucoup plus joli et stylé.

Urrugne est vaste, en étendue. Il y a encore un certain nombre de paysans vivant de leurs terres et de leurs élevages, à Urrugne, même si là comme ailleurs, les exploitations disparaissent, les unes après les autres.
Le paysage y est somptueux, entre la corniche surplombant la mer de ses falaises claires, et les vallonnements montagneux de la chaîne des Pyrénées venue s'assagir ici.
Le village s'éparpille en petits hameaux de quelques maisons, disséminés dans la verte campagne, et des rassemblement plus récents, et plus drus, de lotissements colorés et attrayants.
L'orientation urbanistique de la cité privilégie les grandes propriétés, sur les terres hors de la cité.
Urrugne, coquette bourgade, toute proche de la frontière espagnole, aux portes de l'aristocratique Biarritz et du festif Bayonne, a attiré beaucoup de monde, ces dernières années. Et du beau monde, en capacité d'acquérir des parcelles de 2500 m2 pour y faire bâtir de belles maisons, vides les trois-quarts de l'année.
Je ne connais pas les chiffres des recensements résidentiels d'Urrugne, mais je parierais facilement sur un pourcentage fort élevé de résidents occasionnels.

Nulle part comme à Urrugne, on voit fleurir des propriétés cossues. Certaines vieilles fermes ont été réhabilitées, de façon respectueuse. D'autres, rasées pour être remplacées par des constructions ultra-modernes, toutes en baies vitrées et surfaces agressives. Chacun ses idées sur l’esthétique de l'habitat...
Maintenant, le centre ville commence à ressembler à d'autres centre-villes, avec l'érection d'immeubles, raisonnables encore, mais tentés de se dresser haut et large sur un ciel jusque là plus haut.

Je ne suis pas là pour commenter les décisions de l'équipe municipale en place sur le volet de l'urbanisme de la cité. Chacun son métier, et les vaches seront bien gardées, dit-on. Par le fait, elles le seront d'autant plus facilement qu'elles sont de moins en moins nombreuses, il est vrai...

Urrugne attire les citadins aisés, en mal de campagne et de bon air salubre.
Ces braves gens, fuient la promiscuité des grandes villes où ils ont fait carrière professionnelle avantageuse, et trouvent ici les grands espaces et la liberté de s'étaler, enfin.

C'est ainsi qu'ils idéalisent leur projet d'installation dans nos contrées.

Rendus sur place, la campagne vallonnée et déserte, après les avoir charmés, les inquiéterait, un peu. Ce silence, ces horizons, les impressionnent. Ils se sentent isolés, mal accueillis, parfois.
D'où ces hauts murs autour de leurs si belles maisons :























Ils apprécient la campagne, mais se méfient des campagnards...

Vous sentez bien dans ces commentaires mes a-priori défavorables, résolument.
Vous allez m'objecter, avec juste raison, que toutes les résidences d'Urrugne sont loin de ressembler à celles-ci.
Que je me fais une généralité à partir de quatre cas d'école.
Vous aurez raison, évidemment.
Mais c'est moi qui raconte, ici. Et je le fais comme j'en ai envie, comme ça me fait du bien de le faire. Compris ? Ah mais non, mais, tout de même !

Je suis subjective, je ne fais pas la part des choses, et alors ? Çà ne vous arrive pas à vous ? 
Bien ! Ces petites velléités combatives  destinées à justifier ce qui ne peut l'être, posées, continuons.

Le réflexe commun quand on a peur, c'est de chercher protection. On se sent vulnérable, on n'est plus en capacité de se maintenir en sécurité, en paix, alors, on cherche de l'aide.
Auprès de ceux qui sont censés la dispenser, forts de leur autorité et de leur position.

Quand il serait si sensé de se comporter en adultes raisonnables et responsables, on redevient le petite gamin capricieux, qui a besoin de se faire taper sur les doigts par l'instituteur, pour se tenir tranquille.
Le simple bon sens se dilue dans des inquiétudes ancestrales, des peurs diffuses et sournoises.

Je me mets dans le lot de ces gens redevenus enfants. Je n'ai pas échappé à cette attitude puérile, et ridicule. 
Moi aussi, j'ai laissé la réalité se voiler d'un imaginaire exacerbé. Moi aussi, j'ai laissé remonter à la surface des remous et bouillons boursouflés et aveuglants. Je me suis laissée cacher les profondeurs limpides où se niche la sérénité de ceux qui savent voir au delà des simples apparences superficielles.
Les crispations se nourrissent de ces masques que l'on se met sur le visage, que l'on donne à voir et qu'on regarde chez les autres.

Moi aussi, je me suis tournée vers ceux que je croyais être plus clairvoyants, plus sages que moi. Et j'ai espéré trouver en eux la clé pour dénouer les tourments qui m'assaillaient.
C'est une faiblesse bien commune. D'aller chercher ailleurs ce que l'on a en soi. Caché derrière les petits démons malins et sournois qui s'amusent à nous raconter des salades.

Nos élus, nos responsables, nos dirigeants, ne sont pas fait d'un autre bois que nous. Ils sont humains, faillibles et vulnérables, comme nous le sommes.
Leur fonction, leur condition, ne les préservent pas toujours de tomber dans les pièges qui nous engluent, nous aussi.

Ces braves gens de la mairie d'Urrugne, ces loyaux officiers de la police nationale, municipale, se sont juste révélés être des hommes. Comme nous.
Et notre quête envers eux était désespérée d'avance. 

Mais bon, nous y avons cru, nous, les paysans, eux, les voisins citadins venus à la campagne.
Et de cette croyance est né ce fourmillement un peu pathétique, mais bien amusant, aussi.
J'espère avoir gardé de cette riche expérience un début de science de la nature humaine. La sagesse de faire taire ces petits démons évoqués plus haut, de les écarter pour laisser passer une lumière plus claire.





Je vous raconte, la prochaine fois, et les suivantes...

lundi 11 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : Mr R.




Bonjour à tous !

Ah ! ce lundi s'annonce mieux ensoleillé :





Des trouées de ciel dégagé, une luminosité meilleure, non, vraiment, la matinée au moins nous amènera le soleil.

Et, pour la suite, ma foi, nous verrons ensuite !

La pluie tombée dernièrement a suffisamment détrempé le terrain pour me jouer des tours, au petit matin, quand je vais avec mon fier Karraro vider la benette à fumier.




J'ai, depuis début décembre, inauguré un nouveau parcours.
Au lieu de traverser la cour goudronnée, et y laisser deux rubans de semelles boueuses décrochées des roues du tracteur, j'ai décidé de passer derrière la ferme.
Jusque là, tout allait bien. J'avais constitué un petit chemin coquet, deux passages de roues bien dessinés.
Je revenais de mon tas de fumier, je rentrais dans l'étable, sans salir la cour. 

C'était magnifique !

Depuis la pluie, la sortie arrière de mon étable est devenue boueuse. Mon joli chemin, glissant. Mon vieux Karraro a quatre roues motrices, certes. mais une conductrice assez incertaine...
Dans la nuit, je ne vois pas toujours le tracé de ma trajectoire, pour remettre mes roues dans les ornières des jours précédents. Je louvoie, à l'aveuglette.
Vous le voyez, la clôture de cousinou est toute proche. Il ne faut pas grand écart pour aller se mettre dedans !
Quand je sens mon équipage flottant, je serre les dents, m'attendant à chaque instant à me retrouver empêtrée dans le vieux barbelé rouillé.
Vous vous souvenez que je n'utilise pas l'éclairage de Karraro pour économiser sa batterie. Imaginez ma tension, dans le noir, sachant le risque si proche, et sentant le sol sous moi si peu stable !

J'ai demandé à mon frérot aîné d'intervenir. Il a tout l'équipement et le matériel nécessaire pour remédier à mon problème. Un peu de bonne volonté devrait lui venir. Du moins, je l'espère...


En attendant, nous allons terminer notre tournée du voisinage du Chemins des Crêtes.


J'ai choisi de finir par Mr R.
Mme R. ne s'est jamais montrée, ni manifestée.




Mr R., lui, est celui avec lequel j'ai eu le plus d'échanges.
Il était résident permanent, Chemin des Crêtes. Très disponible, toujours aux aguets, un vrai furet près de son terrier.
Il avait pris à cœur cette affaire, vraiment.
Il était partagé, entre son rôle de représentant officiel des voisins, et sa volonté, sincère, parfois, de concilier les choses avec nous.

Cet homme m'a horripilée, puis intriguée. Il a fait preuve d'un souci d'honnêteté, à quelques très rares occasions, qui me le rendait touchant, un peu.
Ces brèves étincelles positives n'ont évidemment pas suffi à éclairer le tableau chaotique et sombre de son personnage dans notre pièce.

Je vais vous livrer ici plusieurs documents authentiques. Sans les commenter. Je vous laisse latitude de vous faire votre propre opinion. La mienne est gravée dans le marbre, maintenant. Et revenir sur ces joutes ridicules et fatigantes me remettrait dans une tension inutile.










































































































































Ici, une série de rencontres,  de visites de chantier, avec ce Mr R. Il semblait apprécier ma compagnie, nos sorties au grand air. Nous longions parfois la clôture, Chemin des Crêtes, empoussiérés par les passages drus des camions. Nous saluions de concert les chauffeurs un peu étonnés par notre équipage.
Mr R. aimait se sentir impliqué, je pense, intégré, à ce projet dont l'envergure l'impressionnait. 
Il restait très agaçant, et j'avais du mal à ne pas l'envoyer paître. Consciente de la nécessité de nous l'apprivoiser au mieux, je me retenais de lui dire ce que je pensais de ses simagrées.
Je faisais même mine de l'apprécier, et n'hésitais pas à flatter son goût du commandement, en lui demandant conseils et avis. Quelle duplicité, honte à moi !

Ca marcha, un temps.
Ensuite, Mr R. comprit mes visées, et ne s'y laissa plus prendre...


Les relations diplomatiques furent rompues.
Nous continuâmes notre ouvrage. 

Les voisins continuèrent de harceler la mairie, la police, les préfectures, et tout ce qui représente l'autorité, invoquant des dieux païens pour les sortir de l'enfer.





Le printemps passa. Vint l'été.
Nous avancions, contre vents et marées.









































































Nous décidâmes d'ignorer ces maudits voisins.
Et depuis, nous ne les considérons pas beaucoup plus...

Mr R. n'est plus de ce monde. 
Sa villa a été rachetée par un autre homme, du même genre. 
Celui-ci veut s'assurer la tranquillité en élargissant les limites de son territoire.
Il veut acheter notre parcelle, pour s'assurer une sérénité, qu'il n'aura jamais. Notre parcelle ne le préservera pas de sa peur de l'autre. Elle est grande, certes, mais jamais les hectares n'achèteront la paix de l'âme.

Notre trio soudé de l'époque s'est aujourd'hui désagrégé. Mon frère vend cette terre. Celle que nous avons si bien défendue.
C'est son idée. Pas la mienne. 

Je suis heureuse d'avoir mené cette petite bataille. Rassurée d'avoir vérifié à cette occasion que l'ordre des choses n'est pas établi à l'avance. Que l'on peut y avoir son rôle, actif et tonique.

Pour la suite, j'en viendrai à la mairie.
Encore une qui nous a donné du fil à retordre !

A très vite en ces pages, où notre petite campagne prend des allures de scène de théâtre champêtre.

jeudi 7 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : Mme et Mr de C.




Bonsoir à tous les suiveurs des nouvelles d'Agorreta !

Ca y est ! La saine pluie d'hiver nous est arrivée ! On s'en lasse vite n'est-ce pas ?
Elle est pourtant bienfaisante.

Laissons le temps faire son oeuvre dehors, et allons faire notre saut du moment dans le passé, Chemin des Crêtes, été 2003.




Au tour aujourd'hui de Mme et Mr de C. de se présenter à nous.







Mme et Mr de C. sont les voisins immédiats de notre parcelle, à la montagne, comme nous disons, Chemin des Crêtes.
Pour être précis, ils sont en face de l'entrée du champ.
Ils sont par le fait ceux qui ont été les plus dérangés quand le trafic est devenu dense. Les camions se croisaient devant leur portail.

J'ai rencontré Mme et Mr C. pour la première fois, ce fameux 26 Août 2003. Jour de notre grande rencontre avec tous les voisins du site.
Ma première tentative d'approche au début du mois de mai, avait avorté. Mme et Mr de C. avaient bien répondu à mon courrier, me disant qu'ils étaient pour le moment tellement occupés par le mariage de leur précieuse fille, qu'ils remettaient à plus tard l'étude d'une éventuelle conciliation entre nous. Bien...

Ce plus tard n'est jamais arrivé. Entre Mai et Août, aucun signe de vie de ces gens, pourtant bien présents, et Dieu merci, vivants. Enfin, Dieu merci, pour eux. Nous, nous les aurions volontiers jetés aux orties, mari et femme réunis.

Par cette belle soirée d'Août, je fis connaissance du couple. Je ne les avais que furtivement entraperçus jusque là, au détour de leur maison. Ils ne recherchaient vraiment pas le contact, et s'éclipsaient dès qu'ils nous entendaient approcher.
La réunion organisée par les services municipaux, à la demande des voisins, fût une grande occasion pour nous, de les voir tous ensemble réunis, dans ce panorama grandiose et solennel, presque.

Mr de C. marche voûté. Il n'est pas bossu, mais ses épaules s'arrondissent beaucoup sous sa nuque ployée. Ses yeux bleus rêveurs papillonnent, sans jamais trop fixer leur regard. Mr de C. vous parle, en s'adressant au flanc de rocher derrière vous, ou au moutonnement léger sur la mer au loin. Jamais vraiment il ne vous laisse entrer dans ses yeux.
Il a cette particularité désagréable de beaucoup saliver. Son élocution en est floue, et bousculée. De petites bulles frisottent à la commissure de ses lèvres. C'est un peu dérangeant. mais bon.

Ma remarque pourrait paraître peu charitable. En réalité, moi-même, je souffre d'un excès de salivation. Je le déplore, mais n'y peut rien. Je déglutis précipitamment quand je sens l'eau envahir ma bouche. Particulièrement dans une discussion animée, je me sens trahie par cette humidité baveuse. Je postillonne mon dépit. Cela nuit gravement à la portée de mon discours, devenu source de désagrément, au lieu de porter des arguments percutants. 
Ah là, là, quand la forme superficielle nuit gravement au fond, aussi intéressant soit-il, quel ennui...
C'est par solidarité que je me permets de relever ce détail chez ce Mr de C.. Parce-qu'étant moi même affligée du même syndrome, je suis à même de compatir à mes compagnons d'infortune.


L'attitude de Mr de C. est brouillonne, un peu maladroite, presque touchante.
Il se montrait à l'époque très inquiet de ce que nous comptions faire chez nous, en face de chez lui. N'avions-nous pas en tête d'aménager ce terrain en vue de le faire lotir ? Quelle horreur ce serait pour lui, de partager cet espace qu'il s'était approprié comme sien !

Notre deuxième rencontre se matérialisa le dernier dimanche d'Octobre, jour du changement d'heure.
Elle fût organisée par Mr D. le directeur de branche des magasins où je travaillais alors, souvenez-vous.
C'était une magnifique matinée automnale, pure et radieuse.
Mr D. habitait la région de Pau. Il possédait à Saint-Jean-de-Luz, je crois, la classique résidence secondaire sur la côte de tous ces privilégiés des terres intérieures.
Il avait pris sur son temps de grasse matinée dominicale, l'augure d'aller parlementer avec son ami Mr de C. auprès de la paysanne rebelle que je caractérisais.

Je me présentai à notre lieu de rendez-vous programmé, l'entrée du parc Florénia, alors, (encore ces Lafittes qui me tendaient déjà un peu les bras), au volant de ma petite Clio rouge empoussiérée. Je n'avais pas emmené mes chiens. 
Mr D. allongea la silhouette sombre et rutilante d'une longue voiture en bordure de notre Chemin des Crêtes.
Je montai à ses côtés, frappant ostensiblement mes bottines d'étable contre le bitume, pour en faire tomber quelques résidus organiques. Pour les fétus de foin accrochés à mon vieux tricot déformé, je les gardai sur moi.
Quelques effluves animaliers n'eurent pas le temps d'investir l'habitacle somptueux. Nous fûmes vite rendus devant la villa des De C., au niveau de l'entrée de notre champ.

Mr D. avait considéré mon accoutrement avec un demi-sourire. Nous nous connaissions peu. 
Ce jour là, il ne parla pas beaucoup. Mr De C. nourrit la conversation, s'enquérant distraitement du prix de cette parcelle agricole, et de notre éventuelle intention de la vendre.
Je l'assurai de notre seule intention de continuer de la cultiver, pour nourrir mes quelques bêtes.
Je tâchai de lui faire sentir ma passion pour ce mode de vie rural, mon plaisir à vivre entourée de vaches et de chiens. Quitte à cumuler deux journées de travail en une.

Mr D. m'écoutait. Nous déambulions le long du chemin, paisiblement.
Je crus sentir chez mon directeur, un élan de sympathie suscité par mes propos et mon attitude.
Peut-être nourrissait-il une vague nostalgie de cette façon de vivre, simple et authentique ?
Derrière ces pupilles bleues acier, un frémissement me le rendait amical, cet homme.

Nous nous quittâmes sans avoir davantage avancé. Je maintenais notre projet de remblaiement. Mr de C. Persistait dans son intention d'en empêcher la mise en oeuvre. L'impasse, toujours.

Mr D. ne prit pas davantage parti.
Il me gratifia d'un regard appuyé, chaleureux serait beaucoup dire, mais bon, disons, à la limite du dégel.

Plusieurs années après, pour son départ à la retraite, il me fit parvenir un carton d'invitation à la petite fête qu'il donnait pour l'occasion.
Je déclinai. Pourtant, je conserve le souvenir de ce moment de complicité, du moins, perçu comme tel par moi, comme une fleur séchée entre les pages d'un livre. Quelque chose qui aurait pu être et ne serait pas, mais avait failli s'incarner et gardait, comme figé, l'éclat d'une certaine utopie devenue possible. Je me comprends, à défaut de me faire comprendre...

Mme de C., elle, n'a jamais caché sa hargne. Elle a maintenu une opposition constante et affûtée. Son attitude s'est figée sur sa silhouette resserrée derrière ses bras étroitement croisés.
Pas de faux-semblants chez elle. Elle couvait son noyau dur et sec comme une pierre précieuse.
Ses propos sont restés fidèlement vindicatifs et acariâtres.

Un jour, je me demandai comment se prénommait Mme de C.. Mon frère aîné me suggéra spontanément un "charogne", ma foi, pas si mal adapté...

Mr de C. trottine maintenant autour de sa villa rendue au calme, comme un vieil épagneul aux poils blanchis. Pendant que Madame finit de de dessécher en un minéral dur et gris.

Un gentil couple, pas très désireux de nouer des relations amicales avec nous, et moins, selon manque d'affinités...

A bientôt, pour les derniers !


mardi 5 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : Mme et Mr B.




Bonjour à tous !

En ces journées ventées, les esprits s'aèrent en un rien de temps.
Une simple virée en extérieur, et, l'espace d'une heure, on rentre ébouriffé et l'esprit assaini, n'est-ce pas ?

Je vous emmène avec moi, Chemin des Crêtes, toujours en ce fameux été 2003, où je fis la connaissance de nos sympathiques voisins.






Après le matois Mr M. et sa dame au visage de pleine lune, voyons maintenant, leurs voisins de gauche, les B. :





Ceux-xi ont eu le privilège d'être les premiers sur la place.
leur maison a été bâtie tout début 2002, si ce n'est un peu avant, je ne sais plus.
Je me souviens y être entrée, pendant sa construction, et avoir visité, sans y avoir été invitée, honte à moi...
Une cabine de douche équipée de jets multi-usages ( ?),  m'intéressa fortement, au premier étage. Le summum du confort, d'après moi !
Des boiseries de charpente un peu légères, à mon avis. Souci d'économie ?

J'ai fait le lien entre ces B. et l'un de nos directeurs de branches de l'époque, Mr D., bien avant qu'eux n'aient fait le même rapprochement. 
J'avais repéré chez ces B. des artisans venus de la région Paloise. Tout le monde s'étonnait de la délocalisation d'un tel chantier de construction privé. Les frais de déplacemens n'allaient-ils pas grever le bénéfice d'une mise en concurrence aussi élargie ?
Ces mêmes artisans, je les retrouvais sur les ouvrages à réaliser sur les magasins faisant partie du groupe pour lequel je travaillais alors. J'imaginais ainsi une connexion occulte, et un peu troublante.
Enfin, troublante pour moi, qui suis facilement troublée, voyant le mal partout, même là où il n'est peut-être pas...

Toujours est-il que, quand mon grand directeur vint me susurrer à l'oreille qu'il avait eu vent de mes frasques Chemin des Crêtes, j'eus la fulgurante répartie de lui citer le nom de ce Mr B. J'avoue n'avoir pas été mécontente de constater le blanc, à l'autre bout de fil, trahissant un petit mouvement de surprise. Toujours bon, ça, n'est-ce pas, de prendre l'adversaire à contre-pied ? Le peu de temps que l'effet joue en votre faveur, au moins.
Je vous l'ai dit plus haut, le temps ne joua pas bien longtemps de mon côté. Je payai chèrement ma petite victoire du moment, en sillonnant deux départements, durant plusieurs années, pour me rendre à mon nouveau lieu de travail, décidé par ce grand homme. sans qu'il n'y soit pour rien, évidemment... Ces hasards, alors !

Plusieurs mois plus tard, d'ailleurs, autour de la Toussaint, mon grand directeur organisa une rencontre sur zone, avec le troisième larron de l'histoire, Mr de C. Mon patron avait élargi son cercle de connaissances, ou alors ces trois là se pratiquaient avant de se retrouver en nos paysages.
Je vous raconte ça en évoquant les De C., la prochaine fois.

Pour Mme et Mr B., ils constituaient un couple de belle allure. Tous deux grands, élancés, sportifs et bronzés. 

Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, ou si vous le vivez vous-mêmes : quand on est petit, on supporte mal les grands. Je ne sais pas à quoi ça tient au juste. Peut-être à la petite douleur imposée aux cervicales, quand, étant soi-même au ras des pâquerettes, il faut relever la tête pour s'adresser à plus haut que soi.
Chez les Legorburus d'Agorreta, en plus d'être petits, ce qui n'est déjà pas rien, nous sommes aussi un peu épais. Que voulez-vous, la génétique ne nous a pas été favorable...
Alors, grand, c'est déjà très déplaisant, mais par là-dessus, élégants et racés, ça nous fait trop !
Ce couple nous narguait par sa beauté, déjà. La condition de voisins parachutés et vite hostiles à notre projet n'allait évidemment pas adoucir notre agressivité latente et larvée.

Autant Mr M. était reposant, à l'écoute et à la vue, même s'il restait inquiétant, et presque, d'autant plus, autant Mr B. était crispant. Il parlait vite, avec un accent pointu prononcé. Il bougeait beaucoup, sautillant sur place, incapable de se contenir dans l'espace. Avec ses mollets de sauterelle, il bondissait, passant d'un cailloux à une motte de terre, fatigant rien qu'à le regarder.

Il nous fit un jour un cours sur la bonne façon de mener un remblai. Il avait paraît-il supervisé la construction du plus grand barrage du monde, au Brésil ( ?). 

    - Vous savez, un remblai, il faut l'avoir étudié comme je l'ai fait. On utilise des matériaux appropriés. On tasse par couche de 20 centimètres au pied-de-mouton. Ici, vous faites n'importe quoi. Tout ça ne tiendra pas, et vous aurez de graves problèmes très vite !

Venir hululer ça à l'oreille de mon frère aîné, maître artisan terrassier, quelle présomption !

Une autre fois, armé d'un énorme appareil photo qu'il portait en bandoulière autour du cou, il sautilla sur de larges pierres, en un équilibre instable, manquant plus d'une fois la chute.
Nous voyant arriver, il se précipita hors de notre champ, se sentant pris en défaut.
Comme nous nous arrêtions à sa hauteur, l'obligeant sous peine de grave incivilité à nous parler, il nous argumenta sur la composition de notre ouvrage, toujours en grand technicien, qu'il n'était pas, visiblement !

    - Voyez, là, j'ai repéré du fer à béton de 13 ! Vous vous imaginez ? Ça n'est pas de la terre, ça, ça va s'oxyder et engendrer une grave pollution ! C'est une décharge que vous faites là, sans aucune précaution ! Je vais empêcher ça !

Je ne suis pas experte en matériau de construction. Pour autant, du fer à béton, je crois le savoir, il en existe bien de plusieurs sections. Du 4, du 6, et ainsi de suite jusqu'à du plus de 20, il me semble. Mais du 13 ? Jamais entendu parler ! Et vous ? 
Enfin, cet homme était parti pour nous faire des leçons, et ne se privait pas de ce petit plaisir.
Il en était insupportable, et, d'ailleurs nous la supportions très mal, cette hystérique sauterelle enragée de Mr B.

Sa femme était moins pénible. Laurence, se prénommait-elle joliment, mais pas très aristocratiquement.  C'était un joli brin de femme, altière et agréable.
Elle prit un moment la tête du département diplomatique. J'eus une ou deux conversations téléphoniques avec elle, et nous échangeâmes quelques fax :































Notre tentative de conciliation n'alla pas bien loin.
La réunion fameuse du 26 Août, organisée conjointement avec les services municipaux, excédés à leur tour par les multiples sollicitations des uns et des autres, ne porta pas grand fruit.
Une belle soirée, dans la scène un peu surréaliste d'un amphithéâtre improvisé, entre des montagnes de terres et de gravats arrondies en arc de cercle autour de notre petit groupe, dans le soleil couchant.
La seule occasion où je vis tous nos chers voisins réunis, mis à part Mme M. que son mari excusa, et la mystérieuse Mme R. qui ne se montra jamais, durant tout le temps de notre affaire.

L'échange de messages ci-dessus s'ensuivit.
Une amorce de dialogue, vite avortée.
On y sent pourtant un frémissement positif, une volonté de s'ouvrir à l'autre, n'est-ce pas ?
Sans y regarder de trop près, pourtant, on y sent aussi une petite volonté à peine masquée d'imposer sa loi, de garder le paysan le nez sur sa terre, et pas au delà.
Quoi, quoi, quoi !? Mon imagination, encore, là ? Oui, peut-être... et peut-être pas !

Mme et Mr B. habitent toujours leur villa, en périodes de vacances. Nous ne frayons pas. Trop soulagés de ne plus avoir à nous épuiser à suivre les petits sauts énervés de Mr B.

Que la vieillesse le repose un jour, et lui apprenne qu'il est inutile de s'agiter autant, en vain.

Pour ce soir, j'arrête là.
Ces petits portraits me distraient. J'espère qu'ils ne vous ennuient pas. Si par hasard ils parviennent jusqu'à leurs muses, qu'elles ne s'en offusquent pas. Quelques vieilles rancœurs trouvent ici matière à dégorger leur fiel. C'est sain. Ça allège et soulage. Ces quelques méchancetés ne sont pas contre eux, mais pour moi. Pour mon bien-être, en rétrospective.


Comme je m'absous facilement de mes perfidies. Quand celles des autres me restent si longtemps en mémoire !
Pardonnez, pardonnez, comme je n'arrive malheureusement pas à pardonner à ceux qui m'ont offensée...

A la relecture de ce dernier article, je me demande si je ne fais pas une confusion entre Mr B. et Mr de C. Sur le point de leur relation à mon grand directeur de l'époque, Mr D.
C'est bien Mr de C. que mon patron retrouva Chemin des Crêtes, un matin de Toussaint, je crois bien, pour essayer de me sermonner, sous couvert d'une tentative de médiation amiable et responsable. (Toujours là, cette vieille méfiance mauvaise, n'est-ce pas ?)
Mr B. se targuait, lui, de relations amicales et même familiales, je crois bien, avec le préfet, ou le sous-préfet, je ne sais plus au juste. Un haut dignitaire de l'état, toujours, pour nous, terriens de la base.
Nous reçûmes d'ailleurs un courrier de ce sous-préfet, sans rien lui avoir demandé, nous rappelant à un ordre suffisamment flou pour qu'on n'en retrouve pas trop de justifications.
Tous ces gens connaissaient du beau monde, et nous le faisaient savoir.
Je les mélange, eux et leurs pareils, en une nébuleuse épaisse et peu attractive.

Moi, le beau monde, alors, déjà, ne m'impressionnait pas plus que ça. Au contraire, je suis vite sur la défensive, quand on me considère de haut. La taille, vous savez, les petits...
Les beaux costumes sombres, les mallettes, les ongles trop propres et les chaussures brillantes, font immédiatement naître en moi un a priori défavorable. Stupidement, d'ailleurs, puisqu'on peut très bien porter tout cet attirail, et être riche d'un cœur d'or à l'intérieur. J'ai connu, et avec bonheur, des gens de cette tournure.
 Mais il y a la façon, de le porter, ce déguisement. Cette subtilité de comportement, qui différencie ceux qui le portent par fonction, ou par goût, pourquoi pas, et ceux qui le mettent en avant en posture.

Cette petite rectification faite, je retourne ce matin à mes petits travaux de peinture, toujours.
Mes ongles, à moi, portent les traces de ma lubie du moment...










dimanche 3 janvier 2016

CHEMIN DES CRÊTES : Mme et Mr M.



Suiveurs des nouvelles d'Agorreta, bonjour !

En ce début janvier, la pluie fait promesse mais ne tient pas, pour le moment.



Les jours prochains, peut-être ?
La matinée est grisette, avec un petit air vif de noroît. J'ai allumé le grand poêle, en bas, la vieille ferme ronronne d'aise.

L'étable est calme. Rubita et Galzerdi prennent leur parti de l'arrêt du lait dans leur alimentation.





Retournons Chemin des Crêtes.





Et visitons un par un nos couples de voisins de cet été 2003, torride, au propre et au figuré...



Pour aujourd'hui, nous allons à la rencontre de Mme et Mr M.
Ils ont construit leur maison autour de l'année 2002. Vite après les premiers arrivés, Mme et Mr B.


Je commence par eux, par ordre décroissant de sympathie.
Ils sont les seuls, je vous l'ai dit, à nous avoir reçus chez eux. Ils sont les seuls, aussi, à avoir essayé de nourrir un semblant de relations de voisinage amicales avec nous.
Mr M. est sorti plusieurs fois de sa propriété, en entendant arriver notre vieux tracteur, avec mon père au volant.
Mon père aimait bien faire des virées, ici et là. Pour véhicule de prédilection, il choisissait son vénérable et fidèle Ttiki-Haundi.


Tout le monde entendait, puis voyait, cet équipage sympathique, paradant royalement par les routes et chemins des environs.
Je me demande comment nous avons évité drames et accidents, avec cette mécanique sans freins ni éclairage, et son chauffeur un peu avancé en âge pour pouvoir compter sur une vigilance depuis longtemps émoussée.
Dieu merci, jamais, nous n'avons eu à déplorer un quelconque accrochage. Le tracteur allait doucement, fièrement, au plein milieu de la voie. Les voitures faisaient autour, comme elles le pouvaient, patientant, ou ne patientant pas...

Mr M. devisait volontiers avec mon père, devant sa villa. Ils échangeaient quelques mots, neutres mais bienvenus, comme il se doit entre voisins de bonne compagnie.

Au début, de notre entreprise de remblaiement, Mr M. ne manifesta pas grande réaction.
Sa maison est bien en retrait de la route, entourée d'un bon mur, et, derrière son haut portail de bois sombre, les bruits de circulation doivent parvenir bien feutrés et peu dérangeants.

J'imagine qu'il entra dans la danse, poussé par ses voisins plus belliqueux. Et sans doute un peu inquiété lui aussi par le dense trafic généré par le chantier espagnol du début d'été 2002.
Je l'ai reconnu plus haut, et je le redis encore ici, cet épisode est à porter à notre charge, dans l'affaire Legorburus contre voisins, au Chemin des Crêtes.

A la réunion en mairie d'Urrugne, en juillet 2002, il se montra paraît-il pondéré.
Il permit à mon frère aîné d'acquérir un nouveau mot de vocabulaire : parlant des effluves pestilentielles dégagées par les amas d'ordures ménagères traitées à Bittola, juste en dessous de cette zone, (décidément, une décharge au sud, une décharge à l'est, et un remblai au nord, quel environnement déplaisant !), Mr M. avança l'adjectif "nauséabond".
Mon frère retint phonétiquement ce terme qu'il ne connaissait pas. Il me le rapporta, le moulant voluptueusement en bouche, comme une patate chaude : "nôse et abonde".
Je ne compris pas tout de suite, tant il prononçait avec application, en séparant exagérément les syllabes. Nous rîmes de bon cœur, ensuite, et le terme revint dans nos conversations, où il se sentait comme une paon dans un poulailler : encombré de son trop grand panache.

Mr M. profitait donc de cette réunion pour mettre dans le même panier tout ce qui l'incommodait : nos camions, les ordures ménagères, les caravanes stationnées devant sa villa, et tutti-quantti. Voilà un homme efficace. Il s'était déplacé, avait parlé, et mis à plat tout ce qui le gênait dans la conjoncture.
Mon frère lui déposa de grosses pierres, à l'extérieur de son mur d'enceinte, au bord de la route, pour empêcher les longues caravanes de s'installer là :


Elles y sont toujours..

Mr M. parle d'une voix douce et posée. Son élocution est lente. Ses mouvements le sont aussi.
Sous ses épais sourcils blancs, son regard peut sembler débonnaire. Il a pourtant quelque chose d'un fauve aux aguets. Ses gestes ne se départissent jamais de leur cadence ralentie. Mais dans ses yeux, on perçoit des fibrillations neuronales rapides, et efficaces, toujours.
Je ne sais pas ce que faisait Mr M., dans la vie. C'est maintenant un vieux monsieur, auréolé d'épais cheveux blancs, un peu bossu, à la démarche penchée. Je l'imagine dense comme un minéral des profondeurs. Difficile à entamer. 
Nos tourments, il les écouta. Pas par intérêt pour nos affaires, je crois. Plutôt pour se préserver d'une animosité qu'il semblait craindre. 
Mme et Mr M. ont eu à déplorer un mini-attentat, contre leur villa. Un matin, leur immense porte d'entrée en fer forgé a été soufflée par une explosion.
La construction de leur maison est remarquable :



La villa semble tapie en contrebas. Seule, une émergence affleure, histoire de profiter quand même de la vue sur la mer, sans doute, en se protégeant au maximum d'attaques éventuelles, dirait-on.
Toute l'attitude de Mr M. est similaire. Il observe, parle peu, et toujours à bon escient. Se questions sont rarement gratuites.
Ses interrogations lors de notre entretien chez lui ciblèrent rapidement une éventuelle faille dans notre système. "Votre activité est commerciale, elle n'est pas agricole, n'est-ce pas ?", glissa-t-il en faisant patte de velours. Telle l'araignée séduisant la mouche venue se poser innocemment sur sa toile fatale.
Nous étions suffisamment sur la défensive pour ne pas nous laisser endormir, vous pensez bien !
Mais vous avez là le mode opératoire de l'homme, de ce grand félin aux idées lestes et fulgurantes.

J'ai revu Mme et Mr M. depuis. Ils sont clients de la jardinerie.
Mme M. est une charmante dame, aux yeux clairs très rapprochés, dans un visage largement ouvert et souriant.
Ils se montrent agréables, et nos échanges sont légers et divertis.
Je garde ma défiance envers ces gens. Je n'irais pas je pense leur faire confidence d'une histoire pouvant se retourner contre moi. Je les crois capables de faire feu de tout bois, en cas de besoin, tant je les sens sur la défensive, tout en donnant tous les signes extérieurs du contraire.

Là encore, mon imagination s'emballe, sûrement, comme vous l'avez déjà vue faire !

Tout de même, ce Mr M. et moi, nous partageons je crois un instinct un peu animal. Et ce que nous sentons l'un de l'autre nous est suffisamment familier, pour ne pas trop nous tromper.

Arrêtons là pour ce dimanche.
Il se met à pleuvoir, un peu. La jardinerie est fermée. Après une longue sieste, nous avons projeté avec mon père et un ou autre frérot, d'aller visiter des étables.
Une sortie comme une autre...

A plus tard !