mardi 15 décembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES : LE DÉBUT DES CONFLITS



Bonsoir à tous les suiveurs des nouvelles d'Agorreta !








Chemin des Crêtes en été 2002, la tension se hérisse en pics douloureux.
De part et d'autre, les revendications, légitimes ou déraisonnables, donnent de la voix en un concert où tout le monde parle, et personne n'entend.

Du côté des voisins,  la peur de voir s'ériger en face de leurs belles villas des constructions. Finie la vue imprenable sur la mer ! 
Ils imaginent des bâtiments affreux, des murs opaques, un horizon désespérant. 
Eux, venus de la ville pour profiter des joies de la campagne, eux, arrivés là pour fuir l'urbanisation outrancière des villes, eux, ne supportent pas la perspective de se retrouver face à ce à quoi ils ont voulu échapper.

Pour aiguiser ces peurs, l'impression d'être mal acceptés augmente encore le malaise.
Tous ces gens viennent d'ailleurs, ils ne sont pas issus d'ici.

Ils ne se sentent pas intégrés. Ils se défendent, avant toute attaque. Leurs villas s'abritent derrière des clôtures, des haies hautes, des murs épais.























Je ne nie pas la difficulté de s'installer ici, quand on vient d'ailleurs.
Les basques ne sont pas connus pour être très ouverts, peut-être.
La seule langue est suffisamment hermétique et peu avenante à l'oreille pour ceux qui ne la comprennent pas.

Tout de même, la seule vue de ces murs n'engendre pas l'envie d'aller voir derrière, n'est-ce pas ?
On sent bien la volonté de se fermer, de se préserver. On se sent intrus et malvenu, accueilli de telle manière.

Le dialogue s'est mal amorcé, dès le départ.
On se croise peu, on se salue à peine. On ne se parle pas. Nous n'avons pas spécialement envie de les connaître mieux.
Ils ne montrent pas plus d'intention de le faire.

Un fossé, entre les paysans terriens et les citadins, difficile à combler. Plus profond encore que notre canyon de la CA 70 ! 
Un atavisme de campagnards asservis par les nobliaux hautains. Un reste de servage, quand plus rien ne le justifie, mais tout l'évoque quand même...

Le manque de communication, encore une fois, fera des ravages.
Nous ne tenons pas compte d'eux dans l'avancement de notre projet. Ils paraissent nous ignorer, nous les négligeons.
Nous aurions très bien pu aller les voir, convenir avec eux d'un calendrier pour réaliser les apports de terre par camion. Ils n'étaient pour les trois-quarts pas là sur de longues périodes.

Nous aurions du les associer à notre entreprise, leur expliquer, les rassurer.

Notre silence et notre désinvolture les a affolés, révoltés. Ils ne se sont pas sentis l'envie à leur tour de venir nous trouver, de discuter avec nous.
Ils ont préféré s'en référer à une autorité municipale, même défaillante et prise de court. 
Tout de suite, le malentendu a été monté en épingle.

L'absence de paroles directes et franches a nourri l'hostilité, cristallisé la méfiance.

Ainsi vont souvent les choses. Ce qui pourrait très simplement se concerter devient inextricable.
Les intentions des uns s’interprètent mal, les faits s'éclairent d'une lumière malveillante.
Tout devient difficile, quand tout aurait pu être si simple...

Nous échangions par envoyés de la mairie ou agents de la police nationale interposés.
Comme c'est commode, n'est-ce pas ?

Il y a eu toute une période de chassé-croisés tendus.
La moutarde nous est montée au nez, à tous. 

Persuadés les uns et les autres d'être menacés dans notre bon droit, d'être bafoués dans nos valeurs respectives et légitimes, nous avons campé sur nos positions avec de plus en plus de raideur et d'agressivité :





Nous avions très exactement cette impression d'être pris dans les assauts furieux et injustes d'un vent contraire.
Nous voulions tenir, résister, ne pas céder.
Toutes les conditions de la naissance d'un bon vieux conflit acéré de voisinage étaient réunies.
Avec toutes la bêtise et les crispations qui vont avec.
Nous étions mûrs pour nous pourrir mutuellement la vie.
Et nous l'avons fait...


Les événements se sont précipités.

Nous verrons ça dans ma prochaine chronique.

Gardez juste en tête que toutes ces fatigues, tous ces nerfs vrillés, auraient pu être évités, avec un peu de bon sens et de confiance réciproque...

A bientôt !

lundi 14 décembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES : DE POULES A POULAILLER




Bonjour à tous !





Temps calme sur Agorreta en ce lundi 14 décembre 2015.

Retournons Chemin des Crêtes, entre l'été et l'hiver 2002.
Là, c'était déjà beaucoup moins calme...

Je vous parlais dans mon dernier article de la survenue d'une poule, Chemin des Crêtes, entre 1998 et 2002.
En fait, il en vint plusieurs... Quatre couples de poules et coquelets. Quatre paires d'un genre différent, mais tous unis à un moment ou à un autre, contre notre grand projet du moment.

Il y eut d'abord, le couple Mme et Mr B :





Vite suivis en ces parages par le couple Mme et Mr M :





Ceux-là furent sur la place au début du chantier.
Ces maisons étaient comme de bien entendu des résidences secondaires, vides les trois-quarts du temps.

Je n'entamerai pas ici le débat sur le Pays-Basque aux Basques, et autres litotes.
Je travaille dans un commerce, et je connais la part prise par ces résidents de passage dans notre économie locale.
Je pense que l'accueil sur nos terres de gens venus d'ailleurs peut être une source de richesse, et je ne boude pas cette opportunité en jouant les vierges outragées.

Cette petite parenthèse refermée, je ne vous présente pas aujourd'hui ces personnages. Je le ferai plus loin. Au moment dont je parle, je ne les connaissais pas. A peine les avais-je entraperçus, au volant de leurs longues et puissantes voitures sombres, quand ils rentraient ou sortaient de leurs belles propriétés bien gardées.

Vinrent ensuite, dans l'ordre Mme et Mr de C :








Puis, derniers coquelets du poulailler, Mme et Mr R :











Les trois premiers, à gauche du Chemin des Crêtes quand on regarde vers l'ouest, les derniers à droite, et un peu à l'écart.
Barricadés pour le coup, eux, derrière ce haut mur défensif.

Les aléas insaisissables des lois de l'urbanisme, avec leur zones littorales, protégées, et autres complexités indéchiffrables trouvent un aboutissement en apothéose dans cette zone, cristallisant tous les inexplicables. 
Je n'ai jamais saisi comment ces villas ont pu s'élever là, quand tant de demandes de permis de construire ont été refusées, au même endroit... Enfin !

Mme et Mr R résidaient à demeure dans cette villa.
Leur arrivée coïncida pour nous avec le début des ennuis.


2002 : le début des hostilités...

A notre charge, je conviens d'un élément déclencheur.

En 2002, si vous êtes du coin, vous vous en souvenez peut-être, un immense chantier fut entrepris, du côté espagnol de la frontière, à Béhobia.
Il s'agissait de la grande zone commerciale Zaiza. Des hectares de terrain furent aménagés. Des tonnes de terre déplacées. Et acheminées chez nous, sur cette fameuse parcelle CA70 du Chemin des Crêtes.

Ces entrepreneurs espagnols n'y vont pas avec le dos de la cuillère !
Sur ce tout début d'été 2002, ils travaillaient de 7 heures du matin à 8 heures du soir. Les camions impressionnants, en surcharge pour la plupart, faisaient des navettes entre Behobia et Urrugne, via la route nationale, jusque dans cette contrée verdoyante et campagnarde.
Paisible jusque là.

Ils ne traînaient pas : les chauffeurs étaient payés "au tour", et je vous prie de croire qu'ils appuyaient sur le champignon, histoire de rentabiliser au maximum la longue journée de travail.
Mon frère n'arrivait pas à mettre en place la terre au fur et à mesure, tant il en arrivait. Qu'à cela ne tienne : les entrepreneurs espagnols envoyèrent un autre bulldozer, un monstre, pour relayer le frérot débordé. Les camions vrombissaient, chauffaient, on les remplaçait !
C'était une déferlante, un tsunami terrassier.

Le travail avançait vite, à ce train là, et notre terrain accidenté se comblait à vue d’œil.
Nous étions contents, un peu débordés par cet afflux inattendu, mais satisfaits de voir l'affaire prendre si rapidement belle tournure.

Les voisins, arrivés en ce début d'été pour profiter des loisirs de la campagne tranquille, voyaient tout ça très différemment, évidemment...
Le Chemin des Crêtes par ces magnifiques journées de la fin du mois de juin, ressemblait à la lune. Tout y était gris de poussière. Quand enfin les camions cessaient leurs navettes, un silence ahuri et saisissant vous tombait dessus.

Ces gens n'y tenaient plus. C'était compréhensible. 
Nous aurions bien voulu terminer nos travaux au plus vite. Nous en avions l'opportunité avec ce chantier. Nous n'en aurions pas de sitôt un autre de la même envergure.
Reconnaissant l'ampleur des désagréments occasionnés en cette période de vacances estivales, nous nous résignâmes à ralentir la cadence, dépités mais conscients de la légitimité des récriminations de la partie "adverse".

Une réunion de crise fût organisée en mairie. Je n'y étais pas. Je ne suis intervenue que plus tard, en fin d'année.
J'ai tout de même le déroulé des opérations, vous pensez bien...

Voici une première pièce, authentique et certifiée :



































Ah ! Encore mes numérisations obliques !

Allez, allez, ne faites pas votre mauvaise tête, tordez un peu le cou, ajustez vos lunettes, et tout ira bien !


Vous noterez au passage l'intervention, déjà, d'une antenne de la jardinerie dans cette affaire.
Mme Faizon, citée ici, est la petite-fille de Germain Lafitte, fondateur des pépinières du même nom, pour lesquelles je travaille, maintenant.
Comme quoi, nous étions un peu prédestinés...

Au passage aussi, les propos du Mr R, qui comptait 400 à 500 camions par jour, sur le Chemin des Crêtes. Y en a-t-il seulement autant à la gare de péage de Biarritz la Négresse ?
Cet homme, aujourd'hui disparu, a toujours eu tendance à exagérer. Paix à son âme.

La mairie, sans doute harcelée par les voisins excédés, mélangeait un peu ses pinceaux. Elle évoquait des arrêtés de circulation, certes réels, mais ne concernant pas le Chemin des Crêtes :








Une petite approximation géographique de quelques kilomètres, pardonnable compte-tenu de la tension du moment.

J'imagine aisément le roquet Mr R jappant quotidiennement dans tous les bureaux de la mairie d'Urrugnne, à tel point que pour le faire taire, on lui jeta un os, trouvé là par hasard.














L'erreur sur l'arrêté en question ne fut pas immédiatement repérée.
Par contre, sa mise en application entraîna quelques problèmes.

En effet, le Chemin des Crêtes dessert la décharge publique de Labourénia, alors en pleine activité.  Des camions autres que les nôtres l'empruntaient plusieurs fois par jour. Ces camions là transportaient eux aussi de la terre et des gravats. Simplement, ils s'acquittaient de la mise en décharge à Labourénia, auprès des services de la même municipalité, qui prétendait leur en interdire l'accès. Le chien qui se mord la queue...

Mince ! Des dérogations furent accordées, tous azimuts :







Pas une journée à la mairie d'Urrugne, sans une demande de dérogation, pour permettre aux plus de 7.5T de circuler sur le chemin des Crêtes.

La matrice de la lettre type devait être sur le haut de la pile des dossiers en instance.
Dans le désordre de la distribution, on en envoie même une à mon frère aîné !

















Ah ça ! on n'est pas en reste !
































Amusée de ces désordres rocambolesques, je tente ma chance, au nom de mon autre frère, histoire de maintenir la fourmilière en activité.

Ce sera mon premier échange épistolaire, au nom de mon frère, avec la mairie d'Urrugne.
D'une sobriété exemplaire :



Le premier d'une longue série.

Dans un crescendo flamboyant et inattendu.
Des moments de tension, des rires, des grincements de dents.
Je vous raconte la suite, prochainement...





jeudi 10 décembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES : LA POULE SURVINT...



Bonsoir à tous les suiveurs de ce "bloc" !
Ou du moins, aux deux-trois qui suivent...


Reprenons le cours de notre histoire.
Entre 1998 et 2002, forts de notre autorisation municipale, nous travaillâmes en paix, sur les modestes hauteurs du Chemin des Crêtes.

Le côté gauche de la parcelle, quand on regarde vers la mer, ondoyait en creux et bosses bien irrégulières. Des rondeurs assez étranges, mouvements souterrains lassés de remonter à la surface en rondeurs inattendues, ou effondrements pierreux brusques et inexplicables.
Des sources profondes, des plaques de schistes mal stabilisées,  des natures de terre différentes, glissant les unes contre les autres en heurts de mastodontes, personne n'a jamais trop su à quoi attribuer le phénomène. Mais tout le monde a pu en constater les effets visibles.

En ce temps là, je ne pratiquais pas le reportage en images, aussi, je ne vous montrerai que l'étendue d'aujourd'hui, joliment nivelée :







Face au grand large, généreusement ouvert sur un paysage agréable à l’œil, le terrain surplombe sans arrogance, et étale paisiblement sa surface maintenant plane, ou presque.
Vous voyez au premier plan les restes broyés de pieds de maïs cultivés là cette dernière année.

Avant les travaux, il n'y avait là que fougères rousses, et broussailles agressives.



Le frère aîné s'en donnait à cœur-joie !
Des heures et des heures, des jours et des années, il poussa, creusa, déplaça, des monceaux de terre.
Nous ne comprenions pas toujours tout ce qu'il faisait.
Le chantier prenait des allures de terrils nordiques. Des monticules s'alignaient plus ou moins, 
Il fouaillait ici, entassait là. L'ouvrage nous demeurait assez hermétique. Lui seul avait en tête une finalité inaccessible à notre pauvre entendement de non terrassiers. Tels ces génies d'un autre temps, capables d'imaginer une cathédrale en taillant une modeste pierre.

D'ailleurs, de nos jours, à Agorreta, nous ne comprenons pas davantage où il veut en venir.
La chose prend tournure, sans que nous saisissions le déroulé de l'affaire. Cet homme nous parle de "décaper" la terre végétale. Il imbrique à même un flanc écorché des "ancrages". Il "compacte" au "pied-de-mouton". Tous termes techniques et obtus destinés à asseoir un code professionnel inaccessible aux non membres.






















Voyez ici entre la neige de fin décembre, l'année dernière, et puis plus dernièrement, je ne sais plus trop quand.

Le paysage change au gré des arrivages, les matières nouvelles se déversent sur les anciennes.

C'est amusant de voir ainsi collectées, amassées, mélangées, des choses aussi disparates et hétéroclites.
Et de savoir quand tout ceci aura été recouvert de terre, que tous ces agrégats d'origines diverses, se fondront à la longue dans une même et seule terre d'Agorreta.

Chemin des Crêtes, le travail fût le même.
Et le résultat d'aujourd'hui récompense toutes les peines de ces années là.

Des matériaux divers, des gens bien différents, se sont retrouvés autour de cette terre.
Les rencontres n'ont pas toujours été des réussites. les mélanges se sont hérissés parfois de granulats impossibles à agglomérer.

Pourtant, finalement, tout s'est terminé en cette vaste et belle prairie placide, indifférente aux passions et tourments antérieurs.

Je vous retrouve bientôt, pour la présentation de la première poule, puis des suivantes. 
De ces poules survenues entre deux coqs qui vivaient en paix...

A très vite !







mardi 8 décembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES : LES DÉBUTS.




Bonjour à tous !








Nous entamons notre récit, avec un saut dans le temps de près de cinquante ans. Nous sommes en 1998. 
Comme ça va vite, n'est-ce pas ? 
Toutes ces années de dur labeur, de peines et de joies, ramenées à une ligne !

Vous avez la mémoire courte ! Remontez aux débuts de ce "bloc", et vous en trouverez, des lignes, retraçant ces années là, allons ! Si ça vous intéresse... 
Sinon, restez avec moi, laissez-vous prendre par la main avec confiance, et avançons, gentiment.

1998. Les terrains du Chemin des Crêtes, sont maintenant rachetés au cousin des Amériques par mon plus jeune frère, Antton. Ils font partie de l'exploitation agricole d'Agorreta. 

En l'état, nous ne pouvons pas y faire grand chose d'autre que quelques maigres foins et de la fougère, pour pailler les litières des vaches.





A ce moment intervient mon frère aîné, Gabriel, le terrassier.

Ce même frère que vous voyez en bas à droite, assis sur la grande charrette aux côtés de son père, dans les années soixante.

Cet homme gaillard et fier s'abreuvant à la gourde, c'était Mariano.
Je ne sais pas au juste d'où il sortait, je m'en souviens à peine.
Il venait aider aux travaux des champs, et charmait tout le monde de son sourire enjôleur.
Était-ce un estivant ? Un ami de la famille ?
Je ne sais pas.
Toujours est-il qu'il était là, ce jour là, au grand soleil, prêt à enfourcher le foin sec pour le charger et le ramener à Agorreta.



Revenons en 1998.
Un accord est pris : Gabriel va aménager le terrain, en réutilisant les terres et gravats issus des chantiers alentour, pour combler l'immense fossé qui creuse la parcelle en canyon.
Les entrepreneurs en travaux publics du coin sont mis à contribution. Ils y trouvent leur intérêt, avec cette possibilité d'évacuer des volumes importants de terre au plus près. A moindre coût.

Les tarifs de mise en déchetterie n'étaient pas alors aussi flamboyants qu'ils le sont aujourd'hui, avec des plus de vingt euros la tonne, quand un camion moyen en contient une petite dizaine...
Quand vous croisez sur les chemins un camion empli de terre de déblais, quand vous en voyez une dizaine sur un chantier un peu conséquent, qui vont et viennent en navettes pour enlever cette terre excédentaire, sachez que vous passez à côté de petites pépites d'or pour les organismes collecteurs. Des centaines d'euros, à chaque voyage, pour chaque camion...

Quand notre beau Pays Basque si joliment vallonné foisonne de gorges impraticables qui se trouveraient si bien d'être comblées !
Sans vouloir ramener la pays à la platitude wallonne, il y a de quoi faire...

Notre projet pour Agorreta était de pouvoir mettre ces terrains en culture. Y faire nos foins dans de meilleures conditions, en utilisant les machines attelées au tracteur, là où avant seule une moto faucheuse pouvait accéder, du fait du terrain trop accidenté.

Tout le monde y trouvait son intérêt. 

L'entreprise étant d'envergure, la parcelle couvrait plusieurs hectares, nous prîmes la précaution de prendre l'avis de la mairie d'Urrugne. 
En ce temps là, il n'y avait pas forcément besoin d'autorisations particulières pour travailler sa terre, d'une manière ou d'une autre. Du moins, pas autant qu'aujourd'hui, où vous devez monter un dossier épais, pour installer un portail chez vous.

Devançant ces réglementations maintenant emballées en une danse vertigineuse, nous sollicitâmes cette fameuse autorisation.
Et le maire si jovial et charismatique de l'époque, Daniel Poulou, l'accorda.









































Quoi ? Vous n'y voyez rien ?
Ma foi, ma technique ne s'est pas tellement améliorée sur cette dernière année.

Vous qui êtes plus habile, vous saurez je l'espère rendre ce timbre-poste plus lisible.

Le document est d'époque, conservé soigneusement, et précieusement.

Il a du être sorti, montré, donné à consulter, un nombre incroyable de fois.
Tout le monde a voulu le voir. Il a été controversé, discuté, dénigré, et nié, presque.


Mon Dieu seigneur, quelle affaire...



C'est avec ce modeste courrier, qu'ont démarré les péripéties du Chemin des Crêtes.
Ce simple feuillet a déclenché les passions et les tourments.

Je vous laisse ici pour ce matin. Haletants d'un suspense insoutenable, sans doute.

A bientôt, pour la suite de cette nouvelle aventure !


samedi 5 décembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES : UN PEU D'HISTOIRE




Bonjour à tous !

En ce dimanche matin, j'entends le vent souffler dehors, sans colère.
Je ne suis pas encore sortie. Il est tôt. J'ai une bonne heure devant moi avant l'heure d'aller soigner bêtes et gens résidents de la ferme.

J'aime ces tout petits matins calmes. Ce temps rien qu'à moi, chapardé sans mauvaise conscience.

Revenons à notre Chemin des Crêtes.




Ces fameux terrains du Chemin des Crêtes furent acquis dan les années 40 par mon oncle Nicolas Olaciregui, frère de ma défunte mère Carmen.




Vous vous doutiez bien que je n'allais pas vous en priver trop longtemps, de celle-ci !


Nicolas, ce grand gaillard fier et sec, bras de travailleur de force croisés serrés sur un torse puissant.










Nicolas est resté à Agorreta après que tous ses frères en soient partis, tragiquement pour d'eux d'entre eux, et exilé en Gironde pour le troisième.
Revenez si ce point vous intrigue aux débuts de ce "bloc"...


L'oncle Nicolas a cohabité un moment avec mon père, quand le Legorburu d'Errandonea est venu épouser la fille d'Agorreta, en 1951.

Je vous l'ai dit plus haut, (cherchez, là encore !), je ne sais pas dans quelles conditions s'est décidé son départ pour les Etats-Unis.
A cette époque, beaucoup de Basques s'expatriaient sur le nouveau continent, avec la perspective d'y faire bonne fortune. Le frère de mon père, Léon, a suivi cette trajectoire, et fondé au Nevada, une dynastie de Legorburus.







Nicolas, marié sur le tard à Lola, a eu un seul fils, Joe. Ce cousin a été plus productif. Il a engendré une petite demi-douzaine de descendants, que je ne connais pas.

Avant de partir s'installer aux Etats-Unis, Nicolas était un travailleur acharné, courageux et tenace. Le grand air du nouveau continent ne l'a pas vicié. Il est resté toute sa vie un travailleur acharné, courageux et tenace.
Il cumulait plusieurs emplois. A Agorreta, en plus du travail à la ferme où il assurait une bonne part, il était salarié à l'extérieur. Pas assez fatigué par ses deux journées de travail, il arrondissait les fins de mois en se livrant à un petit trafic de contrebande transfrontalier.
Là aussi, c'était monnaie courante, à l'époque.

Par les nuits sans lune, et même par celles avec, Nicolas arpentait les montagnes, de la marchandise sur le dos, en paquets de plusieurs dizaines de kilos.
Il était sec et sportif, taillé pour la performance physique, jamais fatigué, et toujours prêt à se donner de la peine, pour amasser un petit pécule.
Ce goût du gain a toujours été très prononcé du côté de ma mère. Elle mettait sur le plus haut barreau dans l'échelle des qualités le fait d'être travailleur, et économe. Une philosophie familiale, sans doute, chez les Olaciregui, un credo, une religion...
Un peu perdue de vue par nos jeunes générations, n'est-ce pas ? Enfin... les temps changent, sans doute !

Cette épargne constituée petit à petit, à la sueur de son front et à la force du poignet, assurait dans l'esprit familial une promesse de liberté. Mes grands-parents ne sont jamais devenus riches. Ils ont écarté la misère venue rôder autour d'eux pendant la guerre civile de 1936, en Espagne.
L'aspect illicite de l'activité de contrebande ne les a jamais trop dérangés. Ces lois, promulgués loin, qui attribuaient à la même marchandise des valeurs totalement différentes d'un côté à l'autre d'une frontière arbitraire, leur semblaient illisibles. Incompréhensibles et injustifiables.
Contourner de telles aberrations, en tirer un profit illégal, constituait une défense légitime contre les stupidités de gouvernants inconnus. Et une opportunité à saisir...

Evidemment, les modestes passeurs du type de mon oncle n'ont jamais fait fortune, en courant la montagne. D'autres savaient mieux qu'eux tirer parti de la manne, et les utilisaient en les récompensant à minima. 
Les Olaciregui étaient vaillants et un peu frondeurs, sans tourner à la délinquance organisée et au grand banditisme, quand-même !

A force de travail et d'épargne, Nicolas s'était constitué un pécule suffisant pour envisager l'achat de quelques terres. Il voulait prendre racine, graver dans le sol son nom et sa sueur, qu'il ne plaignait pas. 
C'est là que demeure un flou. Dans cette volonté de possession d'une terre, qu'il allait pourtant bientôt quitter. Je vous l'ai dit, ma mère ne m'a jamais éclairci ce point. Il restera dans les ombres de l'histoire familiale.
Peut-être Nicolas avait-il, dans ces années là, l'intention de revenir au Pays-Basque, fortune faite ?
Beaucoup l'on fait. Pas lui.

Lui, il a fait sa vie au Nevada. Une vie, toujours, de travail, et d'épargne. 
A sa mort, sa femme, Aunty Lolita, et son fils, cousin Joe, sont venus au vieux continent, régler les affaires.
Ils voulaient liquider leurs biens au Pays-Basque.

Lola hachait un basque chaotique et difficile à comprendre. Joe ne parlait qu'anglais.
Je fis les traductions de mon mieux.
Il fut décidé que mon frère Antton rachèterait ces terres.
Là encore, pour les détails, reportez-vous aux débuts de ce "bloc"...

Tout ceci se passait en fin des années 1990.
Les terrains du Chemin des Crêtes faisaient partie de l'exploitation agricole d'Agorreta, alors en fonction.
Nous les utilisions essentiellement en prairies. Une bonne partie était impraticable, trop pentue et dangereuse pour pouvoir être cultivée. 

Nous en tirions ce que nous pouvions.
Le site magnifique se prêtait bien aux travaux de grand air, et nous profitions du panorama, en chargeant nos remorques de foin et de fougères :







C'était là encore un temps où l'effort ne se comptait pas. Un temps où les bras vigoureux ne manquaient pas, et ne rechignaient pas à la tâche. Un autre temps, quoi...















A l'époque du rachat de ces terres à mon "cousin d'Amérique", mon frère aîné pratiquait déjà intensivement le terrassement.
La tradition ancestrale de la famille, la culture de la terre, avait muté chez lui en une variation cousine : le terrassement.
Ce terrassement, travail du sol en vue d'un réaménagement du site, procède d'une philosophie différente. On ne travaille plus la terre pour lui confier ses espérances et en retirer des récoltes.
Non, on la remue, on la tire et on la pousse, pour modifier un paysage et le modeler autrement.




Les engins utilisés sont totalement étrangers. Les méthodes opposées. 
Si l'activité agricole se met rarement au service de l'activité "terrassière", le contraire est plus courant. On aménage des parcelles en vue de les rendre cultivables, on défriche des landes à grands coups de pelleteuses puissantes, on aplanit des terrains accidentés.







Dans le même temps, tout terrassier est confronté au problème tout pratique de l'usage et de la destination de ces tonnes de terres remuées.
Sur certains chantiers, les excédents sont réutilisés sur place, ou ailleurs. On creuse ici pour surélever là. Ou plus loin. 
Sur d'autres, il faut évacuer des tonnes et des tonnes de terre, sans savoir quoi en faire.

De la terre devenue déchet, encombrante et inutile. Quelle désolation !

Notre système économique toujours prompt à flairer le profit à faire n'a pas traîné à s'emparer du filon. 
Des décharges à ciel ouvert se sont vues baptiser déchetteries. Le système s'est affûté. Nous sommes passés à "Centre d'Enfouissement Technique". Les dits "centres" classés en types, suivant les déchets collectés.
Les dit "déchets"  collectés en masses et volumes. Pour le coup, ces masses et volumes comptabilisés, et tarifés.

Evidemment, j'admets la nécessité d'organiser les choses. Il faut prévoir les débouchés, les issues et les recyclages de tout produit d'activité. Et intégrer le coût de cette démarche.
Tout de même, certains tarifs pratiqués laissent rêveurs. Certaines réglementations imposées creusent une plus profonde perplexité que les excavations des pelleteuses.
Nous rentrerons plus loin dans ces détails.

Pour revenir à notre Chemin des Crêtes, nous avions d'une part des terrains configurés en grand canyon du Colorado, toutes proportions gardées, et, en face, un terrassier en pleine activité, effaré par les coûts de mise en déchetterie d'un matériau dénigré.

Deux éléments propres à se rencontrer, se faire une conversation amicale, et plus si affinités.

Comme dit la fable, deux coqs vivaient en paix, une poule survint.
Je vous explicite tout ça plus loin. 

Pour ce matin, je me sens une envie de petit-déjeuner, à cette heure.

A bientôt, et profitez de ce dimanche à peine venté. Si la journée est aussi belle que celle d'hier, vous allez vous régaler !




mercredi 2 décembre 2015

LA BOUCLE EST BOUCLEE




Bonjour à tous les suiveurs de ce "bloc" !

En ce début décembre, cette fin d'année, j'ai le sentiment d'arriver à la fin d'une étape de mutation, engagée au début de cette aventure avec vous.








En apparence pourtant, rien ou presque n'a changé, à Agorreta :





Toujours la même vieille ferme, tournée vers le levant.




























Le maître de maison, plus gaillard que jamais.












Attendant dans la même vieille cuisine, la montée du soleil pour aller se promener dans le matin frais.













Ah oui, maintenant, nous avons Karraro le redoutable, en lieu et place de Ttiki-Haundi, défaillante au démarrage en hiver.












Rassurez-vous, Ttiki-Haundi continue sa carrière à Agorreta.
Vous l'avez vue dernièrement, œuvrer aux récoltes automnales, et avec quel panache !




























Ensuite, toujours les même chiens, à la vie si difficile :


















La troisième, Bullou, est partie chasser le moineau de l'étable...














La même étable, antique et chaleureuse, avec quelques vaches en moins, et d'autres en plus :


















Un cheptel quasi constant.
Des nouvelles nées, des départs.
Un flux inexorable et nécessaire.














La baie, toujours radieuse.



Tout paraît pareil, et pourtant, rien ne l'est.
Le temps a fait son travail à bas-bruit, sans grand éclat, mais en profondeur.

J'ai changé. 
Le virage annoncé pour cette fin d'année, plus haut dans ce "bloc", a bien incurvé ma trajectoire.
Un mouvement, un élan, dynamique et positif pour certaines choses. Plus sombre pour d'autres.

Les changements sont intervenus, mais pas là où je les attendais, évidemment !
Je ne suis pas machiavélique au point d'avoir provoqué les choses, pour me donner raison à posteriori. J'en ai décidées quelques unes, c'est vrai. J'en ai subies, aussi.

Nous en sommes tous là. 
Nous avançons dans nos vies. Nous prenons des options, faisons des choix. Fatalement, nous rétrécissons les possibles, en écartant des voies que nous n'explorerons donc pas.
Tous les chemins ne sont pas droits et limpides. Il y a des croisées plus incertaines, moins lumineuses. Et il faut pourtant poursuivre la marche, renoncer à des perspectives pourtant séduisantes, laisser derrière soi des trouées pleines de soleil.

Le destin n'est pas si cruel qu'il nous donne à voir ce que nous avons manqué. Jamais nous ne saurons avec certitude ce qu'il serait advenu si nous avions pris une autre direction. Ce doute nous laisse suffisamment de latitude pour ne pas nourrir des regrets stériles et douloureux.
Evidemment, les regrets et la nostalgie du temps passé reviendront mordiller nos pensées, et pincer parfois un peu trop fort là où ça reste sensible.

Je tâche de laisser dans leurs terriers ces vilains rats aux dents pointues, prêts à vous lacérer les entrailles, si vous les laissez sortir à la lumière.
Je préfère libérer mes petits chevaux sauvages, fougueux et pleins d'une énergie positive.
C'est ma façon de faire, mon système de sauvegarde.
Moi, si farouche partisane de libérer les paroles et les émotions, moi qui vous partage des confidences saugrenues et introspectives, je muselle celles-là, qui me blesseraient si je ne les taisais pas, y compris à moi-même.

Une lâcheté, peut-être, une erreur qui me rattrapera au tournant, probablement.
Pour le moment, je m'en trouve bien, et suis incapable de faire autrement.

La vie n'est pas toujours tendre et juste. Moi comme les autres, elle m'a parfois fait vaciller.
Pourtant, je garde confiance et espoir.

Je sais où est ma place, quels sont mes essentiels. Je suis bien ici, et je vis bien comme je vis.

Mes propos d'aujourd'hui peuvent sembler confus.
Pour moi, ils sont tout à fait clairs, et résonnent en harmonie dans tout mon être.

Quand je relirai ces phrases, je retrouverai cette sérénité.
Ce "bloc" est le mien, n'est-ce pas ? Vous ne voudriez tout de même pas vous y retrouver mieux que moi-même, non ?

Si par contre votre clairvoyance pallie les illusions que j'entretiens, à mes dépens, n'hésitez pas, dites-le moi...

A bientôt, pour les chroniques plus légères du Chemin des Crêtes !




La beauté majestueuse est aussi une consolation pour ceux-là qui se heurtent à leurs doutes...


lundi 30 novembre 2015

CHEMIN DES CRÊTES, LA SCENE



Bonjour à tous !

Nous reprenons le cours des jours clairs et lumineux :







Mère-Rhune bleue profond sur aube irisée limpide.

















La baie émergée des dernières brumes de la nuit.

La température est vivifiante.
L'ambiance pure et ciselée.

Novembre termine en grande beauté, cette année.
Une de ces beautés un peu inquiétantes d'être aussi parfaite.
Quand on se dit que rien ne sera aussi beau après...



J'entame ma série sur le Chemin des Crêtes.

Nommé ainsi en raison de sa situation en surplomb élevé.
Anciennement une redoute révolutionnaire durant les guerres napoléoniennes.  L'endroit est stratégique, face à la mer, avec les montagnes en bouclier, et les vallonnements à découvert entre les deux.






















Un site magnifique, encore un, non loin d'Agorreta toujours, sur la commune d'Urrugne.

La mer en face, le Jaizkibel à droite, les trois couronnes dans le dos.

Par ce matin ensoleillé et pur, un bijou lové dans un écrin précieux.





Le Chemin des Crêtes est cette modeste voie rurale, longeant la "crête" bien nommée :





Il y a bien le Chemin des Cimes, plus connu, entre Bayonne et Saint-Pée sur Nivelle. Des paysages enchanteurs et apaisants.
Celui-ci, les Crêtes, moins en altitude, moins élevé, bien moins long aussi.
Crêtes, comme petites hauteurs, mais aussi crêtes de coq, de coqs de combat...

Et des combats, il y en eût, dans ces parages.
Des terribles et sanglants, il y a longtemps. Des plus prosaïques mais tout aussi passionnés, à notre échelle.

Pour aujourd'hui, je vous présente juste la scène, et les personnages, nous, et les autres, ramenés à leurs initiales pour la partie adverse, et représentés par leurs maisons.

De notre côté, vous nous connaissez maintenant un peu. Mes frères, et moi.
Pour la partie adverse, les voisins :





Madame et Monsieur de C.















Madame et Monsieur B.















Madame et Monsieur M.

















Madame et Monsieur R.










Tous ces gens ont eu la bonne idée d'avoir un patronyme à première lettre différenciée. Très commode.
Je vous les présenterai une prochaine fois, bien-sûr. Chacun à leur manière, ils valent le détour.

Les faits que je vais relater ici sont prescrits, maintenant. Nos relations avec ces gens apaisées.  Inexistantes majoritairement. Cordiales quand même, avec le couple Mme et Mr M.

En dehors de ces personnages à proximité géographique immédiate, il y eut des intervenants plus éloignés, mais tout aussi intéressants.
Des élus, des responsables municipaux, des agents de la sécurité nationale, et autres...

Je vous livrerai ici des courriers originaux. Je vous raconterai des faits réels.
J'ai recueilli l'avis de mes plus proches intéressés.

Je vous raconterai les choses à ma manière. J'élargirai les faits à mes hypothèses. J'inventerai selon cette imagination follette dont je suis la servante soumise.

Nous nous amuserons bien ensemble, je l’espère.

Entre deux travaux manuels, entre deux pots de peinture et un marteau, je reviendrai me détendre le cervelet à mon clavier.

Je vous laisse ici pour aujourd'hui.
L'après-midi est si belle. Je vais vaquer dehors et profiter su soleil.

A bientôt !