lundi 20 avril 2015

GALZERDI, JOUR II



En ce magnifique lundi d'après orage, bonjour à tous !





Après la petite secousse brève mais percutante de samedi, nous voici revenus au calme.
Les quelques nuées du matin se dissipent rapidement.

A Agorreta, l'occupation de ce matin, c'est évidemment la première sortie de notre nouvelle-née Galzerdi.



Présentation à la famille, humage, inspection des unes et des autres, sous l’œil vigilant de la mère, Bigoudi.

La première heure où la tempête hormonale en elle lui brouillait l'entendement est oubliée.
Elle se montre parfaite, attentive, sans être exclusive.

Vraiment, cette bête ne me déçoit pas !










Pollita s'intéresse, toujours sereine.

Son tour est tout proche, en principe.
















Le maître d'Agorreta surveille tout ça de près.

Ses petits assistants aussi.

Les premières courses commencent à fatiguer notre petite Galzerdi.







Pour la présentation aux cousines, elle est déjà couchée.

Mon navet follet, ébouriffé par l'averse de grêle de samedi, se montre bien vaillant, lui aussi.

Il a du mal à relever ses feuilles déchiquetées,  mais hisse encore bravement ses hampes florales, ou ce qu'il en reste...










Tiens, cette petite niche sous le balcon fait parfaitement l'affaire de Galzerdi.

Elle s'y installe bien confortablement.

Vous voyez son petit cœur blanc sur le front noir ?
Et ses chaussettes blanches, vous les apercevez ?
Elle est mignonne notre Galzerdi, non ?





Le cœur blanc sur le front de sa fille, Bigoudi l'a en noir sur la fesse droite.

Une estampille de famille.

Cette jeune maman se relève à merveille de ses couches.
Elle aime à se gratter voluptueusement contre une branche sèche du vieux pommier.

Tant qu'elle tient !






Laissant sa fille en bonne garde, elle descend dans le champ brouter la bonne herbe pour remplir son pis de lait.












Elles se sont mis d'accord avec Zaldi, pour assurer l'intérim.

Allez, je vous laisse ici. Nous nous retrouverons pour le prochain épisode des naissances à Agorreta, avec Pollita.


D'ici là, Zaldi vous salue bien !

dimanche 19 avril 2015

CA Y EST !!




Bonjour tout le monde, et bon dimanche chez vous !


Je viens à vous, vite fait, vous apporter la bonne nouvelle :







Comment ça, vous ne distinguez rien ! Ah bon ?

Remarquez, même moi, qui y étais, je ne reconnais pas la scène...

Il faisait sombre, dans la vieille étable, cette nuit.
Et j'étais un peu affairée, autour de ma Bigoudi et de sa petite !


Vous l'avez compris : Bigoudi a vêlé, cette nuit.





Elle m'inquiétait un peu. Tellement ronde...

Hier au soir, en rentrant de la jardinerie, je la trouvais mal à l'aise, malcommode sur des appuis qu'elle changeait souvent..
Des glaires épaisses présageaient le début du travail.

Dieu merci, dans l'après-midi, mon frère Antton avait rentré tout ce petit monde à l'abri avant l'averse de grêle. Imaginez, mes belles délicates fouettées de gros grêlons furieux !

Mon père, voulant se mettre de la partie, en ombre chinoise au bout de l'étable, a du perturber la manœuvre.
J'imagine très bien le tableau : les vaches rentrent sans se faire prier, se dirigent tout droit vers les mangeoires garnies. Elles sont parfaitement habituées à leur place maintenant, et, à part un coup de fantaisie toujours possible, elles s'y rangent, si rien ni personne n'intervient pour les distraire, et les inquiéter.
Occupées à trier les meilleurs morceaux, elles se laissent nouer la chaîne autour du cou sans bouger.
Déjà, mon frère ne leur est pas très familier. En l'appelant en début d'après-midi, pour lui demander de rentrer les vaches,  à l'annonce du mauvais temps proche, je lui ai conseillé de ne pas se montrer pour les attacher.

- Comment je fais ? Pour les attacher sans me montrer ?

Evidemment, ça ne manquait pas de bon sens. 

- Ne te montre pas avant qu'elles soient placées, ai-je du préciser.

Je me doutais bien que la Kattalin le détecterait bien assez tôt, et serait  assez nerveuse pour compromettre le ballet entier.
Si, en plus, mon père se met de la partie, ça devient plus folklorique encore !
Vous savez qu'il saisit toutes les occasions pour dénigrer son fils, et celle-ci lui semblait sans doute trop belle ! Sous prétexte d'aider, on dirait bien qu'il se fait un malin plaisir de compromettre le succès de toute entreprise filiale.

Au lieu de se laisser mettre la chaîne au cou, les génisses s'arrêtent au milieu de l'étable, empêchent les suivantes d'avancer, créent la perturbation, quoi !
Comme si celle du ciel ne suffisait pas...

Je n'ai pas demandé de détails. A mon arrivée, alors que les amas de grêle sur le bord du chemin témoignaient de la violence de l'averse passée, j'ai trouvé mes bêtes bien tranquilles, au chaud, au sec, et repues.
Tout allait bien !

Ma Bigoudi paraissait mûre.
Je décidai de la surveiller de près.

22 heures, rien de particulier. Je me couche. Elle aussi.
Minuit, elle est allongée, et perd les eaux. Bien.
3 heures, un meuglement déchirant m'appelle.

En basque, nous avons le mot "marruma". Il me paraît plus approprié. Meuglement manque de "rr", ce roulement du ton de  voix de la vache alarmée, en besoin d'aide.

Je descends en hâte, j'allume.

Dans la litière souillée, toute gluante et désarticulée, ma petite "Galzerdi".
Enfin, à cette heure là, juste une masse sombre entre deux mondes encore.
Ma Bigoudi, bouleversée, affolée de douleur, cherche la raison de toute cette souffrance, et essaie d'encorner sa cause. 
Ses feulements me broient les tympans. Comme si mes pauvres oreilles avaient besoin de ça. Je vais mettre quinze jours à m'en remettre, c'est sûr !
Bigoudi est attachée. J'écarte la petite, essaie de calmer la mère.

Je détache Pollita pour nous libérer un peu d'espace. Cette grande brave ne pose pas de questions, et s'éloigne vers le fond de l'étable.
A sa place, j'attache la petite vêle. Elle ne redresse pas encore la tête, se laisse traîner comme morte. Mais elle est bien portante, juste sonnée comme moi par les hurlements de sa mère, et par cette sortie dans un monde nouveau après son séjour dans des entrailles chaudes et sombres.  Silencieuses.

Bigoudi veut toujours la malmener. Je lui fait sentir mes mains engluées de placenta déchiré.
Elle me lèche. Son "marruma" se fait plus doux, devient grognement interrogatif, moins affolant.
Elle hume sa petite, lui souffle dessus, commence à la laper, un peu brutalement encore.

La petite vêle commence à se démener. Elle se débat, la chaîne la contraint, sa tête se plie en angles improbables.
Bigoudi s'affole de ces mouvements.
Bon. 
 Pollita revient voir ce qui se passe par ici.
Toutes les autres haussent les têtes par dessus les murettes.
Mon père bien sûr est venu lui aussi voir ce qui se passe.

Je vais déblayer le terrain, faire sortir toutes ces demoiselles au champ à quatre heures et demie du matin.
Détacher mère et fille, et les laisser s'apprivoiser.
Je reste là, au cas où Bigoudi deviendrait plus agressive envers sa petite. Ca peut arriver, parfois.

Mon père, un peu pressé par mes recommandations, retourne se coucher.
Une heure passe.

Les choses se calment dans la vieille étable.





A cinq heures, Bigoudi et Galzerdi ont fait aimablement connaissance.
Galzerdi, c'est "chaussettes". Vous comprendrez quand vous la verrez bien. Ses deux minuscules sabots postérieurs, tout blancs, une étoile sur le front, et le restant de sa robe, noir.

Une heure après à peine, Galzerdi tête le pis gonflé de sa mère.
Bigoudi expulse le placenta, le mange...

Et là, elles se reposent paisiblement, côte-à-côte.
Les autres sont dehors.

Bigoudi n'a pas fait de jumeaux, et Galzerdi est plutôt de petit gabarit. 
Mes prévisions s'avèrent erronées...

Maintenant, voyons ce que nous fait Pollita :




Bizarrement, je m'inquiète moins pour elle. Pourtant, rien n'est joué d'avance, à ces jeux-là.

Bah, à la prochaine fois.

Ayez un bon dimanche, et profitez vous aussi des joies de la famille, peut-être...

vendredi 17 avril 2015

CES PESTES MODERNES




Rebonjour à vous !

Finalement, une courte averse a fini par se laisser choir. Parfaite pour mes premières cultures.
Une ou autre de la même trempe, un peu de bon soleil par là derrière, et tout ira pour le mieux !

En repensant à cette tuberculose revenue en force après des années de presque disparition, des théories me viennent à l'esprit.

Mes théories, vous en connaissez déjà certaines. Elles tournent autour d'un pivot constant.
En fait, je ne les renouvelle pas trop souvent. Un peu comme ma garde-robe, quoi.
Je les use et les sur-use. Par éthique. Et par avarice ? Bah, peut-être un peu aussi...

Par fainéantise et économie, je fais longtemps usage des mêmes idées, déclinées autour de thèmes différents.
Tant que personne ne vient m'en démontrer l'ineptie, je les conserve, comme des valeurs sûres, éprouvées. Je n'écarte pas la possibilité d'un risque de rétrécissement de l'esprit. J'essaie seulement de l'éviter, tout de même...
Je vous serine mes cycles, mes maturations et mes recommencements.
Je vous assène ma nature-mère et ses obstinations :




Le vieux figuier du poulailler éclate d'une vitalité repartie à l'assaut de la lumière après les noirceurs de l'hiver.

Chaque année, chaque saison.

Cette tuberculose disparue, puis, revenue. 
Ces épidémies endémiques, au travers des siècles.
Les pestes noires buboniques, les choléras, les cancers, les sidas.

Je sais, je mélange tout. Et pourtant...

Les phylloxéras,  phytophthoras, mildious et autres viroses du caféier ravageurs des oliviers d'Italie...
La pyrale du buis, après celle du maïs. Les teignes, chancres et sauterelles d'Afrique ou d'ailleurs.

Partout, toujours, l'adversité, la maladie, le microbe et la bactérie, jamais tout à fait éradiqués.

Les civilisations naissent, croissent, et disparaissent. Les Phéniciens, les Hellènes, les Romains.
La montée en puissance de la Chine. Notre Europe en recul.

Oui, c'est vrai, j'amalgame et malaxe sans discernement.
Je parle de choses que je ne connais pas. J'invoque des arguments hétéroclites. 
Il n'y a rien à tirer d'un tel amas.

Je ne suis pas suffisamment érudite pour pouvoir disséquer tout ça.
Je sens juste un déroulé, une courbe toujours recommencée dans l'histoire.

Les choses durent, perdurent, disparaissent et renaissent. Plus loin et autrement, mais toujours.

Nos cycles de renouvellement se raccourcissent. Les effets de mode sont fulgurants, et s'éteignent aussi vite qu'ils ont explosé.

Des organismes minuscules traversent les siècles. Ces créatures des profondeurs abyssales défient notre temps.
Les fossiles vivants témoignent d'une vie larvée, à bas-bruit.
Je me souviens mal de mes cours de biologie. C'est un peu loin maintenant !

Je me rappelle ces amibes, ces protozoaires, molécules primaires, primitives.
Un noyau, de l'eau ?
Loin des agitations, lentement, en profondeur, la vie suit son cour. Le minéral dure, sans mouvement à l'échelle de notre temps, ou si peu.

De tout temps et à jamais, la force de vie lutte. Et l'adversité, toujours, montre le bout de son nez.
Notre science ne parvient pas à la débusquer tout à fait.

Ma croyance est qu'elle doit exister. Que vouloir l'éradiquer est aussi illusoire que de croire à notre éternité.
Je suis la première à adhérer à la bataille. Je veux vivre, comme vous, le plus longtemps et le mieux possible, en échappant à tout ce qui tue et ronge.
Mais la fatalité s'impose. Et la lutte ne doit pas la masquer.

A Agorreta, le maître de maison nous montre une voie, parmi tant d'autres.

Il a choisi de vivre paisible. De laisser à la porte les spécialistes acharnés à combattre, les tumeurs, les années, le sort.
Et, il s'en trouve bien.

Loin de moi l'idée d'en faire une généralité. Chaque parcours suit son rythme et sa logique.
Mais celui-ci, je l'ai sous les yeux.
Je l'accompagne. Et je le trouve juste.




Voyez-le, aujourd'hui encore.
Il a connu la maladie, les déceptions, les peines profondes. Il a refusé l'acharnement et la trop grande agitation autour de lui.

Et là, assis sur son banc, il se sent  bien, encore.
En paix.

Que le sort nous accorde de la connaître aussi, cette paix là...

1997 : DÉSASTRE ET RENAISSANCE



Amis visiteurs des Nouvelles d'Agorreta, Bonjour !






Les orages annoncés semblent bloqués sur les montagnes de l'intérieur.

Ici, pas de pluie pour le moment.
ma petite betterave s'en trouverait fort bien, pourtant...

Remettons-nous-en au sort !















Cette horde-ci, chevauchant les flancs massifs du Jaizkibel, s'allégera peut-être au dessus de mes rangs en attente, qui sait ?

















Pour le moment, il n'y a rien de plus à faire que d'espérer...

Très vite, les pousses d'oseille sauvage, en la personne de ce maudit rumex, ou "cornes rouges" comme la désignait feu Mizel du Karraro, vont reprendre racine.
Une adventice tenace, capable d'attendre en terre plus de 150 ans, les conditions favorables à repartir en végétation.

Ici, avec ces petites mottes préparées soigneusement, vous pensez bien qu'elles vont s'en donner à cœur joie, très vite !
Mais, je suis là, je veille. Je vous les montrerai, juste avant de les retirer au fur et à mesure de leur apparition.

Côté Bigoudi et Pollita, toujours rien !
Là encore, patience et longueur de temps...






Elles se portent à merveille, toutes les deux.

Semblent même mieux s'accommoder de leur charge.

Nous en sommes à neuf mois et dix jours de gestation.
Encore dans les délais raisonnables.
Mais bon,  je me sentirais mieux si elles s'allégeaient sans difficulté.
Sans compter l'impatience de voir les touts petits gambader dans la prairie, si tout va bien !


Pour rester dans ce chapitre bovin où je suis comme un poisson dans l'eau, je lisais hier un article sur les troupeaux de vaches détectées tuberculeuses à Ainhoa et Saint-Pée.
En fait, une seule vache malade peut entraîner un résultat positif au test de dépistage sur l'ensemble du cheptel, par ailleurs tout à fait sain.
Et cette seule vache pourrie jusqu'à la moelle de tuberculose, ne réagira pas, elle, à ce test.

Je connais le phénomène pour l'avoir malheureusement subi, il y a près de vingt ans, à Agorreta.
A l'époque, nous avions du faire abattre toutes nos vaches, certaines grosses de huit mois avec le veau plein de vie qui donnait de grands coups de tête dans les ventres gonflés comme le sont aujourd'hui ceux de Bigoudi et Pollita.
Des bêtes nées et élevées chez nous, en pleine forme, et menées à l'abattoir au nom de ce fameux principe de précaution si controversable pourtant.
Une seule des vaches était réellement atteinte, les autres furent sacrifiées pour rien.

Notre étable vidée pendant les trois mois de vide sanitaire réglementaire béait comme une plaie ouverte. Ce fut un véritable traumatisme, de charger toutes ces bêtes dans la bétaillère pour les faire tuer.
A notre petite échelle, c'était déjà difficile. Alors j'imagine la poignante révolte silencieuse des éleveurs de ces trois cent vaches condamnées si arbitrairement.
Mais bon, la législation est faite pour être respectée. Et la lutte contre ces maladies endémiques doit être prise au sérieux, même si sa mise en oeuvre est déconcertante.

A Agorreta, nous nous étions pliés aux ordres des services vétérinaires, la mort dans l'âme et le cœur serré.
La vue de notre étable vidée était poignante et très déstabilisante. Agorreta sans vache, c'était une aberration...
Histoire de ne pas sombrer dans le marasme, nous entreprîmes des travaux de rénovation.
C'était l'occasion ! 
A aujourd'hui, cette rénovation ne paraît pas flagrante, je le sais bien :






On se demande ce qui pouvait bien être pire que ce qu'on voit là !
Et bien, moi, je vous l'affirme, nous avons ré-no-vé.
Et oui ! Oui, oui, oui...

N'oubliez pas, vous êtes à Agorreta. Les choses se font dans le respect, et l'humilité. On ne rase pas tout pour repartir de zéro, chez nous. Ce serait sans doute plus efficace, je vous le concède.
Mais il n'empêche, nous sommes trop respectueux du poids de l'histoire, et des marques du temps inhérentes, pour les vandaliser sous couvert d'efficacité.
Nos rénovations sont discrètes, jamais invasives. Et souvent, à peu de frais ! En conséquence, avec peu d'effets...

Dans ces conditions, rénover, à Agorreta, signifie, parer au plus désastreux. Eviter l'effondrement imminent. Assurer le fonctionnement minimal d'une installation en bout de course.
A l'époque douloureuse de cet épisode sans vaches, nous avions ragréé le sol,  aménagé le coquet coffre de rangement pour les aliments, bâti ce placard aujourd'hui empli d'un bazar inextricable. 
Dans la foulée, pour remplir ce temps vide dans cette étable toute aussi tristement vide,  nous avions aménagé une petite salle d'eau, très commode, repris la montée d'escalier menant au grenier, et réservé l'ancien premier box en local semi-technique !! Rien que ce terme associé à cet environnement fait monter le sourire aux lèvres, n'est-ce pas ?
Pour le reste, les râteliers, les abreuvoirs, les mangeoires, le grenier, tout cela est d'époque, authentique et vénérable. 
Tout tient par miracle, nous rafistolons en catastrophe ce qui menace de tomber, ou le ramassons pour le refixer quand la chute est déjà intervenue.
Je sais, je sais, ces méthodes peuvent paraître navrantes. Elles en navrent d'ailleurs beaucoup.
J'admets le bien-fondé de cette réaction. Mais, je vous l'ai dit, Agorreta, c'est une longue histoire. Et son étable en fait foi.

Ces petits aménagements nous prirent tout le temps de la quarantaine vétérinaire.
A l'issu du délai imposé, assez fiers de nos travaux, et, surtout, heureux d'avoir œuvré à la renaissance de notre activité d'élevage après ce coup d'arrêt si traumatisant, nous étions fin prêts pour sélectionner nos nouvelles occupantes.

Je me souviens bien de notre expédition familiale chez le maquignon, ce fameux Marcel, d'Ahètze, dont je vous parlais dans mon article sur Madonna. Ah, vous n'avez pas tout suivi ? Et bien, vous êtes toujours à temps ! Vous trouverez ça plus haut, quelque part, en cherchant un peu.

Ce fut une petite fête. Une victoire sur le sort mauvais qui nous avait mis à genoux.
Nous repartions, à la conquête d'un cheptel nouveau !

Marcel a toujours su répondre à nos attentes. Ce jour là, évidemment, sentant qu'il y avait une bonne motivation acheteuse à Agorreta, il avait donné son plein.
Dans l'immense hangar où transitent les vaches destinées à être revendues, paillées de frais, une vingtaine de bêtes.
Des laitières, toutes, une dizaine de noires et blanches, une "bestiasse" brune impressionnante, autant de Normandes, une paire de jumelles magnifiques, et une ou autre Montbéliardes.
Toutes jeunes, pleines de leur première gestation, autour des trois ans.
Au stade de Bigoudi et Pollita, mais moins près du terme.
Grandes, belles, bien bâties, brossées, peignées, préparées pour l'apparat.

Ah ça, elles en jetaient ! Nous en avions plein les yeux, debout entre elles qui nous tournaient autour.
Marcel les faisait avancer, pinçait les cuisses bien garnies, tâtait les pis renflés.

- Regardez comme elles sont belles, et sages !
- Vas-y Maïluix, m'exhortait-il, tu peux les caresser, elles sont habituées !

Le vrai maquignon dans toute sa splendeur. Il avait fait un joli travail, regroupé une sélection homogène de bêtes splendides.
Je ne me souviens pas de la présence de ma mère, alors. Elle en était au début de sa maladie, pouvait encore se déplacer. Mais je ne suis pas sûre que ce soir là, elle ait été là.
Mon père, mon frère et moi, par contre, nous y étions, et regardions ces vaches offertes à notre convoitise.
Mon frère nous avait accompagné par solidarité. Son intérêt pour le bétail a toujours été modéré.
Mon père et moi, avions encore les entrailles serrées du tragique épilogue des mois précédents.
Nous avions besoin, au delà d'un objectif pointé par la matérialité des travaux dans l'étable de la ferme, de toucher de la vache vivante, de poser de nouveau nos mains sur des flancs chauds et lourds.
Nous avions besoin de voir les croupes alignées sous les poutres mitées, d'entendre les souffles réguliers de bêtes bien soignées.
De revoir notre vieille étable habitée.

Alors, nous fîmes notre choix, heureux comme la plus compulsive des acheteuses urbaines lâchée dans une galerie marchande bien achalandée.
Les deux jumelles, la brune, même si je la trouvais un peu vive. Et une demi-douzaine de bretonnes.
Neuf génisses de trois ans, toutes "pleines", soit l'espérance d'autant de veaux à venir.

Pour avoir du lait, une paire de bêtes de cinq ans, en pleine lactation, une plutôt blanche, et l'autre plus sombre. Deux longues têtes aux cornes coupées, positionnées dans le premier emplacement.
Evidemment, à Agorreta, s'il nous arrivait d'acheter une ou autre bête, c'était toujours à l'unité, grand maximum à la paire.
Pour remplacer une vieille vache réformée, ou une bête réfractaire à l'insémination.

Cet investissement était tout à fait exceptionnel. Et ma mère levait les bras au ciel devant cette dépense énorme ! De ça, je me souviens parfaitement.
Mais le plaisir était trop grand,  le besoin trop pressant. Nous avions été vidés de notre sang quand la bétaillère avait emporté nos bêtes.
Nous fûmes rincés à blanc quand elle revint remplie !

Mais quelle joie ! Quelle satisfaction pleine et ronde ! Jamais nous n'avions vu notre étable aussi bien garnie !
Une grande fierté nous rendait stupides, à contempler ces bêtes, à les montrer à tous ceux qui se présentaient, amateurs ou pas.
Les deux plus vieilles étaient effectivement très dociles. 
La noire, une véritable vieille chatte curieuse, toujours à l'affût. Elle venait flairer tout ce qui lui passait à portée. Impossible de faire une réparation sur un abreuvoir ou de changer un montant de râtelier auprès d'elle. Elle vous poussait, soufflait, inspectait, et ne vous laissait pas en paix travailler.
Au champ, elle faisait le tour des clôtures, cherchant une brèche par où s'échapper.
En contrepartie, elle nous a gratifiés de plusieurs jumeaux, parfaitement élevés, et adoptait tous les veaux qu'on lui présentait pour les allaiter en plus des siens.
Une vache comme on les voudrait toutes, à peine un peu tracassière peut-être...
Sa blanche voisine ne fit jamais trop d'histoire. Sa passion, c'était la pelure d'oignon. Elle était en première place à l'étable, comme notre actuelle Kattalin.
Au moment de la préparation des repas dans la cuisine toute proche, (toujours Agorreta, vous savez, bêtes et gens mélangés), elle tendait le cou par dessus la murette pour happer ces pelures d'oignons dont elle raffolait. Et se faire gratter le museau au passage...
Pour les autres, la grande brune s'avéra trop vive. Elle ne voulut pas se laisser traire, envoyant valdinguer vite et loin le bidon avant même qu'on ait pu approcher de son pis.
Même mes frères s'y essayèrent. Personne n'y parvint.
Nous dûmes la rendre. Marcel la plaça ailleurs, vantant peut-être avec davantage de modération, sa grande "douceur".
Les deux Normandes connurent le mauvais sort, tour à tour. L'une se vida de sang au premier vêlage. La seconde avala un objet qui lui perfora une viscère, et nous dûmes la faire euthanasier, avant que l'abcès ne l'étouffe.
Ainsi va la vie de l'éleveur. De grandes déceptions, des joies vives et saines, la vie et la mort, toujours, toujours, entrelacées.

Je pense à la peine de ces éleveurs d'Ainhoa et de Saint-Pée, au delà du désastre financier. A tout ce travail sur des dizaines d'années, annihilé par une décision administrative difficile à admettre.
Ils savent, ils connaissent déjà la fatalité. Mais là, elle frappe fort et dur.
On ne travaille pas avec des bêtes sans les aimer, un peu. On n'est pas éleveur sans se laisser entamer par une expérience pareille.
Je ne connais pas ces gens.
Mais je partage leur affliction, de loin.
Et leur souhaite de trouver le courage et la possibilité de redémarrer, de repartir.
De continuer dans cette voie choisie au delà de la raison, parfois.

A Agorreta, comme ailleurs, le destin a été favorable, puis, moins, parfois.
Encore maintenant, même si l'enjeu économique est écarté, les passions et les émotions sont cousines de celles d'avant.
Mais, au fil du temps, le souvenir me reste de plus de joies que de peines.
Et je veux continuer à vivre dans cette voie là.






Parce-que c'est la mienne, celle de ceux qui m'on faite, et celle que j'ai choisi de suivre.







lundi 13 avril 2015

LABOURAGES ET BOURGEONNAGES



Amis du jour, bonjour !




A Agorreta, le dernier carré de choux-navets fait de la résistance.
Tout autour, Zetor et son Girobroyor ont fait leur ravage, tel l'Attila moyen.
C'était samedi, j'étais à la jardinerie.

Dieu merci, mon père s'est interposé à temps pour sauver du broyage mes derniers rutabagas.
Ils commencent eux aussi à hisser la fleur, et deviennent difficiles à arracher.
Bah ! Quelques jours encore, et mes vaches les auront mangés.











Le soleil se lève loin à gauche de la Rhune, maintenant.

Enfin, là, pour ce que vous en voyez...













Le poirier est en pleine fleurs.
Aux alentours, tout bourgeonne.

Les chatons des saules s'envolent déjà pour essaimer plus loin leurs espérances.
Les prunelliers et les aubépines explosent  d'une multitude d'étoiles blanches.
Sur les talus, les blanches asphodèles impérieuses et les délicats myosotis bleu pâles à leur pied se côtoient joliment.

Plutôt que de vous les montrer mal en photo, je préfère vous les laisser chercher par vous-mêmes. Le temps se prête à une promenade en campagne...

Les chênes précoces feuillent d'un vert tendre. Des bouquets se détachent, parsemant les bosquets encore dénudés.

C'est le printemps, quoi, avec toute l'insolence insouciante de la jeunesse en éveil.

Partout, les travaux des champs ont commencé. A notre modeste échelle, nous avons inauguré le bal.
La parcelle à maïs a été labourée hier :






Regardez ces fiers sillons dressés où le soleil vient couler sa chaleur. Tout au long de ces journées magnifiques, la terre retournée se gorgera de vitalité, se préparera à accueillir la culture à venir.
Dans moins d'un mois sans doute, les rangs de maïs pointeront en lignes régulières.

Les vaches du "cousinou"d'Errandonea ont fait leur première sortie aussi :







En bonnes voisines, elles viennent tous les matins saluer les miennes.

Là, c'étaient les premières retrouvailles de la saison :

- Tiens, et comment tu as passé l'hiver, toi ?
- Tu as vu la grande rousse, elle a pris du poids, non ?

- Dis-donc, ta petite, quelle beauté !

Ces petites conversations les tiennent toutes un moment. Par dessus la clôture, elles se hument les mufles, et échangent des badineries.
Bullou surveille. Une vraie petite chienne de ferme.

Zaldi, la jument, est enchantée d'avoir retrouvé de la compagnie. Elle s'ennuie un peu, quand elle est seule dans ce grand champ.
Elle fait sa loi au milieu de ces grosses bêtes deux fois plus lourdes qu'elle.
Je l'ai vue faire. 
Quand elle se sent serrée de trop près, elle se met tranquillement en position, en reculant jusqu'à  la vache importune.
Ployant du col, elle s'assure d'être bien placée. La bovine sans malice ne se méfie pas, lève la tête pour sentir cette croupe qu'on lui propose.
Et là, en l'espace d'un éclair fulgurant, pan, notre Zaldi rue des deux postérieurs, et percute de ses sabots ferrés le poitrail mou de la grosse innocente !
Une précision, une préméditation, et une efficacité incroyables...

La vache sonnée, recule de quelques pas chancelants, fait aller et venir son cou meurtri, et se détourne, sans trop bien comprendre ce qui lui est arrivé.
A d'autres moments, Zaldi se laisse frôler sans broncher. Va comprendre, Charles...







Les civilités du matin terminées, chaque troupeau s'en retourne de son côté.

Ces bêtes sont bien urbaines, mais elles savent garder leur quant-à-soi.

Les voisines à l'ouest,








Les miennes, à l'est.
Oswitx, toujours à proximité, venue  manger l'herbe tondue que je lui ai jetée.

Et mes deux grandes ? Bigoudi et Pollita ?
Toujours pas ! Encore entières ce matin. Bigoudi devient ronde comme une montgolfière.
Je me demande si elle ne porte pas des jumeaux. Ou alors, un veau très gros, et là, j'ai peur pour elle...
Allez, allez, ne nous alarmons pas avant l'heure. Tout peut très bien se passer.
J'ai hâte. Et elles aussi !

Peut-être à notre prochain rendez-vous ?
Si je le peux, je vous ferai là aussi un petit reportage en photographies.
Je ne vous promets rien, je ferai de mon mieux, vous le savez.

A très vite, et pensez bien à vous laisser imprégner de cette belle douceur de printemps.
C'est un bienfait qui vous est offert là. Ne le boudez pas !




vendredi 10 avril 2015

PARTEZ !




Ca y est ! Je reviens de mon jardin...
Et je vous ai fait le reportage annoncé :



SEMAILLES ET "PLANTAISONS" A AGORRETA 






Pour reprendre les opérations dans l'ordre :

Ttiki Haundi et Rotavator accouplés sont sur la ligne de départ.


















Le terrain, fumé et labouré à l'automne, amendé à la chaux en fin d'hiver, a suffisamment ressuyé pour être bien travaillé.












Ttiki Haundi la valeureuse reprend du service. Agonisante, puis, ressuscitée bien avant Pâques, elle,  elle pousse la grandeur d'âme jusqu'à se laisser guider par celui-là même qui la condamnait, alors...
Pour ceux qui n'auraient pas suivi les débuts de ce "bloc", de l'histoire ancienne.

Rotavator rugit de toutes ses vieilles lames incurvées, lancées à grande vitesse sous le lourd capot de fer. Un travail tout en puissance, pour broyer finement les mottes de terre durcies et les émietter en un lit de semence poudreux et accueillant à mes petites graines de betterave :




  Comme elles sont petites !

Et pourtant, mises en terre, dans les conditions optimales offertes aujourd'hui, elles feront leur vie et donneront de longues racines de plus de trente centimètres de long.

La lune décroît, la terre est bien ressuyée, elle commence à engranger la bonne chaleur solaire, le travail du sol se fait parfaitement.

Tout y est, nous avons mis toutes les chances de départ de notre côté.

Pour le reste, ayons la foi, et tenons nous prêts.

Histoire de faciliter les tâches d'éclaircissage et de sarclage, je sème en rangs.

Pour tracer ces rangs, à la main, ce serait un peu long !
Alors, mon frère Beñat et son fidèle Someca entrent en lice :






Encore une jeunesse, celui-ci !
Le tracteur. Mon frère aussi, remarquez. A peu de choses près, ils doivent avoir le même âge.
Et un petit air de ressemblance dans l'arrondi du gyrophare et celui de la tête, non ?
Ces deux là forment une équipe de choc, dans leur genre, aussi.
Remarquez cet outil fabrication maison attelé ici.






Je vous le montre en action, vous comprendrez son office :





Vous voyez, ces trois pales incurvées plantées en terre ?

Elles tracent des sillons parfaits où installer mes plants et mes graines.

J'adapte ensuite l'épaisseur du recouvrement suivant la culture envisagée.

Deux buttées de pieds pour les patates, une seule pour la betterave.
Technique, pas vrai ?


Beñat adore ce genre d'instruments. Il aime la soudure. la ferraille est son élément.
Son tracteur et ses machines en sont témoins, et parfois, victimes....
Une réminiscence de notre défunt Mizel, en moins patient et soigneux peut-être. Mais côté imagination, alors là, pardon ! Mon bien-aimé frère n'a pas son pareil pour échafauder des assemblages improbables et fantaisistes à souhait. 
Un génie créatif, en son genre.
A  Agorreta, il a de quoi donner son plein et exulter à son aise.





Ma parcelle est maintenant en culture. Elle couve en elle les germes des futures récoltes.
D'ici à la fin du mois, les sillons devraient se pointiller des plantules levées.

Ensuite, il faudra intervenir, souvent, longtemps. Enlever les plants trop serrés, éliminer la mauvaise herbe envahissante, surveiller les attaques des pucerons et des chenilles.
Plus besoin d'engins motorisés maintenant ici.
Les vieux tracteurs d'Agorreta ont pétaradé le début de saison. Vous en entendrez d'autres ces jours-ci dans les champs. Des puissants qui vrombissent puissamment, des anciens qui compensent en rugissements plus gais et amusants leur faiblesse et leur vieillesse.

A côté, mon frère récupère le tas de fumier décomposé pour l'épandre sur les parcelles à maïs.




 Ce fumier, recueilli de mes vaches, enrichira les terrains destinés à produire les fourrages de l'hiver prochain.

Encore et toujours, les cycles, les boucles, les recommencements et les renaissances.

Les transformations lentes et silencieuses.
Les mûrissements, les aboutissements, toujours et encore.






Ma mini-meute adore ces travaux en extérieur.
Pittibull et Txief s'en donnent à cœur joie.

Ils me suivront tout au long de la saison.
Parcourront les rangs longs, à petits pas, à mes côtés.
Attendront parfois dans l'herbe, venant de temps à autre chercher caresses.
Ma petite équipe d'inspection des travaux, avant homologation pour conformité.





Le travail du jour terminé, nous rentrerons tous ensemble, pour le goûter à Agorreta.

Sur le petit chemin caillouteux, face à la mer,  mon  outil sur l'épaule, je reviendrai du jardin, comme ma mère le faisait avant moi, comme, avant elle, son père le faisait aussi.

Et je me sentirai bien, dans cette continuité, consentie et apaisante.









Voici mon seul et fidèle compagnon des jours à venir.

Ma binette, légère et têtue, mon "antxur" comme nous la désignons en basque.

C'est le seul outil dont j'ai besoin à présent.
Les machines ont fait leur oeuvre, ce sera à moi de jouer maintenant.











Et ces deux là, elles ne paraissent pas inquiètes, n'est-ce pas ?
Je les surveille comme le lait sur le feu. Tous les matins en descendant à l'étable, je me demande si je ne vais pas y trouver un petit veau nouveau-né. Mais non, pas encore...

Elles sont bien, paisibles, un peu encombrées de leurs ventres si lourds seulement.

Allez, je vais dehors maintenant. La saison n'est plus aux intérieurs !

A vos jardins ou autres loisirs vous aussi. Qu'ils vous apportent les mêmes plaisirs et satisfactions que les miens d'aujourd'hui.

A une prochaine fois !