mercredi 20 février 2019

OK CORRAL A AGORRETA



Mercredi 20 février 2019 10h13






Une de ces magnifiques journées de fin d'hiver nous arrive encore.
L'envie titille d'extérieur, de soleil et de grand air. Je ne vais pas m'en priver !








Ce dont je ne vais pas me priver non plus, c'est du plaisir un peu pervers de ferrailler. 
Je manie depuis toujours, c'est, je le pense, un trait de famille, facilement l'ironie et les allusions vicieuses. Je ne m'en vante pas, j'essayais même ces derniers temps de ne pas me laisser prendre à ce jeu où méchanceté et amertume donnent leur libre cours. 
Je continue d'essayer, en me persuadant qu'il y a aussi une bonne part d'humour dans ces exercices en limite, et surtout une grande part aussi d'exutoire : quand on est titillé, quand on vient vous gratter la croûte sous lesquelles des braises encore tièdes ne demandent pas mieux que de s'enflammer, ça fait du bien de se purger la bile en en déchargeant le fiel. Les habitués des problèmes vésiculaires le savent bien.
Les anciens aussi.

Pas plus tard que cette nuit, mon vieux père est encore passé près d'un petit blocage dans une ou autre viscère maîtresse. Puis, au tout petit matin, la situation s'est désengorgée. Je le confirme, et il le fait avec moi de tout cœur, ça fait du bien de laisser sortir de soi la sanie.
Il faut vivre près des anciens, au plus près, pour profiter de leur sagesse durement acquise. Par chez nous, tout le monde ne goûte pas cette cohabitation là. Evidemment, il n'y a pas que de la sagesse à en retirer, il y a aussi beaucoup de veille fatigante et autres difficultés à l'avenant.
On a beau être fils aîné, aimé et choyé, on peut oublier tout cet amour donné, et se détourner, par peur peut-être de vivre par anticipation sa propre déchéance ? Ou parce-qu'on est un ingrat patenté. 
Ou alors, les deux : couard et veule à la fois !
D'autres viennent pallier, heureusement, proches de cœur et pas toujours de sang. 

J'ai essayé jusque là dans ma chronique de rester vague, quand la facilité d'assener des mots durs me tentait trop.
Il y a toujours eu plusieurs lectures possibles de tout écrit. Celle de ceux qui connaissent leur auteur, et les autres. Celle de ceux qui par les circonstances saisissent sous la surface lisse l'épaisseur, une profondeur pas toujours claire pour les détachés. L'interprétation est aussi affaire de distance.
J'espère que cette seconde façon de me lire est la plus répandue. Je sais pourtant que je suis attentive tout autant à la première. On ne se refait pas…

Je voulais laisser les choses décanter pacifiquement, fatiguée de luttes inutiles.
Agorreta reste Agorreta, une ferme où bêtes et gens devraient cohabiter en paix.
Agorreta reste pourtant aussi une ferme où une fratrie s'est déchirée, classiquement, au moment où chacun doit la quitter pour prendre sa propre route, ce fameux moment des partages de famille, partages, ruptures ou déchirements, où remontent les biles acides d'une histoire partagée, entre joie fraternelle et jalousie courante. Nous avons mis du temps ici à nous démembrer, si tant est que nous le soyons tout à fait un jour...
Ce temps de la discorde a été l'occasion de faire un tri entre ceux du même sang, mais pas faits du même bois. Dans mes frères, un seul, l'aîné, s'est révélé à ce moment sous un jour bien décevant. Avec les autres, nous avons resserré un noyau étréci, mais plus solide d'autant, peut-être.



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Là au moins, je deviens tout à fait claire.
J'ai admis maintenant, avec du temps et de la peine, l'idée de cette fracture. Je la crois maintenant définitive, et ne m'entête plus à essayer d'en recoller les morceaux. Le divorce est consommé.
Je pensais laisser la cicatrice se lisser.
La plaie doit être encore vive : à la première stimulation un peu piquante, j'ai réagi spontanément, reprenant ce flambeau de guerrière où je m'emballe parfois.
Les anciens alliés sont devenus ennemis. Là où on combattait si bien sur le même front, la ligne de partage a creusé une faille.
Puisque la paix n'est pas possible, puisque le temps de la fraternité entière est terminé, alors, que l'on ferraille, et qu'on y trouve au moins l'élan d'un mouvement tonique, et l'amusement d'une gymnastique cérébrale vivifiante.

Je sais mon aisance avec les mots, le plaisir de les utiliser comme des pointes de petites flèches malicieuses. Je sais aussi que leur piqûre peut-être mordante. J'en ai moi-même été victime.
Pour en avoir discuté avec des personnes au jugement éclairé, je ne suis pas sûre d'une telle différence entre le mot écrit, et le mot partagé en conversation, dans un cercle social intime...ou pas !
L'écrit reste et les paroles s'envoleraient : j'en connais, pourtant, de ces paroles, gravées dans le marbre dur de la mémoire vive, ces paroles qu'on piétine sitôt les avoir données.
Je ne pratique pas beaucoup les réunions. mes oreilles s'y usent trop, et je n'ai pas suffisamment de voix pour faire entendre la mienne par dessus celle d'autres, aux cordes vocales plus aguerries que les miennes. Il n'en manque pas dans notre cercle familial, déjà.
Sur notre histoire familiale contemporaine, je ne me suis pas trop étendue, dans ce "bloc". Ni ailleurs. Moi. D'autres ont pris tellement d'avance…
Je considère toujours Gueguel comme conservatoire de mes moments et images. Je me demande si je ne vais pas le transformer en lavoir pour le linge sale des familles. M'en servir, encore une fois, comme exutoire. J'ai envie de donner de l'histoire ma version, ma vision.

Sans vouloir pratiquer systématiquement la Loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, je ne suis pas non plus une pacifiste absolue. Je ne tends pas l'autre joue, quand on me gifle. J'aurais plutôt tendance à envoyer le poing, à la garçonne !

Je vois ça comme un petit feuilleton, à peine en décalé, trois années tout de même. Comme le dit la formule dans les mariages anglo-saxons : que celui qui s'oppose à cette union, parle maintenant, ou alors, se taise à jamais.
Maintenant, j'ai laissé passer, pour me donner l'illusion d'une retenue plus présentable. 
A jamais, le sait-on, ça peut me faire trop loin. Ma spontanéité et mes logorrhées éruptives ne s'en remettraient pas.
Alors, en un moyen terme raisonnable, je vais m'y mettre, après une triennale de fermentation.
J'espère avoir suffisamment pris de recul pour ne pas étouffer ce germe d'humour sans quoi vivre est trop terne. Nous verrons bien.

J'utilise déloyalement une arme moins accessible à mon adversaire.
Et bien, chacun ses atouts et son équipement.




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Agorreta n'est pas hors du monde, et la justice et l'équité y sont aussi bafoués qu'ailleurs.

La vie est injuste, autant le savoir au plus tôt !

Certains naissent beaux et d'autres laids, certains culminent à 1m80 quand d'autres sont terrassés de leur petitesse, certains vivent tranquilles et d'autres tourmentés.

Ca a toujours été, et, sans prétendre être grande prophète, je pense que ce sera toujours.

Les nouvelles d'Agorreta ne deviendront peut-être pas tout à fait Règlements de comptes à Ok Corral, mais elles se pimenteront d'une pointe d'acidité plus amusante sûrement que les images bucoliques plates et souvent ratées, d'ailleurs.
Tout le monde n'est pas bon reporter images. Moi, c'est plus le poids des mots que le choc des photos. Chacun son truc…

Cette humeur combative me passera peut-être. Sûrement. Si on ne vient pas  la réveiller trop souvent.
Mon état a ceci d'intéressant qu'il est imprévisible. Je peux passer de la larve amorphe à la louve enragée d'un jour à l'autre. C'est ainsi. On ne peut parier sur rien, ni sur ma faiblesse, ni sur ma force. Ca laisse large latitude à des tentatives d'assauts d'adversaires couards. A leurs risques et périls. Et aux miens… 

Je ne veux pas y laisser plus d'énergie que de plaisir. J'y prendrai garde, si je le peux !

Notre anecdote du tas de fumier m'a remis en selle mieux que le meilleur aiguillon.
Il n'en fallait pas beaucoup. 
Il est toujours plus facile d'attiser les hostilités que de maintenir la paix.
Je n'y travaille pas, là, je le sais.
C'est que mon tempérament est plus fougueux que ma morale…
Que l'on me pardonne, comme je n'ai pas pardonné à d'autres !


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lundi 18 février 2019

TAS DE FUMIER



Tas de fumier


18 février 2019



Lundi 18 février 2019 11h



Je ne résiste pas longtemps à l'appel du clavier.
Pour cette nouvelle chronique, elle sera le relais des petites anecdotes d'Agorreta, quand elles sont amusantes, surtout. Et quand elles le sont moins, aussi…
Quelques images du moment :

L'environnement,



















Les actualités du jour, ce modeste tas de terre prêt à être mélangé au fumier tout proche, pour le composter en terreau authentique et naturel. Tous les paysans connaissent le procédé, les bons jardiniers aussi...







L'étable et les Neskak veillées par la blanche Bigoudi,











Mon parc potager,







Mon père, toujours content de savourer des jours tranquilles.







Je n'avais pas spécialement l'intention de la redémarrer si vite, ma chronique de longue haleine en plusieurs volets, mais l'actualité locale m'y pousse. Je n'ai pas besoin d'être beaucoup poussée pour me lancer dans ces eaux là, il est vrai !

Depuis toujours, je me suis servie de mes "blocs" pour tout et n'importe quoi, y compris les règlements de comptes privés. Ce sont d'ailleurs ces articles là qui intéressent le plus ma sphère sociale. Autant  donner l'occasion de se distraire.
La communication par "bloc" interposé en vaut une autre, après tout : elle permet un léger décalage impossible dans les échanges directs et spontanés, où les arguments, bons ou mauvais, fusent en désordre et se perdent dans le chahut. Ici, à une seule voix, et, tant qu'à faire, la mienne, je développe, sans interruption. Je suis ensuite totalement disponible à l'écoute des arguments adverses, si l'on veut bien me les présenter ! 

Pour en venir aux faits du jour, le beau temps s'est installé depuis une bonne semaine, un vent du sud surprenant asséchant subitement la croûte terreuse.
L'envie enfle chez tous les humanoïdes de sortir, de prendre l'air et le soleil, de travailler dehors son jardin ou sa terre, chacun à son  échelle.

Nous, les paysans d'ici, mes ancêtres, la terre d'Agorreta, nous la travaillons depuis près de 90 ans, l'âge de mon père.
Nous la connaissons, cette terre. Nous l'avons défrichée, travaillée, respectueusement, amendée, nourrie.
Nous l'avons ensemencée, elle nous a nourris en retour.
Notre relation à cette terre est ancienne, elle est profonde et pleine de gratitude.
Cette terre, nous la travaillons. 
Paysan, c'est un métier d'art, mieux que d'artisan. La terre, quand on vit avec, on ne la possède pas, on l'accompagne.
Paysan, on sait les vertus du bon fumier incorporé en profondeur, du compostage où la terre entassée travaille plus vite encore. 
Paysan, on partage à la terre la nature et ses bienfaits, la nature et ses calamités, aussi.
Paysan, on n'en est pas pour autant  préservés des calamités de la nature humaine. Et non…

On déplore souvent les lenteurs administratives. J'en ai moultes fois fait la triste expérience. Et continue d'y perdre parfois patience.
Ce matin pourtant, la réactivité de nos services municipaux fût fulgurante.
Mon frère au travail sur les terres, à la préparation de ce fameux compostage organique et naturel, matière précieuse à la bonne levée des semis, eût l'heur de se voir visiter en son ouvrage : on s'inquiétait paraît-il en haut lieu de ce que nous faisions de la terre d'Agorreta. Il serait temps : cette terre, nous la travaillons depuis 90 ans ! Oui, je sais, je l'ai dit, déjà.

L'ouvrage n'était pas compris. Il paraissait suspect, à ceux sans doute premiers coupables  des forfaitures qu'ils attribuaient aux autres. C'est un mécanisme assez commun.
La terre ne se possède ni ne se vole. La terre nous nourrit et nous ensevelira tous, chair, os ou cendres. 

Quand on la fouaille, qu'on l'éventre, quand on la prend pour de la marchandise convoitée, là, évidemment, c'est une toute autre vision, et une toute autre perspective. Elle nourrit aussi, sans doute, autrement. On n'en vit pas de la même manière, on la voit différemment. 
Mais elle ensevelira tout pareillement.
Chacun sa vision, chacun son métier, et les vaches seront bien gardées…

Je ne fais que redire ce que j'ai dit si souvent déjà, ce que je me souviens bien avoir dit à une occasion où, justement, la terre se traitait comme une convoitise que l'on vole.
Il m'en reste une image précise en tête. Que je retrouverai, à l'occasion. Mes "blocs" ont au moins cet avantage de garder les traces de ces moments anodins, et bien signifiants, pourtant.


Tiens, justement, la voilà...



Et voilà dans la foulée les mots d'alors, fidèlement retranscrits depuis ce beau mercredi 21 juin 2017 :


Sous le regard impassible et bienveillant de Mère-Rhune, nos vieux démons paysans de convoitise d'une terre à posséder sommeillent.

La terre d'Agorreta est dure et pierreuse.

Elle nous a nourris, pourtant, hommes et bêtes. Et continue encore.


Jusqu'au jour où elle nous couvera, celle-ci ou une autre, quand nous pourrirons dessous et la nourrirons en retour.

Nous serons alors rassasiés d'elle, tous, et nos démons s'assagiront peut-être.
Qui sait ?

Moi, je ne sais pas. je vois seulement avec désolation les ravages des tristes dépits mal lavés...




jeudi 26 octobre 2017

TRIENNALE



Bonjour !

Nous arrivons au terme de la troisième année de ce "bloc".
Au terme d'un parcours parfois nébuleux et chaotique, d'autre fois plus clair et divertissant.
Mon parcours de ces dernières années...

J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire ici.
Je continuerai d'écrire.
J'ai envie de le faire maintenant autrement.
D'être moins en quête d'un regard extérieur, pour tenter de vivre sereinement ma vie, au lieu de la "penser" au travers de ce que j'en montre.

J'ai eu besoin de cette quête pour apprendre.
Je voudrais maintenant appliquer de la meilleure façon les enseignements de mon apprentissage !
Je le ferai de façon plus intimiste et préservée. Je le ferai de mon mieux, surtout !

"Gueguel" restera mon petit coffre, c'est tellement pratique pour retrouver ses trésors entreposés là !
Mais je ne "publierai" pas en instantané. Peut-être d'ailleurs ne publierai-je pas du tout. Je verrai ça sur le moment.


Le petit monde d'Agorreta continue son petit bonhomme de chemin.
Tout semble pareil et pourtant tout change, évidemment :




















La vieille ferme s'ouvre toujours au soleil généreux de cette fin octobre.
L'étable vidée le jour attend ses pensionnaires







Les pensionnaires en question savourent les douceurs de l'automne.



Lola prend la tournure un peu lasse de son âge.





Le maître d'Agorreta  profite de la chaleur du grand soleil, les deux fidèles gardiens à ses pieds.

La vie est douce en ces temps par ici.
De cette douceur dont on oublie trop souvent la fragilité.
Je veux juste maintenant essayer d'y penser mieux.
Et vous souhaite de votre côté bonne continuation, avec toute ma gratitude pour votre intérêt depuis tout ce temps.



vendredi 13 octobre 2017

LA PREUVE PAR LA CITROUILLE



Bonjour !






Nous vivons un Octobre magnifique. Des journées lumineuses et douces, une ambiance d'automne idéale.
Je restaure à ce grand soleil mon vieux cuir, et en ressens chaque instant les bienfaits.

C'est la période des moissons à engranger.
Les maïs sont rentrés, les fougères rousses couchées en andains dans les pentes.
La noisette mûrit, et le regain cet "urri xoroa" la prairie d'Octobre, littéralement, finit de sécher.
Une époque bien agréable, loin de la nervosité printanière, et des excès d'été.

Je me suis occupée de mes citrouilles, hier.




 La récolte sera suffisante pour nourrir mes vaches cet hiver, si les courges se conservent bien.
Mes méthodes culturales novatrices, cette année, montrent leurs limites : les fruits sont nombreux, mais bien plus petits.





Mes voisins de culture, eux, exhibent des sujets bien plus gros, lourds et longs.
Je dois m'incliner...
Je le disais la dernière fois, commettre une erreur, c'est désolant, certes, mais pardonnable.
Le tout, c'est d'éviter de commettre deux fois la même. Tirer un enseignement d'une expérience, même ratée, c'est encore un bénéfice !
 Je suis résolue à être indulgente avec moi-même, et, ces jours-ci, mon tempérament imprévisible m'y autorise. Alors, je ne boude pas mon plaisir, et en savoure au contraire le bien-être reconquis.

Déjà, cette fin d'été, mes melons, pourtant bien jolis à voir, se sont avérés totalement décevants : aucun goût, la texture d'un vieux navet aqueux et la chair fadasse d'une betterave mollette. Un désastre !







Ils promettaient, mais ne tenaient pas, du tout !
Tout n'est peut-être pas le fait de l'absence de travail en profondeur de la terre.
Si vous vous en souvenez, j'avais cette année initié la culture sans labour.
Seulement, notre vieux "rotavator", aussi lourd soit-il, reste trop en surface, et ses dents usées ne brassent qu'une couche  superficielle, laissant dessous une surface compacte et  dure à l'enracinement.

Pour les citrouilles, ce manque a été criant.
Les melons, je ne saurais dire, peut-être ...

Dans le doute, nous avons collégialement plébiscité le retour aux méthodes traditionnelles, et remis en vedette la vieille charrue maison.
Antton s'est chargé de la partie mécanisée, et mon petit potager dresse maintenant des sillons conquérants à la chaleur automnale. L'hiver et ses frimas achèveront d'attendrir les mottes.
Je lancerai peut-être bientôt une ou autre plate-bande d'ail et d'oignon, deux trois lignes de fèves.
Selon l'envie et l'opportunité du moment, à saisir, ou pas !






Je vous laisse aux plaisirs de ce grand soleil, à la joie pleine et riche de ces couleurs d'automne profondes et douces.

Bonne fin de semaine à tous !


mardi 10 octobre 2017

RESTAURATION DU BARBOT



Bonjour !

Comme promis, je vous parle aujourd'hui du Barbot, notre vieil hangar de la ferme.
Construit autour de 1966, il donnait lui aussi quelques signes manifestes de fatigue...

La toiture fuyait par endroits. Pour un hangar à foins, c'est ennuyeux !
De petites gouttières se faufilaient insidieusement ça et là, gouttant sournoisement sur les balles de fourrage.
L'humidité se nichait entre les brins, dessinant de noires auréoles. Au fil du temps, la gangrène gagnait le cœur de meule, et mon foin pourtant craquant sec et parfumé à la rentrée virait en une moisissure aigre.
Mes vaches, les belles délicates, (je vous en reparle un de ces prochains jours), humaient avec expertise cet aliment de moindre qualité, et me le dédaignaient, dégoûtées...
Vous imaginez quel crève-cœur pour moi, attachée à ne pas gaspiller d'abord, et à satisfaire au mieux les gourmandises de mes précieuses, ensuite.

Je me suis décidée ce début d'été à arranger ça.
Je vous en ai parlé plus haut, j'y reviens maintenant.
Le constat établi, les dégâts objectivement mesurés, le procédé conservatoire a été mis en œuvre.

Ce hangar, notre "Barbot", du nom de son fabricant originel, est vieux, je l'ai dit déjà, mais solide de construction, encore.
Je me méfie de ces courants de rénovations brutales, où l'ont met tout à terre, pour repartir à neuf.
Certes, ils ont sûrement leurs mérites, et loin de moi l'idée d'en dénigrer l'efficacité.
Je respecte, mais je n'adhère pas.

Moi, les vieilles choses, j'essaie de les traiter en douceur.
J'ai appris au fil des ans combien ce qui a résisté longtemps peut résister encore, à condition de ne pas trop le bousculer.
Quand on commence à toucher à ces vieux bâtiments, on sait où on a commencé, mais on ne sait pas souvent comment on va finir.
On arrache ici, et ça vient là, on dépose une plaque, et la charpente dessous s'effondre, on tente une fixation, et le support cède.
A chacune de nos petites interventions bricolages, à la ferme, j'ai pu vérifier combien il est facile de déstabiliser ces vieilles ossatures.
Combien la brutalité est ravageuse, face à une vieille femme digne encore, mais fatiguée déjà...
Faire table rase du passé et recommencer à neuf, on peut, sans doute, encore que.
Je trouve un peu dommage de renoncer à ces fondations à la solidité avérée. Pallier les failles ne demande pas renoncement complet, juste tri sélectif.
C'est ce que j'essaie de faire...

Je sais mes choix controversés, en matière de réparations. J'admets le bien-fondé de toutes les thèses. Pourtant, j'en reste aux miennes. J'en changerai peut-être, cela peut m'arriver, et m'arrive déjà : pour preuve, mes techniques culturales ! Là aussi, je vous en parle prochainement...

Commettre une erreur, c'est regrettable, mais rattrapable, la plupart du temps, heureusement !
La faute vient de la réitération obstinée de cette même erreur.
J'essaie d'éviter cet écueil modestement, et avec application.

Pour le Barbot, j'ai préféré une rénovation en douceur, une protection molletonnée et légère, un procédé moins invasif et plus respectueux.
La toiture en a vu de toutes les couleurs !







J'ai pris le concours d'une équipe sympathique à souhait, d'un matériel adapté, et d'un maître d'ouvrage saisissant, en la personne d'Alberto.



Le Barbot a été nettoyé, toiletté et pansé :


Alberto est une petite bombe, toujours en mouvement. Il vous parle et ne tient pas en place, remplit chaque seconde de son temps d'une activité presque frénétique. Le regarder faire me donne presque le tournis, comme si j'avais besoin de ça.
Il va et vient, vous parle, téléphone, photographie, et mesure en même temps.
Il a des expressions amusantes, des mimiques divertissantes.

  -Esto va quedar te perfecto ! assure-t-il, plus que convaincant.
   Le résultat sera parfait !

Partant de l'existant, parfait, ça paraît ambitieux... Et puis, moi, d'abord, ce dont j'ai besoin, sans aller jusqu'au parfait, c'est... étanche !

 - si, si, impermeabilizacion perfecta !

Décidemment, avec cet homme, tout est perfecto...
Quand on le sait bien, que la perfection n'est pas de ce monde.

Au moins, voilà un artisan optimiste, pas un de ces grincheux à la moue dubitative dès que vous leur exposez votre projet, flairant avec méfiance ce bébé que vous leur tendiez pourtant en confiance, ne voulant pas le prendre dans les bras, à peine en écarter les langes avec circonspection, presque dégoût.
Rien de plus désagréable qu'un entrepreneur peu entreprenant.

Avec Alberto, c'est sûr, nous sommes à fond dans l'esprit d'entreprise.
Il vante avec enthousiasme son "poliuréo" nordique,  son procédé innovant, révolutionnaire, presque, à l'entendre.
Eso es impermeable, elastico pero respirante, como el Gortex, conoces ?
No, no conozco bién, pero me fio en ti...

Alberto m'a convaincue, et a pris les rênes de l'opération avec décision et vaillance.
Un autre de nos échanges fleuris concernait la couleur :

 - Este rojo me parece un poco duro, no ? Vendria mejor un rojo teja, me parece...

 - ce rouge semble un peu lourd, non ? Un rouge tuile serait mieux-venu, je crois...

"Rojo teja", roulant les R et la Jota, je ne connaissais pas. Je voyais, à peu près. La sonorité gaie et pimpante me séduisait à elle seule.
Quelle délicatesse, de tenir compte de ces coquetteries, pour une vieille grange à foin, n'est-ce pas ?
Alberto a terminé son ouvrage, et satisfait mes aspirations.

Le Barbot est maintenant étanche. Garantia ochenta años (garantie 80 ans).
S'il en tient la moitié, ce sera déjà bien suffisant pour moi, je pense.

Je vous laisse ici, et vous présente ma vieille dame restaurée :





Voyez la délicate association de ce "rojo teja" tonique et de ce gris "un poco oscuro" si apaisant à l'œil.
Un véritable professionnel, cet Alberto.




A plus tard !













vendredi 6 octobre 2017

LE RETOUR



Bonjour !

Me voici de retour après ma pause cyclo-saisonnière.
Il m'a fallu ce temps pour me refaire une énergie.
Ma foi, tant qu'elle reste au rendez-vous, ici ou là, ça va encore !

Ma vieille carcasse demande maintenant ménagements. Je ne suis pas autrement que les autres, et, le temps passant, mes fougues de jeunesse perdent de leur éclat, évidemment.
Il en est ainsi pour tous, et je ne me plains pas de mon sort. Sans être particulièrement enviable, il n'est pas non plus sujet à "lamentades"particulières.

Je vous disais dans mon dernier article combien ces retours arrière sur l'histoire familiale me devenaient pesants, par moments.
J'ai été contente d'explorer cette histoire. Intriguée par ces pans voilés et un peu mystérieux.
Aguichée par ces secrets, ou du moins, ce que je percevais comme tels, j'y ai flairé de l'ombre, de cette ombre sombre qui nous fait peur et nous attire, comme les monstres effraient et séduisent les enfants.

Mon instinct est plus sûr que ma curiosité intellectuelle.
Il m'a averti d'un danger à se rouler ainsi obsessionnellement dans les chapelures d'un passé plus ou moins obscur.
Je vais l'écouter, et laisser là les pans de ces histoires familiales.
Les dates sont posées, objectives et claires. Les faits relatés, de façon plus orientée, eux, évidemment.
Il est temps maintenant de tourner ces pages, et de laisser définitivement ces ombres là où elles dorment en paix. Ou pas...

Redevenue raisonnable après une envolée lyrique ridicule mais aussi touchante (l'Iliade et l'Odyssée, rien que ça !!), je vais m'occuper de l'avenir.
Le passé m'a fondée, m'a faite ce que je suis et dont je n'ai pas à rougir.
Je suis reconnaissante à mes ancêtres de m'avoir mise là, et décidée à savourer au mieux ces jours à venir ainsi autorisés.

De cette histoire familiale je veux retenir quelques images bienfaisantes, et laisser le reste de côté.






Je veux retenir combien il est dommage d'attendre les drames pour reconnaître la valeur d'une famille.
Je veux retenir le poids parfois lourd de ces familles, et le besoin de s'en défaire pour mieux en savourer ensuite le réconfort, choisissant les membres de sa famille comme on choisit ses amis, pour en garder les bons, et écarter les mauvais.

Je veux retenir la méchanceté comme une souffrance qui mord, cette phrase écrite il y a longtemps déjà, mais bien vérifiée depuis.
Je veux retenir mon incapacité à soulager toute cette souffrance, ayant assez de peine parfois à soulager la seule mienne !




Je veux retenir l'inestimable trésor de moments joyeux :






Je veux retenir la fierté légitime d'une réussite, même modeste, quand elle a été méritée, gagnée.
La joie de partager cette réussite et d'en sentir les bienfaits :










Je veux retenir la fantaisie à vouloir faire une photo de mariage trois années après ce mariage :





Une petite explication s'impose ici :
Mes grand-parents paternels, Gabriel Legorburu et sa femme Maria, devenue pour nous ensuite "Amatxi Mamia" se sont mariés en 1923 ou 1924. A tant de distance, on ne va pas chipoter sur quelques mois, allez !

Mon grand-père paternel "Aïtatxi haundia" le grand grand-père, pas bien grand mais sans doute à peine plus qu'Iñazio Olaciregui, le grand-père maternel,  était paysan, oui.
Il en avait la rudesse et l'usage des travaux difficiles.
Il était quand même adepte aussi des plaisirs de la vie, courant les foires, rentrant à trois heures du matin pour réclamer à son épouse alors endormie une soupe à l'ail, avec une troupe d'amis bruyants et éméchés.
Les obligations de la vie lui pesaient sans doute un peu.

Son épouse, davantage soucieuse elle, des convenances, voulait une photo de mariage, une belle photo en bonne et due forme.
Lui, très occupé et plus au large avec les conventions, remettait toujours à plus tard.
Finalement, quand, un jour, entre deux foires et les labours, il se libéra une journée,  pour consentir ce plaisir à sa femme, un peu de temps avait passé : nous étions rendus en 1928 !
Ma grand-mère était alors enceinte de trois mois, et, dans sa taille un peu arrondie, se lovait douillettement déjà mon père, le troisième de la fratrie Legorburu !

Vous imaginez combien j'aime cette idée de liberté, de vie légère et sans trop de raideur...

Voilà, voilà tout ce que je veux retenir de mon histoire de famille.
Sentir dans mes veines ce courage et cette pugnacité paysanne, cette capacité à résister quand il le faut.
Sentir aussi ma vulnérabilité, en cueillir la logique humilité, et parer au mieux à ses fragilités.

Pour le reste, ici comme ailleurs sur la terre, le soleil se lève toujours à l'est :






Et les nuages finissent encore et, je l'espère, pour longtemps, par s'écarter





Je vous livre ici un texte transmis durant les fêtes de Bayonne par mon amie Hélène.





Voyez, ce n'est pas d'hier.
Mais, je le crois, ça reste plus vrai que jamais !


Je vous laisse ici pour aujourd'hui,  toute contente de vous avoir retrouvés.

La prochaine fois, je vous reparle du Barbot, ce vieux hangar, et de sa restauration douce, là aussi, comme la mienne.
De fait, nous avons pratiquement le même âge...

Portez-vous bien et très bonne fin de semaine à vous !