dimanche 11 décembre 2016

DES CROYANCES ET DES HOMMES


Bonjour tout le monde !







Hier dimanche, puisque notre ouvrage du moment était terminé, nous avions tout loisir de profiter de notre matinée.







Notre clôture toute neuve tendait ses coupes de bois blanches au soleil levant.
Les fils alignés presque au cordeau (!) luisaient comme une portée musicale géante.
Non, vraiment, elle avait belle allure, notre clôture !

Cette clôture symbolise évidemment notre besoin de sécuriser l'espace en un périmètre déterminé. Nous sommes tous avides de liberté, et pourtant désireux de poser des limites, de les connaître.
L'espace béant et sans bornes nous intimide, comme le temps fluide et insaisissable nous inquiète.
Et oui, trop cadrés, nous étouffons, et trop au large, nous nous perdons...

Vous me connaissez maintenant suffisamment pour savoir qu'un des ces jours prochains, cette simple phrase alimentera une chronique fantaisiste.
La confusion dont je parle ici ou là, mieux nommée mystère, m'inspire, vous le savez.

Cette perception des mystères autour et en nous ne date pas d'aujourd'hui ni de moi. Non, non, non !
Dans les temps reculés des tribus indiennes, déjà, les totems érigés vers le ciel parlaient de forces spirituelles à respecter et à invoquer.
Nos dolmens et menhirs faisaient dans la même veine, je crois.




Mon sympathique et naïf ahuri du madrier d'angle affleurait trop vilainement de la lignée presque parfaite de notre clôture.
Il fallait lui couper la tête !
Perturbée par ce geste violent et presque blasphématoire, j'ai religieusement recueilli mon totem protecteur d'Agorreta.
Je lui ai trouvé une place de choix, à une hauteur digne de son rôle : 









Il veille dans le grenier, en position de rayonner au plus large.
Je le sens bénéfique et satisfait d'avoir été ainsi considéré.

Les mystères du monde nous entourent et ne doivent pas nous effrayer.
Ils nous donnent de jolies choses à voir, et d'agréables sensations à ressentir.






Voyez les premières fleurs immaculées du pois.
Elles racontent la pureté et l'innocence.

Fiez-vous à la nature. Elle, ne se trompe pas !

Bonne semaine à vous et à une prochaine fois !

samedi 10 décembre 2016

LA CLOTURE : PHASE FINALE


Bonjour à tous !









Vous avez ici le lever du jour, hier matin.





Et notre ouvrage annoncé.

Ces piquets sont solides, et lourds.
Pour faciliter le travail, nous allons quérir les mécaniques locales :












Là ! L'ouvrage s'engage bien.
La journée s'annonce belle.
Tout va pour le mieux !


Dans l'après-midi, nous recevons du renfort de qualité.
Ce petit Beñat presque frère, outillé jusqu'aux dents, et serviable tout autant :







Il nous présente cet engin fantastique : la "planteuse".
Un système ingénieux, massif sans trop de sophistication. Exactement le genre de mécanique que nous adorons !

Tout le monde se met de la partie, observe et participe, chacun selon ses meilleures compétences.








L'engin ne fait pas dans la dentelle. La grosse masse mécanique actionnée par le vérin hydraulique (enfin, je crois...),  cogne de tout son poids sur le piquet posé en terre.
Il faut une certaine finesse pour évaluer la force du coup à porter, l'art de la manœuvre pour présenter les cent et quelques kilos juste au dessus de la tête du piquet.
Le bâti se dandine et demande à être bien positionné. Notre Beñat est bon chauffeur. Il est patient, il a l'oeil.

De piquet en piquet, le travail avance rondement.
Mes experts de chantier sont évidemment présents :











En moins de deux heures, quatre-vingt dix sept gros piquets sont plantés.
Il en aurait fallu, des coups de masse et de barre à mine, pour le même résultat, sans la machine !

Aujourd'hui samedi, nous reprenons :









Toujours un temps splendide, et toujours ma fine équipe.





Le petit matériel est avancé.






Une autre ingéniosité locale : la dévideuse !
Très appréciable, pour dérouler ce fil ronce souvent agressif.
Un dispositif simple et efficace, là encore tout à fait à notre goût !





Le "tendeur", fabrication artisanale lui aussi, permet de tirer sur le fil sans fatigue et en confort.





Pour la finition, évidemment, une bonne partie de coups de marteaux appliqués avec précision et adresse a scandé l'après-midi tranquille de cette fin d'automne.

Un ouvrage rondement mené, fédérant toutes les bonnes volontés, a donné à chacun le plaisir de participer, et le contentement de contempler un joli travail.
Une simple clôture, oui, mais une belle clôture, respectueuse et tranquille.

Nous allons partager un repas dans les rires, pour fêter ce modeste mais appréciable ouvrage.

Dans cet état d'esprit que je veux cultiver comme on cultive une bonne terre.

Je vous laisse à votre fin de semaine à vous, pleine de soleil et de  belles lumières.

mercredi 7 décembre 2016

ARTISTES EN PEINTURES




Bonjour !




Les levers de soleil de tous ces derniers jours sont magiques.
Ils régalent de ces roses pâles, en vibration parfaite avec mes résonances intérieures.
Ces harmonies là se sentent, ne s'expliquent pas...






 Toujours sur la lancée de ma poussée créative du moment, j'oeuvre ici et là dans la ferme, entre grenier et étable :





Vous reconnaissez mon thème du moment, un arbre et des oiseaux.
Comme tous les grands artistes, j'ai mes époques.






Agathe, venue me rendre visite à la ferme, attentive à la bonne éducation de sa filleule Agatte, a voulu mettre sa patte dans l'étable.
Elle m'a dessiné cette fleur, doucement ouverte en un mouvement souple et optimiste.

Agathe est une jeune femme bienfaisante.
Un peu comme mon Ariel de l'autre soir.
Depuis que je l'ai retrouvée, Ariel, je ne la quitte plus. Je la sollicite à tout bout de champ, trop contente de sentir son attention et sa bienveillante amitié.
Je la sens inspirante et bénéfique. Elle m'exhorte à suivre mes intuitions et à prendre la juste mesure de mes constantes.

Ces constantes sont malmenées parfois, comme celles de mon surpresseur, victimes d'un dérèglement.
Il faut avoir l'idée de refaire des mises au point régulières.
Dessiner des fleurs et des oiseaux, pour aérer le neurone et donner de la lumière.

Mes amies m'y aident et je vous recommande ces cures de naïveté.
A moi, elles réussissent parfaitement !

Notre prochain rendez-vous nous ramènera autour de la clôture en cours.
Un autre genre d'activité, histoire de varier les plaisirs, toujours en bonne compagnie.

A bientôt, et douce soirée à vous !



lundi 5 décembre 2016

SURPRESSEUR ET CONSTANTES



Cette fois-ci, je vais demander à ce brave Gegel de remplir son office de coffre fort et de mémoire vive.

J'en ai pris l'usage avec ce "bloc", et je trouve ça bien pratique !

Quand je veux préserver quelque chose d'un possible égarement, quand je veux pouvoir le retrouver à coup sûr, je le confie à Gegel.
Evidemment, Gegel peut disparaître un jour, lui aussi, et mes trésors à lui confiés s'en perdre.
Je pense le risque minime, par rapport à toutes les sauvegardes locales et à leurs limites.

Je veux aujourd'hui remiser quelques constantes techniques, en vue de les retrouver en cas de besoin.
Il s'agit ici de notre surpresseur à eau.
Oui, je vous en ai parlé, déjà.
Ce dispositif pallie le manque de pression d'eau  dans notre circuit.
Nous sommes à Agorreta perché sur une colline modeste, mais plus haute que la réserve du château d'eau alimentant le secteur.
Le résultat de cette configuration, est que l'eau nous arrive, oui, mais toute mollette, en un filet timide et sans tonus.
Pour pallier cette défaillance, le "surpresseur" est là !

Le surpresseur est un appareil électrique combinant une réserve d'eau dans sa cuve, poussée par une pression d'air accumulée autour de cette eau. Ou c'est l'eau qui est autour de l'air, je ne sais pas.
J'ai toujours un flou concernant les positionnements respectifs de l'air et de l'eau.
Dans la cuve de stockage, métallique, il y une vessie, c'est à dire une membrane molle en caoutchouc.
Il y a par le fait deux contenants séparés : la cuve, et la vessie à l'intérieur de la cuve.
L'air est comprimé dans l'une des deux, et l'eau, stockée en réserve-tampon, dans l'autre.
Vous me suivez ? Bien !

L'appareil est alimenté par une réserve d'eau plus importante, de 2000 litres chez nous, par exemple. Le tube plonge dans cette manne, et l'eau en est aspirée, à la demande.
Quand vous ouvrez un robinet, quand une vache boit à l'abreuvoir, quand une machine quelconque sollicite l'arrivée d'eau, la petite réserve de la cuve se vide. L'air comprimé en périphérie ou au milieu, cela ne change rien à l'affaire, se retrouve disposant d'un espace plus large. La pression dans la cuve tombe.
Un petit dispositif accessoire, le contacteur manométrique, enclenche et déclenche le moteur du corps de la pompe, activant l'aspiration d'eau dans la réserve principale, pour compenser la consommation.
La pression descend sous un certain seuil, le contacteur enclenche le moteur, la pompe aspire l'eau et rétablit la pression à l'intérieur du ballon.
Cette pression atteint le seuil maximal défini à l'avance, le contacteur déclenche le moteur, qui s'arrête, et n'aspire plus d'eau.
Vous faites bien la différence entre enclencher, mettre en marche, et déclencher, arrêter. Le vocabulaire français peut prêter à confusion, ici, attention !
Ça paraît tout simple et mécanique, n'est-ce pas ?

Les pressions d'enclenchement et de déclenchement sont pré-réglées en usine.
En règle générale, elles tournent entre 2 et 4 bars.

A Agorreta, l'installation hydraulique étant vieille comme le reste, nous ne voulons pas trop solliciter les tuyauteries par des coups de béliers trop vigoureux.
Nous intervenons sur les petites vis de réglages des pressions hautes et basses, pour tourner entre 2 et 3 bars.
Ces interventions consistent à visser ou dévisser deux écrous, comprimant deux ressorts, eux-mêmes reliés à une palette plastique servant d'interrupteur.

A intervalles réguliers, ce dispositif simple mais tout de même un tantinet sophistiqué dans sa mise en oeuvre se dérègle.
Les lignes de pressions bougent, la vessie ramollit, quand elle ne se perce pas, l'étrier de fixation de ladite vessie dans la cuve fuit.
Tout un ensemble de phénomènes induits ou indépendants se mettent de la partie, pour enrayer la fluidité de ce mécanisme.

Le résultat se fait sentir au robinet, avec une chute d'eau irrégulière, un flux cadencé en un rythme sinusoïdal anormal.
L'eau arrive, gaillarde et décidée, puis la pression mollit, le filet se fait moins guilleret, pour repartir d'attaque un moment après.
Au niveau du surpresseur, cela provoque des séquences d'enclenchement et de déclenchement du moteur de plus en plus rapprochées.
La turbine s'échauffe, se fatigue, à être sans arrêt sollicitée.
La réserve-tampon ne compense plus rien, l'aiguille du manomètre s'affole en saccades frénétiques, rien ne va plus !

Depuis quelques semaines, nous sentions l'essoufflement du surpresseur, un fonctionnement haletant.
Il fallait reprendre toutes les constantes, remettre de l'ordre dans ce système perturbé.

Comme entre deux interventions, il se passe du temps, Dieu merci, nous oublions d'une fois sur l'autre la bonne marche à suivre.
C'est ennuyeux ! Nous avons l'impression de savoir faire, nous ne sommes pas loin de maîtriser le sujet, et puis, pliés en deux au chevet de la pompe malade, des doutes nous viennent...

Voyons, il faut rajouter de l'air, oui, mais combien ?
La pression, d'enclenchement, elle est bien à 2 Kilos ?
Aïe ! le manomètre est bloqué, il faut le démonter !
Tiens, le réglage, c'est bien par ici, sous ce petit capot, là voilà !
Ah, oui, mais la vis pour l'enclenchement, c'est laquelle, la petite, ou bien la grande ?
Et puis, le temps du réglage, la pompe il faut la laisser marcher, ou l'éteindre ?
Et puis, dis-moi, il ne fallait pas laisser un robinet ouvert, pour pousser la colonne d'eau quand on remplit d'air ?

Et oui, tout un tas de questions impertinentes se bousculent dans ce petit espace.
On rapproche le compresseur, les clefs, la rallonge électrique. 
On rassemble ses notions de base, et, petit à petit, reconstituant soigneusement les cheminements de l'eau et de l'air, on finit par y arriver.
Le contacteur s'apaise, les pressions obéissent aux ordres, l'eau coule gentiment, sans à coups, et le surpresseur se remplit voluptueusement, se repose un bon moment, et repart, si besoin.
Quelle gratification d'entendre tous ces éléments se remettre dans le rang !
Un peu plus, et on se prendrait pour Dieu, faisant le monde...

Vous comprenez maintenant pourquoi je veux graver dans le marbre, plus modestement confier au Veb, mes constantes si faciles à oublier :

En cas de dérèglement :

1/ Vérifier la pression d'air dans la cuve. Elle doit être à 1.8 Kg

2/ S'il y a besoin de rajouter de l'air, ouvrir un robinet pour vider la réserve à mesure que l'on comprime en pression.

3/ Vérifier les pressions d'enclenchement et de déclenchement : 2 Kg et 3 Kg
    La petite marge de 200 gr permet de maintenir la pression de l'eau sans mollir.

4/ Rectifier les réglages au moyen des deux écrous si besoin : le petit écrou commande l'enclenchement ou la pression la plus basse, le grand écrou déclenche quand la pression haute est atteinte.
On tourne vers la droite pour comprimer le ressort et augmenter la pression, vers la gauche pour l'effet inverse.

5/ s'assurer qu'il n'y a pas de fuite d'eau au niveau de l'étrier, des jonctions de la valve ou du manomètre. Si on ferme la vanne de départ d'eau, la pression doit rester constante.

6/ se sortir de ce maudit réduit, s'étirer longuement, pour dérouiller les articulations mises à mal par la trop longue station inconfortable.

Ça y est, on y est, jusqu'à la prochaine fois !

Ne m'en veuillez pas de vous ennuyer avec ça.
Si par cas, vous avez l'occasion un jour de faire la conversation à un surpresseur de ce type, je vous en prie, profitez de ma science tout fraîche !

Voyez, ce "bloc" il me sert de tout...


Je vous retrouve une autre fois, et portez-vous bien d'ici là !














LE COURS DES CHOSES



Me revoici !

Ce matin, après la détente d'hier, ces petites choses pratiques m'ont ramené à des nécessités prosaïques.
Il en faut, aussi...





Les cieux au dessus de Mère-Rhune changeaient de minute en minute.
Un mouvement permanent, pour nous dire à tous que vivre, c'est évoluer, changer, intégrer les variations et s'en laisser mûrir.
Je développerai, plus tard !










Notre vieille Agorreta, paraît la même depuis des décennies, et pourtant, non, ici aussi, la vie avance et fait avancer.







Du côté des bêtes, les jours passent en quiétude.
J'en suis à tarir Bigoudi, ne faisant téter Agatte que le matin.
En principe, une vache, produit du lait plusieurs mois après son vêlage. La courbe de lactation se hisse en crête aiguë autour des six semaines après la naissance du petit veau, puis redescend en pente douce.
Quand la vache porte un autre veau, il convient de la tarir à son huitième mois de gestation, pour qu'elle reparte sainement sur un nouveau cycle de production.
Je n'ai pas fait ré inséminer Bigoudi. Mes dernières expériences m'ont fait prendre conscience de mes limites raisonnables, et j'ai renoncé à ce volet pourtant plaisant de l'activité.
Bigoudi élève sa fille Agatte, et profitera ensuite d'une longue retraite anticipée.

Elle produit encore du lait.
Agatte va sur ses huit mois. Elle se nourrit parfaitement, et pourrait se passer du lait de sa mère.
Elle le goûte encore avec enthousiasme, et Bigoudi de son côté apprécie ce moment d'intimité affective avec sa fille.
Pour atténuer la production de lait en vue de ce tarissement programmé, j'ai diminué la ration alimentaire de ma Bigoudi.
Au lieu de s'assécher en lait, ma vache a maigri ! Elle puise dans ses réserves, pour continuer de fournir à sa fille son lait, et partager encore avec elle ces moments de tendresse.
Allons bon ! Si l'émotif gagne à ce point ma Bigoudi, où va-t-on ?
Ma foi, rien d'insurmontable dans tout cela.

Je laisse faire ma Bigoudi selon son cœur. 
Pour ne pas la laisser s'amaigrir davantage, je lui distribue plus de citrouille nourrissante.
Agatte continuera de venir au pis de sa mère, bousculant au passage ses sœurs, et retournera à sa place, contentée de lait tiède et de grands coups de langues maternels.
Et pourquoi pas ?





Mon père se remet parfaitement des mauvais jours derniers.
Les calculs de sa vésicule se sont garés sagement ici ou là.
L'homme a repris le cours de sa vie sans histoire, la canne à la main et Bullou à ses pieds.

Le cours des choses reprend ses droits, comme si de rien n'était.
Nous flirtons ici avec des probables et des inattendus, variant comme le ciel d'un instant à l'autre !

L'ARCHANGE ARIEL


Bonjour à tous !





Ce ciel entre ombres et lumières, c'était hier matin.
Hier dimanche, une journée paisible et détendue.
Avec Olivier, nous avons jardiné un peu, le matin, taillant et nettoyant ici et là, autour d'Agorreta.
Une matinée plaisante et reposante.
Une bonne sieste plus tard, la promenade avec les chiens déambulait sous ces cieux toujours mélangés, entre trouées de soleil irréelles et langueur des nuages étirés sans menace.

Une fin de semaine toute nimbée de cette ambiance teintée d'irréalités, quand l'atmosphère nous parle de possibles autres mondes.

Nous avions agréable compagnie samedi soir.
Et nous avons évoqué ces choses qui se sentent et ne se touchent pas, celles dont je parle souvent dans mes chroniques confuses.
Cette confusion née de ce que nous n'expliquons pas avec nos conceptions sensorielles strictes, mais que nous sentons quand nous nous laissons aller au delà.

Ce passage sera encore plus brumeux que d'autres du même genre.
A moi, pourtant, cette brume, elle me va et m'enveloppe comme une ouate douce et légère.
J'ai rencontré à l'occasion de cette soirée une vieille amie à moi, perdue de vue, et dont la redécouverte m'a révélée le manque.
Cette Ariel, oui, Ariel avec el, et féminine pourtant, courageuse et brave, poussée à cette bravoure par une vieille peur instillée jusque dans sa moelle.
Elle m'a parlé de cette peur, et de la nécessité de la débusquer, pour vivre en paix et en harmonie.
Comme je la comprends, ma grande amie retrouvée, mon Ariel el !
Un comportement de lionne hérissée, quand son aspiration profonde la porterait à rester tranquillement allongée sous les arbres de la savane...

Nous avons devisé, elle et moi, et ça nous a fait du bien, je crois.
Nous nous sommes détendues, ensemble, et avons conforté l'une chez l'autre ce besoin de baisser la garde, de lâcher prise, de faire confiance au sort et à nos intuitions profondes.

Une vraie bonne soirée !

vendredi 2 décembre 2016

UNE ÉTRANGE NUIT


Bonjour à tous !

Je reviens ici sur cette nuit de lundi à mardi.

Je vous ai dit un peu plus haut comment, ces derniers jours, mon vénérable père, affaibli par un gros rhume, se retirait dans sa tanière d'Agorreta.
Cet homme a toujours la même attitude face à la maladie.
Il ne déclare son malaise et ses douleurs que quand ils deviennent impossible à ignorer.
Je lui ai vu un pouce jaune violacé, enflé au point d'éclater, sur une épine fichée près de l'ongle qu'on aurait très facilement pu extraire bien avant.
Il a supporté des séances de kinésithérapie pendant des mois, sur une cheville rongée par la tuberculose. Se plaignant seulement  que ça ne lui faisait pas "tant de bien que ça "... Tu m'étonnes !
Il s'est couché un soir après la traite des vaches, laissant juste les bidons par terre, au lieu de les suspendre à leur emplacement. Oh, il n'était pas si mal, non... Son cœur était juste sur le point  d'exploser...

Voici le genre de l'homme.
Dernièrement, je vous ai raconté qu'il a eu l'occasion de voir sa dernière heure arrivée plus d'une fois.
Autant il ne se plaint pas facilement, autant il s'alarme vite.
Il est persuadé à chaque alerte d'être atteint d'un cancer quelconque. Je crois bien qu'il les a tous eus, à un moment ou un autre de ces quarante dernières années !
Le fatalisme le gagne vite, comme la marée montante investit la plage plane.

- Oh, dit-il, je sais bien, va... en haussant les sourcils et les épaules d'un mouvement résigné, mais toujours dirigé vers le haut. Un élan spirituel, en quelque sorte.

Ce premier cap de désespérance passé, il se montre par contre vaillant combattant, et adhère avec enthousiasme à toutes les mesures propres à le sortir de ce si mauvais pas.
Mon père est un malade actif, et plein de bonne volonté.

La nuit de lundi à mardi faisait suite à une série de plusieurs nuits tracassées, entre douleurs et angoisses.
Une sale toux l'empêchait de respirer à son aise. Il ne faisait pas le plein d'air.
Sans être membre active du corps médical, j'ai quand même la prétention depuis ces trente-cinq dernières années, d'avoir acquis quelques bases et connaissances non négligeables.
Je sais qu'il convient avec les gens de grand âge de ne pas s'affoler outre-mesure, d'entretenir une atmosphère calme et sereine, et de soulager les maux sans se montrer plus interventionniste qu'il ne le faut.
Un peu comme avec les bêtes, tiens !

J'ai appliqué, cette fois encore.
Cure intensive de lait chaud parfumé au miel d'acacia,  repos, compagnie rapprochée et lutte intensive contre les pensées négatives.
Des plages de sommeil brèves, en position presque assise, entrecoupées de conversations et bavardages autour d'un breuvage fumant gentiment.
Lui assis sur le lit, moi installée sur la chaise percée, ma foi tout à fait confortable, nous avons devisé, aimablement, de choses et d'autres.
La "voix" du système de télésurveillance sollicité inopinément par un réflexe d'appel, quand j'étais pourtant à portée de voix moi-même, nous faisait un contrepoint amusant, venu du monde extérieur.
Mon père s'étonnait de cette intervention étrange dans le silence de la ferme. Il pensait presque que c'était Saint-Pierre qui le hélait, depuis les portes du paradis !

Mardi, au mitant de nuit, autour des trois heures du matin, mon père manifesta une douleur inhabituelle, dans le ventre.
Il me montrait un point quelque part vers le foie, se tenant les côtés en grimaçant.
Sa respiration se fit oppressée, il ne trouvait plus son souffle.
Je tentai d'apaiser son angoisse, le fit s'asseoir, l'aidait à se lever.
Il chancelait, manqua tomber, et se pliait en deux comme sous le coup d'une lame de poignard planté dans le ventre.
Je sentais que quelque chose clochait. Je ne supportai pas l'idée de le laisser ainsi s'étouffer et souffrir.
Je pensai la dernière heure de mon pauvre père arrivée. Il le pensait aussi.
J'ai accompagné l'agonie de ma mère. J'ai trouvé le moment bien pénible, évidemment.
Dans l'idée de soulager au mieux cette souffrance insupportable, j'appelai à l'aide.

Très vite, une ambulance arriva dans la cour de la ferme.
Un infirmier jeune et doux prit les premières mesures. Une ou autre constante un peu vitale semblait poser problème. Il fallait attendre, avant de transporter mon père à la polyclinique.
Le moment était critique.
La douleur semblait avoir reflué. Nous étions dans la chambrette paisible, plutôt calmes. Nous parlions bas.
J'étais reconnaissante de ce répit accordé. Rassurée de voir mon père se détendre, moins douloureux et respirant mieux.
Je me disais que le moment était sans doute venu pour mon père de mourir. Que cela se passait plutôt bien. J'étais dans un état étrange, détachée et pourtant pleinement consciente de cette réalité là.
Je ne sais plus quel taux dans le sang bascula à un moment dans le bon sens.
On pouvait maintenant transporter mon père.
Les deux hommes le placèrent sur la civière étroite roulée près de son lit.
Son bras droit pendait en dehors.
Voulant le lui glisser sous la couverture,  je tendis ma main vers lui.

Et là, mon père, ne comprenant pas le sens de mon geste, mais sentant la solennité du moment, me tendit la main à son tour, pour me la serrer en adieu !

 - Adio ! me dit-il très urbainement, comme on quitte un ami à la fin d'une conversation banale.

Ma foi, c'était sobre. Pas de crises de larmes, d'étreintes désespérées. Non, non, non...

Adio, sur une poignée de mains !

Je ne pus retenir un sourire, et lui fit remarquer que cet "adio", il me l'avait dit plusieurs fois, déjà...

Nous installâmes mon père dans l'ambulance.
J'allais suivre après.
Je devais soigner les bêtes.
Imaginez, vous pensez votre père mourant, mais bon, il faut donner à manger aux vaches, faire téter la velle...
C'est ainsi, par chez nous !

Je m'acquittais de mes tâches méthodiquement, m'étonnant à peine de me sentir si froide.
Je ne suis tout de même pas complètement insensible, me disais-je. Je devrais être émue, au moins, bouleversée, même. 
Mon père est vieux, certes. Depuis ces dernières années, nous avons eu plusieurs alertes très sérieuses. Nous nous sommes préparés plusieurs fois pour sa mort annoncée. Tout de même !
De son temps, ma mère déjà m'avait fait nettoyer la parure mortuaire plusieurs fois. Au point que je lui prédisais que nous allions l'user avant d'avoir à l'utiliser...
Vaquer ainsi, comme si de rien n'était, à un moment aussi particulier me semblait anormal.
Pourtant, je faisais comme je le sentais. Je suis construite de cette façon. Je suis telle que l'on m'a faite, aussi.

Au tout petit matin, à la polyclinique, je retrouvais mon père couché dans un lit, plus du tout souffrant, et se demandant pourquoi il était là.
Les ambulanciers s'étaient arrêtés chez le cousinou, dans la nuit.
Il n'y a pas trop de numéro de rue et d'indication précise pour arriver à Agorreta.
La famille était alertée, et sans doute persuadée elle aussi de la fin prochaine du patriarche d'Agorreta.
Je fis le tour informatif avec les éléments dont je disposais, et la perplexité attenante.

Pour le soir, je ramenai mon père à la ferme.
La douleur vive qui l'avait suffoqué prenait racine dans deux ou trois jolis calculs biliaires.
Comme s'il avait besoin de ça, en plus du reste, le pauvre homme !
Ce n'était donc pas encore pour cette fois-ci...
Décidément, mon père et la mort s'amusent et se taquinent.
De tragédie, cette mort, plutôt bonne fille, finalement, se fait farce.

Pour nous, nous apprenons à nos dépens la sagesse d'une fatalité imposée.
Ce n'est pas toujours très confortable à vivre, ni facile à suivre. 
Il faut se laisser porter, sans résistance ni révolte. Un coup à prendre !

De son séjour à la polyclinique, mon père a fait une petite aventure.
Il nous raconte comment des pompiers lui ont demandé de rester sur le bateau.
Comment il a cherché le couteau de ceux qui voulaient le tuer pour le cacher.
Pourquoi il faut vite ferrer la vache, et comment les foins sont coupés trop haut.

Mon père revenu des portes dernières a sublimé sa peur en en faisant des contes imaginés, et pourtant ancrés dans son histoire.
Il a dépassé les limites du temps et de l'espace, s'est presque décroché de ses ancrages.

Petit à petit, il est revenu, à lui et à nous.
De son séjour dans le presque au-delà, il a ramené un sourire encore plus apaisé, entre deux regards mauvais parfois, aussi.
Il a retrouvé un sommeil de bébé, et en a gardé quelques gestes, dans cette façon d'attraper le bord du drap, du bout des doigts, en le triturant doucement.

Il a retrouvé les deux rives de nos vies rassemblées.
Là, il prend le bon soleil, entre ses deux chiens à caresser.

Une alerte de plus, et, encore une fois, un pied-de-nez comme après une bonne farce !