vendredi 19 août 2016

TOUT EST PARDONNE ?



Bonjour à tous !






Ce matin,  au moment où le soleil se lève, de flamboyantes nuées roses allongent leur splendeur.
Elles annoncent les turbulences à venir, et préviennent de la fragilité d'une pureté cristalline.
Elle est bien agréable, pourtant, cette pureté, et tellement légère, dans le petit matin frais.
La lune ronde s'apprête, elle, au coucher, imperturbable derrière les feuillages sombres des carolins à peine tirés de la nuit.

Nous les connaissons, les changements d'un ciel vivant. Nous n'ignorons pas les alternances de limpidité et de noirceur. 
Alors, moi, je prends le parti de m'emplir l'âme de cette légèreté bienfaisante, aussi longtemps qu'elle se présente. 
De me préserver des orages, puisqu'ils adviennent, ceux-là aussi, et participent à l'harmonie du tout.

C'est tellement plus agréable de regarder au loin la Rhune-mère tranquille. De ne pas se laisser polluer ce plaisir simple et essentiel par ce vilain tas de fumier en premier plan. 


Il nous le faut aussi, ce fumier. Il nourrira la terre en se décomposant sainement. Sa noirceur et cette puanteur du moment deviendront promesse de richesse, plus tard...






La baie s'illumine. Elle tend le flanc paisible du long Jaïzkibel  pour nous protéger des assauts de l'océan puissant et parfois colérique, là derrière.








Un matin calme et serein.
Deux hommes bavardent sur le chemin.
Ca ressemble à un monde parfait.

Et ce pourrait l'être...






Mon joli liseron bleu fraîchement poussé s'accroche.  Il enroule ses lianes encore fragiles autour de l'arceau protecteur que j'ai tendu sur  lui.





Il est bien fragile, encore, ce liseron.  Vulnérable et délicat. Et pourtant, déjà, il fleurit.
Beaucoup de dangers le menacent. Un qui ne le verrait pas, si petit qu'il est, aurait vite fait de lui couper la tête. La mauvaise herbe autour rampe et envie cet espace clair et dégagé.
Il faut le préserver, le couver, et l'accompagner.
J'y veille, je vous l'ai dit.







Mes quelques vaches, elles, profitent pleinement de leur villégiature. Elles s'y sentent parfaitement bien, maintenant, et j'ai grand plaisir à les y regarder :

- Alors ? me disent-elles, te sens-tu bien, comme nous mêmes ? Vois comme il est simple de se satisfaire. Nous avons suffisamment de nourriture, nous vivons en bonne entente, et nous avons cette chance et cette joie immenses de voir grandir notre belle petite Agatte.  Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, tu ne trouves pas ?

Oui,... oui, oui, je trouve ! Et qui que ce soit d'un peu sensé trouverait aussi...

Je me sens apaisée maintenant. Lavée de ces turbulences printanières.
Le monde n'est pas parfait, je le sais. Ma sérénité retrouvée est fragile, comme mon liseron bleu.
Je suis bien décidée à protéger ce bienfait précieux.

Je n'ignore pas les nuées sombres et les turpitudes méchantes. J'en suis bien capable, moi la première.
La méchanceté, c'est une souffrance qui mord. 
Comme l'ironie, c'est du mauvais humour douloureusement raidi. De cette raideur dont j'essaie de me débarrasser, comme la sale bête qu'elle est.

J'ai entendu dernièrement autour de la table familiale, l'évocation de l'avocat d'un de ces terroristes dernièrement arrêté. 
Vous savez, ce terrorisme qui nous tombe dessus comme une injustice effroyable. La mort semée sans rime ni raison, fauchant des enfants innocents et semant l'horreur et la terreur.
Le triste outil de mort de cette violence aveugle dont nous pouvons tous être les victimes innocentes un jour, survivants ou morts. 
Cet avocat expliquait paraît-il qu'il défendait non pas l'acte, évidemment indéfendable, mais l'homme derrière cet acte. Il cherchait à comprendre les raisons qui rendent un homme, fou furieux semeur de mort.
Je me demande si cet avocat était animé de pure philanthropie; ou alors si les gages avancés par d'occultes organisations derrière ces pauvres fous manipulés le rendaient curieux de la nature humaine.
Un reste de méfiance me revient, tiens. Parce-que même si je m'astreins à devenir confiante, je ne voudrais pas virer tout à fait béate !
C'est un joli marché bien monnayé, cette affaire de manipulation de nos peurs et de nos démons. D'habiles robes noires l'ont compris depuis longtemps, au détriment des pauvres bougres qui les paient. Quand ils ne sont pas, payeurs et payés, sombres complices d'une sarabande diabolique où ils se feront sans doute un jour emporter...

Cette mort qui nous frappe ou nous frappera tous, un jour. 
Quand elle survient au bout d'un long chemin de vie, nous l'admettons, avec la grande peur du vide, bien-sûr, mais comme une fatalité presque admissible.
Quand elle fauche de jeunes gens, comme elle a fauché mes oncles adolescents, ou d'autres, ici comme ailleurs, quand elle reprend la vie qu'elle a à peine consenti, cette même mort devient intolérable et insupportable, bien-sûr.
Elle marque et blesse, bien au delà de ceux là qu'elle happe.

Elle inflige de ces blessures boursouflées en hargne et en défiance maladive.

La mort injuste n'est pas seule chienne enragée. Elle entraîne derrière elle une meute aux dents pointues et empoisonnées.
Ces démons dont je vous parle. Ces démons qui nous agitent et nous égarent. Ces démons mauvais qui manient avec adresse tous les leviers de nos sensibilités vulnérables : la peur, l'envie, l'orgueil, la colère et d'autres sales bêtes du même acabit.

Il faut du temps pour démêler le bon grain de l'ivraie. Du temps pour reconnaître ses propres peurs et les apaiser. Cerner ses démons et leur couper les canines.
J'y ai mis plus de cinquante années. Et je suis bien sûre de ne pas être à l'abri de nouvelles morsures. Parce-qu'on ne l'est jamais tout à fait, dans une vie.

Les démons se tiennent toujours prêts à vous fondre dessus. Il en faut bien peu pour rallumer ces vilaines braises rougeoyantes.

J'ai entendu parler, comme vous, sans doute, d'un homme capable de pardonner à ceux qui le mettaient en croix.
Imaginez, les clous enfoncés, la chair lacérée. Les coups, les injures et les insultes.
Et cet homme, paraît-il, disait :

- Seigneur, pardonne-leur, parce-qu'ils ne savent pas ce qu'ils font...

La sublimation suprême des peurs, l'abnégation totale. Surmonter l'effroi, la douleur et la haine. Etre capable de compassion envers ceux là qui vous crucifient.
Loin de toute considération religieuse, il y a là de quoi s'interroger, non ?
Cet homme proférait donc des paroles de paix. Pourtant, son visage représenté dans nos églises est souvent marqué de souffrance vive. Parce-que c'est difficile et parfois douloureux de surpasser ses ombres. Evidemment...

Remarquez, n'est pas Christ qui veut !
Moi, à ma modeste échelle, je vais me contenter d'être moi-même, apaisée et plus douce. Sereine, si je le peux.

Mais bon, je vais avoir du mal à atteindre ces sommets, c'est sûr...

Parce-que moi, à celui qui veut me planter un clou dans la paume, si je le peux du moins, je lui arrache le marteau des mains, et lui fracasse la tête avec ! Non, mais...

Notez que des crucifixions, il s'en pratique moins, maintenant. Et n'allons pas nous en plaindre !

Quelques sales paroles, quelques grognements mauvais, je devrais pouvoir surmonter.  Comprendre, compatir et apaiser.
Histoire d'essayer de vivre en paix, comme mes quelques vaches.

A bientôt, lecteurs de ces nouvelles d'Agorreta.
Que pour vous aussi, la belle lumière baigne agréablement cette journée.


mercredi 17 août 2016

LE POULAILLER D'AGORRETA : ET FIN !



Il est grand temps de conclure notre fable et cette histoire.

Tous ces personnages colorés, sont si attachants, quand on veut bien les regarder avec cette bienveillance précieuse et fragile comme la fleur bleue d'Agorreta.

Chapon Napoléon, et Vieille poule glousse, vous en avez assez. Laissons-les maintenant de côté.




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Cet avantageux dindon ampoulé, sachons voir derrière sa posture gonflée la brave volaille de bonne volonté.
Dindon se rêvait une destinée de prétoire solennel et grandiose. Et alors, serait-il interdit de rêver ? Ses songes l'empêchent-ils de s'intéresser utilement aux histoires de basse-cour ? D'y apporter ses couleurs dorées et son plumage théâtral ?
Pas du tout ! Alors cessons de gloser, et remercions-le simplement d'avoir bien voulu s'intéresser à sa manière à notre poulailler.



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Ce faisan, exotique et droit, ne faudrait-il pas le considérer autrement qu'un visiteur intéressé ?  N'a-t-il pas apporté sa contribution à notre épopée ?
Ne pourrait-on lui accorder à lui aussi présomption d'innocence avant de le juger ?
Son plumage tranche et son histoire d'oiseau sauvage nous le rend étranger. Et bien, laissons-lui son espace et sa chance !



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Et notre discrète pintade, elle, n'a-t-elle pas, avant beaucoup d'autres, appris les vertus de la gentillesse et de la sagesse ?
Sa robe délicate et finement mouchetée n'est-elle pas l'essentiel ?
 Loin des couleurs tapageuses et des postures fières, notre douce pintade sait qu'il vaut toujours mieux rentrer la tête dans les épaules et attendre, que de se lancer bec en avant et s'y casser le nez !

Ah là, là, il est bien riche et coloré, notre poulailler d'Agorreta.
Et cinquante ans d'histoire nous contemplent, du haut de ce perchoir :





Des poussins, il en est venus d'autres, depuis.
Pour conclure, faisons le pari d'une prochaine photo de famille, à un demi-siècle et quelques passions d'intervalle...


Je remercie les personnages de ma fable pour leur participation et leur renouvelle toute ma sincère et indéfectible affection.

LE POULAILLER D'AGORRETA : SUITE...




Bonjour et bienvenus !








Il va falloir nous contenter de la brève averse du 15 Août au soir.
Toujours pas de pluie pour le moment. Les feuilles d'acacias tombent.  Celles des maïs commencent à jaunir par le bas.
Hahh, ce mois d'Août sera bien aride !

Un peu de pluie nous viendra sans doute, bientôt. Espérons-le.
Déjà, les nuées atténuent les ardeurs brûlantes d'un soleil autoritaire. L'ambiance est bien plus paisible. Un soulagement, déjà.

Retournons après ces classiques considérations météorologiques, à notre poulailler d'Agorreta.





Nous avons dressé des portraits aiguisés de nos premiers personnages.
L'ardeur piquante du bel astre solaire devait acérer mes perceptions.

Maintenant, je me sens moins agressive, Dieu merci, à la faveur de cet automne approchant.
Et aussi de mes fines observations, rassemblées vers une bien agréable conclusion.

Allez, allez, ne nous égarons pas davantage, et reprenons le cours de la basse-cour.


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Tout le temps que durèrent les luttes intestines au sein du poulailler, nos volailles s'agitèrent en désordre et grande fatigue.
Chacune y allait de son coup de bec, hérissant l'atmosphère en une spirale mauvaise.


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La vieille poule glousse et chapon Napoléon s'épuisèrent au combat. Ils se volaient dans les plumes, se tournaient autour en rougissant de la crête.  L'un et l'autre s'acharnaient, le ton montait.
Nos deux volailles outragées démêlaient mal les influences contraires qui les agitaient.
De douces lueurs baignaient par moment leurs méchantes ardeurs. Malheureusement,  les démons effrénés qui les gouvernaient tous les deux prenaient le dessus, et les lançaient à la gorge l'un de l'autre, en des combats de coqs de foire. Quand ils étaient de braves volailles de basse-cour...

Chapon Napoléon sentait en lui ce manque resurgi de sa prime jeunesse. 
Un autre tourment le pinçait douloureusement : le sentiment de la faute, une culpabilité lourde et impossible à justifier. 
Le désordre dans la basse-cour, il n'en était pas le seul coupable, ni l'unique responsable. Si la glousse et les poulets l'avaient approché avec bienveillance, s'ils avaient essayé de comprendre les turbulences qui agitaient leur aîné, Chapon attendri et soulagé n'aurait sans doute jamais disputé le grain à partager.
Il se serait libéré de ses démons et aurait retrouvé la paix.

 Chapon avait le sentiment qu'on voulait lui faire porter tout seul le poids de ce trouble dans le poulailler. Et l'attitude de la glousse et des poulets ne faisait rien pour l'apaiser.
De leur côté, ceux-là avaient souffert de la suprématie de leur aîné. Ils en avaient assez de s'écarter devant lui, quand, de son temps, leur mère poule le leur intimait. 
Vous savez, cette mère poule elle même culpabilisée par son deuxième poussin disparu. 
Tout ceci remonte à si loin dans l'histoire de notre poulailler... Comme bien souvent ce terreau fertile où s'ébattent nos petits démons intimes !

D'ailleurs, d'où pouvait bien venir à Chapon cette idée de faute saugrenue et sans fondement ?

De l'attitude de nos belles volailles, évidemment. De cette facilité chez la poule de faire porter à d'autres une charge gênante à partager. La diablesse !

Mais aussi, je le crois, de plus loin, bien plus loin encore. D'une genèse bien enfouie mais grouillante encore de douleur et de passion.
Souvenez-vous, ce deuxième œuf clairet et son poussin mort presque sitôt né.
Mère poule anéantie reporte sur son premier son amour orphelin, mais aussi cette peine et ce poids d'une faute imaginée.
Le futur Chapon croule sous cet amour exclusif, et s'imprègne de cette culpabilité si lourde à porter.
Elle le marque au fer rouge d'une blessure profonde et vive. Impossible à cicatriser si l'on ne rouvre pas les chairs qui la cachent maintenant.
Après tout, pourquoi les fouailler encore, ces chairs ?  Pourquoi ne pas renoncer à remuer toutes ces profondeurs troubles, et alléger simplement la mémoire de notre poussinnet trop encombrée ? 
Le soulager de ce sentiment de faute ? Quand bien-sûr, de faute, il n'y en a pas, puisque le sort mauvais s'amuse parfois à distribuer la mort autour de nous, survivants et pourtant victimes aussi ... Nous n'y sommes pour rien, et pourtant nous en portons tous la souffrance.

La poule glousse devinait tout ceci. Peut-être se trompait-elle. Elle était poule, et non, artisan d'âmes.

Cherchant auprès de la vieille poule placide confirmation de ses théories hasardeuses, elle n'obtint qu’œil rond et haussement d'ailes :



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- Allons la glousse, lui conseilla-t-il, range-moi ces bêtises et va t'arrondir sur tes œufs tièdes !




La glousse obtempéra, rangea ses conclusions, et reprit sa tâche.
L'aventure l'avait bien assouplie. Son cou détendu amollissait sa fibre et la rendait presque tendre...
Une jolie fleur bleue lui poussait dans la tête.





Une jolie fleur bleue qu'elle se décida à veiller avec toute l'énergie qu'elle avait mis à protéger les œufs, maintenant tirés d'affaire. 

Vieille poule placide la félicita de cette sagesse enfin gagnée :

- Tu es en chemin, ma fille, lui dit-elle, ne t'en détourne plus !






Parce-que confiance et bienveillance encouragées
Ramèneront toujours paix et sérénité dans les poulaillers les plus agités.

vendredi 12 août 2016

LE POULAILLER D'AGORRETA : LA VIEILLE GLOUSSE



Bonjour à tous !

Après notre chapon Napoléon, voyons un deuxième personnage de notre fable : la vieille poule glousse :




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Celle-ci n'est pas mal non plus, dans son genre.
Voyez son œil perçant  et sa crête vite en alerte...


Notre poule glousse couve ses œufs jalousement. Elle se sent importante de toute promesse à elle confiée. Pour le coup, elle en a fait son oeuvre, son combat !
Elle doit couver ses œufs,  les mener à bien éclore, c'est son rôle et son sacerdoce.

Notre poule glousse prend sa fonction très au sérieux. Elle a un sens du devoir aiguisé par la haute idée qu'elle se fait d'elle même. Elle ne doit pas faillir. Sa fonction la justifie. 
Elle s'enferme toute seule dans ce carcan rigide. Elle s'y contraint et ne dévie pas.

Le reste de la valetaille poulaillère la laisse faire. Si tel est son bon plaisir, puisqu'elle paraît si bien s'en trouver, ma foi, qu'elle s'en charge, n'est-ce pas ?

Vieille poule glousse est devenue intransigeante, avec les années, et tous ces œufs à couver.
Tenir tout ce temps cette même posture lui a raidi quelque peu l'échine, et acéré le bec. 
Elle est vite sur la défensive, et défend plus qu'on ne l'attaque. La rondeur et la tiédeur des œufs qu'elle couve auraient pu l'attendrir. Parfois d'ailleurs, elle rabat sa crête et adoucit son œil vif. Pas assez souvent, ni bien longtemps.

Le temps a passé et notre vieille poule glousse a enfoui la rondeur et la douceur derrière sa crête vite hérissée. Son cou aux plumes ternies s'est raidi, encore et encore.
Il en est devenu douloureux.

Vieille poule glousse aima beaucoup chapon Napoléon, pendant longtemps. Elle est apparue dans le poulailler trop tard pour le couver. Mais elle a si fort en elle ancré l'usage de prendre sous son aile, qu'elle l'a lui aussi materné comme les jeunes poulets, aux moments où il s'y prêtait.

Quand chapon Napoléon s'est senti rattrapé par ses vieux démons,  il a renvoyé la vieille poule glousse dans ses quartiers. Qu'elle lui laisse champ libre et grain à volonté, cette vieille poule qui se prendrait volontiers pour coq ! Non, mais...

Vous vous doutez bien que notre vieille poule glousse coquelée n'a pas voulu s'en laisser si facilement conter : elle s'est rebellée, s'est raidie encore davantage. 
Elle a manifesté sa colère en hérissant toutes les plumes de son cou raidi, en une fraise ridicule et fastidieuse.
Une vraie vieille poule glousse, mauvaise et agressive !



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La basse-cour en son ensemble frémit des pugilats entre chapon Napoléon et la vieille poule glousse. L'insouciance perdue du poulailler valdinguait dans des contrées oubliées. 
Les jeunes poulets n'aimaient pas chapon Napoléon devenu insatiable. Ils en avaient assez de voir leurs graines convoitées. Eux, ils voulaient vivre en paix, contents et insouciants.
Pas se faire voler dans les plumes et ramasser des coups de becs perdus !

Vieille poule glousse se fatigua de disputer son autorité à chapon Napoléon. 
Elle rameuta assez de forces pour mettre ses derniers œufs à l'abri  des colères du chapon.
Les poulets alarmés de la sentir malmenée l'aidèrent.

A eux tous, ils vinrent à bout des démons du chapon, libérés dans le poulailler. Ils les cernèrent et les empêchèrent de tout dévaster dans la basse-cour.
Malheureusement, ils ne purent les faire taire tout à fait, et durent se contenter de les avoir muselés pour un temps.

Le temps pour la vieille poule glousse fatiguée de prendre du repos. De se refaire une plume lisse et de détendre son cou trop raidi.

Un peu d'insouciance revint égayer notre poulailler.
Les poulets reprirent leurs jeux. Vieille poule glousse se laissa attendrir par la jolie rondeur de ses œufs.
Chapon Napoléon boudait dans son coin. 


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La poule placide, elle, arbitra de loin ces simulacres de combats qu'elle savait bien vains.
La vie du poulailler reprit un cour mieux apaisé. 
La seule ombre venait de ce triste chapon isolé et renfrogné.
Qui sait, les démons retournés dans la lampe s'y laisseront peut-être endormir à jamais ? 
On peut toujours l'espérer...



Parce-que sottes  luttes et batailles enragées pour du grain à partager,
jamais ne feront vie belle et joyeuse dans un poulailler.

mercredi 10 août 2016

LE POULAILLER D'AGORRETA : CHAPON NAPOLEON



Bonjour, amis des nouvelles d'Agorreta.

Ce début d'Août est un enchantement, avec ces journées pures et légères de la brise venue du soleil levant.
Un peu sec, évidemment, mais ne sommes-nous pas en Août, Agorrilla en basque, de la même racine qu'Agorreta : aridité et sécheresse...

Voyons du côté de notre poulailler, le premier personnage de la fable.
Par ordre de préférence, peut-être, ou par rang d'aînesse, je ne sais...




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Notre chapon Napoléon. N'est-il pas fier et avantageux, en sa posture assurée ?
Oui, fier, assurément, il l'est.

Chapon Napoléon est le premier arrivé d'une nombreuse couvée au poulailler.



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Toutes ces jolies volailles maintenant mâtures ont été d'innocents poussins à peine sortis de l’œuf fraîchement couvé.
De petits poussins dorés et dodus, nés les uns après les autres, et élevés en grande fraternité dans notre poulailler.

Chapon Napoléon a ceci de particulier : durant les premiers temps de sa prime jeunesse, il a connu le sentiment grisant d'être le seul, l'unique, le vrai de la couvée.
Premier-né des poussins à venir, il a eu cette vision d'un monde à lui dédié, d'un destin suprême et exclusif.
Le deuxième œuf,  sans doute clairet, avorta d'un pauvre poussinet vite retourné dans les limbes d'où il venait à peine de sortir.

Chapon Napoléon, alors tout jeune poulet à peine plumé, avait juste eu le temps de percevoir l'attention, jusque là à lui toute entière dédiée par sa mère poule, détournée.

Ce léger retrait leva en lui une angoisse bien ancrée.  Cette sournoise battit en retraite quand le danger fût écarté, mais se tint tapie dans un recoin reculé de la cervelle de notre poulet en herbe.
Mère-poule légitimement éplorée de la perte de son deuxième-né rameuta tout son capital affectif sur son aîné survivant.
Celui-ci s'emplumait richement, et la poule se remit à le couver attentivement. Sans doute pensait-elle avoir manqué de vigilance avec son poussinet défunt, et voulût-elle se racheter de cette faute imaginée en redoublant d'adoration pour le premier.
Le futur chapon recueillit cette attention comme un dû, et prospéra dans la douce chaleur dispensée pour lui seul.

Quelques temps passèrent.
Mère-poule couva d'autres œufs encore, quand sa blessure se laissa apaiser.
D'autres poussins advinrent dans le poulailler.
Le premier poulet vit arriver tout ce petit monde d'un œil partagé. Les petites volailles allaient de nouveau lui prendre l'amour de sa mère. Son angoisse tapie redressait la tête. 
Tout de même, ces petits poussins vulnérables lui constituaient une sorte de cour dans la basse-cour. Notre chapon appréciait ces allégeances, et sa suprématie trouvait là bonne terre de culture.

D'autres temps encore passèrent.
Je ne sais pas à quel moment on décida de castrer chapon Napoléon. Lui-même ne s'en rendit pas compte. Mais le résultat est bien là.

Chapon Napoléon est une volaille au poitrail fort gonflé. Sa crête est épaisse et cramoisie. 
Chapon Napoléon ne comprend pas tout ce qui s'est passé. Il sent juste un manque, une faim, de ce grain qu'il lui a fallu partager quand d'autres sont arrivés.

Son appétit est maintenant insatiable. Dans ses vieux jours, ces démons de sa petite enfance sont remontés à la surface. Ils l'ont submergé.
Chapon Napoléon ne sait comment calmer sa peur. Cette peur de voir lui échapper le grain qui nourrit, ce grain-là qui rassasie. Lui, rassasié, il ne l'est jamais. Il vit sa peur en amassant du grain qu'il cache et veille jalousement.
Il plastronne du jabot et hérisse sa crête. Le petit plumet de son postérieur vulnérable pleure cette hampe généreuse dont il se sent orphelin.
Chapon Napoléon se rêve empereur et quémande son empire imaginaire comme on rêve d'un idéal envoûtant.


Notre chapon visionnaire assiste à la distribution du matin en gobant vite vite sa ration, quitte à s'en étouffer. Sitôt son grain empilé dans son gésier déjà plein à craquer, il essaie d'en chaparder d'autre aux poulets. 

Il est loin le temps où chapon Napoléon s'amusait de ces jeunes volailles distrayantes. Pour lui maintenant, elles matérialisent une menace. Ces grains qu'elles becquettent, il en sent le besoin oppressant pour lui.

Chapon Napoléon est devenu une enzyme glouton à plumes.

Pourtant, Chapon Napoléon n'est pas seulement ce vorace insatiable. Il n'est pas seulement ce fou furieux qui compte et recompte ses grains et ceux des autres. 
"J'en ai eu tant. Celui-ci, on lui en donne tant, et cet autre là, deux de plus. Ils doivent m'en rendre !". 
Il additionne, multiplie, divise. Ses calculs l'obnubilent. Les chiffres dansent sous sa crête une sarabande endiablée. Il cherche, se perd, recommence.

Il nourrit ses peurs et cultive la rancœur.

Quand il savait si bien rire et faire rire. 
Quand tous les poulets autour de lui seraient tout prêts à apaiser ses craintes et recommencer leurs jeux de volailles insouciantes...

Allez, allez, ne désespérons pas de Chapon Napoléon. 
Il a survécu à la castration. Gageons qu'il surmonte aussi ses vieux démons...

Les volailles sont ainsi : elles s'alarment et caquètent  vite. Elles montent sur leurs ergots, quand elles en ont.
Mais, au final,  elles n'ont pas mauvais fond, quand elles savent revenir à la juste raison.

Souhaitons à Chapon Napoléon de retrouver le goût du rire et la sagesse de mieux apprécier ce grain dont il ne manquera pas...

Parce-que  bon grain bien partagé nourrit la satisfaction du juste autant que l'envie du tourmenté.










lundi 8 août 2016

LE POULAILLER D'AGORRETA : LES PERSONNAGES







Bonjour à tous !


J'entame aujourd'hui le premier récit de la petite fable du poulailler d'Agorreta.
Une transposition décalée, histoire de mettre la bonne distance, et garder de l'épisode le plus savoureux d'un enseignement bénéfique.


Je vous présente tout d'abord les principaux personnages de ma fable :




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Nous avons cette poule glousse, couvant jalousement ses œufs,  vite inquiète et prête à se défendre.
Une volaille courageuse et vigilante, un peu trop investie de son rôle de couveuse. Au point d'en perdre le sens d'une mesure salutaire, et de s'emballer outrageusement, parfois...
Une poule un peu vieillissante, audacieuse encore, mais rattrapée  par la fatigue de son âge et les limites de sa condition !





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Nous avons tout près Chapon Napoléon.
Un simili-coq, castré dans sa jeunesse, le poitrail avantageux et la crête de son idéal. 
Une belle volaille, de bon poids et bien emplumé.
Il a gardé de sa prime jeunesse, du temps où l'avenir de coq à la suprématie incontestée lui était encore possible, un idéal de pouvoir et de grandeur.
S'il en avait conservé les ergots, il serait peut-être devenu mauvais et tyrannique avec le reste de la basse-cour.
Dieu merci, avec sa queue sans panache, il reste jovial et sympathique, quand son délire ne le malmène pas.
Il rêve alors d'un empire vaste et sans limites, ou presque, s'étendant de la lointaine septentrion au couchant glorieux. Tel César de Rome, il imagine son domaine aux sept collines...
Sa crête avantageuse en rougit, mais sa queue atrophiée n'en pousse pas pour autant !



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Chapon Napoléon a pris pour ami le glougloutant dindon.
Séduit par sa posture fière et ce plumage avantageux,  il en a fait son conseil de prédilection.
Glougloutant Dindon adore cette fonction. 
Lui, il se voyait bien grand avocat auprès d'une haute cour de justice. Il pavoise volontiers et exhibe avec orgueil un semblant de parure de ce qu'il aurait tant aimé être.
Qu'il ne sera jamais, restant, malgré ses hautes aspirations, le dindon ridicule et empoté de basse-cour qu'il est...



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Toujours dans les parages, la pintade fouineuse et timorée.
Celle-ci ne se montre pas trop, préférant rester cachée dans les endroits moins éclairés.
Elle est poltronne et vite apeurée. Sa robe de vieille femme mouchetée lui garantit de ne pas vivre trop exposée. Elle reste à l'abri, rentre volontiers la tête dans les épaules en fléchissant ses pattes noires.
Si elle se sent en danger, elle se met à jacasser à en assourdir Chapon et toute la basse-cour.
Son cri est si perçant qu'elle en couvre tous les chants d'oiseaux.
Pintade fouineuse est une volaille grise à la chair sèche. 
Le mieux, c'est encore de la laisser à l'écart où elle se met,  dans l'ombre où elle se complaît.




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De son lointain historique de volaille sauvage, pintade timorée a été chercher pour compagnie un faisan de passage.
Celui-ci, attiré par le grain distribué en abondance, s'est approché, et a choisi d'abandonner sa liberté pour s'installer à son aise dans le poulailler.
Il était fatigué d'avoir à courir dans les herbes hautes pour chercher une bien maigre pitance.
La vie sauvage l'avait suffisamment malmené. Il préférait maintenant s'assagir, quitte à se contenter de l'ombre grise de cette pintade vite apeurée.
Au moins, se disait-il, cette triste volaille, je n'aurai aucun mal à la mener par le bout du bec.
Sacré faisan fatigué,  ne présumait-il pas de sa prestance ?
Nous le saurons bien, un jour...
Cette petite pintade, nous l'aimons bien, tout de même, et ne voudrions pas la voir trop fort ébouriffée...



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Dans le poulailler d'Agorreta, il y avait aussi de tranquilles et beaux poulets.
Ceux-là ambitionnaient juste de vivre en paix.
Ils se disputaient un peu, parfois, mais en restaient là, préférant s'accommoder de la bonne compagnie et couler des jours heureux.
De tous les personnages de notre poulailler, c'étaient encore les plus sages...




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L'ancêtre de ce poulailler, la vieille poule placide, regardait les volailles s'agiter autour d'elle.
Son grand âge l'avait rendue savante. Elle savait, elle,  les querelles inutiles et les aspirations vaines.
Elle se tenait là, sans s'écarter ni se mêler de trop près. Elle évitait de prendre les coups quand les volailles les plus belliqueuses se laissaient emporter par leurs passions.
La vieille poule placide avait gagné le droit de couler des jours paisibles et sereins.
Elle s'amusait un peu de voir ce petit théâtre autour d'elle.

Et, aux heures douces, sortait seule prendre le soleil.




La vie suivait son train, dans le poulailler d'Agorreta...

A une prochaine fois, autour de nos volailles colorées !




mercredi 3 août 2016

BEL ETE



Bonjour à tous les fidèles et occasionnels lecteurs des nouvelles d'Agorreta !






Je vous retrouve avec joie après cette interruption salutaire.
J'ai pris du repos, et retrouvé de l'énergie. Ca fait du bien !

J'ai comme prévu essayé de retirer les enseignements bénéfiques de tous ces mois passés.
En filigrane de ce "bloc",  il y a eu toute une histoire familiale.
A Agorreta, comme partout où vivent des gens, il y a des passions, des émotions, des joies et des déceptions.
Dans ce magma riche et bouillonnant, dans ce terreau de culture complexe et difficile à lire parfois, je pense avoir trouvé des informations importantes pour moi.
Je pense surtout avoir trouvé une trajectoire un peu bousculée parfois, mais toujours dirigée vers cet objectif pointé depuis le début : la recherche de la sérénité.
Je ne suis ni très ambitieuse ni spécialement acharnée, mais je veux vivre paisiblement, et, si possible, en joie.
Cette joie retrouvée, je la savoure d'autant mieux que je l'ai sentie s'éloigner.

Tout ceci est derrière nous, maintenant, et je reprends la course de ce temps sans grand relief et pourtant en marche.
Chaque jour qui passe nous change, et chaque heure nous travaille. On peut croire au pur hasard ou chercher un sens, selon ses aspirations et ses besoins. Mais tout change, et nous avec, même si en apparence, les paysages et les saisons se ressemblent, quand on les voit sans s'en éloigner jamais.

Cette évolution à bas-bruit demande une observation attentive.
J'aime les observations attentives, vous le savez, et les investigations patientes.

J'ai regardé en moi et autour de moi. J'ai cru deviner les ruses et les masques de nos personnalités compliquées. J'en ai senti la douce chaleur, aussi.
Si je me suis trompée dans mes interprétations, qu'à cela ne tienne, je recommencerai à mieux chercher !

Pour aujourd'hui, pour cette reprise de contact, je vous montre simplement ce quotidien à un peu de distance de mes dernières images.
Cette distance nécessaire parfois à bien évaluer les mouvements diffus et silencieux.
Ceux-là qui nous animent sans trop se faire remarquer. Ceux-là qui nous parlent le mieux de nous et des autres...






Comme l'année dernière, comme celles d'avant encore, et, je l'espère, beaucoup d'autres après, mes petites cultures vont leur train.








Nous avons eu frais jusqu'en mi-juillet, puis très chaud, pour le coup, sur les lundi et mardi 18 et 19, souvenez-vous.
Depuis, peu d'eau. Une bonne averse samedi soir, un peu de rosée ces dernières nuits.
Le choux-navet épanouit ses tendres feuilles. La betterave n'a pas encore formé sa tête. Le navet du pays, lui, émerge à peine.
Je suis, comme toujours, soumise à la nature, mais confiante aussi, en elle.







Je n'ai pas repéré cette année de courges phénoménales, comme les saisons précédentes.  Les graines ont peut-être perdu leur ressource.  Et puis quoi, un phénomène renouvelé chaque année, ça n'est plus un phénomène, n'est-ce pas ?







Mon petit élevage prospère. Mes vaches profitent des commodités de leur étable d'été, aux heures chaudes, et sortent paître au pré, entre deux pauses au frais.
Galzerdi et Rubita sont devenues de jolies génisses, toujours complices.
Agatte a maintenant trois mois. Elle ne manque de rien, et ne finit pas encore tout a fait de vider le pis de sa mère. Ma malicieuse et enjouée Bigoudi, en grande forme elle aussi.

Tous ces petits quotidiens ne me tiennent pas tant que l'envie de retrouver ce petit clavier ne me titille.
L'envie m'est venue de vous conter une petite fable, inspirée de ces turbulences récentes, à Agorreta.
Mon idée n'est pas de vous étaler nos petites affaires, ni plus ni moins intéressantes que d'autres.
Juste de tirer de ce passage quelques traits colorés.
J'intitulerai ce volet "Le poulailler d'Agorreta".



A Agorreta, sous le large figuier, nous avons une poule, dans le poulailler. Une poule placide et sage. Vieille déjà, et pourtant toujours en forme.







Comme le maître de maison, tranquille, lui aussi,  et serein.  Il veille le plant de liseron bleu émergé derrière lui.







Vous vous souvenez de mon fragile volubilis de l'an dernier ?
Celui que j'avais planté pour prendre le relais de la vieille vigne vierge fatiguée ?

Il a repoussé juste là, quand je le croyais perdu.

Humble mais tenace, il sait attendre et ne pas gaspiller ses chances. 
Il sait respecter l'ancêtre et ne pas le gêner. Il sait la valeur du temps et le goût du mérite.

Mon bleu volubilis est ressorti de terre. Il m'est revenu comme cette joie retrouvée.
Je le protège, comme je veux maintenant préserver ce bien-être. 
L'armature est rustique, mais l'idée bien jolie.

Je vous laisse ici pour cette fois. Et vous retrouve plus tard, avec joie.