mercredi 23 mars 2016

TOURNURE PRINTEMPS



Bonjour à tous !






Il faut attendre la dissipation des brumes matinales, pour voir et sentir le soleil.
Rester à l'abri du vent de noroît, et faire abstraction de la grisaille persistante, pour se rendre disponible entièrement aux bienfaits printaniers.






Il est bien là, ce joli printemps. Il allume les talus de milliers d'étoiles vives des pâquerettes ouvertes. Il embaume des effluves enivrantes de tout un petit monde souterrain mis en mouvement. Ma mini-meute traque le mulot intrépide et le campagnol audacieux, sortis de leurs terriers en sentant la chaleur de surface.








La vieille étable vide d'Agorreta raconte les beaux jours revenus. Mon aménagement de l'année ouvre grand son aire sur le pré ensoleillé.
Entre les poutres chaulées, les nids d'hirondelles commencés l'an dernier ont été revisités, depuis lundi, par une paire d'hirondelles primeurs.









Les vaches paissent l'herbe de fin d'hiver, appétente mais pas encore trop riche.
Bigoudi va pouvoir se refaire une blancheur. Fauvette au pis rebondi ne se laisse pas distraire de sa pitance. Elle a le ventre gros, mais sa solide charpente supporte aisément ce poids.





Mes deux petites sont devenues robustes. La brune a foncé. La rousse flamboie. Une bien belle paire, dont je suis évidemment, très fière. Comme si cette beauté me devait quelque chose...

En ce temps là, déjà, Fauvette pâturait, quoi qu'il se passe autour d'elle !






Pollita prête à vêler l'an dernier n'était pas plus inquiète que Pollita prête à vêler cette année.
Une bête splendide, tranquille et apaisante. Une reine, une vraie !

J'attends chaque jour les signes de sa prochaine délivrance.
Et chaque jour donne raison à mon père de l'avoir prédit pour la fin du mois !






Le maître d'Agorreta a la délicatesse de ne pas me narguer de sa science.
Il prend le soleil, quand il se montre, et surveille les vaches depuis la fenêtre, entre deux éclaircies.

Nous attendons, que vienne le moment.
Puisqu'il viendra, à son heure, indifférent à nos impatiences et à toutes nos prédictions présomptueuses.






Veillons, attendons, dans l'humilité où nous tiennent toutes ces choses dont nous ne décidons pas.

A bientôt, qui sait, pour les naissances de printemps à Agorreta !

lundi 21 mars 2016

LES PARIS SONT LANCES !




Bonjour !






Le petit matin reste indécis, ce dimanche, premier jour de printemps.

J'avais projeté de sortir mes vaches au pré, hier matin. Puis, la pluie de samedi m'a fait ajourner mon projet.
Vous avez suivi mes tergiversations : avant que l'herbe ne soit trop haute, pas trop près des vêlages, suffisamment tôt pour que mes grandes se dégourdissent en vue de l’événement.
Tout un faisceau de critères insubordonnés et difficiles à rendre convergents.







Ma grande Fauvette donnait dernièrement des signes de raideurs, peinant à se lever et à se coucher, un peu incommode sur ses appuis. Une rapide cure d'aspirine me l'avait déliée. Je restais attentive cependant, alarmée de voir ma si belle un tantinet ankylosée, si près du terme de sa délivrance.






Mes trois grandes sont lourdes de leurs petits, maintenant.
Pollita est à terme. Fauvette, inséminée quinze jours après, n'en est plus loin.
Bigoudi, fécondée mi-juillet, vêlera en principe fin avril.

Mes vaches sont jeunes et en bonne santé. Cette étape importante dans leur vie reste à surveiller. Et je surveille.
Pour amener la sortie au pré en douceur, pour remettre les membres en activité après ces mois à l'attache, j'ai libéré tour à tour Polllita et Fauvette, dans ma "stabulation libre",  au fond de la vieille étable. Après quelques pas maladroits de remise en train, elles ont retrouvé grâce et prestance dans leurs mouvements.

Cette première démarche assurée, j'ai ce matin ouvert grand la porte métallique donnant sur le pré. Les trois grandes ont fait calmement leur sortie de printemps, sans précipitation ni désordre.





Galzerdi et Rubita, en génisses follettes, se sont fendues de quelques bonds lourds et vigoureux.
C'est bien de leur âge !
Rubita a même eu la tentation de revisiter le pis renflé de sa mère. A éviter absolument, ça, de vider un pis de vache prête à vêler !
Quelques coups de bâtons sur le front et deux trois jetés de sabots plus tard, elle se montrait raisonnable, et admettait en bonne fille que le temps du lait était bel et bien terminé pour elle.
J'ai quand même à disposition un petit dispositif anti-tête, à installer sur son mufle, si besoin.
Sait-on jamais, avec ces petites !

Tout se passe bien pour le moment. Les vaches paissent, tranquilles. Le soleil se montre, entre deux nuages.
Les premières hirondelles sont même de retour, impeccablement disciplinées sur le calendrier.

Hier, une belle journée montagne sur les hauts de Urdax nous a réunies, avec mes deux amies.
Des paysages larges, paisibles et silencieux. Un beau moment, simple et limpide, comme je les aime.









Notre petite équipée, enthousiaste et turbulente. Des retrouvailles aussi lumineuses que la neige sur les monts arrondis.





Un bien joli dimanche !


Tiens, pour le coup, j'en oubliais mon titre.
Oui, à Agorreta, nous avons nos pronostics, pas hippiques.

Je prédis un vêlage  dans la semaine. Quand mon père le repousse à la fin du mois.
A voir mes grandes si sereines, je me demande si je ne vais pas devoir rendre raison à mon père, encore une fois...

Affaire à suivre, dans les prochains jours !

mardi 15 mars 2016

MES DEUX AMIES




Bonjour à tous !

Une pensée bien agréable me cueille gentiment à l'orée de mon premier sommeil.
J'aime bien, ces pauses de milieu de nuit. Reposée des quelques heures de profond repos déjà engrangée, avec la perspective de retrouver mon lit tiède pour quelques heures encore, juste après.

Un temps un peu hors du temps, et pleinement ancré dans la réalité authentique d'un moment à soi, préservé d'un quotidien vite envahi de choses, de bêtes et de gens.
Un moment de nuit, où le jour paraît plus propice à être justement regardé.

Je vis une période fertile, intense en émotions vives et riches.
Je vous raconterai, à ma manière...

J'ai envie cette  nuit de vous raconter mes deux amies, Hélène et Yvette.
Je vous les ai déjà évoquées ici, furtivement.
Des amies, dans une vie, il n'est pas besoin d'en avoir beaucoup pour goûter la ressource d'une belle amitié. Pour s'y baigner comme dans une eau claire et bienfaisante.
Mes deux amies son mes cures de santé, mes bains de jouvence, mes soleils par les journées grises.
Mes deux amies me donnent leur amitié, leur clairvoyance et leur confiance. J'essaie de les leur rendre. Cet échange nous nourrit toutes, et nous met une tiédeur dans le cœur à chaque instant. 
Le doute me visite parfois comme il nous visite tous. La joie déborde parfois ma capacité à l'accueillir. La peine et l'affliction me tire à d'autres moments vers des puits sombres et inquiétants.
Je vis comme vous vivez,  tirée, poussée, ballottée. Parfois à la proue du bateau sur une eau calme, et, d'autre fois, peinant à me tenir debout dans les bordées mouvementées.

A chaque moment de ma vie ordinaire, de ma vie calme et parfois moins calme,  à chaque tournant hésitant, à chaque sommet euphorique ou au contraire à chaque creux ténébreux, mes deux amies sont là. 
Jamais elles n'ont manqué à mes appels ou à mes invitations à partager ces heures intenses, ou alors trop vides.
J'espère être capable de leur rendre un peu de ce bienfait qu'elles me dispensent, l'une et l'autre. Leur donner moi aussi l'idée que notre amitié est une chance, un trésor précieux et notre lumière à toutes les trois.

Nous ne sommes pas tout le temps fourrées ensemble. Nous avons chacune nos vies. 
L'espace où nous nous retrouvons,  cette clairière lumineuse, nous nous la réservons, nous la préservons de ceux là qui partagent nos vies, mais doivent nous laisser notre amitié.
Je vous le dis, mes deux amies, ce sont deux pierres précieuses, jalousement tenues dans le creux à peine entrouvert de ma main. Je veux protéger cet éclat, et le conserver longtemps.
Mes deux amies, ce sont deux piliers essentiels de mon existence, deux incontournables, deux solides fondements.
Leur bon sens et leur clairvoyance, leur attention et leur intérêt, m'aident et me soutiennent. Le sentiment de leur dispenser ma propre bienveillance, ma curiosité assouvie de connaître leurs pensées et leurs avis, me confortent dans les miens.

J'ai cette chance, j'ai deux amies.

Ma mienne Hélène, comme je le dis, est un bonbon acidulé. Jolie, douce et irisée, elle est aussi piquante et vive, percutante et apaisante à la fois.
Hélène est une petite perle nacrée. Son brillant vous fait douter qu'elle puisse être jolie aussi en dedans. Et pourtant elle l'est.
Hélène est imparfaite, comme nous le sommes tous. Ses démons la titillent comme les nôtres.
Je l'ai vue douter, souffrir. Mais chaque fois, son sourire lui est revenu, et a éclairé ceux qui l'ont croisée.
J'ai pris en inimitié ceux qui la rendaient malheureuse, quand elle-même leur pardonnait.
Hélène est décidée à vivre bienheureuse. Et, dans cette quête, j'accompagne ses pas sans douter.
L'une l'autre, nous nous maintenons dans cette visée, et sa voix un peu traînante me vient en tête quand je perds mon fil, pour me rappeler notre objectif commun : vivre bien, sans prétention mais avec constance.
Hélène et ses deux filles sont un petit noyau rond et lisse. Elles m'ouvrent leur univers, pour que j'y repose mes inquiétudes et en reparte allégée.
Je l'en remercie avec gratitude et reconnaissance.

Yvette, elle, est de Bidache. Attention, elle est de Bidache, mais sortie de Guiche, comme elle le dit elle -même ! Ça paraît faire une nette différence...
Yvette a quelques années de plus qu'Hélène et moi. Et la sagesse qui va avec.
Yvette est pondérée et généreuse. Elle nous regarde faire, et nous veille, comme le ferait une mère avec ses petits trop turbulents. Elle se désole de nos foucades, et nous exhorte à ne pas nous écarter de la bonne voie. 
Yvette est notre gardien, et, en bon gardien, elle donne parfois de la voix pour faire taire nos bêtises.
Nous jouons ce jeu avec plaisir, bien trop contentes d'investir ces rôles là.
Yvette rit à gorge déployée, d'un rire franc et régulier : Ah ! Ah! Ah! posés les uns après les autres à intervalles cadencés, sans précipitation, ni timidité.
Yvette est une femme tranquille, et pourtant bouillonnante de toutes ces émotions qui nous bouleversent tous.
Sa mer intérieure est large et profonde. Les doutes l'assaillent elle aussi comme ils nous assaillent tous, évidemment, mais Yvette les tient en respect. Elle ne s'emballe pas. Elle n'encombre personne de ses inquiétudes, quand pourtant elle en connaît aussi.
Yvette se met à disposition des autres, de sa famille, de ses amis. Elle s'en oublierait presque.
Elle trouve dans cette générosité le sens de sa vie, la matérialisation de sa foi.

Yvette est une montagne ronde, sans pics ni roches escarpées.
Elle me fait penser à ma Mère-Rhune. 
Elle serait notre repère dans la brume. (Seigneur, quelle mauvaise rime, plate et sans surprise !)
Mais bon, la comparaison est juste, et pertinente.

Vous le voyez, mes deux amies me sont très chères. Je les aime d'une amitié claire et solide.
J'ai cette chance, je vous le répète. Une chance de plus.

Je vais retourner dormir. En pensant à ces deux femmes si différentes. En sentant au fond de moi la même résonance que celle que je perçois en elles.

Longue vie à mes deux amies et à leurs proches !
Douce et longue nuit à vous tous. Vous êtes aussi une chance pour moi, qui et où que vous soyez, puisque vous prenez le temps de vous intéresser à moi !





A une prochaine fois !





dimanche 13 mars 2016

LE SOLEIL ARRIVE !




Bonjour tout le monde !






Le frémissement solaire du matin appelle Mère-Rhune à la lumière.
Nous avons tous envie, besoin, de soleil et de lumière, en cette sortie d'hiver.

Ma mienne amie Hélène, évoquée dans mon dernier article, a été dimanche dernier happer le bon air des hauts de Sare :



Avec son fidèle Fiasco, elle s'est ressourcée de la brume fantasmagorique sur les mélèzes échevelés.

Une ambiance de conte fantastique, où l'on s'attend à toutes les magies, noires ou blanches...



Des trouées moins irréelles, des ouvertures où la pression semble se relâcher.


Puis, dans le ciel, cette lumière en promesse.

Le soleil de mars est fort et impérieux. Il entre en scène, laissant les ombres de l'hiver lui faire place, sans impatience, sûr de son droit.

Tous les nuages lourds, toutes les noirceurs tourmentées, vont s'effacer, céder du terrain, et se laisser éclairer et réchauffer.

A Agorreta aussi, nous sortons de l'hiver,  reconnaissants de ce changement bienfaisant.
Nos préparatifs nous tirent en avant.
Cette semaine, épandage de mes engrais en attente sur le sol ressuyé.
Je laisse le tas de fumier hivernal se décomposer en tas, la vie œuvrer sans bruit dans cette chaleur riche et fertile :



Les pailles vont pourrir, s'enrichir de la matière organique active. Mon tas va noircir, fumer, dégager des vapeurs d'une activité grouillante.

Pour l'automne prochain, j'aurai à disposition un fumier lourd et nourrissant, pour ma terre à amender.





Je prépare aussi la prochaine sortie de mes vaches.
Je vais pouvoir réviser quelques râteliers mis à mal par les encornées de mes belles désœuvrées en hiver. Elles s'amusent, pour passer le temps, à casser les barreaux de bois mités !



Pollita accepte la présence d'Olivier dans son habitat, et l'autorise à remplacer un barreau défaillant devant elle. Cette grosse bête est d'un tempérament tranquille, et les coups de marteau devant son mufle ne l'inquiètent pas plus que ça.
Une petite récompense bien méritée, et elle retourne à ses occupations...

Le temps de ces petits travaux, le soleil gagne en puissance. Déjà, la baie sort de la brume.
Un beau dimanche en perspective.  Le premier d'une longue série !

A une prochaine fois, et bon soleil  tous !

jeudi 10 mars 2016

DES NOUVELLES DE RAYMOND



Bonjour, habitués de la petite aube !

J'aurais pu vous montrer le sommet de la Rhune joliment enneigé. Je ne m'y suis pas prise à temps pour capter la trouée ensoleillée entre deux bourrasques :





 Mère Rhune se perd souvent ces temps-ci dans les amas de nuages pleins d'eau.
Les averses drues succèdent aux averses crépitantes. Les coups de vent malmènent les grands peupliers dolents et offerts aux colères.




A part mon vieux pommier défunt, le reste semble tenir bon, pour le moment...

La période est à l'agitation. Le mouvement me redonne un allant et un ressort détendu la semaine dernière, par cette attente incontournable d'un printemps qui se laisse désirer, le bougre !
Il faut lui laisser la prérogative de son tempérament, à celui-là aussi, par force. Et ne pas s'user le sentiment à trépigner d'une impatience improductive.
Je retrouve une perspective plus lumineuse. Je suis confiante en des augures optimistes.
Le soleil et sa chaleur ne sont plus loin, maintenant. Je les espère et je les sens...






En attendant les bons vouloirs de la météo, je considère comme une distraction les parages, immédiats et alentours.

Je vous avais parlé en son temps de ce vanneau blessé trouvé au bord du chemin, autour de la Toussaint. Je l'avais ramené à la ferme.

La quantité de vers qu'il engloutissait dans la minute m'avait laissée tellement désemparée que j'avais renoncé à le garder. Ne voulant quand même pas le relâcher dans une nature hostile à un pauvre oiseau blessé, j'avais confié mon réfugié à Olivier. Mon grand mari est comme moi, il fond devant un animal vulnérable à soigner.

Il s'acquitta de la tâche, avec soin et meilleure volonté.

Entre temps, Hélène, ma mienne amie, trouva sur les trottoirs Bayonnais, un pigeon commun en détresse.
Elle aussi est sensible à notre règne animal. 
Le volatile, tout jeune encore, se faisait perforer le crâne par ses congénères sans pitié. Le monde animal est ainsi, dur et cruel pour le faible sans défense.
Il était en bien mauvaise posture, et mon Hélène alarmée le prit dans ses blanches mains pour le sauver d'une fin assurée.
Elle le ramena chez elle, le nourrit et le veilla. Avec ses filles, Flore et Blanche, elle baptisèrent le rescapé, et le nommèrent : Raymond.
Raymond, ne me demandez pas pourquoi, Raymond, c'est comme ça.

Le petit pigeon se remit. 
Hélène habite en ville. L'oiseau était dans une petite cage. 
Hélène, informée du vanneau landais, me proposa de lui donner Raymond en compagnon de fortune. Deux rescapés, qui auraient leurs malheurs à se raconter...

Elle m'amena Raymond à la jardinerie, et je le fit transiter par Olivier jusque dans ses Landes.

Le vanneau mourut. Trop nourri ou pas assez, je ne sais. Toujours est-il qu'un jour, revenant de la ferme, Olivier le trouva sur le flanc, petite boule emplumée ébouriffée et refroidie.
Mon mari se désola de cette triste fin. Le volatile lui était devenu familier, trépignant dans sa petite volière quand il le voyait arriver, reconnaissant sûrement son pourvoyeur en vers.

Le vanneau mort n'avait plus besoin de compagnie pour se distraire.

Raymond emménagea dans son nouvel habitat, juste en face du poulailler landais d'Olivier.
Avec ses poules, Olivier élève des pigeons domestiques. Raymond se retrouva comme en famille, mais en sécurité derrière le grillage de sa volière particulière.






Regardez notre fier et beau Raymond !
N'a-t-il pas belle allure et prestance ?

Il coule des jours paisibles. Loin d'un monde hostile et implacable grâce à la bienveillance conjuguée de mon Hélène et d'Olivier.

Une petite fable urbaine, sans morale particulière. Un pigeon banal et ordinaire, joliment emplumé d'irisations bleutées et grises, avec son coquet collier et son collet vert.

Longue vie à Raymond et à ses sauveurs. Et bonne fin de  nuit à vous, amis lecteurs de mes chroniques bucoliques...

lundi 7 mars 2016

L'EAU DE LA-HAUT...




Bonjour à tous !

























Vous l'avez remarqué comme moi, la période est à la pluie.
Nous sommes en mars. La giboulée de mars, c'est bien connu. Normal, alors, et pas de quoi s'étonner.
S'étonner, non. Mais alors, se désoler, ça oui !
Pour les travailleurs en extérieur comme moi, les jours de pluie succèdent aux jours de pluie, dans une lancinante morosité.

L'eau goutte, crépite, ruisselle et s'insinue.
La pluie mouille, détrempe et refroidit le pauvre hère se dandinant dessous dans son ciré luisant et raide.
Le grésil picore les bouts de nez et le dos de la main. Un court moment, c'est amusant, vivifiant. Ca vous fouette le sang et vous met le rose aux joues. Au bout d'un temps, pas bien long, l'amusement perd pied et la morne résignation vous gagne au fur et à mesure de l'infiltration de l'humidité sur vos épaules courbées. Les avant-bras recueillent aux creux des coudes une froidure insidieuse. Le crépitement sur la capuche martèle et aplatit votre ressort perdu.
Non, vraiment, ces journées de pluie, à la longue, ça vous mine !

A Agorreta comme ailleurs, le paysage n'est pas riant, sous les averses drues.







Partout où le regard se pose, il n'y a que flaques, mares, boue grasse et ornières profondes.

Mon Karraro dessine des géométries courbes dans la terre molle.
Le convoi vers le tas de fumier devient amphibie.
Je sens sous la vieille mécanique le terrain glisser, la pâte grasse et voluptueuse étreindre les roues et relâcher sa prise visqueuse à regret.

La terre gorgée d'eau se fait piège, gloutonne et fourbe.
Jusqu'ici, je passe encore... J'essaie de louvoyer pour trouver un support fiable, déportant le poids ici ou là, sur le plat. Ou alors, restant scrupuleusement dans le même tracé, là où le passage étroit n'admet pas la dérive.
Une petite aventure à chaque fois...

Les conductrices approximatives dans mon genre on vite fait de s'enliser lamentablement. Une petite crispation me serre les dents à chaque glissement. La lèvre épaissie de boue luisante s'ourlant près du pneu me parle d'essieu embourbé, en un mouvement lent et inexorable.

Bah ! la pluie finira bien par s'arrêter de tomber. 
Une percée ensoleillée est annoncée pour la fin de semaine. Inch Allah!



En attendant, restons autant que nous le pouvons aux abris.
Allons danser sous la pluie, au rythme des clapotis, glougloutements, crépitements et ruissellements des filets d'eau qui se chevauchent sur les passages étroits, arquant le dos en des enchevêtrements mouvants cousins de mes empreintes dans la boue.
Regardons les gouttes d'eau s'arrondir en bulles et crever en un sursaut énervé à la surface des flaques, petits cratères entêtés et lancinants.


L'eau de mars coule à flots, court et ruisselle en un élan impérieux.

Il n'est que d'attendre, en se préservant au mieux...





mercredi 2 mars 2016

TEMPS D'ATTENTE




Bonjour !




L'inter-saison est agitée, cette année.
D'une agitation morose, et désagréable.
Pas vraiment froid, pas beau non plus, tourmenté sans grande colère. 
Une période où l'on attend, la venue du printemps, des temps meilleurs :







Primevères chafouines d'avoir été détrempées,
bourgeons du figuier gonflés mais en attente, là encore, de soleil et de meilleure lumière, pour éclater.










Nous attendons, donc, puisqu'il faut attendre, comme disait l'autre...

Le temps de l'attente n'est pas ce que je vis de mieux. Je manque de sérénité, encore maintenant, pour savoir attendre, sans contrariété.
Je suis de nature un peu impatiente, impulsive, mieux tournée vers l'action immédiate. Les délais, les atermoiements, me sont petites souffrances mesquines. 
L'objectif pointé en ligne de mire, j'aime y avancer droit et sans retard. Je me distrais difficilement d'une tâche en prévision. L'ajournement ne m'est pas posture familière. Laisser pour plus tard ne me séduit pas. La plage du temps blanc de l'attente m'est un horizon morne et sans attrait.

Pourtant, souvent, je dois me contraindre à ce dépit. Je ne maîtrise pas tous les éléments des avancées de mon périmètre. 
Les circonstances, les conditions, les aléas, événements et fortuités s'amusent avec taquine récurrence à titiller mes impatiences. Tels la mouche têtue revenant se poser sur le dos d'une main qui la chasse avec tous les signes du plus vif agacement, les sorts contraires m'infligent leurs tourments.

Mes attentives observations des cycles naturels apaisent  les hystéries de mon tempérament.
Les saisons et leurs danses répondent par leur désinvolture à mes élans contrariés.

Cette année, comme souvent, le printemps s'annonce, puis s'éclipse en des journées maussades, ou tempétueuses.
Le paysan s'apprête à préparer sa terre, mais doit attendre. Que les pluies drues cessent assez longtemps pour que les sols se ressuient. Que le soleil de plus en plus haut réchauffe les croûtes battues et les rendent friables.

Les bêtes à l'étable attendent aussi le temps de la sortie au pré.








Fauvette est maintenant lourde de son petit. Son flanc long s'arrondit en courbes luisantes.
Elle m'a parue un peu engourdie, ces dernières semaines, puis, une petite cure d'aspirine me l'a soulagée de ses inconforts.
Elle sera à terme à la fin du mois. Son pis commence à peine à se renfler.

Les deux petites croissent et embellissent sans souci. La brune et la rousse restent joueuses, mais la placidité de leur race les assagit.

Notre Bigoudi, elle, persiste, taquine et malicieuse. Toujours curieuse et à l'affût des mouvements dans l'étable, elle s'agite vite, mais sans nervosité. Elle vêlera, elle, autour de la mi-avril, si tout va bien.
La toujours tranquille Pollita est la plus près de la délivrance, en principe. Deux trois semaines encore de gestation, et nous devrions voir son deuxième veau, après Rubita l'année dernière.
Sa silhouette ne s'est pas trop modifiée. Son petit loge en elle sans paraître. Elle n'est ni gênée, ni inquiète. Une vraie grande reine, ma Pollita bigarrée.

Là aussi, j'attends des jours meilleurs pour les sortir au pré. 
L'herbe n'est pas encore en pleine pousse. Elle ne risque pas d'engorger les délicats systèmes digestifs de mes vaches par un trop brusque apport de nutriments gorgés de sève montante.
Je ne veux pas non plus risquer un mauvais mouvement dans la fébrilité de la première sortie. Mes trois grandes, rondes et pleines, pourraient prendre mal en se mettant à courir brusquement après plusieurs mois d'inactivité.

Si le temps ne s'améliore pas dans les deux prochaines semaines, je vais devoir attendre deux semaines après les vêlages pour la mise à l'herbe. J'ai de la betterave, du navet frais et du foin en suffisance pour les nourrir à l'étable jusque là. Par contre, à ce moment là, l'herbe sera devenue haute, et il va falloir veiller à rationner la pâture, pour éviter les accidents de digestion, à un moment où les jeunes mères sont plus vulnérables.
C'est tout un calcul, ce petit élevage, sans qu'il n'y paraisse, n'est-ce pas ?

Ce temps d'attente est incontournable. La nature se moque de mes trépignements. Je vais devoir composer, avec elle, et avec moi. Me plier à ses caprices, et raisonner les miens.

Je suis comme beaucoup, persuadée de la légitimité de mes bonnes volontés. Et vite désappointée de leurs limites trop étroites à mon goût.

Bah ! Je vais faire comme mes vaches me l'enseignent. Ruminer placidement les sucs de mes espérances ajournées, et regarder le vent pousser les nuages dans le ciel agité.

Attendre, patienter, et méditer...

A une prochaine fois, et portez-vous sereinement, vous aussi, d'ici là !