dimanche 1 novembre 2015

FINIR EN BEAUTE



Bonjour à tous !






Tu continues avec ça ? Tu persistes à t'engluer dans ce mauvais goût morbide et idiot ?
Oui ! Oui, oui, je persiste.

Je sens que tout est là, et que c'est de là que me viendra la sérénité.
Dans cette compulsion à vouloir savourer chaque moment, en le liant pourtant à la fin, à la disparition, au néant.

Nous entamons ce mois de novembre.
C'est la période de l'année que je préfère, depuis toujours.
Le soleil s'élève en point parfait au dessus de la Rhune, elle-même masse parfaitement équilibrée de ses pans harmonieux.

La fin d'une année, une plénitude un peu lourde, lente.
Toutes ces sensations, je n'ai pas les mots justes pour les retranscrire. Je les vis, avec reconnaissance et gratification.

Chaque instant paraît maintenant plus précieux encore. La lumière est belle, plus belle que tout le restant de l'année.
J'ai juste envie de vous partager quelques images, imparfaites. Cette plate représentation me rendra la profondeur  de ce que je sens, en ce moment. 
Je n'ai pas le don des véritables écrivains, celui de faire palper une réalité, même inventée.  Je serai juste capable de me faire replonger moi seule dans ces instants perdus, quand je me relirai.
Ma foi, c'est déjà pas mal ! Je n'ai pas le talent suffisant pour vous emporter dans mes tourbillons, comme d'autres savent si bien le faire. Je le regrette, et vous en demande pardon...





Mère-Rhune vendredi soir dans le couchant du soleil.

La gloire d'une fin de journée magnifique.












Là, c'est sûr, même moi je vais avoir du mal à m'y retrouver !

Le champ labouré du jour.
Les sillons côtelés, réguliers, paisiblement allongés dans le soir si tiède...

Oui, avec ces mots, je retrouverai mes sensations du moment.







Les bêtes tranquilles, profitant des beaux jours.

Tant qu'il fera beau, si incroyablement beau, je les laisserai pâturer.

Quand je rentre de la jardinerie, il fait nuit noire.
Les vaches ne s'en inquiètent pas. Elles connaissent les parages, et ne tardent pas à venir, quand j'éclaire l'étable.





Galzerdi et Rubita ont six mois maintenant.
Elles sont robustes et en pleine santé.
Ce ne seront pas des bêtes de gros gabarit.
De mères pourtant bien différentes, elles restent semblables en stature.
Les mystères de la génétique...







Voyez pour vous faire une idée de leur croissance Galzerdi près de sa mère, début juillet, je crois.

Les deux petites doivent maintenant peser dans les 300 kgs.
Elles sont impétueuses parfois, et il faut prendre garde de ne pas se laisser bousculer en les détachant, par exemple.
Elles sont calmes, pour de jeunes bêtes, même si la noire est plus vite inquiète que la rousse, aussi imperturbable que sa mère.




Fauvette se frotte voluptueusement le menton contre le haut de la murette.

Elle aussi a beaucoup grandi durant l'été.
C'est maintenant une splendide génisse, bientôt mère, et donc, vache.
La plus grande et longue de mon modeste cheptel.







Quand Bigoudi restera la plus enjouée.
Toujours prête à venir narguer la Bullette.

Un quotidien ordinaire de bêtes de ferme.











Le bienfait d'une arrière-saison splendide.





Ma betterave continue de feuiller.
J'enlèverai au fur et à mesure les jeunes pousses, pour ne pas vider les têtes par cet élan .














Les fleurettes décidées à durer, dans la lumière raccourcie de ces jours chauds encore.

Un moment presque tragique d'une finitude attendue.
Les derniers feux avant l'hiver sombre.

La joie de vivre intensément quand on admet l'imminence d'une fin juste et acceptée sans révolte inutile.

A bientôt, prenez cette chaleur et cette lumière de Toussaint en ouvrant grand les yeux. Le spectacle est magique et vous restera profitablement en tête pour les temps à venir.

vendredi 30 octobre 2015

CONVENANCE INCONVENANCE




Bonjour à tous !

Le cousin repose maintenant auprès de son fils.
Le drame nous amènera encore à nous interroger. Cet homme ne faisait pas partie de notre paysage quotidien. Sa disparition ne nous frappe pas comme elle afflige sa veuve ou ses amis proches.

Pour nous, la vie se remet en route, à peine infléchie par cet accroc.
Et cela doit être ainsi. La pulsion positive de la vie doit primer. L'onde de choc s'atténuer, et laisser place au retour d'une possibilité de croire en son avenir.
Le drame est terrible. Le quotidien reprend pourtant ses droits. Sinon, si l'ombre de la mort fait peser son aile sans s'écarter, la vie a perdu le combat. Heureusement, le temps souvent infléchit les choses et laisse passer assez de lumière pour se remettre en marche.
Et c'est le mieux qu'il puisse arriver.

A Agorreta, mes courges et citrouilles sont remisées au fond de l'étable depuis quinze jours.
Il ne suffit pas d'engranger une récolte. Il faut encore la veiller. Rester vigilant, quand l'adversité reste toujours prête à mordre...
La citrouille se conserve bien, à l'abri du gel et des coups. Elle passe en principe l'hiver sans bouger. L'année dernière, j'en ai fait consommer à mes vaches jusqu'au début du printemps, et les dernières étaient en parfaite tenue.

Cependant, certains fruits, blessés à la récolte, ou mal mûris, ou tout simplement parce-qu'il en est ainsi, (il ne faut pas toujours chercher des explications aux choses), ne se conservent pas.

Un mouvement intérieur malsain les mine. 
De petites tâches foncées apparaissent, discrètes et pernicieuses. 





Un petit chancre, un affaissement dans la peau épaisse et dure.















Le mal est peu visible. Il démarre à bas-bruit, et on peut facilement l'ignorer.
Si l'on y regarde pas de près, la citrouille semble se porter tout à fait bien.
Mais notez la multiplication de ces petits bubons.
Ils sont les signes avant-coureur d'une peste souterraine.









Il faut intervenir dès l'apparition  de ces premières alarmes. A ce stade, la citrouille est encore en chair. Elle n'a pas commencé à fondre en eau.
Si on extirpe les zones atteintes, on peut la faire consommer avec profit.

Je repère mes citrouilles touchées, et je les débarrasse des tranches touchées. 




J'ai ici deux gros fruits entamés de la sorte. Comme ils sont trop lourds, je les découpe sur place.
La pourriture enlevée, la tranche mise à l'air séchera un peu, mais la chair sera parfaitement consommable.

Une grosse citrouille comme celles-ci nourrit mes vaches plusieurs jours. Je prélève une quotte-part pour la soupe familiale.

De cette manière, je ne perds pas la chair.
Et mes vaches se chargent bien volontiers d'assainir ma réserve :








Citrouille dans toutes les rations, ces temps-ci, et à volonté !

La citrouille pourrit très rapidement si on la laisse aller quand elle marque ainsi sa défaillance.
Elle fondra en eau depuis l'intérieur. Sa silhouette s'effondrera à la toute fin de la décomposition, quand la peau épaisse n'aura plus suffisamment de rigidité pour maintenir son allure. 
Elle peut rester ronde, et ne s'écrouler qu'en dernière extrémité, quand à l'intérieur toute sa chair s'est répandue en une flaque d'eau sous elle.
Une odeur de carton mouillé, un peu douce et sucrée est une alerte bien trop tardive. Le mal est fait, et il n'y a plus rien à consommer !

La citrouille pourrit comme elle a vécu, ronde et bonhomme, sans agresser ni heurter quiconque.
Elle masque ses blessures et ses faiblesses. Garde sauves les convenances jusqu'au bout du bout. Et se laisse perdre d'avoir tant voulu taire.

Un effondrement brutal et imprévisible, même à un œil moyennement vigilant.

Je vous vois lever un sourcil, vous dire, non, quand-même elle ne va pas faire ça !
Elle ne va tout de même pas avoir le mauvais-goût et la malséance de faire un rapprochement aussi indécent...

Oui, je vais l'avoir, ce mauvais-goût, et je la revendique cette malséance.
Je vais le faire, ce rapprochement, sans pourtant manquer de respect à un mort, ni heurter ses proches.

Je les connais, n'oubliez pas. Je suis de cette famille, et j'ai déjà eu à vivre des deuils.

Nous avons l'usage, assez répandu je crois, de prendre une collation en famille, à la fin des cérémonies d'enterrement.
Je me souviens de la dernière à Agorreta, quand ma défunte mère a été inhumée.

Evidemment, parfois, souvent, les gorges se serrent et les paroles se nouent, à ces occasions.
La tristesse est là. Chacun la vit et la manifeste à sa façon. 
Nous sommes beaucoup dans la retenue, quand il s'agit d'émotions de ce genre. Je le regrette. Une bonne crise de larmes libère. Et si la crainte d'embarrasser celui qui vous voit pleurer peut se comprendre, elle ne devrait quand-même pas entraver l'expression saine d'une émotion bien naturelle.
On se cache un peu, pour pleurer, à Agorreta.

Par contre, pour ce qui est de rire, de plaisanter, même sur des sujets qui en principe ne prêtent pas trop à ça, là, on ne se prive pas !
A cette collation, le jour de l'enterrement de ma mère, nous étions réunis dehors, autour d'un goûter.
Je me souviens qu'on y a ri, de bon cœur, même si la peine n'était pas loin.
Et ça nous a fait du bien, à tous, à nous, ses enfants, et à mon père, son mari.
Ma mère vivait avec nous, elle a longtemps plané sur nos vies. Sa fin, prévisible, n'était pas un choc. Mais c'était la perte d'une mère, d'une épouse.
Ces rires ce jour là n'ont semblé déplacés à personne. Je vous le redis, ils nous ont soulagé d'émotions contenues et alourdies de l'être.

Le débat du "peut-on rire de tout ?" n'est pas inédit.
Je ne suis pas d'une délicatesse extrême, et mes manières sont souvent trop directes et dénuées de précautions.
Je crois tout de même avoir la sensibilité de ne pas heurter ceux qui souffrent, de ne pas appuyer sur des blessures douloureuses.

Ces comportements s'adaptent à chaque situation, et à chaque personnalité dans la situation donnée.
Je ne crois pas à un code de bonne conduite universel, et transposable partout.

Nous avons à Agorreta une façon qui nous va bien de nous colleter à la mort.
De la famille, je ne suis pas la moins 'brute de décoffrage". Il m'arrive de mettre les pieds dans le plat, de commettre des maladresses.
Je réitère pourtant ma revendication de ne pas me plier à des convenances arbitraires. On ne plaisante pas de la mort, on ne sort pas en ville avec ses bottes d'étable.
Et bien moi, je le fais. Et je le fais en respectant les autres. Je compatis à une peine, je tente d'apaiser une souffrance, j'évite d'empester une pièce fermée d'effluves animales...

Ma cousine a en elle le sursaut de vie. Elle s'accroche à  ce qui la tire vers la clarté, elle a besoin de rire, même entre deux pleurs.

Je ne sais pas toujours ce qu'il est "convenable" de faire. Je n'ai pas les usages de la "bonne société". J'ai la prétention de savoir entendre et repérer une attente de celui que j'écoute.
Et si mes plaisanteries, mes comportements, mes mots, heurtent ou paraissent déplacés, je suis persuadée qu'ils font du bien à ceux à qui ils sont prioritairement destinés.

Pour les autres, j'en tiens pour mes théories d'affranchissement. La vie en société requiert évidemment des règles de conduite. On ne peut pas tout faire, laisser libre cour à tout ce qui nous traverse, sans tamiser nos élans spontanés.
Pour autant, les convenances ne doivent pas nous enfermer. Ne doivent surtout pas enfermer les pulsions positives qui nous viennent, en toutes occasions.
L'élan de vie, l'envie de rire, aussi, quand on frôle l'horreur de la mort, sont naturels. Ils ne sont pas malséants.

Mes rapprochements oiseux entre l'effondrement comique d'une citrouille, et la tragédie de l'effondrement d'un pauvre homme sont sûrement de mauvais goût.
Mon entêtement à mêler l'ordinaire et l'exceptionnel, le rire et les larmes, au delà de ce qu'il est correct d'exprimer, au delà du mépris de ces banalités sans doute inintéressantes et pourtant riches d'enseignements, est l'une de mes rares certitudes. Toutes ces choses là se mêlent et doivent le faire.

Mes courges longues, moins connues que les traditionnelles citrouilles rondes, sont bien plus rustiques et se conservent beaucoup mieux.
Elles présentent une autre figure, moins attendue.
Leur chair est plus appétissante, même. Comme quoi... Même chez les courges, les convenances ne garantissent rien !





A bientôt, amis suiveurs de ce "bloc".
Ne vous offusquez pas de mes pathétiques cabrioles. Elles m'aident à vivre mieux.

mercredi 28 octobre 2015

ADIEU René




Bonjour à tous.






Notre cousin s'est pendu dimanche soir, après être venu nous rendre visite dans la journée.
Nous l'avons appris lundi.

Nous ne pouvons pas comprendre un tel geste, nous qui, pour la plupart, connaissons une peur viscérale de cette mort qu'il est allé volontairement chercher.
Ce geste terrible est en dehors de notre entendement, et doit rester en dehors de tout jugement.
Ses tout proches, sa femme, notre cousine, ses amis, sont sidérés, évidemment, et anéantis.

Sans doute nourriront-ils en plus d'un chagrin brutal et terrible, une part de colère bien légitime, contre celui-là qui leur inflige une telle épreuve.
Cette colère est juste, autant que stérile, bien-sûr.

Cet homme savait l'horreur d'une perte aussi saisissante. Il l'a connue. 
Mes cousins bordelais ont perdu leur fils dans un accident de la route.

Un tout jeune homme, beau et doux comme un ange. Tout le monde s'étonnait de la grâce de cet enfant. Il était beau, son visage était parfait, pur et clair.
Il paraissait incongru dans notre famille. Nous ne sommes pas franchement laids, mais plutôt communs. Et lui, cet enfant, ce jeune homme ensuite, sortait extraordinairement du lot.

Cet enfant angélique est mort avant de devenir un homme, dans la plénitude de sa grâce.
Ses parents ont vécu cette perte effroyable. Elle marque leur vie pour toujours.

Ils ont connu l'immense bonheur d'avoir conçu cet enfant incroyable. 
Ils ont vécu l’incommensurable chagrin de se le voir si brutalement enlevé.

L'homme a lutté longtemps avec le poids de cette peine. Il a essayé vaillamment de poursuivre sa route.
Il se montrait dimanche encore truculent et jovial. 

Nous ne savons pas les cheminements intérieurs qui tramaient leurs arabesques en lui. Lui-même les démêlait sans doute mal.

René est mort maintenant. Je ne sais pas si dans son projet il y avait l'idée de rejoindre son fils. Sûrement y avait-il une profonde lassitude, la tentation de lâcher prise, de ne plus lutter contre un sort injuste et incompréhensible.

Nous ne saurons pas, et lui ne pourra pas nous en dire davantage.

Nous pouvons tous nous sentir responsables de ne pas avoir su lever ce poids. Coupables de continuer de vivre encore, et de refuser la mort qu'il s'est, lui, donnée.

Pourtant, là où l'étincelle n'est plus, personne ne fera repartir l'envie de vivre.

René a choisi de mourir. Nous ne pouvons que nous incliner.
Garder de lui, quand l'image trop violente de son geste se sera atténuée, le souvenir de l'homme énergique, de ses éclats de voix tonitruants, de ce courage de continuer de vivre, quand-même, et de décider sa mort, enfin.


Que son acte désespéré le libère à jamais, et lui apporte la paix. 
Que lui soit pardonné la souffrance des autres, quand la sienne n'a pas pu s'apaiser.

lundi 26 octobre 2015

VANNEAU NE VOLERA PLUS...




Bonjour !

Le vent du sud ébouriffe les feuillages moribonds et les envoie bouler contre les talus.
Des coups de fusil claquent, secs et rapprochés.




Malgré ça, l'ambiance est calme, alanguie.
Une période d'automne pleine de son sens, d'achèvement, de pré-repos.

J'en suis là, dans cette posture d'attente évoquée dernièrement. 
Une attente placide, sans impatience. Je serais un peu déçue si rien ne se passe, si rien ne change dans le cour de mes jours à Agorreta, cet hiver. Déçue de mon manque de clairvoyance, de m'être laissée abuser par des mouvements pressentis, des déplacements sous-terrains devinés. 
De n'être pas mieux sensitive, mieux inspirée dans mes projections.

Soulagée peut-être, d'une certaine façon, de continuer ce cheminement paisible et confortable, d'avoir encore l'occasion d'apprécier ce temps, tel que je le connais.
Une diffuse envie de changement de cap, un repli de sécurité dans le même temps.

Je vois bien comment je m'arrange par anticipation de ce qui pourrait arriver, ou ne pas arriver. Toutes les simulations et prospectives doivent contenir dans un cadre des possibles, et mon attitude s'y préparer.
Pourtant, comme souvent, ce qu'il adviendra me surprendra, et toutes mes préparations et anticipations ne vaudront pas grand chose à ce moment là...
S'il n'advient rien, je perdrai confiance en mes sensations, un peu, pas bien longtemps sans doute. Si je n'arrange carrément pas la réalité à ma sauce, en impulsant un sens là où il n'est pas, ce dont je suis bien capable aussi.

Tout ceci toujours aussi confus et peu palpable, évidemment.

C'est aussi tout bêtement le syndrome de la fin d'année, avec un recommencement en perspective derrière, quand tout va bien. Une date arbitraire choisie, pour assouvir le besoin de scander un temps trop difficile à retenir, en le marquant, faute de pouvoir l'arrêter.







Zaldi veille sur le troupeau de vaches couchées, sentinelle fière et attentive.


















Le champ où les récoltes sont terminées a été nettoyé. 
Mon père surveille le brûlage des mauvaises herbes coupées et alignées en rangs.
Le labourage sera facilité de cette broussaille enlevée.
Si l'on fume par dessus ce tapis de saletés, la charrue a du mal à pénétrer la terre au travers de ce capiton résistant.
L'an dernier, les pieds de maïs broyés empêchaient le soc de plonger en terre. Des amas s'empilaient sur le bord du sillon. Il fallait les y remettre au fur et à mesure de l'avancée du labourage, à la fourche.
Quel travail approximatif, et indigne de grands cultivateurs d'Agorreta...

Le changement d'heure cette dernière fin de semaine nous rapproche des rythmes solaires.
Mes vaches n'ont pas trop marqué le décalage, amorti sur deux jours.

Les chasseurs sont nombreux sur les hauts d'Agorreta.
Vendredi, j'ai ramassé un vanneau blessé de plomb dans l'aile. Il trébuchait sur le chemin, gêné par cette aile tombante.
Je l'ai ramassé, et ramené à la ferme.
Renseignée sur l'alimentation de la bête, je me suis mises en quête de vers de terre. J'étais persuadée d'en faire une bonne provision sans mal, autour du tas de fumier, ou sous quelques vieilles planches pourries négligées ici ou là. Dans les parages, nous avons ainsi quelques coins un peu dégradés.
Et bien, pas du tout ! J'ai gratté, creusé, retourné. Certes, j'ai débusqué quelques vers aux contorsions saccadées. Mais peu... Je les ai présentés à mon vanneau sinistré. Il me les a gobés dans la minute !
Quel appétit, ce vorace ! Jamais, me suis-je dit, je n'arriverai à assouvir cette faim. Je ne peux tout de même pas passer ma journée à chercher des vers en quantité suffisante pour nourrir un oiseau !

Olivier m'a éduquée sur les mœurs du vanneau commun. Il vit paraît-il dans les zones humides, raffole des vers de vase, plutôt. Pour les faire sortir de terre, il danse, tapotant de ses pattes la surface en rythme, tel le sioux appelant la pluie, le chant hululant en moins. 
Tiens donc, j'ignorais, moi, ce stratagème ! Jamais ne me serait venue l'idée d'appeler ainsi à moi les petits vermisseaux...

Sentant mon mari mieux armé que moi pour nourrir mon vanneau blessé, je le lui ai confié.
Il est maintenant dans les Landes, parqué avec des tortues. Oui, moi, j'élève des vaches au Pays-basque, quand mon mari élève des tortues dans les Landes.

Chacun son bétail de prédilection...

Je suis sûre que mon rescapé se remettra. Mais plus jamais paraît-il, il ne volera.
Pour lui, l'automne a été le temps d'une cassure dans sa petite vie d'oiseau.
De ces cassures, dont on se passe volontiers. 

Finalement, même quand vous viennent des envies d'autre chose, il faut garder en tête que ce après quoi on bêle, on donnera tout pour ne jamais l'avoir espéré, le jour où ce temps d'aujourd'hui ne nous sera plus possible.

Mon vanneau sauvé vivra bien, peut-être. S'il réussit à oublier qu'avant, il volait.

A une prochaine fois, amis du "bloc" d'Agorreta !









vendredi 23 octobre 2015

HUMEUR MAUVAISE




Bonjour à tous !





Le temps ce matin était bien incertain. Une brume assez dense, feutrant les rais de soleil en une lueur improbable.
Une ambiance en suspens, où tout pouvait s'attendre.
Finalement, les brumes se sont évanouies, et le franc soleil réchauffe largement.

Mon humeur du jour est comme ce début de journée. Très partagée.
Je n'arrive pas à me défaire d'une nervosité sans raison. Rien ne me contente, et tout me semble mauvais...

Je ne sais pas comment me sortir de ce mauvais pas. Et de n'avoir pas de justification particulière à être aussi mal avenante ne me facilite pas la chose, évidemment !

Depuis hier d'ailleurs, rien ne me va. Je détermine parfaitement les occurrences objectivement de nature à ne pas me satisfaire. Il y en a toujours, quand on fait un tour d'horizon un peu élargi de la situation.
Cependant, sans les minimiser, ces désagréments ne sont pas inédits ou en quantité suffisante pour me noircir ainsi le tempérament.

C'est ainsi, ces jours-ci, je suis à crocs, à cran, sans ressort et toute nouée.
Bien, il n'est que d'attendre. Cela passera, sans doute.

Un sale rhume me congestionne désagréablement le naseau, empêche la correcte oxygénation de mon cerveau, et ne contribue certainement pas à arranger la chose.
Tout de même, enrhumée, je l'ai été déjà, et ça ne m'a pas rendue aussi imbuvable.

Une affaire d'hormone en bouleversements, peut-être. Une étape incontournable et pas trop agréable dans la vie d'une femme. Que faire ? Pour continuer de vivre, il faut bien en accepter les désagréments inhérents.

Je m'accroche à mes motifs de satisfaction. Je contemple mes granges remplies, les paysages d'automne pleins et roux.
Je caresse les chiens, je regarde les vaches paisibles au pré.
Je goûte la chaleur bienfaisante du soleil.
Je fais de l'ordre et du propre, c'est toujours satisfaisant, ça, pour moi.

Et, toute ma batterie essayée, toute ma panoplie balayée,  je me contente d'attendre, des moments plus apaisés, un lendemain meilleur.



La baie capte la lumière, immobile et sereine.

Je n'arrive pas à m'approprier ce calme, à l'intégrer.

Bah ! ces remous s'atténueront.
J'essaie de rire de moi, de mes sautes d'humeurs, de ce tempérament sourd aux meilleures raisons, parfois.

Je ne suis pas coutumière des moments chagrins, ou électriques.
Il faut bien de temps à autres que je les expérimente, aussi.

Je les admettrai comme ça plus facilement chez les autres...


Cette lumière de presque Toussaint est bien belle.
Ce soleil chaud bien agréable...

Je commence à faire profit de mes manœuvres d'apprivoisement de moi-même, je crois.

Quelques sourires me viennent déjà aux lèvres.

Tout n'est pas perdu, allez !

Il semble bien que les pics d'exaspération s'amollissent, déjà.

Tant mieux, je ne m'aime pas, en grincheuse acariâtre.
Loin de moi ces élans agressifs et mauvais !

Place à la paix sur le monde et en moi...

Oubliez ces moments fatigants et stériles. N'en gardez que la capacité de compatir à ceux de ceux que vous croisez, quand vous les sentez en veine tourmentée.

A bientôt, et savourez cette journée magnifique !

lundi 19 octobre 2015

DIMANCHE AUX BETTERAVES




Bonjour !







Mère-Rhune hier matin, dimanche.
Une ambiance douce, un peu de vent du sud, des nuées lourdes et des éclaircies intermittentes.

Puisque les citrouilles avaient été rentrées vendredi, je me suis attaquée à la betterave. Olivier était là en renfort.
Le stade de maturité de la betterave est déterminé par le dessèchement des premières feuilles, au collet. La racine peut être laissée en terre jusqu'aux gelées, sans dommage. Il faut quand même surveiller l'apparition de maladies sur la végétation. Elles peuvent migrer vers la tête.

Ma betterave, souvenez-vous, je l'avais semée trois fois. 













Entre début avril et début juin.
Elle levait mal, sans entrain.

J'avais regarni les rangs aux plantules clairsemées, dans un semis de la dernière chance.

Pour le coup, là, elles étaient sorties en nombre, et j'avais du ensuite travailler assidûment à l’éclaircissage.

Tout de même, toutes ces interventions ont porté leur fruit.
Mes rangs  ont fini par tracer honnêtement leur chemin.





Tout ça était un peu irrégulier, forcément, mais, cahin-caha, cela a fini par ressembler à un joli carré de betteraves.










Dimanche matin, opération ramassage !

De nouveau, notre valeureuse Ttiki-Haundi sollicitée pour la manœuvre.







C'est une période faste pour ma vieille mécanique moribonde. Elle démarre sans faire d'histoire, crapote une fumée pas trop noire.
Non, vraiment, ce tracteur est en forme !







Si par cas un jour vous êtes amenés à récolter un champ de betteraves, sait-on jamais, je vous fait un topo succinct.

Arrachage du plant, très aisé, puisque la betterave a le bon goût de faire sa pousse hors de terre.
La racine enterrée s'extirpe sans difficulté.
Effeuillage sommaire, sans entamer le collet.
Nettoyage, plus sommaire encore, de la terre accrochée.




 La betterave craint le gel. Elle doit être stockée à l'abri, en tas, bien aéré et hors d'eau, si possible.
A Agorreta, nous avons ça, dans la porcherie maintenant vidée de ses résidents.













Nous empilons les betteraves sans les blesser, en laissant une circulation de l'air au sol, par le moyen d'une vulgaire palette en bois.

Une mise en oeuvre toute simple, et efficace.
J'ai distribué mes betteraves ce printemps jusqu'au mois de mai.
Elles s'étaient fripées, bien-sûr, mais leur chair avait conservé toute son appétence et ses qualités nutritionnelles.

Imaginez comme c'est confortable, de ramener à l'étable une brouettée de betteraves stockées juste à côté, bien à l'abri.
Pas besoin d'aller se tremper par les jours de mauvais temps, au champ.
Tout ce dont mes vaches ont besoin pour se nourrir cet hiver, je l'ai à portée, maintenant.

Par les belles après-midi ensoleillées, je pourrai quérir mes choux et mes navets, laissés, eux, en terre.

Non, vraiment, ma fin de semaine a été productive. J'ai engrangé les fruits de mon travail de plusieurs mois. De beaux fruits, récompense d'un bon travail bien mené.

Voyez, je n'hésite pas à me congratuler, à augmenter ma satisfaction manifeste par des compliments sincères et, d'après moi, motivés.

Il reste maintenant sur les hauts d'Agorreta quelques têtes de maïs à ramasser. Ce maïs distribué en vert en été, quand l'herbe manquant d'eau devient maigrelette. Tout n'a pas été consommé. Rien ne sera perdu pour autant.

Voilà les choses comme je les aime. Venues avec le temps, bien maturées, et toutes utilisées à bon escient.
Le champ sera bientôt nettoyé, fumé, et labouré avant l'hiver. Pour le printemps prochain, la terre reposée aura travaillé à se reconstituer une réserve.
Et je recommencerai, encore, pour une autre session de cultures.

Je vous laisse ici pour aujourd'hui. J'ai encore à faire, à engranger.
Portez-vous bien et à bientôt !

vendredi 16 octobre 2015

DES CITROUILLES A FOISON ...




Bonsoir à tous !





Magnifique journée, en ce vendredi du milieu d'octobre.

J'entame le dernier volet de cette première année de "bloc", en récoltant mes citrouilles !

Une entrée en matière comme une autre, n'est-ce pas ?
Vous avez suivi ma petite culture depuis ses débuts.






De la graine expertisée par Bullou,












en passant par la vulnérable plantule,
















Des débuts difficiles, le froid,














vite après, le sec.














Le mois de juillet carrément aride,
des plants avançant très doucement,












Le début en fanfare et trompette jaune éclatant de ma "carrabosse",









Les pluies de fin juillet enfin tombées,





Ma cabossée prenant son essor,














Et enfin, la maturation , sans encombre.












J'avais prévu de rentrer mes citrouilles dimanche. La pluie annoncée m'a fait anticiper la manœuvre.

Ce matin, au soleil haut levé, Ttiki-Haundi a vaillamment repris du service :




Toute fière et joyeuse, je l'ai menée dans le champ, équipée d'une bennette capitonnée de jute.

Pour le meilleur confort de mes dames courges.
Elles s'offusquent vite, ces joufflues girondes, et il faut veiller à ne pas les blesser, si on veut avoir une bonne chance de bien les conserver tout l'hiver.








J'ai rempli une bonne dizaine de bennettes comme celles-ci.

Certaines citrouilles pesaient tant que je ne pouvais pas les soulever.
Je les ai roulées délicatement.
C'est de bonne composition à la rotation, une citrouille. Lisse, longue ou ronde, elle roule sans faire de manière, sur le tapis d'herbes folles.







Honnête récolte n'est-ce pas ?

Si tous ces fruits se conservent correctement, j'ai de quoi nourrir mes vaches jusqu'à la sortie d'hiver.
Un peu de luzerne déshydratée, quelques quignons de pain, et du bon foin sec à volonté pour compléter, feront des rations bien équilibrées et des vaches en pleine santé.
Sans compter ma betterave, à rentrer bientôt, et les choux et navets à cueillir en vert.

Non, vraiment, je suis satisfaite de mes cultures de cette année.
Et mon modeste troupeau le sera lui aussi.






Une bonne journée, comme je les aime, au grand air.
Quelques tonnes de citrouille remuées. Et autant à distribuer, encore, restées au champ.

Les amateurs sont informés. Les courges d'Agorreta rayonneront ainsi dans les environs.
Pas de perte, ni de gâchis. Ce serait dommage...

Bonne fin de soirée à vous, que la nuit vous soit reposante et douce.